jeudi 26 février 2026

SUEDE @ Brighton Centre, 21 février 2026 - Brighton

Après deux mois interminables de pluie et de grisaille, il était temps de mettre le cap au sud histoire de recharger les batteries. C’est parti : direction le sud de l’Angleterre, à Brighton, pour le dernier concert de la tournée UK de Suede. T’as quand même pas pensé qu'on allait voir Patrick Fiori à Saint-Tropez j'espère ?

Arrivés en fin de matinée dans la superbe station balnéaire, capitale des mods, en déambulant au cœur des Lane, nous croisons plusieurs personnes arborant bonnet ou tee-shirt de Suede. Pas de doute, nous sommes bien en Angleterre ! Je me souviens avoir vu James à Londres il y a très longtemps : à l’époque, pour me repérer dans le métro jusqu’à la Brixton Academy, il me suffisait de suivre tous ces gens qui portaient les T-shirts du groupe. C’est toujours le cas aujourd’hui. La seule différence, c’est l’âge du public… Majoritairement quinqua, tout comme les membres de Suede que nous retrouvons ce soir. Le Brighton Centre affiche complet, comme la totalité des dates de cette tournée. La passion ne se tarit pas avec le temps.

C’est le jeune groupe Bloodworm qui a assuré la première partie. Trio venu de Nottingham, guitare 12 cordes électrique et basse un peu stoner, Bloodworm ne nous a pas ennuyés un seul instant. Un rock au son très 90’s, me rappelant au passage Inspiral Carpets ou The Power of Dreams. Très sympa !

Avec trois premiers albums majeurs — Suede, Dog Man Star et Coming Up — Suede, bien plus stylé que les autres groupes de l'époque, a marqué les années 90, s’inscrivant dans la lignée de Bowie et des Smiths. Le début des années 2000 marque une certaine lassitude pour le groupe, leur quatrième album Head Music est excellent mais les problèmes d'addiction de Brett Anderson deviennent problématiques. L'album suivant, A New Morning, bien que très bon, n'est pas accueilli avec la ferveur espérée. Suede se met alors en pause pendant dix ans. Brett Anderson se lance en solo et collabore à différents projets, dont The Tears qu’il fonde avec Bernard Butler, premier guitariste du groupe.

En 2013, Suede revient avec un seul mot d’ordre : ne pas refaire ce que le groupe a déjà fait. Bloodsports, Night Thoughts et The Blue Hour constituent la trilogie du retour, bons et plutôt sombres. Retour en grâce avec Autofiction et Antidepressants, sortis en 2022 et 2025, Suede entame un nouveau cycle plus post-punk, voire punk rock. Ces deux albums ont été salués par la critique et ont propulsé le groupe au sommet des charts plus de trente ans après ses débuts. Sans calcul ni pression, Suede vit actuellement sa meilleure période. Cela transparaît sur scène, avec un Brett Anderson dans une forme éblouissante, épanoui et souriant, loin — très loin — du junkie torturé qu’il était il y a trente ans. Fin de la rétrospective, place au concert… La musique de fond s’arrête, les lumières s’éteignent, la clameur s’élève… ça commence !

Neil Codling (guitare, claviers, chant), Simon Gilbert (batterie), Richard Oakes (guitare), Mat Osman (basse) et enfin Brett Anderson (chant) arrivent sur scène : le set démarre pied au plancher avec Disintegrate, Dancing with the Europeans et Antidepressants, trois titres explosifs du dernier album qui prennent une dimension encore plus furieuse en live. Richard Oakes est meilleur que jamais sur cet album et sur scène c’est flagrant, il est impressionnant de maitrise et pourtant si discret. La foule est déjà au taquet et — autre différence ici — tout le monde connaît parfaitement les paroles. L’enthousiasme est immense.

L’ambiance monte encore d’un cran avec l’enchaînement Trash, Animal Nitrate, We Are the Pigs et Personality Disorder qui met le Brighton Centre en feu. Quelle ambiance ! Brett Anderson est déjà trempé de sueur, s’allonge au sol et entonne les premières paroles qui font fondre tout le monde : “Lying in my bed, i think of you…” The 2 of Us, l’une des merveilles de Dog Man Star, que nous n’avions jamais eu la chance d’entendre en live au cours des six concerts de Suede auxquels nous avons assisté. Jusqu’à maintenant ! Quel cadeau !

 

Après ce superbe moment, The Black Ice nous paraît un peu plus faiblarde, mais ce temps mort est de courte durée. Un gros riff de guitare traverse l’air et Brett Anderson se mêle à la foule pour Can’t Get Enough, toujours aussi efficace en concert. Revenu sur scène, il explique que le prochain titre est nouveau : il s’appelle Tribe et figurera sur leur prochain album. « Pas de temps à perdre », annonce-t-il tout sourire aux fans qui accueillent la nouvelle avec une joie non dissimulée.

 

Suit June Rain, magnifique chanson avec un Brett Anderson toujours aussi impressionnant dans la voix et dans son jeu de scène, puis She Still Leads Me On, que tout le monde reprend en chœur et que le charismatique leader avait dédiée à toutes les mères. Sur Shadow Self et Trance State, Mat Osman montre de tout son talent de bassiste tandis que Neil Codling reste, comme d'habitude, impassible dans l’efficacité, que ce soit aux claviers ou à la guitare.

Vient le moment où seuls Brett Anderson et Neil Codling restent sur scène pour un passage acoustique, jamais le même d’un concert à l’autre. Ce soir, c’est This Time qui est interprétée en piano-voix dans un silence respectueux, permettant même à Brett Anderson de finir le chant a cappella, sans micro, avant d’être ovationné par toute la salle.

 

Le groupe revient au complet et se replace devant le grand écran qui diffuse tantôt les paroles des chansons, tantôt les symboles graphiques iconiques des pochettes du groupe. C'est maintenant l’enchaînement qui clôture le set : So Young, Metal Mickey et Beautiful Ones, où, comme à son habitude, Brett Anderson fait tournoyer le micro dans tous les sens. Sur ces derniers titres, Simon Gilbert, à la batterie, est diablement efficace avec ses intros reconnaissables par tout fan de Suede qui se respecte : un vrai détonateur qui entraîne illico une dynamique incroyable.


Le public est totalement retourné par ce final et réclame un rappel. Après quelques minutes d’attente sous les applaudissements et les cris, Suede revient pour un ultime tour de chant avec The Only Way I Can Love You, adressée au public comme une déclaration d’amour. Puis le groupe termine avec la chanson que tout le monde attend — samedi oblige. Brett Anderson interroge la salle : “On What Day Are We Today?” Les fans ont compris depuis longtemps et c’est tout le Brighton Centre qui chante à l’unisson sur Saturday Night, qui clôture à merveille cette soirée inoubliable pour nous, qui assistions à notre premier concert du groupe sur ses terres.

Suede mérite bien son qualificatif d’Anti-Nostalgia Band car, sans pour autant renier son passé, plus de trente ans après ses débuts, le groupe avance encore, fort, vivant, et terriblement actuel.

Jérôme

vendredi 13 février 2026

H-Burns & The Stranger Quartet @ L'Archipel, 12 février 2026 - Fouesnant

Il y a des soirs comme ça où l’on sait, avant même le début du concert, qu’il ne fallait le rater sous aucun prétexte. Deux ans quasiment jour pour jour après être venu présenter son dernier album New Moon, H-Burns est de retour à l’Archipel de Fouesnant, accompagné du Stranger Quartet, pour un concert hommage à Leonard Cohen. Une parenthèse personnelle qui, en 2021, avait donné naissance au magnifique album Burns on the Wire. Ce concert, l’un des plus attendus de la saison, affichait complet quelques jours seulement après l’ouverture de la billetterie fin août dernier.

Les lumières s’éteignent et, alors que la scène est encore vide, seulement occupée par de multiples instruments répartis çà et là, c’est la voix de Leonard Cohen que l’on entend. Un extrait sonore d’interview où résonne cette voix grave et douce si particulière, qui donne immédiatement des frissons. Une introduction parfaite, à la fin de laquelle musiciennes et musiciens entrent en scène. À deux autres reprises pendant le set, nous aurons le plaisir d’entendre le poète canadien s’exprimer en français sur les thèmes de la mélancolie ou de la tristesse. 

H-Burns, alias Renaud Brustlein, est magnifiquement entouré sur scène. Des fidèles : Antoine Pinet à la batterie, basse et guitare, et le Stranger Quartet composé de Pauline Denize, Mélie Fraisse, Lonny et Ysé, aux violons, violoncelle, alto, basse, guitare, claviers et chœurs… Rien que ça ! Le résultat est superbe : un hommage beau et fidèle à l’œuvre de Cohen.

Chelsea Hotel #2, Bird on a Wire, So Long, Marianne, Famous Blue Raincoat… H-Burns revisite une sélection de chansons issues des quatre premiers albums de Leonard Cohen avec un soin particulier, en respectant chacune d’entre elles. Comme il le dit en début de show, nous avons tous une histoire avec certaines de ses chansons, avec certains de ses textes — nous les chérissons. Pour ma part, j’ai adoré Lover Lover Lover et Who by Fire, issues de l’album New Skin for the Old Ceremony, mon préféré avec Songs from a Room.

 

Dans un premier temps installées derrière leurs instruments à cordes, les quatre musiciennes alternent ensuite entre différents instruments avec une grande maîtrise, tout en assurant des chœurs impeccables. Sur The Partisan, c’est Antoine Pinet qui, avec sa guitare steel, apporte une touche délicate à cette chanson que je connais surtout grâce à la formidable version de Leonard Cohen. Un peu comme la jeune génération connaît peut-être mieux Hallelujah dans sa version chantée par Jeff Buckley. Mais quelle version de The Partisan ce soir !

 

Le groupe quitte la scène sous les ovations et seules les quatre musiciennes reviennent pour nous offrir un Sisters of Mercy quasi a cappella, se partageant le chant à tour de rôle dans un silence de cathédrale. Sublime ! Le groupe revient pour un dernier tour de chant avec notamment le très country et joyeux Passing Through. Le public est debout et réclame un ultime rappel. Vœu exaucé : cette fois, H-Burns revient simplement accompagné d’Antoine Pinet pour The Stranger Song, qui clôt un concert remarquable.

Jérôme

samedi 7 février 2026

BERTRAND BELIN @ La Carène, 6 février 2026 - Brest

Sortie d’hibernation et retour aux affaires, il était temps ! Le réveil est classieux puisque mon premier concert de l’année sera celui de Bertrand Belin, venu présenter sur scène son huitième album sobrement intitulé Watt. Album remarquable d’un artiste complet, tranquillement devenu majeur et incontournable sur la scène hexagonale. Le concert affiche sold out et c’est tout sauf une surprise.

Entouré de six musiciens irréprochables du début à la fin, vêtu d’un splendide costume violet, Bertrand Belin débute son set avec Pluie de data, issu de son dernier album. Ce soir, sur les 18 titres joués sur scène, 11 seront tirés de Watt. Les premiers frissons ne se font pas attendre devant les magnifiques Rembobine et L’amour ordinaire. Même lorsque le sens des textes demeure parfois énigmatique, la poésie, elle, saute aux yeux. La scénographie est sobre : le groupe entoure Belin tandis qu’un grand écran incliné diffuse des ambiances lumineuses élégantes, sans jamais détourner l’attention de l’essentiel.

Forcément, des références viennent à l’esprit. On pense à Bashung, bien sûr, mais aussi à Gainsbourg ou Christophe par moments. Les influences sont là, assumées, digérées, mais le style reste unique et profondément personnel. Comme dans ce petit intermède où le Quiberonnais interpelle le public pour raconter une anecdote, une histoire de balade au bord de l’eau. « Ça se passe sur une plage du Morbihan, pour vous c’est un peu la Côte d’Azur là-bas non ? » Chambrage en règle en ce week-end de derby (Stade Brestois – FC Lorient), de bonne guerre… Le récit, drôle et poétique, embarque totalement la Carène. Lui, savoure malicieusement son effet. 

Dans la salle, on sent un public conquis, majoritairement connaisseur. Beaucoup ont déjà croisé la route du dandy breton. Une amie avec qui j'ai discuté avant le début du concert, se souvenait l’avoir vu au Club — la petite salle de la Carène — ainsi qu’au Triskell de Pont-l’Abbé, à l’époque devant une vingtaine de spectateurs. Le chemin parcouru parle de lui-même. Le show reprend avec Seul, puis La nouvelle, aux accents très gainsbouriens, où le groupe se lance dans une échappée funky-jazz de toute beauté. On reste dans cette énergie avec le dansant Tambour, avant de ralentir et basculer vers le splendide Certains jours, mon coup de cœur de la soirée.


Le final du set est tout aussi marquant avec De corps et d’esprit, dont certaines sonorités ne sont pas sans rappeler Calling Elvis de Dire Straits. Guitares fines, atmosphère magnétique… Belin capte littéralement la salle. Et puisqu’on parle de magnétisme, difficile de ne pas penser à Nick Cave : sur La béatitude, il occupe l’espace d’une façon qui n’est pas sans rappeler l’icône australienne, autant dans la présence que dans l’atmosphère du morceau. Idem avec Sur mon 31, joué en début de set. C’est tout simplement beau !


Sortie de scène sous les ovations, puis rappel. S’enchaînent Watt, puis l’incontournable Oiseau, moment suspendu où Belin déploie lentement ses ailes en faisant participer un public immédiatement réceptif. Pour conclure ce premier retour, Sur le cul est livrée dans une version longue et hypnotique. Alors que l’on pensait l’histoire terminée, le groupe revient une dernière fois. Ultime offrande : Tel qu’en moi-même, interprétée comme une symphonie version crooner, intense et élégante. Une sortie tout en classe, à l’image de la soirée.

Jérôme