dimanche 10 mai 2026

JOE BEL + AN ABHAIN @ Le Novomax, 9 mai 2026 - Quimper

Il y avait de la chaleur au Novomax samedi soir. Celle, moite, d’un ciel orageux, mais surtout celle d’une salle comble pour la venue de Joe Bel, artiste talentueuse qui, sans faire trop de bruit ni de tapage, fait pourtant l’unanimité auprès de celles et ceux qui ont écouté ses albums ou l’ont déjà vue sur scène. Quimper ne fait pas exception. En ce week-end rallongé, pas forcément propice aux sorties culturelles, on ne peut que se réjouir de voir le public au rendez-vous. Quand on a la chance d’avoir une programmation de qualité, diversifiée et à des prix attractifs, il faut venir aux concerts ! Et toutes celles et ceux présents ce soir-là ne l’auront pas regretté un seul instant.

C’est An Abhain qui ouvrait la soirée. Arrivé juste après le début de son set, je me fraye difficilement un chemin vers le fond de la salle pour ne gêner personne. Le Novomax baigne alors dans un univers folk médiéval fantasy, porté par la voix cristalline de la chanteuse qui, telle une elfe ou une fée, charme le public avec ses arpèges et son chant délicat. J’y retrouve un peu de la poésie de Dick Annegarn et le ton des premiers albums d’Emilíana Torrini. Une entrée en matière tout en douceur, avec un style déjà bien affirmé, qui captive un auditoire resté suspendu à la poésie d’An Abhain du début à la fin.


C’est en traversant le public, guitare à la main, que Joe Bel rejoint la scène du Novomax. Ce qui frappe immédiatement, c’est cette voix sublime qui, posée sur des mélodies accrocheuses, irradie la salle de douceur et d’émotion. Très bien entourée, l’auteure-compositrice-interprète nous invite au voyage, nous confie ses tourments et partage avec sincérité des fragments de son histoire. Le public est totalement sous le charme, et il y a de quoi. Rappelant parfois Fredrika Stahl ou Feist, la folk soul de Joe Bel est assez irrésistible. On se laisse facilement emporter par la justesse de la prestation et chaque chanson est accueillie par des applaudissements chaleureux. Dans la salle, les sourires se multiplient. Sur scène, Joe Bel semble tout aussi heureuse, visiblement très touchée par l’accueil reçu ce soir.


Le set fait la part belle à Family Tree, le deuxième album de Joe Bel sorti en 2024. On y retrouve d’excellents titres comme The Secret, Talking ou encore Ropes. Mention spéciale à Your Own Hands, où Joe Bel évoque ses angoisses de mère, et au magnifique Morenika, chanté en Ladino, langue ancestrale Judéo-Espagnole dérivée du vieux Castillan, qui fait clairement frissonner toute la salle. Que cette chanson est belle !


Peu après, Nothing In The World et son tempo blues rock vient secouer à nouveau l’auditoire du Novomax, lui aussi irréprochable, enthousiaste du début à la fin. Après un rappel savouré une dernière fois par le public, Joe Bel et ses musiciens quittent la scène sous une ovation largement méritée. Dans le hall d’entrée, la file d’attente devant le merchandising s’allonge déjà. Réécouter Joe Bel sera une belle façon de prolonger encore un peu le plaisir procuré par cet excellent concert.

Jérôme

vendredi 1 mai 2026

Totorro + Chaton Laveur @ La Carène, 30 avril 2026 - Brest

Belle soirée de printemps à La Carène avec, 11 ans plus tard, le retour de Totorro dans la cité du Ponant, et en ouverture un Chaton Laveur tout droit venu de Liège. Le club est plein à craquer, presque trop petit pour ce groupe décidément à part, dont l’impact reste toujours aussi fort auprès d’un public qui, dès les dernières notes du concert, n’aspire qu’à les revoir au plus vite.

En voilà un drôle d’animal ! Chaton Laveur, c’est Julie à la basse, guitare, clavier et chant, et Pierre à la batterie, clavier et chant. Vous l’avez compris, ces deux-là sont plus proches de l’octopus que du duo classique. Musicalement, Chaton Laveur explore un univers entre l’expérimental de Broadcast, le post-rock hypnotique de Baston, les mélodies aériennes de La Battue ou encore les rythmiques obsédantes de Vox Low. Les chants sont partagés entre les deux membres, principalement en français, parfois en espagnol, et les projections en arrière-plan ajoutent une dimension loin d’être inutile à l’ambiance particulière installée sur scène.


Le duo joue ce soir l’avant-dernière date de la tournée qui suit la sortie de leur nouvel album Labyrinthe, largement mis à l’honneur, avec notamment un inédit répété seulement quelques heures plus tôt. Mention spéciale à La Source, que j’ai beaucoup aimé. Accueil chaleureux et prestation convaincante, qui confirme toute la qualité de la nouvelle scène rock belge. Chaton Laveur vient gentiment s’asseoir à la table de La Jungle, It It Anita ou Gros Cœur, pour ne citer qu’eux.

Après six ans de pause mis à profit pour explorer d'autres projets (La Battue, Do It Later…), Totorro est de retour avec Sofa So Good, excellent album qui s'inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs Come To Mexico et Home Alone. Autant dire que l'attente est grande et l'excitation est palpable. Lorsque le groupe entre en scène, la clameur qui s'élève est révélatrice et une question me vient aussitôt : pourquoi cette chanson en fond sonore - Comme un roc - de Nâdiya (dont j’avais oublié l’existence) ? Mystère…


Ce soir, le nouvel album Sofa So Good occupe logiquement la moitié de la set-list. Mention spéciale à Bernard Guez et Smile Paste, particulièrement réussis ! La complicité entre les quatre musiciens transpire sur scène et se propage naturellement au public, qui, comme moi, passe un vrai moment de plaisir. Je reste subjugué par la maîtrise du groupe, capable de jouer un math rock irrésistible sans jamais sacrifier la mélodie. Les ralentissements de tempo ne sont que des courses d’élan avant un déferlement de guitares porté par une rythmique qui emporte tout. On finit totalement retourné.

 

Le final est magnifique. Bertrand, à la batterie, prévient : il reste deux morceaux à jouer… mais ils sont bien ! Franchement, tout était parfait, mais il est vrai que Smile Paste et Tonton Alain Michel en conclusion, ça fonctionne carrément.

Vite, revoir Totorro !

Jérôme



lundi 6 avril 2026

Komodor + Moundrag @ Le Novomax, 4 avril 2026 - Quimper

Le monstre Komodrag & The Mounodor étant en sommeil depuis quelques semaines (quoique…), c’est le moment pour Komodor et Moundrag de reprendre leur trajectoire avec un objectif clair : défendre leurs seconds albums, Deux et Time & Space. La programmation des deux groupes au Novomax n’avait échappé à personne et la salle quimpéroise était pleine à craquer pour l’occasion. « Le concert de la saison qui s’est rempli le plus vite », glisse Ludovic Le Ven, l’un des deux programmateurs des lieux, que j’ai croisé en début de soirée. Gweza est là aussi, prêt à sortir les plus beaux clichés du concert, comme toujours. À peine le temps de goûter la bière « cuvée castagne », élaborée en collaboration avec la Brasserie Plijadur à l’occasion de la sortie du nouvel album de Komodor, que le concert de Moundrag débute. Komodor, Moundrag, Komodrag, Mounodor : le chassé-croisé peut commencer !


En dix ans, les frères Camille et Colin Goellaën Duvivier ont pris de l’envergure, c’est peu de le dire. Des passages remarqués aux Trans Musicales, deux pleines pages dans Rock & Folk, une première partie de Deep Purple, des tournées brûlantes en Espagne et au Portugal et, bien sûr, un statut de véritables pyromanes de festivals au sein de Komodrag & The Mounodor, du Hellfest au God Save The Kouign, des Vieilles Charrues au Carnavalo… Bref, ces deux infatigables surdoués du clavier et des fûts sont devenus incontournables. Sur scène, ça se confirme immédiatement, toujours dans un style unique rappelant les illustres Emerson, Lake & Palmer, Deep Purple ou encore The Who sur certaines intros. Seuls les Néerlandais de Birth of Joy (que Moundrag cite souvent comme référence) font figure d’équivalent ces dernières années.



Le concert débute avec My Woman, l’un des plus anciens morceaux du groupe, avant de faire la part belle à Deux, le dernier album sorti en octobre dernier. Camille, à l’orgue Hammond, sort des sonorités incroyables et semble avoir encore gagné en puissance, tandis que Colin, tout aussi impressionnant derrière sa batterie, enchaîne solos et séquences complètement folles. Ce dernier assure le show sur scène et au milieu du public, déjà renversé. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé Changes, The Caveman et Morning Epitaph, mais honnêtement, du coup de gong ouvrant les hostilités jusqu’au snippet de War Pigs de Black Sabbath sur The Hangman qui clôture le set, le plaisir est total ! Pas de temps mort, pas de baisse de régime : Moundrag frappe fort. Avec Deux, le duo revient mieux armé, plus solide, et bien décidé à le faire savoir.


Gros changement de plateau : on fait de la place pour Komodor qui déboule à cinq sur la scène du Novomax. Comme Moundrag, Komodor vient défendre un deuxième album intitulé Time & Space, sorti en janvier dernier, que j'avais hâte de découvrir en live. Eux aussi ont eu droit à une belle chronique dans Rock & Folk et ont écumé ces dernières années les scènes de France et d’Espagne, se forgeant au passage une réputation méritée de bêtes de scène. Avec ce nouvel album, Komodor élargit son spectre : des touches glam et psyché viennent enrichir un ADN toujours bien ancré dans le heavy, celui que l’on retrouve chez Golden Earring ou Slade (dont ils reprennent magnifiquement Know Who You Are pendant le set). C’est parti : Slyde (guitare et chant), Goudzou (basse et chant), Ronnie (guitare), Elrik (batterie) et Melin (guitare) débutent le set avec une salve de nouveaux morceaux issus de Time & Space, leur dernier LP, qui sera intégralement joué ce soir. Je retiens le furieux Soul Ticker, Ladies et surtout Top Of the Bock et Burning Land, moins frontaux et beaux exemples des nouveaux terrains explorés par Komodor. Surprenant et convaincant.


Le groupe apparaît concentré, solide, toujours aussi efficace. Mention particulière à Goudzou qui, malgré un souci de santé l’obligeant à rester assis, ne lâche rien — présence intacte, basse en tension, engagement total. Le set se poursuit avec un détour par le premier album Nasty Habits avec Believe It et Moondrag puis Goudzou prévient qu'ils vont enchaîner tous les titres sans faire de rappel : « De toute façon je ne peux pas sortir et revenir… ». Komodor termine avec Madness et Ravish Holy Land avant d’inviter Camille et Colin à les rejoindre sur scène. On ne va pas se mentir… tout le monde l’espérait, la bête Komodrag & The Mounodor est réveillée ! Le final prend alors des airs de bœuf géant entre potes, entre maîtrise et lâcher-prise : We’re An Armorican BandMarie-France, Elrik — qui a laissé ses fûts à Colin — en profite pour s’offrir un slam tandis que Slyde fait monter quatre jeunes du groupe Kids Rock de Douarnenez pour un final grandiose sur Born To Be Wild et Ramblin’ Rose à 11 sur scène !

Le concert s’achève sous les ovations d’un public totalement conquis. Le Novomax est retourné par ces deux groupes en pleine forme, complémentaires et à revoir sans hésiter sur la route — notamment au festival de Poupet le 16 juillet pour Komodor et au God Save The Kouign à Penmarc’h le dimanche 14 juin.

Jérôme