vendredi 5 décembre 2025

The Chameleons @ Cabaret Vauban, 4 décembre 2025 - Brest

Je ne vais pas vous raconter d’histoires : The Chameleons, dans les années 80, je suis complètement passé à côté. J'étais trop jeune peut-être… J’écoutais plutôt U2, Talk Talk, The Cure ou Depeche Mode.
Plus tard, quand j’ai fini par plonger dans le post-punk, j'allais plutôt vers Joy Division, Killing Joke ou The Opposition. Bref : The Chameleons n’étaient pas familiers à mes oreilles. Néanmoins, je savais que le groupe avait sorti des albums importants et lorsque la date du Vauban a été annoncée, j'ai eu la nette impression que ce serait une erreur de pas y être. Je me suis donc plongé plusieurs semaines dans la discographie du groupe (il n’est jamais trop tard pour écouter de la bonne musique !)... Il ne restait plus qu'à y aller.

Pas de première partie : le concert démarre à 20h45, malheur aux retardataires ! Le Vauban est archi-complet et l’enthousiasme est palpable. Ce soir, la moyenne d’âge frôle la soixantaine, il y a beaucoup de fans de la première heure. De la formation originelle des Chameleons, il reste ne reste que Mark Burgess — alias Vox — (chant et basse), et Reg Smithies (guitare). Le binôme historique est désormais entouré de Todd Demma (batterie), Danny Ashbury (claviers) et Stephen Rice (guitare). Le set s’ouvre avec Where Are You ?, titre issu de Arctic Moon, cinquième album studio du groupe — cinq albums en trente-cinq ans d’existence, entrecoupés de séparations et de reformations. Sur la pochette, on retrouve cet artwork immédiatement reconnaissable, mélange de psyché et de poésie, propre aux Chameleons. Un style graphique qui ressemble un peu à celui de Ange et qui me rappelle les couvertures des romans de Barjavel. Retour au concert, l’ambiance est excellente dès les premières secondes...comme souvent au Vauban. Guitare-basse en bandoulière, Vox en impose : visage sévère, voix impeccable, regard perçant. Je lui trouve justement un petit air de Jaz Coleman, le charismatique leader de Killing Joke.



Les anciens titres ne tardent pas et Perfume Garden, que Vox dédie à John Peel, me donne les premiers frissons. Les nouveaux morceaux tiennent carrément la route : Lady Strange, Feels Like the End of the World, Saviours Are A Dangerous Thing — dédicacée à Trump, Farage et Le Pen (“don’t believe them!”, lance Vox en introduction) — et surtout David Bowie Takes My Hand, magnifique ballade de près de dix minutes, avec ces accords de guitare douze cordes qui rappellent clairement l’intro de Space OddityJuste avant, Vox explique que cette chanson lui a “sûrement sauvé la vie”. On n’en saura pas plus. 

 

Autres grands moments du concert : les magnifiques Paradiso (sur laquelle on mesure toute l’influence des Chameleons sur des groupes comme Interpol, White Lies ou Editors), Swamp Thing et Soul Isolation, que Vox allonge de multiples incursions/snippets. Parmi celles que j’ai reconnues : The End des Doors, Eleanor Rigby des Beatles et There Is a Light That Never Goes Out des Smiths. Vox dégouline de sueur (il fait toujours chaud au Vauban!), il mime un tir de précision et murmure "Diamond Bullet Through The Head...", le public ne s'y trompe pas et acclame haut et fort ce passage très intense du show. Il s'est passé un truc comme on dit !



Le temps est passé vite, le groupe quitte la scène puis revient pour un rappel superbe qui retourne littéralement le Vauban : quatre titres issus de Script of the Bridge, l’album phare du groupe, encore aujourd’hui un album majeur du post-punk. Moi qui me suis éloigné du bord de scène, je constate que même tout au fond du Vauban, jusque dans les escaliers, les gens chantent et applaudissent sur Monkeyland et Second Skin. L’apothéose arrive avec Don’t Fall, hymne post-punk par excellence, qui n’a pas pris une ride en plus de quarante ans. Grosse ambiance. Excellent concert. 
J'étais passé à côté des Chameleons à l'époque, merci au Vauban pour cette belle session de rattrapage !

Jérôme



samedi 1 novembre 2025

Jay-Jay Johanson @ La Carène, 31 octobre 2025 - Brest

J'ai découvert Jay-Jay Johanson en 2002, avec l’album Antenna. Je revois encore cette pochette intrigante : le Suédois torse nu, maigre, coupe orange néo-punk – un brin dérangeant, forcément fascinant. Musicalement, c’était déjà un bijou d’électro et de trip-hop sophistiqué, porté par I Want Some Fun, morceau obsédant digne de I’m Deranged de Bowie.
Il m’aura fallu plus de vingt ans pour enfin le voir sur scène. Hier soir, à La Carène de Brest, l’attente a été récompensée au-delà de toutes espérances.

C'est Jung & I, le projet de Soaz Lescop, qui assurait la première partie. Une prestation tout en douceur, avec des synthés aériens, des boucles électroniques et une belle voix en écho. J'ai trouvé l'instant relaxant et apaisant. Je ne sais pas si c'était l'intention première, mais c'est vraiment l'effet que ça m'a fait : un très joli moment, tout simplement, et une mise en condition idéale pour le concert de Jay-Jay Johanson.

Dès l’ouverture avec le superbe Finally, posé sur la Symphonie n°3 de Brahms – celle que Gainsbourg avait utilisée pour Baby Alone in Babylone – le ton était donné : classe, émotion et perfection dans le chant. On sent le crooner suédois concentré, et il le restera jusqu'à la fin.
Vient ensuite So Tell the Girls That I Am Back in Town, extrait de son tout premier album Whiskey (1996), qui a ramené instantanément les fidèles à la source.

 

La set-list trouve d'ailleurs un bel équilibre entre anciens morceaux et titres récents, comme le superbe It’s Not Time Yet issu de Kings Cross (2019) ou encore Smoke, tiré de Backstage, son dernier album sorti en mai cette année. Tantôt crooner jazzy, tantôt virtuose du trip-hop feutré, accompagné de deux excellents musiciens, Jay-Jay Johanson nous transporte d'album en album avec une facilité et une maîtrise impressionnantes. Le public est attentif et respectueux, puis chaleureusement expressif dès les dernières notes des morceaux.
Le moment suspendu qui a parfaitement illustré cela : le sublime Whispering Words, chanté a cappella dans un silence total avant une vibrante ovation tellement méritée. Magnifique !

 

Le concert se poursuit, et la douceur continue avec How Long Do You Think We’re Gonna Last, une ballade splendide toute en retenue, puis Milan, Madrid, Chicago, Paris, où Jay-Jay Johanson me fait penser à Dominique A, à mon sens le seul artiste français capable de se mesurer à la délicatesse et à la beauté des compositions du Suédois. En fin de set, les savoureux Heard Somebody Whistle et Believe in Us viennent cueillir le public une dernière fois avant le rappel.


Retour sur scène et cadeau pour le public français, qui l'apprécie tant, avec L'Amour est Bien Plus Fort Que Nous, reprise plus que parfaite de cette très belle chanson de Francis Lai et Pierre Barouh. Quand on a du talent, on peut se frotter à tout. Le concert se clôt sur I’m Older Now, véritable symphonie finale et majestueuse. Jay-Jay Johanson se lâche, sourit et sautille comme un enfant à qui l'on offre un jouet. Alors que l'on pense le concert terminé, l'artiste s'offre un vrai bain de foule et de joie sur “My Way” version Sid Vicious diffusée en fond sonore. Un moment à la fois étonnant et mémorable, avant de tirer sa révérence.

Pas de I Want Some Fun ce soir ? Qu’importe ! Le concert était magnifique, vraiment.

Jérôme


dimanche 19 octobre 2025

Mademoiselle K @ La Loco, 18 octobre 2025 - Quimperlé

Samedi soir à La Loco de Quimperlé, on a parlé de Chihuahua, de Patrice, de l'Isole, d'une tortue de mer, de force... il s’en est passé, des choses ! Ceux qui étaient là savent...et la salle était pleine à craquer — une habitude pour les concerts de Mademoiselle K, pourtant loin des codes de l’industrie musicale et du business qui l'entoure mais qui possède un public fidèle, présent depuis près de vingt ans, prêt à vibrer à chaque nouvelle tournée.

Après une première partie assurée par Eva Hélia (que j’ai malheureusement ratée, n’arrivant qu’à la fin de son set), le concert démarre avec trois titres en anglais, avant d’enchaîner avec l’excellent J'rêve d’un CRS, tout en muscle. Mademoiselle K alterne basse et guitare et partage avec humour sa journée à Quimperlé. Pas triste (le Patrice 😁)! Le public accueille chaleureusement les deux nouveaux titres joués ce soir : G Buggé et Amour Moitié. La setlist explore cinq de ses six albums studio, avec une nette préférence pour Hungry Dirty Baby, dont huit morceaux sont interprétés, dont les superbes R U Swimming ? et Someday, ma préférée.



Entourée de musiciens complices et impeccables, Mademoiselle K enchaîne les titres avec maîtrise. Au coeur du set, elle nous lit un poème de Cécile Coulon, Ma Force, un texte émouvant qui lui correspond parfaitement : courageuse, entière, solide et à fleur de peau. Alors que le concert touche à sa fin, et même si elle l'a suggéré sourire en coin, personne n’a douté qu’elle jouerait les incontournables Ça me vexe et Final, toujours aussi puissants. Pour conclure en beauté, Jalouse est offert en rappel, repris en chœur par le public.


Mademoiselle K signe un concert sincère et intense, faisant preuve, encore une fois, d'une qualité qui ne faiblit jamais et confirmant son lien unique avec ses fans. 

Jérôme

samedi 18 octobre 2025

Sprints + The Undertones @ Carnavalorock 2025

La date était cochée depuis un bail sur mon agenda. Une fois la semaine de boulot bouclée, cap sur le Carnavalorock de Saint-Brieuc, avec deux groupes dans le viseur : Sprints, que je voulais absolument revoir après leur superbe passage au festival God Save The Kouign de Penmarc’h, et The Undertones, groupe culte que j’étais curieux et impatient de découvrir sur scène. Bref, j’étais au taquet !

Le Carnavalorock ne se résume évidemment pas à ces deux concerts. Ce vendredi, Poézie ZéroLofofora et Krav Boca complétaient la programmation, tandis que le samedi affiche Les LimiñanasLes Hurlements de LéoDidier SuperDrama KingSilmarils et Frustration. Une très belle programmation, cohérente et alléchante, fidèle à l’ADN punk rock du festival. Un tour de force à saluer, par les temps qui courent, monter un tel événement relève presque de la prouesse. Le contexte économique est ultra tendu pour les structures et associations culturelles. Le président du festival, Sam Burlot, rappelait d’ailleurs cette semaine à quel point l’avenir du Carnavalorock restait fragile, dépendant avant tout du soutien du public. Le meilleur moyen de le préserver ? Y aller, tout simplement. Les artistes, eux, ont aussi joué le jeu en proposant des cachets raisonnables. Une vraie bataille à mener sur tous les fronts.

Depuis son passage à Penmarc’h, Sprints a sorti un deuxième album, All That Is Over : un disque plus abouti et travaillé que le précédent, déjà excellent. Sur scène, Karla Chubb, véritable pièce maîtresse du groupe, irradie tout. Puissante, magnétique, elle éclipse presque totalement ses trois camarades. Pas intimidée pour un sou par un public un peu calme en début de set, il ne lui a fallu que quelques instants pour embraser la salle Robien, retournant le public aussi facilement qu'une vieille poche de caban. Circle pit, slam, pogo, chant dans la foule… Karla Chubb a donné de sa personne et le public a suivi dans une énergie contagieuse. Mention spéciale aux sublimes Something Is Gonna Happen, Heavy et Coming Alive. Excellente prestation.



  

Je vais être honnête : je connais The Undertones surtout pour leur tube Teenage Kicks, considéré par le grand John Peel comme le meilleur single de tous les temps. Et pour leur premier chanteur, Feargal Sharkey, au faciès de boxeur. Lui a quitté le navire depuis belle lurette, parti vers la variété, tandis que ses anciens compagnons sont restés droits dans leurs Doc’. Au début des années 2000, Paul McLoone a repris le micro, et c’est donc un groupe qui affiche près de cinquante ans de carrière au compteur qui s’est installé sur scène vers 22 heures.


Quelle énergie ! J’ai eu la banane du début à la fin. Jimmy Jimmy, Boys Will Be Boys, You’ve Got My Number, It’s Going To Happen, My Perfect Cousin, le fameux Teenage Kicks — tout s’enchaîne à un rythme effréné, à la manière des Pixies, presque sans temps mort. Michael Bradley, à la basse, se moque gentiment du nom du groupe Sprints, qu’il prononce à la française — petite pique amicale entre Nord-Irlandais de Derry et Irlandais de Dublin. À moins qu'il rigolait de l'accent français, ce qui n'est pas impossible. Le set, d’abord pop/rock, vire peu à peu au punk rock. Paul McLoone chante impeccablement et se démène sur scène à coup de pied levé et déhanché. Les frères O’Neill assurent à la guitare, jouent vite et sans forcer (en tout cas c'est l'impression qu'ils renvoient), et Billy Doherty martèle la batterie avec une précision redoutable. De véritables Ramones britanniques ! Le public est hyper réceptif, slame et pogote dans la bonne humeur jusqu’au final sur Get Over You. Les Undertones ont été épatants et quittent la scène sous une ovation méritée. Bravo !


C’était ma première fois au Carnavalorock, et j’y ai passé un excellent moment. L’occasion aussi de retrouver une belle bande de copains, dont Fabrice, membre du staff et responsable des Undertones pour leur venue (adorables de bout en bout, d’ailleurs). En vrais gentlemen, ils n’ont pas manqué de le remercier chaleureusement à la fin du set. Une belle preuve du professionnalisme et de gentillesse de ces “vieux” punk rockers, mais aussi de la qualité du festival, en termes d'accueil et d'attention apportée aux artistes. Longue vie au Carnavalorock ! 

Jérôme

vendredi 10 octobre 2025

HERMAN DUNE @ Cabaret Vauban, 9 octobre 2025 - Brest

Un retour très attendu

Installé à San Pedro, en Californie, depuis 2015, David Ivar Herman Dune reste très attendu en France. Les dates de sa nouvelle tournée affichent déjà presque toutes complet — une reconnaissance amplement méritée pour cet artiste aux multiples talents, dont la simplicité, le style et les chansons touchent durablement un public fidèle. Dans un cabaret Vauban archicomplet, il faisait chaud, très chaud, pour le grand retour de Herman Dune dans la cité du Ponant, seize ans après son dernier passage. Malgré la température, le songwriter a gardé son bonnet tout au long du concert — « comme sur la pochette d’Odysseùs », son dernier album, a-t-il précisé. Tel un Ulysse revenant à Ithaque, Herman Dune avait des histoires à raconter, et nous étions tout ouïe.

Seul en scène, tout en sincérité

Non sans quelques péripéties pour se garer dans le quartier du Vauban en travaux, nous arrivons à la fin du set de Savanah, qui ouvrait la soirée. Le changement de plateau nous laisse tout juste le temps de nous faufiler dans la salle bondée, et le concert commence.
La tournée reprend le format intimiste de celle de 2022 (où nous l'avions vu au Sew de Morlaix), seul en scène, quelques lumières chaudes pour l’ambiance, et toute la sincérité d’un artiste qui n’a besoin de rien d’autre. Odysseùs est joué presque dans son intégralité. Le violon, très présent sur l’album, est remplacé par l’harmonica, la guitare, le chant ou le sifflement. À l’instar de The Cassette Tapes ou The Portable Herman Dune, tout est livré dans une version brute, dépouillée, qui lui sied à merveille.



Entre confidences et émotions

Toujours aussi attachant, David Ivar se confie entre les morceaux : sa vie à San Pedro, ses trois chats noirs, son mariage récent, ses tourments, et ces grues portuaires brestoises qui lui rappellent celles de chez lui. Le public est conquis, répond par des applaudissements nourris et des bravos de plus en plus enthousiastes. Les frissons montent sur les magnifiques My Home Is Nowhere Without You, Head Against The Wall, Your Name/My Gameet bien sûr l’incontournable I Wish That I Could See You Soon, sans doute son titre le plus emblématique. Mention spéciale pour Holding A Monument, 369 The Sun Gon’ Shine et Into The Darkness Indeed, trois perles qui résument à elles seules la musique d’Herman Dune : une folk lumineuse, teintée de blues, oscillant entre mélancolie et espoir.



La Bretagne dans le cœur

La fin de set est splendide avec, Black Dog et Not On Topoffertes à la demande insistante d’un public visiblement heureux — et au très bon goût. Le rappel ne se fait pas attendre : deux derniers titres joués dans la pénombre viennent clore une setlist impeccable et une soirée parfaite en tous points.
La Bretagne aime Herman Dune, et Herman Dune le lui rend bien. Après Rennes, Nantes et Brest, le chanteur reprendra la route vers Lorient, puis Morlaix, avant de poursuivre sa tournée en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne, avant, à la fin du voyage, de retrouver sa Pénélope et ses compagnons à quatre pattes.

Jérôme


samedi 27 septembre 2025

Marcel Et Son Orchestre @ Espace Avel Vor, 26 septembre 2026 - Plougastel-Daoulas

Premier concert de la saison placé sous le signe de la fête et de la joie ! Vendredi soir, à l'Avel Vor de Plougastel, c'était le Carnaval de Dunkerque, puisque comme à chaque fois, les fans de Marcel Et Son Orchestre s'étaient parés des leurs plus beaux effets : legging panthère, perruques fluos, survet' coloré, chapeau vache et accessoires kitchs, afin d'accueillir comme il se doit le célèbre groupe du Pas-de-Calais. Après un DJ Set haut en couleur des excellents Gomina & Dj Momo, Marcel Et Son Orchestre (MESO pour les intimes) entre en scène sur la musique des Dalton de Joe Dassin et sous les vivas du public. Franck au chant, alias Mouloud, propose d'entrée de jeu deux options de concert : soit fin et distingué, soit mauvais goût et bourrin... évidement, y'a pas eu photo et clairement, on attendait que ça !

Chez Milouze En Live, nous pratiquons Marcel Et Son Orchestre depuis un bail. Cela fait une trentaine d'années à peu près que nous suivons de près la belle épopée de ce groupe atypique et jamais ennuyeux. De leur changements de chanteur sur les premiers albums en passant par la triste disparition de Agaboumboum, le batteur, en 2009, des concerts de folies en Bretagne dans les années 1990 et 2000 aux adieux en grandes pompes en 2012, du retour sur scène en 2017 jusqu'à la sortie d'un nouvel album en février de cette année. Nous avons beaucoup de beaux souvenirs avec eux : Le Vauban, Les Irréductibles de Plougrescant, Braspart et L'Olympia, pour en citer quelques uns. Bref, le temps passe et les Marcels sont toujours là à nous faire oublier les tracas du quotidien. Comme à chaque fois, c'est au beau milieu d'un public chaud bouillant que nous retrouvons avec un plaisir non dissimulé Mouloud, Bouli, JB, Tof, Bidingue, Tibal et James, reboostés par la sortie de C'est Pas À Vous Que Ça M'Arriverait, leur 8ème album studio.



Quelle ambiance encore une fois ! Au bout de vingt minutes, il devait faire au moins 30 degrés dans la salle ! Par où commencer ? Chorégraphie country, défilé de fans sur scène, chenille, assis/debout, slams non stop, et ce formidable concours de percussions sur ventre sur Ma Boudinette : l'éclate était totale ! Et ce ne sont pas les petits soucis techniques de début de set (qui ont visiblement gêné le groupe), qui ont calmé les ardeurs du public. Il faut dire que la setlist était belle et les Marcels très en forme. Mouloud, en meneur de revue, a une nouvelle fois occupé l'espace et les interludes, mettant tout en œuvre pour motiver ses troupes. L'annonce toute fraîche de la condamnation d'un ex-président a visiblement fait son petit effet sur l'infatigable chanteur des Marcels qui n'a jamais caché ses orientations politiques et qui est toujours prompt à défendre les injustices sociales et à dénoncer les magouilles de nos dirigeants. Il ne se privera pas d'y faire allusion à plusieurs reprise durant le show, quand ce ne sont pas les chansons elles-mêmes qui en parlent de façon plus ou moins frontale.



Pas de temps mort, Stigmatisez-Moi, Autocentré, Maudit Karma, Quand On Sait Pas Dire Non, L'Empathie, les nouveaux titres trouvent parfaitement leur place entre les grands classiques du groupe tels que Médiseuse, Tout L'Temps T'Aimer Toujours, Femme Mûre et l'incontournable 62 Méfie-Te. À noter également Le Mouton Kabyle, reprise des Satellites et version adaptée de Land Of 1000 Dances du grand Wilson Pickett, que MESO s'approprie à merveille sans omettre le fameux "One, Two, Three..." en intro, un régal ! On s'approche de la fin du set quand Mouloud nous annonce un dernier quart d'heure punk bourrin... mais on est déjà en sueurs là ! Enchaînement effectivement trèèèès costaud avec Comme Un Balai, À Qui cela Profite ?, Les Neurones À Crètes et Raoul Et Alain qui retournent totalement l'Avel Vor.



Le groupe n'en a pas complètement terminé avec les bretons. On reste sur les mêmes bases avec un rappel qui débute par Où Sont Passées Mes Pantoufles, repris en chœur par toute la salle. Sitôt terminé, c'est le fameux bateau gonflable qui apparait avec à son bord un valeureux marin casqué pour se protéger en cas de naufrage, c'est l'heure de Brrr...(au début elle est froide). Le bateau tangue mais tient la marée (humaine), on ne regarde même plus le groupe, on est trop occupé à maintenir le bateau à flot, c'est toujours un moment génial ! Après une magnifique chenille géante sur Soirée Ferrero, qui nous aura donné l'occasion de croiser tout le monde et de constater à quel point les gens avaient l'air heureux et à quel point le public était multi générationnel, le concert des Marcels se termine sur Les Vaches, un rituel depuis plus de 25 ans !



Ovation, chaleur, sourires, Marcel Et Son Orchestre et la Bretagne c'est une histoire d'amour solide qui s'étend sur 35 ans maintenant et qui continue visiblement. Le concert était pêchu, l'ambiance chaude et joyeuse et les nouveaux morceaux joués ont apporté beaucoup à la setlist. Un excellent concert tout simplement d'un groupe qui donne toujours beaucoup sur scène et à son public qui le lui rend bien. Et pour reprendre l'ouverture parlée de Sale Batard !, le premier album du groupe : "Dans l'époque que nous vivons et dans le stress de la vie actuelle, Marcel Et Son Orchestre est une nécessité !"


Après le spectacle, la fête a continué dans le hall et les couloirs de l'Avel Vor qui célèbre ses 20 ans cette saison. Distribution gratuite de gâteaux, animation avec l'after de Gomina et DJ Momo, rencontre avec le groupe, échanges entre fans et entre amis : une soirée parfaite en somme !

Jérôme & Aurélie

dimanche 3 août 2025

Festival du Bout du Monde 2025 - Samedi

Très heureux de revenir au Bout Du Monde pour cette 25ème édition. Ce festival, qui n'a jamais augmenté sa jauge (20 000/jour), est complet chaque année et bénéficie d'une réputation très solide grâce à une programmation métissée de qualité et une ambiance good vibes et multi générationnelle. Le public du Bout Du Monde est fidèle à cet état d'esprit et se rue sur les billets dès leur mise en vente. On pourrait presque parler d'abonnés ou de communauté du Boudu. Rarement disponible début août, je n'ai pu profiter du festival qu'une poignée de fois seulement, mais je garde en mémoire des concerts splendides: Manu Dibango, Matmatah, Robin Foster & Dave Pen, Technobrass, Calexico and Iron & Wine ou encore Stephan Eicher & Traktokestar pour ne citer qu'eux. Cette année, j'ai pu me libérer et venir jusqu'à Crozon pour la journée du samedi qui flashait sur mon radar depuis l'annonce de la programmation. Direction la presqu'île, c'est parti !

Il y a trois scènes au Boudu : la scène Landaoudec, la plus important où se produisent les têtes d'affiche, ainsi que le chapiteau Cabaret de Seb' et la scène François Kermarrec, deux espaces où les groupes programmés assurent 2 passages par jour. En entrant sur le site, je retrouve la déco plutôt rustique du festival. Des panneaux de bois, du fait main, pas d'écrans sur les scènes : un minimaliste qui donne au Bout du Monde un aspect artisanal qui convient à tous ici. Mais surtout pas de méprise, derrière cette simplicité affichée et assumée se cache une organisation bien rodée et une grande tribu de fidèles bénévoles qui œuvrent chaque année pour le bon fonctionnement du Boudu. En me dirigeant vers le premier concert de la journée, je longe une palissade du festival qui regroupe les affiches et les photos des précédentes éditions, sympa ! 

Je commence avec Dieuf-Dieul de Thiès qui ouvre la journée sur la scène F. Kermarrec. Le groupe sénégalais formé en 1979, séparé au bout de 4 ans et reconduit en 2015 est un petit phénomène ne serait-ce que de part son histoire. Le line-up n'est plus le même qu'il y a 46 ans, seul Bass Sarr, membre fondateur, reste à la baguette du collectif constitué de plusieurs chanteurs et musiciens sénégalais. Leur Afro/Jazz est parfaitement réalisé et s'inscrit dans le sillage du grand Manu Dibango entre autres. Le groupe est peu bavard et l'annonce dès le départ : «Les paroles sont inutiles laissons la place à la musique...». Après 32 ans de silence ! Démarrage idéal malgré quelques soucis techniques, le tout sous un magnifique soleil breton.


Direction la grande scène Landaoudec pour Ayo. En mode intimiste, piano, guitare et contrebasse, la belle chanteuse allemande va enchanter le public avec ses balades folks teintées de soul. Throw It Away, Wildfiya, Tears Of Joy... La voix est parfaite et, chose que j'aime beaucoup, elle n'en fait pas des caisses alors que franchement elle pourrait. On est dans le suave, la contemplation, douceur, calme et volupté. Souriante, attachante, lorsqu'elle raconte sa relation lointaine avec son fils et ses ruses pour le suivre à distance sur les réseaux sociaux, Ayo a enchanté le Bout du Monde qui lui aura offert une belle ovation après le fameux Down On My Knees qui clôture son set. 




Troisième concert et troisième scène avec Robert Finley sous le chapiteau de Seb'. Reconnu sur le tard ce Bluesman aveugle venu de Louisiane arrive guidé sur scène par sa fille Christie qui chante avec lui. Une entrée hésitante juste quelques secondes car cet enfant du Bayou qui affiche désormais 71 ans au compteur se déhanche et bouge comme un beau diable. Grosse présence, un capital sympathie indéniable auprès du public, une voix faite pour chanter le blues, la mayonnaise prend immédiatement. De là où je me situe je lui trouve un air de Samuel L. Jackson à la sauce B.B. King. Du blues à la Bill Deraime pour prendre une référence nationale. Medecine Woman, I Just want To tell You, I Can feel Your Pain,... Autant de titres qu'on pourrait déjà prendre pour des standards. Le set ne dure que 40 minutes, c'est court mais c'est le jeu sur cette scène, le Bluesman reviendra finir le job au même endroit à 23h pour une seconde représentation.


 

Petite balade sur le site, le temps de prendre une Coreef Blonde Bio (il fait chaud !) et de profiter des jongleurs ou des fanfares répartis sur le festival. Je constate une fois encore que le Bout du Monde réunit toutes générations, du bébé de quelques semaines aux septuagénaires confirmés, on trouve d'ailleurs une garderie sur place (pour les enfants pas pour les septuagénaires...).



De retour devant la grande scène, j'ai le plaisir de croiser  mon "vieux" camarade Erwann et son épouse (quand on se connait depuis plus de 30 ans, on a le droit de dire vieux camarade), avec qui j'échange quelques bons souvenirs. Rapidement nous en venons à parler de concerts et de festival et notamment du Festival La Corde Raide. Erwann fait partie du staff du festival qui se déroule à Pont-Château et garde toujours une oreille et un œil alertes sur les artistes pouvant y être programmés et nos échanges sont toujours enrichissants. Cela fait un moment que j'observe avec envie la programmation Rock/Blues de La Corde Raide et il faut que je pense sérieusement à y aller. Avec un pote sur place, y'a pas d'excuse !

On ne présente plus Altin Gün, véritable référence du rock psyché sauce turque depuis bientôt 10 ans. Changement majeur pour la formation néerlandaise avec le départ il y a un an de la charismatique chanteuse Merve Daşdemir. On pouvait alors s'interroger sur le nouveau visage du groupe qui a fait le choix de ne pas la remplacer, laissant Erdinç Ecevit Yildiz seul au chant. Inquiétudes rapidement balayées, Altin Gün, bien que plus statique (Erding Ecevit Yildiz joue aussi du saz et du clavier) est toujours aussi bon. La sensation est différente, on est finalement plus face à un groupe là où Merve Daşdemir captait une grande partie de l'attention. Un peu plus focus sur le jeu des musiciens du coup, on se rend bien compte à quel point ils maîtrisent leur sujet. Très bon concert.


Le Mefisto Brass marche dans les pas de Meute, la fanfare allemande célèbre pour ses ambiance techno. Musique éléctro oui, mais interprétée à coup de percussions et de cuivres. Un résultat détonant qui aura soulevé le public de la scène Kermarrec et celui du Faou, de Landevennec, Lanvéoc, Telgruc et Roscanvel où les intenables milanais se sont produits depuis jeudi en concerts "hors les murs". 



Je partage ce créneau avec le concert de Maija Kauhanen sous le chapiteau. Cette one woman show finlandaise vaut le détour car son concert est un véritable ovni musical baignant dans le traditionnel et le baroque. Percussions, carillons de coquillages, de pierres, ustensiles de cuisine et surtout ce magnifique kantele (instrument traditionnel finlandais) qu'elle manipule avec une aisance déconcertante tout en maintenant un chant assez élevé. Belle parenthèse dépaysante, le voyage continue !



C'est l'heure de manger, il y a 22 stands de nourritures sur site ! On a hésité un peu quand même et notre choix s'est porté sur Listo Papito et ses spécialités d'Amérique Latine Bio. 
C'était franchement délicieux ! 


J'avais vraiment hâte de voir Orange Blossom. Je connais peu ce groupe mais je sais qu'il jouit d'une excellente réputation sur scène. Pour preuve, le collectif nantais est soutenu depuis longtemps par l'illustre Robert Plant et a assuré à plusieurs reprises ses premières parties de concert, encore cette année. Maria Hassan a remplacé Hend Ahmed Hassan qui officiait au chant depuis plus de 10 ans. Autour d'elle, le noyau dur du groupe est constitué de Pierre-Jean Chabot le violoniste punk intenable et de Carlos Roblès Arenas à la batterie. Musicalement, ce fût un régal du début à la fin, j'ai trouvé Orange Blossom captivant. Un métissage parfait entre lyrisme oriental et vibrations électro puissantes. Cela m'a beaucoup fait penser à Archive version métissée. Le public est hyper réceptif et réagit à la moindre estocade de violon et à chaque décollage rythmique. La prairie Landaoudec se transforme en un nuage de poussière sous les sauts des festivaliers, que même le drapeau géant de la Palestine, déployé dans le public pendant le set, ne pourra contenir. Superbe concert !




Il a beau soutenir l'équipe de foot du Havre depuis qu'il habite en Normandie (il a même écrit une chanson sur le stade Océane dans son dernier album solo), le club de cœur de Pete Doherty reste et restera les Queens Park Rangers. Pour preuve, le fanion des QPR est méticuleusement posé sur l'ampli qui trône sur la scène où tout le monde attend The Libertines. Pour ma part, je retrouve Carl Barât, Gary Powell, John Hassall et Peter Doherty 9 ans après leur très bon concert aux Vieilles Charrues. Le temps passe vite ! Le concert a démarré fort avec Up The  Bracket, titre phare de leur premier album sorti en 2002. C'est le moment que choisit mon appareil photo, dont le zoom souffrait depuis un moment, pour rendre l'âme. Damned ! Je bascule sur mon téléphone portable pour faire quelques photos mais la qualité est moindre. Le groupe a l'air plutôt en forme et la complicité entre les deux leaders du groupe est visible, tant mieux ! Après une petite accalmie, le set reprend de l'intensité dès les premières notes du "Kinksien" What Katie Did, l'enchaînement avec Shiver et Merry Old England est parfait. Je ne suis pas idéalement placé, autour de moi ça rigole et bavarde, c'est un festival je comprends, mais du coup j'ai du mal en rentrer dans le concert. et je décide de reculer pour la seconde moitié de set. De là où j'arrive à me poster, assez loin et sur le côté, le son est plutôt mauvais, ce qui n'arrangera pas mon affaire. Run Run Run, Times For Heroes, Gunga Din, et pour finir Can't Stand Me Now et Don't Look Back Into The Sun, la set list est irréprochable pourtant, j'ai trouvé le set un peu "pépère". Peut-être est-ce juste un problème de ressenti car je ne suis jamais vraiment rentré dedans malgré tout le bien que je pense du groupe. J'étais peut-être trop attentif au beau milieu de cette ambiance un peu dissipée de festival.


 


Le Boudu continue encore demain mais sans moi. Ce fût une très belle journée de festival, une ballade sonore et visuelle qui nous a conduit du Sénégal au Royaume-Uni en passant par l'Allemagne, les Pays-Bas, la Turquie, l'Italie, la Finlande et la France... Tout ça en 8 heures ! 
Il est temps de poser la valise maintenant !