vendredi 5 décembre 2025
The Chameleons @ Cabaret Vauban, 4 décembre 2025 - Brest
samedi 1 novembre 2025
Jay-Jay Johanson @ La Carène, 31 octobre 2025 - Brest
J'ai découvert Jay-Jay Johanson en 2002, avec l’album Antenna. Je revois encore cette pochette intrigante : le Suédois torse nu, maigre, coupe orange néo-punk – un brin dérangeant, forcément fascinant. Musicalement, c’était déjà un bijou d’électro et de trip-hop sophistiqué, porté par I Want Some Fun, morceau obsédant digne de I’m Deranged de Bowie.
Il m’aura fallu plus de vingt ans pour enfin le voir sur scène. Hier soir, à La Carène de Brest, l’attente a été récompensée au-delà de toutes espérances.
C'est Jung & I, le projet de Soaz Lescop, qui assurait la première partie. Une prestation tout en douceur, avec des synthés aériens, des boucles électroniques et une belle voix en écho. J'ai trouvé l'instant relaxant et apaisant. Je ne sais pas si c'était l'intention première, mais c'est vraiment l'effet que ça m'a fait : un très joli moment, tout simplement, et une mise en condition idéale pour le concert de Jay-Jay Johanson.
Dès l’ouverture avec le superbe Finally, posé sur la Symphonie n°3 de Brahms – celle que Gainsbourg avait utilisée pour Baby Alone in Babylone – le ton était donné : classe, émotion et perfection dans le chant. On sent le crooner suédois concentré, et il le restera jusqu'à la fin.
Vient ensuite So Tell the Girls That I Am Back in Town, extrait de son tout premier album Whiskey (1996), qui a ramené instantanément les fidèles à la source.
La set-list trouve d'ailleurs un bel équilibre entre anciens morceaux et titres récents, comme le superbe It’s Not Time Yet issu de Kings Cross (2019) ou encore Smoke, tiré de Backstage, son dernier album sorti en mai cette année. Tantôt crooner jazzy, tantôt virtuose du trip-hop feutré, accompagné de deux excellents musiciens, Jay-Jay Johanson nous transporte d'album en album avec une facilité et une maîtrise impressionnantes. Le public est attentif et respectueux, puis chaleureusement expressif dès les dernières notes des morceaux.
Le moment suspendu qui a parfaitement illustré cela : le sublime Whispering Words, chanté a cappella dans un silence total avant une vibrante ovation tellement méritée. Magnifique !
Le concert se poursuit, et la douceur continue avec How Long Do You Think We’re Gonna Last, une ballade splendide toute en retenue, puis Milan, Madrid, Chicago, Paris, où Jay-Jay Johanson me fait penser à Dominique A, à mon sens le seul artiste français capable de se mesurer à la délicatesse et à la beauté des compositions du Suédois. En fin de set, les savoureux Heard Somebody Whistle et Believe in Us viennent cueillir le public une dernière fois avant le rappel.
Retour sur scène et cadeau pour le public français, qui l'apprécie tant, avec L'Amour est Bien Plus Fort Que Nous, reprise plus que parfaite de cette très belle chanson de Francis Lai et Pierre Barouh. Quand on a du talent, on peut se frotter à tout. Le concert se clôt sur I’m Older Now, véritable symphonie finale et majestueuse. Jay-Jay Johanson se lâche, sourit et sautille comme un enfant à qui l'on offre un jouet. Alors que l'on pense le concert terminé, l'artiste s'offre un vrai bain de foule et de joie sur “My Way” version Sid Vicious diffusée en fond sonore. Un moment à la fois étonnant et mémorable, avant de tirer sa révérence.
Pas de I Want Some Fun ce soir ? Qu’importe ! Le concert était magnifique, vraiment.
Jérôme
dimanche 19 octobre 2025
Mademoiselle K @ La Loco, 18 octobre 2025 - Quimperlé
Samedi soir à La Loco de Quimperlé, on a parlé de Chihuahua, de Patrice, de l'Isole, d'une tortue de mer, de force... il s’en est passé, des choses ! Ceux qui étaient là savent...et la salle était pleine à craquer — une habitude pour les concerts de Mademoiselle K, pourtant loin des codes de l’industrie musicale et du business qui l'entoure mais qui possède un public fidèle, présent depuis près de vingt ans, prêt à vibrer à chaque nouvelle tournée.
Après une première partie assurée par Eva Hélia (que j’ai malheureusement ratée, n’arrivant qu’à la fin de son set), le concert démarre avec trois titres en anglais, avant d’enchaîner avec l’excellent J'rêve d’un CRS, tout en muscle. Mademoiselle K alterne basse et guitare et partage avec humour sa journée à Quimperlé. Pas triste (le Patrice 😁)! Le public accueille chaleureusement les deux nouveaux titres joués ce soir : G Buggé et Amour Moitié. La setlist explore cinq de ses six albums studio, avec une nette préférence pour Hungry Dirty Baby, dont huit morceaux sont interprétés, dont les superbes R U Swimming ? et Someday, ma préférée.
Mademoiselle K signe un concert sincère et intense, faisant preuve, encore une fois, d'une qualité qui ne faiblit jamais et confirmant son lien unique avec ses fans.
Jérôme
samedi 18 octobre 2025
Sprints + The Undertones @ Carnavalorock 2025
La date était cochée depuis un bail sur mon agenda. Une fois la semaine de boulot bouclée, cap sur le Carnavalorock de Saint-Brieuc, avec deux groupes dans le viseur : Sprints, que je voulais absolument revoir après leur superbe passage au festival God Save The Kouign de Penmarc’h, et The Undertones, groupe culte que j’étais curieux et impatient de découvrir sur scène. Bref, j’étais au taquet !
Le Carnavalorock ne se résume évidemment pas à ces deux concerts. Ce vendredi, Poézie Zéro, Lofofora et Krav Boca complétaient la programmation, tandis que le samedi affiche Les Limiñanas, Les Hurlements de Léo, Didier Super, Drama King, Silmarils et Frustration. Une très belle programmation, cohérente et alléchante, fidèle à l’ADN punk rock du festival. Un tour de force à saluer, par les temps qui courent, monter un tel événement relève presque de la prouesse. Le contexte économique est ultra tendu pour les structures et associations culturelles. Le président du festival, Sam Burlot, rappelait d’ailleurs cette semaine à quel point l’avenir du Carnavalorock restait fragile, dépendant avant tout du soutien du public. Le meilleur moyen de le préserver ? Y aller, tout simplement. Les artistes, eux, ont aussi joué le jeu en proposant des cachets raisonnables. Une vraie bataille à mener sur tous les fronts.
Depuis son passage à Penmarc’h, Sprints a sorti un deuxième album, All That Is Over : un disque plus abouti et travaillé que le précédent, déjà excellent. Sur scène, Karla Chubb, véritable pièce maîtresse du groupe, irradie tout. Puissante, magnétique, elle éclipse presque totalement ses trois camarades. Pas intimidée pour un sou par un public un peu calme en début de set, il ne lui a fallu que quelques instants pour embraser la salle Robien, retournant le public aussi facilement qu'une vieille poche de caban. Circle pit, slam, pogo, chant dans la foule… Karla Chubb a donné de sa personne et le public a suivi dans une énergie contagieuse. Mention spéciale aux sublimes Something Is Gonna Happen, Heavy et Coming Alive. Excellente prestation.
Je vais être honnête : je connais The Undertones surtout pour leur tube Teenage Kicks, considéré par le grand John Peel comme le meilleur single de tous les temps. Et pour leur premier chanteur, Feargal Sharkey, au faciès de boxeur. Lui a quitté le navire depuis belle lurette, parti vers la variété, tandis que ses anciens compagnons sont restés droits dans leurs Doc’. Au début des années 2000, Paul McLoone a repris le micro, et c’est donc un groupe qui affiche près de cinquante ans de carrière au compteur qui s’est installé sur scène vers 22 heures.
Quelle énergie ! J’ai eu la banane du début à la fin. Jimmy Jimmy, Boys Will Be Boys, You’ve Got My Number, It’s Going To Happen, My Perfect Cousin, le fameux Teenage Kicks — tout s’enchaîne à un rythme effréné, à la manière des Pixies, presque sans temps mort. Michael Bradley, à la basse, se moque gentiment du nom du groupe Sprints, qu’il prononce à la française — petite pique amicale entre Nord-Irlandais de Derry et Irlandais de Dublin. À moins qu'il rigolait de l'accent français, ce qui n'est pas impossible. Le set, d’abord pop/rock, vire peu à peu au punk rock. Paul McLoone chante impeccablement et se démène sur scène à coup de pied levé et déhanché. Les frères O’Neill assurent à la guitare, jouent vite et sans forcer (en tout cas c'est l'impression qu'ils renvoient), et Billy Doherty martèle la batterie avec une précision redoutable. De véritables Ramones britanniques ! Le public est hyper réceptif, slame et pogote dans la bonne humeur jusqu’au final sur Get Over You. Les Undertones ont été épatants et quittent la scène sous une ovation méritée. Bravo !
C’était ma première fois au Carnavalorock, et j’y ai passé un excellent moment. L’occasion aussi de retrouver une belle bande de copains, dont Fabrice, membre du staff et responsable des Undertones pour leur venue (adorables de bout en bout, d’ailleurs). En vrais gentlemen, ils n’ont pas manqué de le remercier chaleureusement à la fin du set. Une belle preuve du professionnalisme et de gentillesse de ces “vieux” punk rockers, mais aussi de la qualité du festival, en termes d'accueil et d'attention apportée aux artistes. Longue vie au Carnavalorock !
Jérôme
vendredi 10 octobre 2025
HERMAN DUNE @ Cabaret Vauban, 9 octobre 2025 - Brest
Un retour très attendu
Installé à San Pedro, en Californie, depuis 2015, David Ivar Herman Dune reste très attendu en France. Les dates de sa nouvelle tournée affichent déjà presque toutes complet — une reconnaissance amplement méritée pour cet artiste aux multiples talents, dont la simplicité, le style et les chansons touchent durablement un public fidèle. Dans un cabaret Vauban archicomplet, il faisait chaud, très chaud, pour le grand retour de Herman Dune dans la cité du Ponant, seize ans après son dernier passage. Malgré la température, le songwriter a gardé son bonnet tout au long du concert — « comme sur la pochette d’Odysseùs », son dernier album, a-t-il précisé. Tel un Ulysse revenant à Ithaque, Herman Dune avait des histoires à raconter, et nous étions tout ouïe.
Seul en scène, tout en sincérité
La tournée reprend le format intimiste de celle de 2022 (où nous l'avions vu au Sew de Morlaix), seul en scène, quelques lumières chaudes pour l’ambiance, et toute la sincérité d’un artiste qui n’a besoin de rien d’autre. Odysseùs est joué presque dans son intégralité. Le violon, très présent sur l’album, est remplacé par l’harmonica, la guitare, le chant ou le sifflement. À l’instar de The Cassette Tapes ou The Portable Herman Dune, tout est livré dans une version brute, dépouillée, qui lui sied à merveille.
samedi 27 septembre 2025
Marcel Et Son Orchestre @ Espace Avel Vor, 26 septembre 2026 - Plougastel-Daoulas
Premier concert de la saison placé sous le signe de la fête et de la joie ! Vendredi soir, à l'Avel Vor de Plougastel, c'était le Carnaval de Dunkerque, puisque comme à chaque fois, les fans de Marcel Et Son Orchestre s'étaient parés des leurs plus beaux effets : legging panthère, perruques fluos, survet' coloré, chapeau vache et accessoires kitchs, afin d'accueillir comme il se doit le célèbre groupe du Pas-de-Calais. Après un DJ Set haut en couleur des excellents Gomina & Dj Momo, Marcel Et Son Orchestre (MESO pour les intimes) entre en scène sur la musique des Dalton de Joe Dassin et sous les vivas du public. Franck au chant, alias Mouloud, propose d'entrée de jeu deux options de concert : soit fin et distingué, soit mauvais goût et bourrin... évidement, y'a pas eu photo et clairement, on attendait que ça !
Chez Milouze En Live, nous pratiquons Marcel Et Son Orchestre depuis un bail. Cela fait une trentaine d'années à peu près que nous suivons de près la belle épopée de ce groupe atypique et jamais ennuyeux. De leur changements de chanteur sur les premiers albums en passant par la triste disparition de Agaboumboum, le batteur, en 2009, des concerts de folies en Bretagne dans les années 1990 et 2000 aux adieux en grandes pompes en 2012, du retour sur scène en 2017 jusqu'à la sortie d'un nouvel album en février de cette année. Nous avons beaucoup de beaux souvenirs avec eux : Le Vauban, Les Irréductibles de Plougrescant, Braspart et L'Olympia, pour en citer quelques uns. Bref, le temps passe et les Marcels sont toujours là à nous faire oublier les tracas du quotidien. Comme à chaque fois, c'est au beau milieu d'un public chaud bouillant que nous retrouvons avec un plaisir non dissimulé Mouloud, Bouli, JB, Tof, Bidingue, Tibal et James, reboostés par la sortie de C'est Pas À Vous Que Ça M'Arriverait, leur 8ème album studio.
Ovation, chaleur, sourires, Marcel Et Son Orchestre et la Bretagne c'est une histoire d'amour solide qui s'étend sur 35 ans maintenant et qui continue visiblement. Le concert était pêchu, l'ambiance chaude et joyeuse et les nouveaux morceaux joués ont apporté beaucoup à la setlist. Un excellent concert tout simplement d'un groupe qui donne toujours beaucoup sur scène et à son public qui le lui rend bien. Et pour reprendre l'ouverture parlée de Sale Batard !, le premier album du groupe : "Dans l'époque que nous vivons et dans le stress de la vie actuelle, Marcel Et Son Orchestre est une nécessité !"
Après le spectacle, la fête a continué dans le hall et les couloirs de l'Avel Vor qui célèbre ses 20 ans cette saison. Distribution gratuite de gâteaux, animation avec l'after de Gomina et DJ Momo, rencontre avec le groupe, échanges entre fans et entre amis : une soirée parfaite en somme !
Jérôme & Aurélie
dimanche 3 août 2025
Festival du Bout du Monde 2025 - Samedi
Très heureux de revenir au Bout Du Monde pour cette 25ème édition. Ce festival, qui n'a jamais augmenté sa jauge (20 000/jour), est complet chaque année et bénéficie d'une réputation très solide grâce à une programmation métissée de qualité et une ambiance good vibes et multi générationnelle. Le public du Bout Du Monde est fidèle à cet état d'esprit et se rue sur les billets dès leur mise en vente. On pourrait presque parler d'abonnés ou de communauté du Boudu. Rarement disponible début août, je n'ai pu profiter du festival qu'une poignée de fois seulement, mais je garde en mémoire des concerts splendides: Manu Dibango, Matmatah, Robin Foster & Dave Pen, Technobrass, Calexico and Iron & Wine ou encore Stephan Eicher & Traktokestar pour ne citer qu'eux. Cette année, j'ai pu me libérer et venir jusqu'à Crozon pour la journée du samedi qui flashait sur mon radar depuis l'annonce de la programmation. Direction la presqu'île, c'est parti !
Il y a trois scènes au Boudu : la scène Landaoudec, la plus important où se produisent les têtes d'affiche, ainsi que le chapiteau Cabaret de Seb' et la scène François Kermarrec, deux espaces où les groupes programmés assurent 2 passages par jour. En entrant sur le site, je retrouve la déco plutôt rustique du festival. Des panneaux de bois, du fait main, pas d'écrans sur les scènes : un minimaliste qui donne au Bout du Monde un aspect artisanal qui convient à tous ici. Mais surtout pas de méprise, derrière cette simplicité affichée et assumée se cache une organisation bien rodée et une grande tribu de fidèles bénévoles qui œuvrent chaque année pour le bon fonctionnement du Boudu. En me dirigeant vers le premier concert de la journée, je longe une palissade du festival qui regroupe les affiches et les photos des précédentes éditions, sympa !
Je commence avec Dieuf-Dieul de Thiès qui ouvre la journée sur la scène F. Kermarrec. Le groupe sénégalais formé en 1979, séparé au bout de 4 ans et reconduit en 2015 est un petit phénomène ne serait-ce que de part son histoire. Le line-up n'est plus le même qu'il y a 46 ans, seul Bass Sarr, membre fondateur, reste à la baguette du collectif constitué de plusieurs chanteurs et musiciens sénégalais. Leur Afro/Jazz est parfaitement réalisé et s'inscrit dans le sillage du grand Manu Dibango entre autres. Le groupe est peu bavard et l'annonce dès le départ : «Les paroles sont inutiles laissons la place à la musique...». Après 32 ans de silence ! Démarrage idéal malgré quelques soucis techniques, le tout sous un magnifique soleil breton.
Direction la grande scène Landaoudec pour Ayo. En mode intimiste, piano, guitare et contrebasse, la belle chanteuse allemande va enchanter le public avec ses balades folks teintées de soul. Throw It Away, Wildfiya, Tears Of Joy... La voix est parfaite et, chose que j'aime beaucoup, elle n'en fait pas des caisses alors que franchement elle pourrait. On est dans le suave, la contemplation, douceur, calme et volupté. Souriante, attachante, lorsqu'elle raconte sa relation lointaine avec son fils et ses ruses pour le suivre à distance sur les réseaux sociaux, Ayo a enchanté le Bout du Monde qui lui aura offert une belle ovation après le fameux Down On My Knees qui clôture son set.
Le Mefisto Brass marche dans les pas de Meute, la fanfare allemande célèbre pour ses ambiance techno. Musique éléctro oui, mais interprétée à coup de percussions et de cuivres. Un résultat détonant qui aura soulevé le public de la scène Kermarrec et celui du Faou, de Landevennec, Lanvéoc, Telgruc et Roscanvel où les intenables milanais se sont produits depuis jeudi en concerts "hors les murs".















































