vendredi 1 mai 2026

Totorro + Chaton Laveur @ La Carène, 30 avril 2026 - Brest

Belle soirée de printemps à La Carène avec, 11 ans plus tard, le retour de Totorro dans la cité du Ponant, et en ouverture un Chaton Laveur tout droit venu de Liège. Le club est plein à craquer, presque trop petit pour ce groupe décidément à part, dont l’impact reste toujours aussi fort auprès d’un public qui, dès les dernières notes du concert, n’aspire qu’à les revoir au plus vite.

En voilà un drôle d’animal ! Chaton Laveur, c’est Julie à la basse, guitare, clavier et chant, et Pierre à la batterie, clavier et chant. Vous l’avez compris, ces deux-là sont plus proches de l’octopus que du duo classique. Musicalement, Chaton Laveur explore un univers entre l’expérimental de Broadcast, le post-rock hypnotique de Baston, les mélodies aériennes de La Battue ou encore les rythmiques obsédantes de Vox Low. Les chants sont partagés entre les deux membres, principalement en français, parfois en espagnol, et les projections en arrière-plan ajoutent une dimension loin d’être inutile à l’ambiance particulière installée sur scène.


Le duo joue ce soir l’avant-dernière date de la tournée qui suit la sortie de leur nouvel album Labyrinthe, largement mis à l’honneur, avec notamment un inédit répété seulement quelques heures plus tôt. Mention spéciale à La Source, que j’ai beaucoup aimé. Accueil chaleureux et prestation convaincante, qui confirme toute la qualité de la nouvelle scène rock belge. Chaton Laveur vient gentiment s’asseoir à la table de La Jungle, It It Anita ou Gros Cœur, pour ne citer qu’eux.

Après six ans de pause mis à profit pour explorer d'autres projets (La Battue, Do It Later…), Totorro est de retour avec Sofa So Good, excellent album qui s'inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs Come To Mexico et Home Alone. Autant dire que l'attente est grande et l'excitation est palpable. Lorsque le groupe entre en scène, la clameur qui s'élève est révélatrice et une question me vient aussitôt : pourquoi cette chanson en fond sonore - Comme un roc - de Nâdiya (dont j’avais oublié l’existence) ? Mystère…


Ce soir, le nouvel album Sofa So Good occupe logiquement la moitié de la set-list. Mention spéciale à Bernard Guez et Smile Paste, particulièrement réussis ! La complicité entre les quatre musiciens transpire sur scène et se propage naturellement au public, qui, comme moi, passe un vrai moment de plaisir. Je reste subjugué par la maîtrise du groupe, capable de jouer un math rock irrésistible sans jamais sacrifier la mélodie. Les ralentissements de tempo ne sont que des courses d’élan avant un déferlement de guitares porté par une rythmique qui emporte tout. On finit totalement retourné.

 

Le final est magnifique. Bertrand, à la batterie, prévient : il reste deux morceaux à jouer… mais ils sont bien ! Franchement, tout était parfait, mais il est vrai que Smile Paste et Tonton Alain Michel en conclusion, ça fonctionne carrément.

Vite, revoir Totorro !

Jérôme



lundi 6 avril 2026

Komodor + Moundrag @ Le Novomax, 4 avril 2026 - Quimper

Le monstre Komodrag & The Mounodor étant en sommeil depuis quelques semaines (quoique…), c’est le moment pour Komodor et Moundrag de reprendre leur trajectoire avec un objectif clair : défendre leurs seconds albums, Deux et Time & Space. La programmation des deux groupes au Novomax n’avait échappé à personne et la salle quimpéroise était pleine à craquer pour l’occasion. « Le concert de la saison qui s’est rempli le plus vite », glisse Ludovic Le Ven, l’un des deux programmateurs des lieux, que j’ai croisé en début de soirée. Gweza est là aussi, prêt à sortir les plus beaux clichés du concert, comme toujours. À peine le temps de goûter la bière « cuvée castagne », élaborée en collaboration avec la Brasserie Plijadur à l’occasion de la sortie du nouvel album de Komodor, que le concert de Moundrag débute. Komodor, Moundrag, Komodrag, Mounodor : le chassé-croisé peut commencer !


En dix ans, les frères Camille et Colin Goellaën Duvivier ont pris de l’envergure, c’est peu de le dire. Des passages remarqués aux Trans Musicales, deux pleines pages dans Rock & Folk, une première partie de Deep Purple, des tournées brûlantes en Espagne et au Portugal et, bien sûr, un statut de véritables pyromanes de festivals au sein de Komodrag & The Mounodor, du Hellfest au God Save The Kouign, des Vieilles Charrues au Carnavalo… Bref, ces deux infatigables surdoués du clavier et des fûts sont devenus incontournables. Sur scène, ça se confirme immédiatement, toujours dans un style unique rappelant les illustres Emerson, Lake & Palmer, Deep Purple ou encore The Who sur certaines intros. Seuls les Néerlandais de Birth of Joy (que Moundrag cite souvent comme référence) font figure d’équivalent ces dernières années.



Le concert débute avec My Woman, l’un des plus anciens morceaux du groupe, avant de faire la part belle à Deux, le dernier album sorti en octobre dernier. Camille, à l’orgue Hammond, sort des sonorités incroyables et semble avoir encore gagné en puissance, tandis que Colin, tout aussi impressionnant derrière sa batterie, enchaîne solos et séquences complètement folles. Ce dernier assure le show sur scène et au milieu du public, déjà renversé. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé Changes, The Caveman et Morning Epitaph, mais honnêtement, du coup de gong ouvrant les hostilités jusqu’au snippet de War Pigs de Black Sabbath sur The Hangman qui clôture le set, le plaisir est total ! Pas de temps mort, pas de baisse de régime : Moundrag frappe fort. Avec Deux, le duo revient mieux armé, plus solide, et bien décidé à le faire savoir.


Gros changement de plateau : on fait de la place pour Komodor qui déboule à cinq sur la scène du Novomax. Comme Moundrag, Komodor vient défendre un deuxième album intitulé Time & Space, sorti en janvier dernier, que j'avais hâte de découvrir en live. Eux aussi ont eu droit à une belle chronique dans Rock & Folk et ont écumé ces dernières années les scènes de France et d’Espagne, se forgeant au passage une réputation méritée de bêtes de scène. Avec ce nouvel album, Komodor élargit son spectre : des touches glam et psyché viennent enrichir un ADN toujours bien ancré dans le heavy, celui que l’on retrouve chez Golden Earring ou Slade (dont ils reprennent magnifiquement Know Who You Are pendant le set). C’est parti : Slyde (guitare et chant), Goudzou (basse et chant), Ronnie (guitare), Elrik (batterie) et Melin (guitare) débutent le set avec une salve de nouveaux morceaux issus de Time & Space, leur dernier LP, qui sera intégralement joué ce soir. Je retiens le furieux Soul Ticker, Ladies et surtout Top Of the Bock et Burning Land, moins frontaux et beaux exemples des nouveaux terrains explorés par Komodor. Surprenant et convaincant.


Le groupe apparaît concentré, solide, toujours aussi efficace. Mention particulière à Goudzou qui, malgré un souci de santé l’obligeant à rester assis, ne lâche rien — présence intacte, basse en tension, engagement total. Le set se poursuit avec un détour par le premier album Nasty Habits avec Believe It et Moondrag puis Goudzou prévient qu'ils vont enchaîner tous les titres sans faire de rappel : « De toute façon je ne peux pas sortir et revenir… ». Komodor termine avec Madness et Ravish Holy Land avant d’inviter Camille et Colin à les rejoindre sur scène. On ne va pas se mentir… tout le monde l’espérait, la bête Komodrag & The Mounodor est réveillée ! Le final prend alors des airs de bœuf géant entre potes, entre maîtrise et lâcher-prise : We’re An Armorican BandMarie-France, Elrik — qui a laissé ses fûts à Colin — en profite pour s’offrir un slam tandis que Slyde fait monter quatre jeunes du groupe Kids Rock de Douarnenez pour un final grandiose sur Born To Be Wild et Ramblin’ Rose à 11 sur scène !

Le concert s’achève sous les ovations d’un public totalement conquis. Le Novomax est retourné par ces deux groupes en pleine forme, complémentaires et à revoir sans hésiter sur la route — notamment au festival de Poupet le 16 juillet pour Komodor et au God Save The Kouign à Penmarc’h le dimanche 14 juin.

Jérôme

dimanche 22 mars 2026

ANGE @ Le Novomax, 20 mars 2026 - Quimper

Ange était de passage à Quimper vendredi soir pour la première de ses trois escales bretonnes. Je vais être très clair afin de ne pas faire offense à tous les fans, récents ou de longue date : je connais peu leur musique. Mais l’occasion était belle de me faire un avis sur cette formation légendaire dont la carrière s’étale sur plus de 56 ans, avec diverses périodes et de nombreux musiciens. Le Novomax affiche complet. Il y a du beau monde dans la salle : j’aperçois Gwennyn, Marc Morvan, Alan Simon, entre autres. Je croise une amie fan d’Ange qui, du haut de ses quarante ans, doit faire partie des plus jeunes ici. D’ailleurs, la plupart des tabourets du bar ont été réquisitionnés par des personnes ne pouvant rester debout trop longtemps. Un public multigénérationnel, une fidélité qui traverse les époques sans faiblir !

Un an après le retrait de la scène de Christian Décamps, membre fondateur, c’est donc Tristan Décamps, son fils, qui assure le chant. Lui ainsi que les autres musiciens officient déjà depuis plus de vingt ans. Seul Séraphin Palmeri, aux claviers, est le « petit nouveau » de la troupe. Sur Je travaille sans filet, qui ouvre le set, ce dernier nous gratifie d’un excellent jeu de thérémine, ce curieux instrument à ondes que l’on joue sans contact et qui diffuse un son hanté si particulier. Après Adrénaline, qui tonifie l’ambiance, ce sont cinq nouveaux morceaux issus du dernier album Cunégonde (2025) qui sont joués. Ma préférence va à Quitter la meute, Pace nobilis et Le langage des fluides sur laquelle on entend la voix enregistrée de Christian Décamps. La rythmique est excellente et la maîtrise totale. Des références à Genesis (premiers albums), Pink Floyd (notamment à Run Like Hell) ou encore à certains titres de Marillion me viennent à l’esprit.


Arrivé à mi-chemin, Tristan Décamps annonce une plongée dans la grande discographie d’Ange, en commençant par un retour au Moyen Âge avec les excellents Camelote et Godevin le vilain. La salle se délecte d’entendre les classiques. Moi aussi, même si l’une des rares chansons que je connaissais bien, Sur la trace des fées, présente sur l’album Émile Jacotey, ne sera pas jouée. Difficile d’ailleurs de ne pas penser à la pochette de cet album avec ce grand gaillard au béret posté un peu plus loin devant moi...un fan, un fantôme ?

Ange, c’est aussi de la mise en scène, des chansons pas juste interprétées, mais habitées. L’un des moments forts de la soirée est Colin-Maillard, où Tristan chante les premiers couplets les yeux bandés. Le set se termine avec le génial Quasimodo, débuté par un solo de batterie et conclu par une démonstration de guitare de Hassan Hajdi, impressionnant de bout en bout.


La salle est totalement conquise et réclame un rappel qui ne se fait pas attendre. Ange revient pour un dernier tour de chant : Dignité, Le soir du diable, où Tristan se mue en marionnettiste, puis rend un hommage émouvant à Denis Verdin, président de l’association Un pied dans la marge, le fan club d’Ange. L’émotion est palpable à la fin de ce très beau poème lu en son honneur.

 

Le concert s’achève en apothéose sur Hymne à la vie, devant un public en totale harmonie, qui ovationne longuement les musiciens. Soirée triomphale.

Pour ma part, je comprends mieux pourquoi cette formation si particulière, unique en son genre, a marqué aussi durablement le paysage du rock français et possède encore, après toutes ces années, autant de fans. Ange est à part. Et son univers résonne particulièrement bien avec la culture bretonne. Je ressors de ce concert totalement réjoui. Et convaincu.

Jérôme