lundi 19 novembre 2018

Endless Boogie @ Le Café Chantier 18 novembre 2018 Saint Eloy

Deux heures de Heavy Blues exécutées par un groupe culte de l'underground new-yorkais, au cœur du Finistère, dans une ville de deux cent habitants, sur les palettes d'un café associatif : c'était dimanche soir à Saint Eloy avec les rugueux ENDLESS BOOGIE ! Paul Major, aka Top Dollar, le chanteur/guitariste aux allures d'homme des cavernes, scrute les lieux et annonce d'emblée "It's seems that i am as old as this building, so i feel good here ...". Un accord parfait s'annonce, une rencontre qui va faire date. Au Café Chantier, les vieilles pierres vont vibrer sévère !


En route pour une virée à fond la caisse à bord d'un vieux truck transpirant le cambouis. Le groupe est venu interpréter Vibe Killer, leur dernier album sorti en 2017. La voix rauque tendance gutturale de Paul Major associée au tempo obsédant imposé par Jesper Eklow (guitare rythmique), Harry Druzd (batterie) et Mark Razo (basse), forment un rendu violent et hypnotisant. Du blues psyché tendance voodoo sur des titres dépassant souvent les vingt minutes. Alors on se laisse happer par les riffs tendus, et par cette basse qui résonne sans jamais s'arrêter. 


Le son est parfait et le light show est une guirlande. Au bout d'une heure, les vieux briscards s'autorisent un pause de 10 minutes. Petite accalmie pour mieux revenir "Louder". C'est terriblement efficace, au devant de la scène, quelques uns sont pris d'une irrésistible envie de danser, de se tordre de plaisir, comme pour célébrer un rite ancestral. Les musiciens, eux s'observent pas mal, laissant le morceau évoluer au feeling tout en restant hyper concentrés.




Le concert se termine après deux titres en rappel et un morceau dédicacé à Little Bob et à Christian Vander, immense batteur de MAGMA. Paul Major est déjà au merch à signer ses Lp, Mark Razo part fumer sa clope et rejoint Jesper Eklow sur la terrasse tandis que Harry Druzd partage la bouteille de whisky du groupe avec les spectateurs venus le féliciter. Décidément rien à jeter chez Endless Boogie.

Et puis, quelques mots sur ce lieu si sympathique. Le Café Chantier est un endroit où l'on se sent tout de suite très bien. Un endroit simple, convivial. Un lieu imaginé par des copains, des bénévoles, voulant créer, dans ce village qui ne possède plus ni école ni commerce, un lieu d'échange, interculturel et intergénérationnel. Une bâtisse rénovée par le biais de chantiers participatifs et de bonnes volontés. Bref un lieu qui respire la solidarité et le partage que je vous recommande chaudement.

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                                                                                                                                           Jérôme


samedi 3 novembre 2018

DOMINIQUE A @ L'Archipel 2 novembre 2018 Fouesnant

Dominique A débute, à L'Archipel de Fouesnant, sa seconde tournée de l'année. Deux tournées pour deux albums sortis en 2018. Le premier, "Toute Latitude" plutôt sombre et tortueux, faisait la part belle aux guitares et à une rythmique tendance Trip hop. Il y a 6 mois, à La Carène à Brest, lorsque nous l'avions vu, Dominique A était en "full band" pour exprimer, de la meilleure façon, l'ambiance de cet album. En toute logique, c'est en solo cette fois qu'il vient présenter "La Fragilité". Le versant lumineux et calme de son projet. 


Après une première partie assurée par Laetitia Velma, Dominique A entre en scène avec La Poésie. Sublime texte écrit en hommage à Leonard Cohen et dont les notes de guitare graves et appuyées ne sont pas sans rappeler celles de The Partisan.
La mise en scène est minimaliste pour mieux laisser la place aux textes : Une lumière simple, efficace, quelques paysages flous projetés sur écran (pendant deux ou trois titres seulement) et deux guitares (une sèche et une électrique).



Les échanges avec le public ne sont pas rares. Dominique A explique parfois quelle fut l'inspiration ou l'évident constat qui l'ont mené au texte (Dobranoc, Dans Le Grand Silence Des Campagnes). Il insiste sur l'accueil chaleureux reçu ici, à Fouesnant, par toute l'équipe de L'Archipel : "C'est la 4ème fois que je viens jouer ici. Belle salle, belle ville...vous êtes bien lotis" dit-il en souriant. Et lorsqu'un spectateur lui répond : "On a un bon Maire ! " La réponse fuse : "Vous êtes de la famille ?". 

Et puis, on ne va pas faire dans le suspens, le live du nantais est encore une fois magnifique. La surprise serait que ce ne soit pas le cas. On va pas réécrire comment, seul avec sa guitare, Dominique A maitrise, comme peu savent le faire, l'art de la poésie et de la mélodie (L'Océan, Par Les Lueurs, Immortels, La Splendeur, Eléor...). On ne va pas disserter sur la générosité de l'artiste qui donne le meilleur de lui-même pendant près de deux heures, offrant à son public sept titres en rappel (En Surface, Le Temps Qui Passe Sans Moi, Le Convoi, ...). Enfin, à quoi bon expliquer encore comment la chair de poule nous gagne sur les réarrangements de certains titres, sur les passages a capella, sur les vocalises que l'artiste déploie (Central Otago, Gisor, Tout Sera Comme Avant, Corps De Ferme A L'Abandon, La Fragilité...) ou sur l'envoûtant Le Courage Des Oiseaux qui clôture ce concert. C'est beau et puis c'est tout.

                                                                                                                                                              Jérôme


samedi 20 octobre 2018

LLOYD COLE @ Le Mac Orlan - 19 octobre 2018 - Brest

Lloyd Cole à Recouvrance. En tournée solo, célébrant la période 83-96, dans la mythique salle brestoise du Mac Orlan. Tous les ingrédients étaient réunis pour une belle séquence nostalgie, au son des sublimes mélodies que Lloyd Cole, avec ou sans ses Commotions, nous offrait à cette période. Le concert est complet, la scène est minimaliste : un micro, deux guitares folk, une bouteille d'eau et un chevalet pour y poser la set list. Lloyd Cole avouera un peu plus tard avec franchise : "Depuis que j'ai 50 ans, je suis bien incapable de lire une set list posée au sol !". Puis il ajoute malicieusement en scrutant d'un peu plus près le public devant lui  : "Vous n'avez pas l'air jeune non plus !".


Le set de la soirée est composé de deux partie de 50 à 60 minutes chacune, séparées par un entracte. Dès le début du concert avec Patience, Perfect Blue et Rattlesnakes, je mesure le privilège que j'ai d'assister à cette prestation tout en proximité. La voix de Lloyd Cole est intacte et l'interprétation acoustique de ses chansons, replace à sa juste valeur, ses qualités d'écriture et son sens de la mélodie. Dans la lignée d'un Morrissey ou d'un Paddy McAloon. 
Lors de cette première partie de set, je retiens plus particulièrement My BagPretty Gone se terminant sur Norwegian Wood des Beatles, le bel enchainement Butterfly avec la reprise de Leonard Cohen Famous Blue Raincoat, Downtown et le superbe Jennifer She Said.

 

Lloyd Cole, qui s'exprime parfois en français, n'est pas avare en bavardage avec son auditoire qu'il invite volontiers à chanter avec lui. Puis sourire en coin il ajoute : "And if you feel a little drummer tonight and want to clap your hands, please....don't ! It's nice but there is no drums on stage, and when the sound comes back to me it's always a little shit. So please, control yourself !".
Quant à l'image du chanteur bougon, peu souriant, chantant mâchoires serrées que beaucoup se font, Lloyd Cole s'en amuse : "I know i look angry...but i'm not ! It's just my face !"


Après l'entracte et toujours dans la même configuration intimiste, alternant le jeu sur ses deux guitares, Lloyd Cole poursuit sa rétrospective, avec entre autres : Are You Ready To Be Heartbroken?, No Blue Sky, 2 CV, Undressed, Mr. Malcontent, Hey Rusty, Perfect Skin et Lost Weekend. Rien que ça ! Pourtant lorsque l'anglais quitte la scène, le public ne semble pas vouloir le laisser filer comme ça. Il reste un titre à ajouter au festin, un titre pour que ce soit parfait. Et parfait ce sera.
Lloyd Cole revient puis, histoire de rappeler que l'humour British existe encore, entame les premiers accords de Boys Don't Cry des Cure avant bien sûr de nous jouer Forest Fire. Superbe chanson que tout le monde dans la salle reprend en chœur.


Cette fois c'est bien fini. Le public est debout pour ovationner comme il se doit l'artiste qui vient de jouer près de 30 chansons version "Naked", comme jouées après un repas entre amis, encore à table et avec un bon café. 
Dans la catégorie "concert précieux", il est bien difficile de faire mieux que ce que nous a proposé Lloyd Cole ce soir au Mac Orlan.

                                                                                                                                                Jérôme

vendredi 5 octobre 2018

SUEDE @ La Cigale - 3 octobre 2018 - Paris

Quelques jours seulement après la sortie de leur 8ème album intitulé The Blue Hour, Suede est déjà en tournée européenne avec pour seule escale française, le cadre intimiste de La Cigale à Paris. L'occasion était belle de vérifier, dans les meilleures conditions possibles, les très bonnes sensations perçues suite à l'écoute sur la platine de ce dernier opus. 



C'est GWENNO qui assurait la première partie. Après une timide entrée en matière, on se laisse facilement porté par l'ambiance aérienne et le chant celte de la galloise. Quelque part entre Enya et Florence Welsh (Florence & The Machine), on est loin, bien loin du doo-wop des Pipettes dont Gwenno faisait partie. 


Depuis leur re-formation en 2010 (suite à une pause de 6 ans), Brett Anderson et sa bande semblent débarrassés de toute pression. Les 3 albums qui ont suivi cette pause salvatrice sont plus matures, moins accessibles mais aussi plus ambitieux. Suede ne cherche plus à plaire au plus grand nombre mais juste à être raccord avec son temps et son karma. Cette attitude assumée leur a tout simplement permis de continuer sans tomber dans la médiocrité et la facilité. Les chansons ont gagné en profondeur, en noirceur aussi. Suede a pris du recul, faisant clairement passer l'œuvre avant le groupe, en témoignent les derniers clips produits tels des longs métrages, sans plus aucune présence physique des membres du groupe et mettant parfois en scène des personnages "perdus" dans une ambiance froide et inquiétante. Paradoxalement (et heureusement) ce concert sera tout sauf froid et inquiétant ! 


Pour aller au bout du concept, c'est derrière un voile que Suede débute le set sur As One. Pourquoi pas ? La chanson, qui ouvre également l'album The Blue Hour est une parfaite intro. Mais ce sont finalement 3 titres qui seront interprétés derrière cette "barrière". Plutôt que de créer une ambiance, ce voile, très dispensable, génère de la frustration, quand sur le dynamique morceau Wastelands, on ne fait qu'apercevoir la prestation. Bof.


Enfin le voile s'écarte et le show peut vraiment commencer. Dans la continuité de ce début de set post 2010, Outsiders et Cold Hands sont joués. Brett Anderson, fait le show, saute sur les retours, danse d'un bout à l'autre de la scène, se précipite au contact des fans des premiers rangs. Des fans "hardcore" très très tactiles qui n'hésitent pas à déboutonner la chemise de leur idole et le couvrir de caresses lorsque celui-ci leur implore au micro "Put Your Cold Hands On Me...". L'enchaînement est sans temps mort, The Drowners et So Young nous renvoient plus de 25 ans en arrière. Brett Anderson est intenable et déjà complètement trempé de sueur. Le contraste est saisissant entre le frontman de 51 ans, qui franchement donne tout, et le reste du groupe plutôt discret. Simon Gilbert est caché derrière sa batterie, Neil Codling est tellement inexpressif et nonchalant qu'il ferait passer Larry Mullen Jr, le batteur de U2, pour un gros bout-en-train. Seuls Matt Osman à la basse et Richard Oakes à la guitare (très amaigri) se risquent à quelques avancées au devant de la scène dès que leur chanteur la quitte pour prendre son bain de foule. Sitôt que celui revient, ils prennent 1 ou 2 mètres de recul, laissant toute la place à leur charismatique leader. Je crois surtout qu'ils ne veulent pas prendre le micro en pleine poire lorsque Brett Anderson le fait tournoyer au bout de son câble telle une fronde. En tout cas, musicalement, c'est parfait !


  

Petite accalmie avec deux nouveaux morceaux : le somptueux Tides suivi de RoadKill, un texte parlé par Brett Anderson seul sur scènePuis résonnent les premières notes d'un monument de la discographie du groupe : The Asphalt World. Peu jouée en tournée et reçue comme un cadeau ce soir, cette sombre ballade psyché de 9 minutes est l'un des grands morceaux de Dog Man Star, le second opus de Suede. Le public ne s'y trompe pas et ovationne le groupe après cette performance. Un vrai bonheur. Après cette superbe envolée, retour au speed avec, coup sur coup, Filmstar, Metal Mickey, Trash et Animal Nitrate. De quoi finir d'enflammer toute La Cigale. 


Le groupe quitte la scène laissant Brett Anderson seul à la guitare pour un titre en version acoustique. Il ajoute que chaque soir de la tournée il joue de cette façon un morceau différent, notamment pour les fans qui suivent le groupe sur plusieurs dates. Ce soir ce sera The Big Time. Il est à souligner que depuis le début de cette tournée, Suede a le bon goût de varier environ 1/4 de sa set-list. Petit détail qui est toujours très appréciable pour ceux qui font plusieurs dates. Après The Invisibles, le concert s'achève sur le très beau Flytipping, titre qui clôture également le dernier album du groupe.
En rappel Suede revient avec Beautiful Ones, lui aussi repris en cœur par un public totalement comblé devant un Brett Anderson incroyable de présence et bluffant d'énergie. 
Suede était bel et bien au rendez-vous. Brett Anderson était partout. Superbe prestation !



Toutes les photos du concert ICI

                                                                                                                                           Jérôme

mercredi 12 septembre 2018

U2 @ AccorHotels Arena - 8 septembre 2018 - Paris

22h45 à l'AccorHotels Arena, sur les notes de 13 (There Is A light), Bono ouvre le toit de la maquette représentant sa maison d'enfance. Il en sort une ampoule incandescente suspendue à un fil, qu'il balance au dessus de la foule. La lumière dans les yeux de Paul Hewson, jeune adolescent de Dublin qui rêve de Rock'n Roll. La lumière qui inonde le groupe depuis 40 ans. La lumière qui continue de guider U2 vers un prochain chapitre de son épopée. Puis Bono quitte la salle, traversant la foule, exactement au même endroit et de la même façon qu'il y a trois ans, lorsqu'il entrait en scène pour le début de l'iNNOCENCE + eXPERIENCE TOUR.
Le groupe boucle ainsi cet ambitieux concept de deux albums jumeaux et de deux tournées liées l'une à l'autre. Entre temps les Irlandais ont même réussi à glisser la tournée anniversaire de l'album culte The Joshua Tree. Au final c'est plus de 200 concerts sur quatre ans à travers le monde pour U2. Cette première date Parisienne (sur 4) était l'occasion de vérifier si ce rythme infernal ne commençait pas à peser sur ce groupe souvent exceptionnel en Live.


La scène est quasi identique à celle de 2015. Une scène principale reliée par une passerelle à une plateforme située à l'opposée de la salle. La passerelle est surmontée d'un gigantesque écran, qui sert aussi de scène lorsque le groupe se glisse à l'intérieur de celui-ci. C'est d'ailleurs à l'intérieur de cette cage/écran que le show débute avec The BlackOut, après une longue séquence vidéo, dénonçant la folie destructrice des Hommes et ponctuée par un Chaplin en dictateur hystérique. Les problèmes de voix de Bono, qui l'avaient obligé à interrompre et annuler le second show de Berlin il y a une semaine, semblent bel et bien oubliés. Le groupe poursuit avec Lights Of Home. Bono arpente la passerelle illuminée et inclinée. L'effet visuel est canon.



Pause dans le déploiement technologique et retour aux bases avec I Will Follow, premier hymne rassembleur du groupe figurant sur Boy, leur premier opus. Les riffs de The Edge font toujours autant d'effets sur ce titre. Enchaînement punchy avec Red Flag Day et Beautiful Day, devenue une incontournable de U2 en Live.


L'écran se rallume et laisse apparaître quelques vagues d'écume sur les notes de The Ocean, puis on replonge dans les souvenirs de nos paddys. Tout d'abord avec Iris, superbe chanson que Bono a écrite en hommage à sa mère, décédée lorsqu'il avait 14 ans, ensuite avec Cedarwood Road, sur laquelle le chanteur longe la rue de son enfance. The Edge est encore une fois génial sur ce morceau. La passerelle s'allume aux couleurs de l'Irlande pour le fameux Sunday Bloody Sunday, en version acoustique, puis cette première partie de show se termine en puissance avec Until The End Of The World.


Un intermède de quelques minutes se produit, cette fois sur Hold Me, Thrill Me, Kiss Me, Kill Me, tandis que les membres du groupes sont mis en scène dans un clip genre Comics. Le visuel est vraiment sympa et la résolution de l'écran est réellement bluffante.



Le groupe réapparaît sur la E-Stage de l'autre côté de la salle. L'enchaînement Elevation/Vertigo soulève le public déjà très chaud et une fois encore le visuel est très bon et très dynamique. La boule à facette surplombe la scène ; Bono est cette fois paré d'un chapeau haut de forme et semble prendre un malin plaisir à jouer un rôle d'amuseur burlesque. Il explique avec malice ses rêves d'adolescent voulant devenir une Rock Star. S'imaginant interpellé dans la rue par une vieille connaissance à qui il répondrait avec dédain.
- "Hey, I know who you are. You're Paul from the 10 of cedarwood road, you're not a Rock Star!"
- "What ? ...I don't know what you're talking about...Paul Is Dead ! I'm fucking Bono, and this is The Edge, this is Adam Clayton, this is Larry Mullen Jr and we are the best band on the north side of Dublin !" 
Lancement idéal pour Even Better Than The Real Thing !



Plus de 25 ans après le Zooropa Tour, Mr. Macphisto, le double diabolique de Bono, qui téléphonait aux dictateurs du monde en plein concert pour les féliciter, fait soudainement son retour. Par le biais d'un filtre photo, le visage du chanteur se transforme sur grand écran. Plus puissant, plus hideux, Macphisto rappelle à tous en guise d'avertissement : "This is when you think that i don't exist that i'm doing my best work..." . Puis The Edge fait déferler les riffs de Acrobat, pour l'un des meilleurs moments du concert. Superbe !


On ne va pas se mentir, après AcrobatYou're The Best Thing About Me en acoustique paraît bien fade. Summer Of Love en version minimaliste passe mieux. Sur l'écran, ce sont des images de migrants, fuyant leur pays dévasté par la guerre et risquant leur vie à traverser la Méditerranée sur des embarcations de fortune, qui accompagnent cette triste ballade. Adam et The Edge prennent place ensuite sur deux petites plateformes situées de chaque côté de la salle, permettant ainsi une proximité maximum avec le public. Le groupe est ainsi réparti aux quatre coins de l'espace pendant Pride (In The Name Of Love).


Et dans cette période d'incertitude sur la solidarité et l'unité entre les peuples, U2 brandit un énorme drapeau européen sur Get Out Of Your Own Way. Les plus célèbres notes de basses des années 80 résonnent ensuite sur New Year's Day et me replongent 35 ans en arrière. J'étais au collège et c'était le premier 45 tours de Rock que j'achetais. Je l'ai écouté des centaines de fois et je crois que je ne m'en lasserai jamais.


Le set s'achève sur City Of Blinding Lights : Ode à Paris, ville avec qui le groupe a toujours eu un rapport spécial. Que ce soit dans la joie et la fête ou dans la tristesse et le soutien comme il y a trois ans (le groupe était à Paris au moment des attentats du 13 novembre).
Le rappel sera doux : One puis Love Is Bigger Than Anything In Its Way, où le public ne s'arrête plus de chanter, même pendant le speech de Bono. Enfin 13 (There Is A Light), pour clôturer, après plus de deux heures, le premier show parisien. Un concert moins intense que lors des précédentes tournées mais le plaisir est toujours là.

Pas de Where The Streets Have No Name, pas de With Or Without You. On peut regretter (ou pas) le choix du groupe de ne jouer aucun titre de l'album The Joshua Tree, mais on peut le comprendre. De toute façon, U2 aime surprendre, quitte à déstabiliser voire frustrer une partie des fans. C'est aussi ça qui fait que cela fonctionne depuis si longtemps.




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lundi 27 août 2018

Roi Arthur 2018

C'est la 9ème édition de ce festival se déroulant en périphérie de Rennes, à Bréal-sous-Monfort, et c'est la première fois que nous nous y rendons. Doucement mais sûrement, le festival du Roi Arthur se développe et occupe désormais une belle place dans le paysage des rassemblements musicaux du Grand Ouest. Un succès dû en grande partie à une belle programmation (IAM, Noël Gallagher's High Flying Birds, Parov Stelar, Martin Solveig...), une organisation impeccable, un site hyper accueillant, une déco et un visuel sympas et surtout une grande mobilisation locale qui se déploie pour l'occasion. Bref de belles ondes positives qui émanent de l’événement. Nous y étions pour la journée d'ouverture uniquement, nous n'avons donc pas pu profiter du Village (concerts, animations, jeux gratuits,...) qui ouvrait samedi et dimanche au cœur de Bréal-sous-Monfort.


Le site est très bien aménagé, deux scènes se font face (scène Excalibur et scène Lancelot). Sur les côtés, on trouve les bars à cocktails, bar à bières Bretonnes, les stands de restauration et des espaces pour s’asseoir et se poser. À noter que tous les bars du festival distribuent de l'eau gratuitement à qui en demande. Les toilettes sèches, pour celles et ceux qui les ont utilisées, sont propres, sans odeur, nettoyées et reconditionnées en permanence. Ce sont, mine de rien, des détails qui comptent.
Trois blasons s'affichent aux portes d'entrées du festival. Les organisateurs ont souhaité fédérer les festivaliers autour cette idée issue du monde de Harry Potter et de ses célèbres maisons Gryfondor, Serpentard, Serdaigle et Poufsouffle. Dress code bleu, vert ou rouge en fonction de vos affinités et la famille qui vous sied le mieux : Griffes de lune, Dents tranchantes ou Pieds dansants. Sur place, nous avons effectivement remarqué quelques personnes déguisées. Une idée amorcée qui pourrait bien prendre un peu plus d'ampleur dans les prochaines éditions.


Nous sommes arrivés sur les dernières notes du groupe Rennais ALBATROSS qui envoyait du lourd devant les premiers festivaliers présents. Juste après c'est THEO LAWRENCE & THE HEARTS, sur la scène Lancelot, qui fait résonner un Rock Old School, tendance Soul voire Country. Ça sonne plutôt bien, quelqu'un derrière moi indique à son ami que par moment, on retrouve un peu les sonorités des Black Keys. C'est pas faux !

 

Un mois après leur passage aux Vieilles Charrues, nous retrouvons LES NÉGRESSES VERTES. La scène Excalibur est plus petite que l'immense scène Glenmor et cela convient peut-être mieux aujourd'hui à la tribu de Stéfane Mellino. Le public accroche direct. Pas besoin de temps d'observation ou d'échauffement, l'ambiance est très bonne. On chante, sourire aux lèvres, les incontournables Voilà L'Éte, Zobi La Mouche, Il, Face À La Mer, Sous Le Soleil De Bodega. Revoir Les Négresses Vertes sur scène c'est un peu comme revoir un vieux pote, c'est toujours sympa.


C'est le moment de prendre de quoi tenir toute la soirée. Après pas mal d'hésitation, ce sera finalement une grosse plâtrée de patates à l'andouille et au fromage avec une sauce au fond de veau. Le gras c'est la vie !

C'est le ventre plein que nous nous plaçons devant la scène Lancelot pour le show de FATOUMATA DIAWARA. Magnifiquement habillée, la belle Malienne affiche en permanence un sourire radieux communicatif. Entourée de musiciens Africains, Espagnols et Français, Fatoumata Diawara prône la tolérance, l'ouverture aux autres et la bienveillance. Musicalement ça oscille entre l'AfroBeat de Fela Kuti et le Groove de Steevie Wonder dont elle reprend le fameux Higher Ground. Très bon set plein d'énergie.

 

Le set de Parov Stelar, l'une des têtes d'affiche du jour nous a assez ennuyé. Malgré un light show intéressant, nous sommes restés assez imperméables à l'Electro Swing de l'Autrichien, ayant un peu l'impression d'assister à une seule et même chanson qui se répète pendant une heure.


Après six ans d'absence, MARCEL & SON ORCHESTRE a décidé de remettre son legging léopard, sa perruque rouge et bandeau "Nord-Pas de Calais" le temps d'une tournée d'été des festivals baptisée le Youpi Power Tour. Le groupe a toujours eu un très bon accueil en Bretagne, le public est au taquet et est prêt à en découdre. Les Marcels entrent en scène comme il y a vingt ans, derrière un drap, sur Poi Poi Poi d'Enrico Macias. Mouloud au micro attaque direct avec Où Sont Passées Mes Pantoufles ?. On retrouve avec plaisir les titres phares du groupe : Médiseuse, 62 Méfie Te, Comme Un Balai, Les Neurones À Crêtes. Sur Femme Mûre, Marcel & Son Orchestre fait monter sur scène une douzaine de filles qui se lancent dans une joyeuse chorégraphie. Sur Brr... (au début elle est froide) c'est le fameux bateau gonflable qui vogue sur la foule et qui a bien du mal à garder son passager à bord. Pogo, slam, grosse ambiance et gros délire tout au long du set. Le groupe n'a vraiment pas perdu de son énergie et sa bonne humeur communicative et termine calmement avec Les Vaches, où même les gros bras de la sécu se retrouvent à chanter Meuh Meuh au micro. Elle est où la poulette ? Les Marcels nous avaient manqué !



 

Pour clôturer en beauté, c'est au tour de MEUTE de prolonger l'esprit dansant et déjanté de la soirée. La troupe Allemande est impressionnante, de part son style, curieux mélange de Fanfare et de Techno, et de part sa présence sur scène. Une dizaine de musiciens en uniforme qui occupent l'espace à merveille et qui fait sonner les cuivres sur une rythmique soutenue. C'est très esthétique et c'est très captivant.



Le verdict est sans appel, la maison Pieds Dansants sort grand vainqueur de ce premier jour de festival. Quant à nous, nous repartons enchantés de cette première en Terre Arthurienne. La saison des festivals se termine pour Milouze En Live. On en a gros !
Le summertime blues ne devrait pas durer longtemps et on se prépare pour une rentrée qui va démarrer fort, du côté de la capitale cette fois.

Toutes les photos du Festival du Roi Arthur sont ICI

mardi 21 août 2018

Fête Du Bruit 2018 @ Landerneau

Retour sélectif sur la 10ème édition de Fête Du Bruit. Comme les autres années (je suis venu en 2011, 2013 et 2014), je pose un regard très partagé sur ce festival : à la fois enchanté par la programmation, généralement très bonne, et souvent perplexe sur l'organisation et le comportement pénible de certain·e·s festivalier·ère·s déraisonnablement imbibé·e·s. Il n'empêche que j'y trouve quand même mon compte musicalement. So...
Ne sont pas chroniqués ici, les artistes que je n'ai pas vus (pas voulu ou pas pu).


JOUR 1

Comme souvent j'arrive tôt pour profiter des premiers artistes dans une ambiance très calme et un site pas encore noir de monde. Les notes de MZH PROJECT résonnent sur l'esplanade de la petite Palud, et parmi la liste des reprises faites par le groupe, j'entend Les Écorchés. Je me dis que Noir Désir me manque. En tout cas, merci à eux rien que pour ce petit bonheur d'entrée de jeu.
GENTLEMAN'S DUB CLUB prend le relais en plein soleil. Huit musiciens en costard qui font un Dub cuivré tendance Rock Steady. Pour être franc, je m'attendais à mieux et je me suis vite lassé. Peut être aussi déstabilisé par Jonathan Scratchley au micro qui chante plus comme un Jamaïcain que comme un Anglais de Leeds. N'est pas Terry Hall qui veut !

 

On retrouve un peu plus d'authenticité avec TIKEN JAH FAKOLY et là aussi il y a du monde sur scène (11 musiciens et choristes). L'Ivoirien offre un set impeccable et on retient particulièrement Francafrique et Balayeur Balayé qui ont trouvé un bel écho dans le public.


La véritable émotion du jour arrive avec PATTI SMITH. La reine du Punk, accompagnée à la guitare par son fils Jackson Smith, a été magnifique. Ghost Dance , Dancing Barefoot...le public est, d'entrée de jeu, captivé. Et quelle intensité dans le poème intitulé The Second Stop Is Jupiter (faisant référence au film L'Enfance D'Ivan de Andreï Tarkovski) qui monte crescendo pour finir comme un cri. C'est ensuite Beds Are Burning de Midnight Oil, puis le magistral Because The Night que l'icône dédiera à Fred Smith, son mari disparu en 1994. Le concert passe bien trop vite. Gloria est reprise en chœur par la foule, puis s'en suit une magnifique version quasi a capella de Can't Help Falling In Love chantée en hommage à Aretha Franklin. Le show finit avec People Have The Power. Patti Smith met en garde la jeune génération sur la nécessité de faire entendre sa voix face aux dirigeants politiques et de lutter pour préserver les libertés de plus en plus bafouées. La Grande Dame quitte la scène après un dernier regard bienveillant sur le public chamboulé par tant de charisme.

 

C'est la grosse artillerie SUM 41 qui s'installe ensuite sur scène pour la seule date Française de leur tournée Européenne. Belle prise donc pour le festival. N'étant pas un grand spécialiste du groupe, je me suis néanmoins laissé facilement happé par leur musique entraînante et pêchue. Frank Zimmo est impressionnant à la batterie, tout comme Dave Baksh à la guitare solo. Une guitare qui paraît bien petite dans ses bras, gros comme mes cuisses. Deryck Whibley, le chanteur aux cheveux blonds peroxydés assure le show "à l'Américaine" en désignant le public du doigt : "Thank You ! Thank You ! Thank You !". Des effets de scène, une structure gonflable énorme de squelette, une reprise fédératrice (We Will Rock You de Queen) et un final imparable avec In Too Deep, Fat Lip et Still Waiting, Ils ont assuré !


 

JOUR 2

Présent uniquement l'après-midi, je découvre sur scène LE MAMØØTH, jeune groupe Brestois de Rock Garage. Pas beaucoup de monde devant la scène car il est encore tôt, mais les hurlements du chanteur et le bon paquet de décibels balancés, façon choc frontal, ont réveillé les groggy de la veille. Mise en route brutale.

 

Fausse alerte, le démarrage en trombe amorcé par Le Mamøøth n'était qu'un subterfuge, l'enchaînement sera Reggae avec DANAKIL. Les fans sont là, en nombre et s'en donnent à cœur joie. Ça chante et ça danse sur Champs De Roses, Marley, La Route Des Songes ou en encore Non, Je Ne Regrette Rien. Pour les non initiés du groupe, ce concert, bien qu'assez agréable, peu devenir un brin lassant et répétitif.


VALD, les jeunes ont adoré, moi j'ai serré les dents, n'ayant aucun endroit sur site pour échapper à ça. Au bout d'une 1/2 heure, j'ai même songé à quitter le festival. C'est le moment qu'ont choisi plusieurs amis pour venir à moi pour taper la discut'. Une véritable intervention divine (comme quoi il faut garder la foi). Je n'entends plus rien qui vient de la scène et les minutes défilent. Sauvé ! Le concert de Vald est terminé. Je sais : il en faut pour tous les goûts.

Passer de Vald à FEU! CHATTERTON c'est un peu comme passer du MacDo à un restau étoilé. On passe de "Elle aimerait bien s' faire violer..." à "Madame je jalouse le vent qui vous caresse la joue...". Un coup à trouver le set du groupe Parisien comme le meilleur concert de tous les temps. Plus sérieusement, le set de Feu! Chatterton fut splendide. Arthur Teboul au chant est toujours aussi bavard et excelle dans les enchaînements et le jeu de scène. Le groupe, quant à lui, a gagné en finesse et musicalement c'est vraiment très bon. On embarque : Boeing,  Côte Concorde. On s'aventure : La Mort Dans La Pinède, L'Oiseau, La Malinche. On s'enivre : L'Ivresse, Ophélie, Ginger. Excellente prestation !


 

JOUR 3

Dernier jour de festival et toujours peu de monde à 15h30 pour le début des concerts. Le réveil commence à être difficile à Landerneau. C'est bien dommage car THE DECLINE ! a été très bon. Un groupe de Punk/Rock sous estimé qui n'est pas sans me rappeler New Model Army, Shoulders ou encore Social Distortion. Ce live sera l'un des derniers du groupe Rennais qui a décidé d'arrêter à la fin du mois prochain. Définitivement, temporairement ? Dans tous les cas ce baroud d'honneur fut un des très bons moments du weekend.


 

Pendant plus d'une heure, LA PHAZE tentera de faire bouger un public qui arrive doucement sur le site. En vain. Damny Baluteau, au chant, est cloué sur une chaise pour cause de jambe plâtrée. On le sent plus que jamais frustré de ne pas pouvoir exulter sur scène comme à son habitude. L'horaire réservé à ce groupe n'est pas un cadeau non plus et ne facilite pas les choses. Les titres sont pourtant très pêchus, tendance Asian Dub Fondation ou Freedom For King Kong, le set est bon pourtant, mais ça ne décolle pas vraiment.

 

SEASICK STEVE traîne sa casquette John Deere sur le site depuis la veille et c'est avec de petits yeux qu'il arrive sur scène. La faute aux enfoirés qui l'ont réveillé ce matin avec de la musique merdique (heu... Shaka Ponk ?) raconte-t-il un peu plus tard. Peut être aussi un peu à cause du vin rouge que l'Américain apprécie tant. La bouteille qu'il a près de son fauteuil sur scène ne va pas faire long feu d'ailleurs ! Entre deux gorgées, le blues du vieux briscard fait son effet et le public répond timidement pour la première fois de la journée. C'est un véritable ballet de guitares qui se produit devant nos yeux. Différente pour chaque morceau. Tantôt une guitare "normale", tantôt un bricolage improbable d'une planche à laver, d'une plaque d'immatriculation rouillée ou d'une caisse de bois à une corde !
On a connu Seasick Steve avec un peu plus de proximité envers le public, cette fois-ci il reste finalement souvent dans son fauteuil. Niveau musique c'est nickel. L'apport d'un deuxième guitariste est bénéfique et Crazy Dan à la batterie fait le show, me faisant vraiment penser à Jean-Marie (Animal) du Muppet Show. C'est la troisième fois que je vois Seasick Steve en live : Jamais déçu !


 

Une petite bruine tombe sur l'esplanade de La Petite Palud comme pour saluer l'arrivée du groupe Écossais FRANZ FERDINAND. Une entrée en scène pas des plus énergiques (décidément !) mais heureusement l'impression va vite se dissiper. Alex Kapranos va prendre le taureau par les cornes et va enfin réussir à soulever pour de bon ce public du dimanche. Le tempo des chansons est un peu plus lent que lors des tournées précédentes mais l'effet reste toujours le même : Franz Ferdinand sur scène, ça fonctionne à merveille.
La réorganisation du groupe opérée il y a un an (départ du charismatique Nick McCarthy et arrivée de Dino Bardot et Julian Corrie) a fait prendre au groupe un virage Glam bien assumé sur leur dernier album. Sur scène, Alex occupe désormais la place de seul vrai leader. Il interpelle le public en Français (avec l'accent) "Mesdames et messieurs écoutez et répétez ! Bonjour vous êtes Jacqueline ? Faites du bruit les amis...". Les tubes s'enchaînent : The Dark Of The MatinéeAlways Ascending, Jacqueline, Lazy Boy, Love Illumination, Ulysses, Take Me Out... On a pas cinq minutes pour souffler. Le dernier titre This Fire résume bien cette fin de set : This fire is out of control, we're going to burn this city, burn this city...




 


 

Après ça, je reste vingt bonnes minutes devant SHAKA PONK, à voir ce groupe, devenu tête d'affiche, bouger dans tous les sens sur scène dans un décor impressionnant. Mais bon, concernant la musique de Shaka Ponk, je suis un peu du même avis que le vieux Steve hein ! Je laisse les fans profiter et je décide de rentrer.
Fête Du Bruit s'arrête là pour ma part et j'ai toujours cette drôle d'impression en quittant le site. Un festival sauvé par sa programmation qui ferait bien de concentrer ses efforts sur son organisation, car sur place c'est très perfectible, même après 10 éditions (traitement des bénévoles, déco, sécurité, toilettes, propreté, etc...).