lundi 14 novembre 2022

Herman Dune + Quinquis @ Sew, 13 novembre 2022 - Morlaix

Le lieu tout d'abord : Le Sew, ancienne manufacture des tabacs qui regroupe aujourd'hui trois structures culturelles morlaisiennes. Un écrin superbe qui convient parfaitement à la tournée de Herman Dune qui l'aura amené à jouer dans des salles conventionnelles mais aussi des endroits atypiques tels que haras, base sous-marine, église et autres lieux insolites. 

L'artiste ensuite : David Ivar Herman Dune, désormais seul aux commandes du groupe qui porte son nom (crée avec son frère André Herman Dune aka Stanley Brinks) et qui compte une vingtaine d'albums au compteur en autant d'années d'activité. Cette tournée est un véritable évènement à plus d'un titre. Exilé aux Etats-Unis, Herman Dune se fait désormais rare en France (sa dernière tournée date d'il y a 10 ans) et chacun de ses concerts est précieux. Faut-il le rappeler, il est une référence du mouvement anti folk, multi instrumentiste, créateur de son propre Label (Santa Cruz Records), touche à tout et artiste complet dont le talent et l'inspiration semblent inépuisables. Autant de bonnes raisons qui rendent ce rendez-vous incontournable.

En ouverture de soirée Quinquis, le projet d'Emilie Tiersen accompagnée sur scène par le producteur anglais Gareth Jones, orfèvre de Some Great Reward, Black Celebration de Depeche Mode et de Turn On The Bright Lights d'Interpol pour ne citer qu'eux. Une invitation à la méditation, essentiellement en breton, où les histoires chantées sont soutenues par des voûtes électroniques travaillées avec une précision d'horloger. La génèse des textes est expliquée avec soin. On y parle de femmes, de volonté, de solidarité. L'auditoire est attentif, respectueux, comme pour mieux s'imprégner de cette ambiance assez mystérieuse et surprenante. L'identité est forte, teintée d'une spiritualité oscillant entre racines bretonnes et modernité. Après la cover Take My Breath Away, du groupe Berlin, le set s'achève sur Te, délicate déclaration d'amour d'une mère à son petit garçon. 

 

C'est sur une musique de western qu'entre en scène Herman Dune, décontracté, un verre de bière à la main pour la dernière date bretonne de sa tournée faite à l'image de son dernier album The Portable Herman Dune Vol.1 (3 volumes sont annoncés). Une tournée comme un véritable regard sur sa discographie, une rétrospective de titres dénudés, interprétés seul à la guitare sans artifices comme il aime le faire, que ce soit lors de concerts hebdomadaires sur les réseaux sociaux ou autour de chez lui à San Pedro, Californie. La salle est pleine et immédiatement enthousiaste. Les lumières chaudes des  lanternes disposées sur scènes ajoutent un effet "feu de camp" parfaitement raccord avec l' ambiance intimiste du concert. Les titres pleuvent, plus beaux les uns que les autres : Black Dog, Heart Broken & Free, My Home Is Nowhere Without You et son intro magnifique en solo flamenco, Good For No One, complainte éraillée et glaçante à vous mettre les poils et le fameux I Wish That I Could See You Soon que le public reprend en chœur. 

David Ivar profite des changements d'instruments (guitare, mandoline, harmonica) pour évoquer son amour pour la Bretagne qui l'a si bien accueilli au cours de ces dernières semaines. "Je me sens ici comme à Montréal où j'adore jouer..." Il évoque sa ballade sur le viaduc de Morlaix, ses confitures de pêches à San Pedro, Shane McGowan et la Guinness, la chanteuse canadienne Julie Doiron qu'il affectionne particulièrement : le public est totalement sous le charme, déterminé à profiter au maximum de tout ce que Herman Dune donnera ce soir. Not On Top puis Why Would That Hurt comme dernier bijou. Rappel exigé et obtenu ! Herman Dune nous offre The Anchor Song, sublime reprise de Björk que lui a inspiré sa ballade sur le port quelques instants plus tôt. Autre moment fort : Tell Me Something I Don't Know puis Holding A Monument, chanson issue de la B.O. du film Mariage à Mendoza composée par ses soins. 


Second départ et second rappel, on a bien compris que personne ne voulait le lâcher. Il le faudra bien pourtant. Après un dernier éclat sur I'd Rather Walk Than Run et You Stepped On Sticky Fingers, Herman Dune quitte la scène du Sew et nous laisse comblés, enchantés par tant d'authenticité et de poésie. Récemment, un ami me disait, en évoquant Radiohead, "Ce sont nos Pink Floyd à nous." C'est une belle formule que je reprends ici : Herman Dune est notre Dylan à nous. Pas moins à mes yeux.

Jérôme

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lundi 7 novembre 2022

Moundrag + Komodor + Komodrag & The Mounodor @ Arthémuse, 5 novembre 2022 - Briec

La soirée Heavy Rock Psyché programmée à la salle Arthémuse a tenu toutes ses promesses samedi dernier à Briec. Une séance en trois actes qui a plongé les spectateurs en plein revival 70's, de la première note jusqu'à la dernière en passant par les instrus, fringues, cheveux et rouflaquettes. Allez hop, on gare la R16 et on vous raconte.

Moundrag, c'est Camille et Colin Goellaën Duvivier, deux frangins bourrés de talent venus de Paimpol. L'un s'éclate à la batterie et aux gongs et nous gratifie de solos mémorables, l'autre maîtrise l'orgue Hammond comme John Lord et nous balance des intros à la Won't Get Fooled Again des Who. Groupe atypique, sans guitares donc, jouant une musique anachronique ou intemporelle, selon son point de vue, Moundrag ne laisse pas indifférent. Les morceaux sont inscrits dans une lignée Psyché/Progressive, on pense notamment à Tarkus de Emerson, Lake & Palmer, dont la fabuleuse pochette d'album a indéniablement inspiré celle de Hic Sunt Moundrages le premier album du groupe sorti il y a deux semaines. La complicité et le plaisir que les deux garçons prennent sur scène sont communicatifs, le public est happé ! Amusés, ils annoncent leur prochain morceau La Poule, "On vous prévient, il dure vingt minutes, on aura joué que 4 morceaux du coup !" Très bon concert !

 

Tout juste rentré d'une tournée en Espagne, Komodor était Caliente en ce samedi, pourtant bien dégueulasse niveau météo. Les Douarnenistes n'ont pas ménagé leurs efforts et ont fait vibrer les murs de l'Arthémuse à grands coups de riffs fuzzy que font résonner pas moins de trois guitares ! Postures assumées, look vintage, Komodor fait honneur au Rock de Slade (dont il font une reprise), de Golden Earring ou de Sweet. Mentions spéciales aux irrésistibles Nasty Habits, Moondrag et Washing Machine Man. Cette bande de potes s'est construit une belle réputation de scène en peu de temps et chacun de leur concert s'inscrit dans ce partage d'énergie et ce plaisir de jouer ensemble. Goudzou, à la basse, est intenable et finira dans le public, les quatre autres n'auront jamais levé le pied non plus pendant le set. Ils terminent ruisselants de sueurs, chauffés à blanc, prêts pour la 3ème mi-temps.

 

Place à Komodrag & The Mounodor. Monstre de scène venu tout droit de Paimpornez ou Douarneol, accouplement euphorisant réunissant les deux formations de la soirée. Vous suivez ? Sans ressembler à leurs groupes distinctifs, les sept zicos se jouent de tout ce que l'on entend actuellement en France. Deux batteries, trois guitares, une basse et un clavier pour un puissant Rock Heavy Boogie made in Armorica teinté d'impros. On pense à Deep Purple, Them, Uriah Heep et MC5, dont le groupe reprend Ramblin' Rose en rappel. On comprend aisément pourquoi Komodrag & The Mounodor a fait sensation aux dernières Trans Musicales. Seulement interrompu par les commandes de bières passées depuis la scène pour réhydrater nos gaillards, ce concert passe bien trop vite. Il est déjà 1h du mat, c'est l'heure de débrancher les guitares et de ranger les amplis. Briec aura eu la bonne idée de réunir les trois formations pour cette soirée concept réussie, une initiative plutôt couillue qui mérite d'être soulignée et saluée. L'album de Komodrag & The Mounodor quant à lui est annoncé pour le printemps 2023 et risque de faire du bruit, on vous aura prévenu.

 

  


Jérôme

dimanche 16 octobre 2022

BASTON + PARK @ La Carène, 14 octobre 2022 - Brest

Il pleut des cordes, y'a du vent, le temps est pourri, direction le port de co' pour être totalement raccord. Il y a du beau monde dans le grand hall de La Carène ce soir. Christophe Miossec est là, salué respectueusement par les brestois qui le reconnaissent, sans être dérangé pour autant. On aperçoit également Gaëlle, chanteuse de Beth, groupe talentueux qui œuvrait il y a plus de vingt ans déjà et dont Robin Foster a émergé. La nouvelle génération est là aussi, Victor Gobbé (Lesneu, The Slow Sliders) est venu supporter ses potes de Baston, le premier groupe de la soirée. Ce soutien constant, ce lien fort et cette fraternité entre ces artistes, sont à souligner. Si Brest n'a jamais cessé d'être féconde côté scène musicale, c'est aussi grâce à cet état d'esprit.

C'est avec les excellentes Mixtapes "Mourir à Brest" que j'ai découvert Baston. Réunissant la fine fleur du Rock de la région brestoise, on y entend Lesneu, Bantam Lyons, The Slow Sliders, Djokovic, et quelques autres. Sur ces "compilations", les groupes réarrangent leurs propres compos, de manière plutôt brute et y ajoutent des témoignages sonores qui nous plongent dans une ambiance hypnotique et urbaine. C'est gris, c'est pas spécialement beau mais tellement authentique et intense. C'est exactement dans cette mouvance que s'inscrit la musique de Baston. Sur leur album La Martyre, chaque titre évoque une boîte de nuit finistérienne, parce que oui, on va tous crever, mais on va danser avant. 

 

Sur scène, Baston est frontal, guitare réverb' qui oscille entre The Cure et Osees, basse vrombissante, batterie judicieusement mise en avant et un synthé omniprésent qui apporte une belle dimension ColdWave à la musique Garage/Psyché du groupe. Parfois cela m'a rappelé Mary Goes Round et rien que pour ça, merci à eux. Mention spéciale à Neptune et ses voix off, archives audios sur le rapport jeunesse/boîte de nuit (Y'a combien de gens qui dansent Nadège ?) et à Zodiac, autre moment fort du live. Belle reprise de Death In June, qui se mêle parfaitement au set., puis le concert se termine avec Viande, morceau saignant accompagné par la voix de Christophe Hondelatte narrant les histoires atroces extraites de "Faites entrer l'accusé". Terrible !



Assez inattendu au départ, Park est le mariage heureux et captivant de Lysistrata et de Frànçois Marry (de Frànçois & The Atlas Mountains). Le choc fructueux entre la force et l'intensité des uns avec la pop élégante et étoffée de l'autre. Un vrai tour de force à l'arrivée puisque Park ne ressemble à aucune de ses deux formations mères. Ben Amos Cooper, à la batterie, alterne le chant avec Frànçois Marry à la guitare, Théo Guéneau et Max Roy, guitare et basse, complètent le tableau, tous sur la même ligne au devant de la scène, unis comme un  seul  homme. 

 

Les chansons sont étendues et volontairement musclées par rapport à la version album. Upon A Rose, moment fort du set, qui se termine dans un déluges de décibels en est une belle démonstration. A Day Older, Réveil HeureuxGhost, les mélodies sont soignées et robustes. Les quatre garçons sont intenables et prennent un plaisir visible à se produire ensemble sur scène. Plaisir qu'ils vont partager un peu plus en faisant monter une personne du public pour jouer le "tambourineur" à leur côté sur Easy Living. Sur le dernier morceau, instrumental et puissant, Théo descend jouer dans le public et finit par laisser sa guitare à un spectateur qui se charge d'achever les festivités en faisant crisser les cordes sur le pied de micro. Sans prévenir, Park fait déjà figure de groupe solide et fait preuve d'une densité éclatante sur scène. À voir d'urgence !

 


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Jérôme