mardi 21 juillet 2026

VIEILLES CHARRUES 2026

L'édition Boréale des Vieilles Charrues n'est pas encore terminée que les quatre dirigeants du festival sont déjà tournés vers 2027. « C'est passé tellement vite ! On a l'impression d'avoir ouvert les portes il y a quelques heures seulement ! » Cette édition restera assurément l'une des plus marquantes en termes d'intensité, d'ouverture aux autres et de joie partagée. Une totale réussite qui réjouit Jean-Luc Martin, président du festival, déjà tourné vers les grands travaux qui débuteront sur le site dès septembre. Les deux co-programmateurs, Jean-Jacques Toux et Jeanne Rucet, évoquent quant à eux un véritable rouleau compresseur dont on ne ressort pas indemne, entre fatigue accumulée et montagnes d'émotions. Jérôme Tréhorel, à la fois soulagé et épuisé, parle d'une édition sans accroc ayant réuni 280 000 festivaliers sur quatre journées, toutes complètes.

Nous étions présents pour couvrir l'événement… on vous raconte.

Jeudi avec : Piche et Katy Perry

Cette première journée est un peu particulière. Si tout le site de Kerampuilh est ouvert, seuls sept artistes sont programmés aujourd'hui, répartis uniquement sur les deux grandes scènes qui se font face : Glenmor et Kerouac. La raison ? Katy Perry. À l'image du lundi spécial Red Hot Chili Peppers il y a trois ans, la star américaine suffit à elle seule à déplacer près de 70 000 festivaliers. Une journée exceptionnelle donc, avec une densité de public impressionnante.

C'est Piche qui est chargée d'ouvrir cette édition. Révélée dans Drag Race France, l'artiste se présente au public des Charrues comme un « travelo compulsif » et prévient d'emblée celles et ceux qui s'attendent à un spectacle de cabaret ou burlesque qu'ils risquent d'être déçus. Piche navigue entre musique urbaine et danse avec une façon de chanter qui rappelle parfois Stromae. La mise en scène est soignée, le spectacle énergique, porté par des chorégraphies efficaces. Une entrée en matière qui fait clairement mouche.


Je ne vais pas vous mentir, la suite de la programmation n'était pas franchement faite pour nous. L'occasion parfaite d'aller voir ce qui se passait ailleurs sur le site.

Le principal changement concerne l'esplanade du château, rebaptisée La Guinguette. Davantage de stands, une implantation plus cohérente et un véritable espace de détente et d'animations. Le stand des chefs y a désormais trouvé sa place, avec chaque jour une recette gastronomique différente. La grande roue bénéficie elle aussi d'une mise en valeur bienvenue, tandis qu'une piste de descente en luge est déjà prise d'assaut. Sous la tente centrale, les happenings s'enchaînent tout au long du week-end. Au moment de notre passage, c'est le Drag Show qui bat son plein : six drag queens proposent un spectacle mêlant danse, playback et humour décapant.


Un peu plus loin, près de l'entrée du site, on retrouve l'incontournable lettrage #CHARRUES, toujours aussi prisé pour les selfies, ainsi qu'un tout nouvel espace : le Boreal Sound System. Cette installation interactive permet au public de piloter son et lumière grâce à un joystick. Les algorithmes font le reste, générant une musique en perpétuelle évolution au rythme des actions collectives. Une expérience originale dont les festivaliers se sont rapidement emparés. C'est également ici que l'on retrouve les célèbres conteneurs décorés aux couleurs du thème boréal. Plus d'arche cette année (dommage), mais un espace entièrement dédié.

Toujours près de l'entrée, nous retrouvons l'indispensable stand Changeons Les Règles de Marguerite & Cie, qui distribue près de 8 000 protections périodiques gratuitement durant les quatre jours du festival, ainsi que les bénévoles de Raok – Komzit Brezhoneg, qui œuvrent à la promotion de la langue bretonne dans le Centre-Ouest Bretagne grâce à différentes animations et outils de médiation. Ici, à Carhaix, la langue bretonne fait partie du paysage. Dire que les Vieilles Charrues sont profondément attachées à la culture bretonne relève de l'évidence : elle est inscrite dans l'ADN même du festival.

 

Après ce tour d'horizon, il est temps de rejoindre l'événement du jour : Katy Perry.

Les Vieilles Charrues frappent une nouvelle fois un grand coup en programmant une mégastar internationale qui se produit finalement assez rarement en France. Le site est noir de monde et, lorsque l'Américaine entre en scène entourée de danseurs en panoplie bodybuildés, Kerampuilh bascule dans l'hystérie. Impossible de ne pas penser au show de Robbie Williams présenté ici même il y a trois ans. Des tubes à la pelle, une énorme production, une vraie proximité avec le public et cette dose d'autodérision qui rend finalement le spectacle beaucoup plus humain malgré son gigantisme.


Parmi les temps forts, on retiendra la superbe scénographie très 2001, l'Odyssée de l'espace sur Dark Horse, la proximité avec le public lors de Thinking Of You, interprétée en acoustique sur l'avancée de la scène, l'ambiance incroyable de Hot N Cold, ou encore Katy Perry installée dans une gigantesque bouteille roulant au-dessus du public sur I Kissed A Girl. Sans oublier une très belle version de Roar, débutée par un tendre échange avec un fan.


Le concert s'achève avec Firework, durant laquelle Katy Perry dirige un immense tube de crème ou de dentifrice pour asperger les premiers rangs d'un jet de mousse. Rammstein avait fait un peu la même chose ici il y a treize ans… à quelques détails près. 😄

Grosse prestation, spectaculaire de bout en bout, où l'on ne s'est pas ennuyé une seule seconde.


Vendredi avec : Luiza, Joy Crookes, Ne Rangez Pas Les Jardins, Cap Kozmik, Jean-Louis Aubert, Jehnny Beth et Nick Cave & The Bad Seeds

Le soleil est de retour en ce deuxième jour de festival lorsque Luiza prend place sur la scène Kerouac. Il est encore tôt (15 h 15), mais le public est déjà présent pour assister au set de la chanteuse franco-brésilienne. Sa pop chaloupée, relevée de cuivres et de dub, vient réveiller les Charrues et lancer cette journée dans une ambiance idéale. La joie et la bonne humeur irriguent tout le concert, qui prend une belle dimension lorsque Luiza invite toutes les femmes qui le souhaitent à monter sur scène pour danser avec elle. Très chouette.

Nous avions hâte de découvrir Joy Crookes, mais aussi Ne Rangez Pas Les Jardins, premier groupe du Label Charrues 2026 à se produire sur la scène Grall. Il a fallu se partager le créneau horaire pour que ce soit possible. Ce sont des choses qui arrivent, et on ne va certainement pas se plaindre d'avoir le choix.


Joy Crookes possède l'une des plus belles voix de la soul britannique actuelle et son dernier album, Juniper, est une vraie réussite. Vêtue d'un maillot floqué « Palestine », la chanteuse londonienne laisse apparaître un bandage au niveau de l'abdomen et semble un peu en retenue malgré la qualité indéniable de son groupe et de son chant. Au bout de trois morceaux, elle sort un papier de sa poche et lit quelques lignes au public :

« Hier, je me suis fait renverser par une voiture. J'ai été blessée... mais me voilà ! »

Cela explique sans doute beaucoup de choses. Très bon set malgré tout dont je retient entre autres Brave et Pass The Salt!

Il faut maintenant traverser le site pour rejoindre Ne Rangez Pas Les Jardins. Le groupe de Loc-Envel est le projet de Léa Digeois (chant, basse) et Louis Hamon (guitare), rejoints sur scène par Franck Richard, batteur bien connu des Charrues puisqu'il officie également chez Dewaere et SBRBS, deux précédents lauréats du Label Charrues.

Le chant est habité, nourri d'inquiétudes, et les textes sombres de Léa se marient parfaitement à la musique lente, tendue et finalement violente de Louis. On pense à Serge Teyssot-Gay, à 10 Petits Indiens, à Dominique A. Les projections vidéo en fond de scène renforcent encore cette atmosphère singulière. Ne Rangez Pas Les Jardins propose un univers très poétique, parfois exigeant, mais réussit haut la main son passage aux Charrues malgré un style qui pourra sembler clivant. Le talent est bien là, le territoire artistique est dessiné ; il ne reste plus qu'à confirmer dans la durée.

Direction ensuite le chapiteau Gwernig pour Cap Kozmik, formation hybride réunissant l'impressionnant Bagad Cap Caval au grand complet et le collectif centre-breton Modkozmik. Cinquante musiciennes et musiciens se partagent la scène. Inutile d'en rajouter sur la puissance de feu que dégage Cap Kozmik. En mêlant musique traditionnelle, cuivres, boucles électroniques et synthétiseurs, le collectif livre un résultat absolument magnifique. Très vite, tout Gwernig se met à danser : gavottes, an-dro… tout y passe. Néophytes et danseurs confirmés se retrouvent dans un même élan. Un superbe moment qui aurait peut-être mérité une scène plus grande, comme ce fut le cas pour Fleuves l'an dernier.



Nous filons ensuite vers Glenmor pour assister au concert de Jean-Louis Aubert, mais il est déjà très difficile de se rapprocher. Finalement assez loin de la scène, et ayant déjà vu cette tournée il y a un an à Beauregard, nous décidons, après une vingtaine de minutes, de rejoindre la scène Grall pour Jehnny Beth, que nous tenions absolument à voir malgré un planning particulièrement serré.

Punk rock explosif, esthétique à la fois sensuelle et nerveuse, zéro temps mort. En nuisette et talons aiguilles, Jehnny Beth descend dans le public dès le deuxième morceau, High Resolution Sadness, improvise une battle de pompes avec une festivalière et livre des reprises particulièrement réussies de Army Of Me de Björk et de In Heaven, de David Lynch, rendue célèbre par les Pixies. Si elle m'évoque parfois Siouxsie Sioux ou Patti Smith, Jehnny Beth possède avant tout une identité qui lui est propre à laquelle il est difficile de rester insensible.


Nous quittons pourtant le concert avant la fin afin de nous placer au plus près du Dieu Nick Cave, qui s'apprête à investir la scène Glenmor. Comme Bruce Springsteen et The Cure avant lui, Nick Cave va offrir aujourd'hui deux heures trente de concert aux Vieilles Charrues. Un cadeau inestimable pour celles et ceux qui savent ce que cela représente. Il est bien difficile de raconter ce qu'est un concert de Nick Cave & The Bad Seeds. Nous ne les avions vus qu'une seule fois auparavant, il y a treize ans, et ce concert nous avait déjà profondément marqués. Celui de ce soir sera encore meilleur.

Dès Get Ready For Love, puis surtout sur From Her To Eternity, l'Australien vient immédiatement au contact du public et se laisse porter à bout de bras au-dessus de la foule. Quel charisme. Quelle intensité. Croiser le regard de Nick Cave vous transperce et vous marque à jamais. Plusieurs milliers de personnes en auront fait l'expérience ce soir. À ses côtés, Warren Ellis est lui aussi impérial, alternant violon et guitare puis lançant son archet dans les airs à la fin des morceaux.

Le concert se fait ensuite plus contemplatif avec les magnifiques Wild God et O Children, reprises en chœur par tout Kerampuilh, avant qu'un Tupelo rageur ne vienne rappeler toute la puissance des Bad Seeds. Mais avec Nick Cave, les émotions ne se limitent jamais aux morceaux les plus nerveux. L'enchaînement Carnage, Joy, Rings Of Saturn et Henry Lee, interprété en duo avec la choriste Janet Ramus, bouleverse littéralement le public.


La dernière ligne droite est d'une intensité folle : The Mercy Seat et sa montée en tension irrésistible, une formidable version de Papa Won't Leave You, Henry, puis Red Right Hand, devenu un véritable tube grâce à Peaky Blinders et repris avec ferveur par tout le public.

Et ce n'est toujours pas terminé !

The Weeping Song, puis surtout un immense Jubilee Street, qui prend sur scène une dimension vertigineuse. Le groupe quitte la scène après Hollywood, avant de revenir pour une ultime offrande : City Of Refuge, Wide Lovely Eyes, que Nick Cave dédie à son épouse Susie Bick, puis Into My Arms, interprétée seul au piano. C'était beau à en pleurer.

Une prestation magistrale, un déferlement d'émotions, ce concert restera, sans aucun doute, dans l'histoire du festival.

Après cela, il nous est tout simplement impossible d'écouter quoi que ce soit d'autre.

Nous rentrons encore sonnés par cette magnifique journée, riche en concerts mais aussi en retrouvailles : Cécile, Erwan, Fabrice, David, Patrick, Stéphane et Cyrille, vous revoir et partager quelques instants avec vous aura été un grand plaisir comme toujours.

Et pour citer Pierre Mac Orlan :

« Quand on possède le goût des gens exceptionnels, on finit toujours par en rencontrer partout. »

Samedi avec : Olli & The London Radio pop Orchestra, Djazia Satour, No Pain No Pain, Galant Tu Perds Ton Temps et Sprints

C’est déjà le troisième jour de festival et le thermomètre continue de grimper. Des brumisateurs ont d’ailleurs été installés un peu partout sur le site et l’on peut compter sur quelques filous pour nous arroser à certains endroits, notamment près du stand Bretagne au Cœur. 😉

Notre samedi commence avec un blind test à la flûte animé par Maxime et Nalla à la Guinguette. Une grosse poilade et une bonne dose d’énergie pour bien débuter la journée ! Tout au long du festival, sur le site comme au camping, Maxime Musqua et Nalla.mp3 nous auront régalés avec leurs interventions, leurs rencontres et leurs pastilles vidéo, toujours drôles et bienveillantes.

Place ensuite à Olli & The London Radio Pop Orchestra, qui ouvre le bal sur Kerouac. Habitué des Vieilles Charrues, où il s’est déjà produit à plusieurs reprises, notamment avec The Bollywood OrchestraOlivier Leroy revient cette année avec un projet plus intimiste intitulé Life On Rennes, présenté ici entouré du chœur de la Maîtrise de Bretagne. Une ouverture tout en douceur qui aura comblé les premiers festivaliers présents sur le site. Mention spéciale à la belle reprise des Smiths, There Is A Light That Never Goes Out, jouée en fin de set.

Dans le même temps, Djazia Satour berce le public de Gwernig avec son folk algérien, proposé aujourd’hui en formule duo acoustique avec Pierre-Luc Jamain au piano. Un moment suspendu, une musique et une voix qui font voyager, un style qui trouve toujours un bel écho aux Vieilles Charrues. La chanteuse le sait bien et tient d’ailleurs à remercier chaleureusement le public et le festival pour leur accueil. « Chanter en arabe, par les temps qui courent, c’est presque un acte politique », glisse-t-elle avec émotion.



Petit détour ensuite par le stand Bretagne au Cœur, partenaire du Label Charrues depuis plusieurs années et qui accueille les conférences de presse des artistes programmés sur la scène Grall. Aujourd’hui, c’est Ne Rangez Pas Les Jardins qui vient raconter son parcours et répondre aux questions du public et des journalistes.

L’occasion de rappeler l’importance du Label Charrues et de tout l’accompagnement proposé aux groupes lauréats : résidences, programmation, production, mise en réseau… Encore une fois, on peut saluer l’ouverture d’esprit de Jeanne Rucet et Jean-Jacques Toux, les deux co-programmateurs du festival et du Label Charrues, qui ont visé juste avec Ne Rangez Pas Les Jardins et No Pain No Pain, pourtant dans des univers musicaux loin des évidences.

L’enchaînement est parfait avec le concert de No Pain No Pain, second lauréat du Label Charrues 2026. Le duo formé par Baptiste Moalic (guitare) et Thomas Kerbrat (batterie) devient sur scène un trio grâce au renfort de Thomas Legros aux machines et aux synthétiseurs. Musicalement, c’est puissant : un rock progressif instrumental évoquant autant Slift qu’EZ3kiel, qui envoie des vibrations capables de faire trembler tout Carhaix. L’accueil du public est excellent et le groupe prend visiblement un énorme plaisir à jouer ici. Fort d’un premier album qui a déjà bien résonné dans le paysage rock, No Pain No Pain semble désormais avoir tous les voyants au vert.

L’heure est ensuite au kebab végé signé Thierry Marx, légèrement épicé et parfaitement accompagné d’une Coreff Ambrée. Seul petit bémol à ce plaisir gastronomique à 11 € : la portion est un peu juste pour mon appétit de festivalier. Mais c’était vraiment très bon ! (La photo n’est pas terrible, on ne voit quasiment que de la salade…je poste une autre trouvée sur le net)

 

Voilà ensuite un groupe taillé pour la scène Gwernig : la formation québécoise Galant, tu perds ton temps. Les six musiciens n’ont pas mis longtemps à conquérir le public avec leur musique étonnamment proche du répertoire traditionnel breton, leur humour et leurs histoires chantées a cappella aux quatre coins du monde depuis plus de vingt ans. Une maîtrise vocale impressionnante, des sourires permanents et une complicité évidente entre les membres du groupe : encore un superbe moment sous le chapiteau.

Et que dire de celles et ceux qui ont choisi de venir voir ou découvrir les Irlandais de Sprints sur la scène Grall ? Nous les avions déjà vus l’an dernier au God Save The Kouign de Penmarc’h puis au Carnavalorock de Saint-Brieuc. Il était hors de question de manquer leur passage aux Charrues. Emmené par la tornade rousse Karla Chubb, Sprints renverse littéralement le public en quelques minutes. Quel concert, quelle énergie ! Dans la fosse, c’est circle pit, pogo et wall of death dans une ambiance à la fois déchaînée et bienveillante, loin des pogos "cons" qu'on peut avoir sur d'autres scènes ou festivals.


Karla Chubb elle-même semble bluffée par l’accueil réservé au groupe et continue d’en parler sur ses réseaux sociaux plusieurs jours après le festival. Le feu ne retombera jamais : Descartes, Feast, Need, Something’s Gonna Happen, sans oublier la superbe reprise de Deceptacon de Le Tigre.

Et puis vient l’apothéose : après avoir confié sa guitare à un spectateur déguisé en licorne (vrai de vrai), Karla Chubb se jette dans la foule pour un immense slam avant de conclure un set tout simplement incroyable.


Dimanche avec : Miossec, Plouz & Foen, Conférence de clôture, Xavier Rudd, Feu! Chatterton, Vanessa Paradis, Lindigo, TVOD et Tomora

Voir Miossec aux Vieilles Charrues était sans aucun doute l’une des images marquantes de cette édition. Le Brestois revient de loin et ses problèmes de santé semblent désormais derrière lui. Lui-même, toujours aussi réservé, est visiblement ému et finit par avouer : « Trente ans après, ça fait tout drôle. Je ne pensais pas revenir un jour ici… » Nous, on se régale à le voir interpréter ses plus belles chansons, mais aussi celles de Simplifier, qu’il n’a finalement que très peu eu l’occasion de défendre sur scène, notamment Meilleur Jeune Espoir Masculin et Tout est bleu. Mention spéciale également à Je m’en vais et Désolé pour la poussière, magnifiques elles aussi. Le concert est simple, sincère, sans chichis, à l’image du Brestois. Timide mais aussi taquin, il conclut avant d'annoncer Brest, le dernier morceau : « On va vous jouer une chanson folklorique…»

C’est ensuite l’heure de Poulz & Foen sous le chapiteau. Le duo de rappeurs bretonnants, accompagné sur scène par la DJ Yurika, se forge une solide réputation et enchaîne les plus grands festivals de l’Ouest cet été. N’étant pas bretonnant, j’apprécie les quelques explications données entre les morceaux ainsi que le choix d’un chant sans Auto-Tune. Carhaix est une terre de bretonnants et Poulz & Foen évoluent ici en terrain conquis. Le public aura même droit à la venue surprise de Krismenn, rappeur et musicien breton considéré comme l’un des précurseurs du genre. Très chouette concert. À la Guinguette, juste avant, Jain était également venue créer la surprise en proposant un petit DJ set improvisé aux festivaliers. Sympa !


C’est ensuite l’heure de la conférence de presse finale des organisateurs. Les visages sont fatigués, mais heureux. Après quatre jours qui ont filé à toute vitesse, le bilan est plus que positif. L’édition s’est déroulée dans une excellente ambiance et sans incident majeur. Certains concerts resteront gravés dans les mémoires et une vraie satisfaction se dégage des propos des programmateurs. Jean-Luc Martin revient sur les importants investissements à venir : enfouissement des réseaux, nouveaux câblages, réaménagement des bureaux et des espaces de stockage. Toutes les demandes formulées ces dix dernières années ont été validées. Il semble loin le temps des tensions avec la commune, et c’est tant mieux pour tout le monde.

Jérôme Trehorel insiste une nouvelle fois sur les valeurs du festival. Les Vieilles Charrues restent une manifestation 100 % associative et sont sans doute le seul festival de cette ampleur à proposer un billet à un peu plus de 50 euros pour une quinzaine d’artistes par jour. Sans les partenaires, précise-t-il, il faudrait augmenter ce tarif d’environ 18 euros. L’objectif reste le même malgré les incertitudes du monde actuel : continuer à rendre la culture accessible au plus grand nombre. Une phrase revient chaque année comme un mantra : venir aux Vieilles Charrues est un acte militant.

Le rendez-vous est déjà fixé aux 15, 16, 17 et 18 juillet 2027 pour la 35e édition.

À noter qu’à l’issue de cette conférence, les journalistes présents ont posé aux côtés des organisateurs afin d’afficher leur soutien à Christophe Gleizes, journaliste sportif injustement emprisonné en Algérie depuis plus d’un an.

Nous connaissions finalement assez peu Xavier Rudd, malgré près de vingt-cinq ans de carrière. Seul sur la scène Kerouac, l’Australien est entouré d’une impressionnante collection d’instruments qu’il manipule avec une virtuosité remarquable : guitares, batterie, harmonicas, didgeridoo, boucles et bien d’autres encore. Ses textes parlent de spiritualité et de nature, tandis que son folk peut rappeler celui de John Butler, les solos de guitare en moins. Nous passons un excellent moment.

C’est ensuite le retour de Feu ! Chatterton, déjà venu trois fois à Carhaix. Cette fois, c’est sur la scène Glenmor que la talentueuse formation parisienne se produit. Concert chansigné en direct pour les personnes sourdes ou malentendantes. Pourtant habitués aux grandes scènes, Arthur Teboul et ses compagnons semblent un instant impressionnés par l’immensité de la foule. Très vite ils prennent possession de la scène, puis de son avancée, pour se rapprocher du public. J'aimais avare de bons mots, Arthur Teboul prévient le public après Côte Concorde« Maintenant que nous avons fait naufrage ensemble, on se connait mieux non ?» Ce sera ensuite Allons VoirCe qu’on devientÉcran Total, mais surtout Mille Vagues et Libre, qui nous auront particulièrement marqués. Une nouvelle grande prestation qui s’achève sur La Malinche, remixée en Tri Martolod pour l’occasion : « Et je reste aux Charrues… » Oh oui !



Comme il y a deux semaines à Beauregard, le concert de Vanessa Paradis glisse un peu sur nous, comme la pluie sur un ciré. Un best of qui ravit les fans et les nostalgiques, mais qui nous laisse finalement peu d’émotions.

Nous quittons donc Vaness' pour rejoindre Lindigo sous le chapiteau. Le groupe réunionnais, emmené par l’impressionnant Olivier Araste, débute son concert au beau milieu du public avant de rejoindre la scène quelques minutes plus tard. On comprend très vite que l’on va passer un excellent moment. Percussions, danses, chœurs et chants entraînants : c’est simple, nous avons dansé pendant une heure sans nous arrêter. Quelle ambiance et quelle chaleur sous Gwernig ! Lindigo quittera d’ailleurs la scène comme il y est entré : au milieu du public pour un partage total. Super concert ! Heureux celles et ceux qui étaient là.



L’heure est venue de reprendre une overdose de télévision avec TVOD, que nous avions énormément apprécié un mois plus tôt au God Save The Kouign de Penmarc’h. En fond de scène, un écran répète inlassablement la même animation, comme un vieux fond d’écran d’ordinateur. Les New-Yorkais sont toujours aussi irrésistibles avec leur punk rock nerveux et funky, taillé pour retourner les foules. Je reste impressionné par la qualité de la section rythmique et par l’énergie déployée sur scène par Tyler Wright. J’aperçois même Miossec en backstage, lui aussi totalement captivé par le concert. Devant la scène, c’est un joyeux bordel : lunettes qui volent, verres de bière, slams et pogos à répétition. Un énorme kif qui laisse présager le meilleur pour le nouvel album annoncé à l’automne. TVOD, à consommer sans modération !




Nous restons ensuite quelques instants devant Tomora alias Tom Rowlands & AURORA afin de redescendre doucement de nos émotions. Le projet réunissant le membre des Chemical Brothers et la chanteuse norvégienne, que nous avions vu éclore ici même en 2015 alors qu’elle n’avait que dix-neuf ans, est intéressant, mais nous avons du mal à vraiment y entrer. Encore trop secoués par TVOD, sans doute. Un regard suffit pour nous comprendre et nous décidons d’en rester là après quatre journées intenses et franchement réussies.

Du soleil, des sourires, une ambiance exceptionnelle… et puis Nick Cave, bien sûr.

Un immense merci à toutes celles et ceux qui œuvrent jour et nuit, avant, pendant et après le festival, pour que tout se déroule aussi bien. Chapeau aux techniciens, aux bénévoles et à tous les bénévoles : vous êtes l’organe vital des Vieilles Charrues.

Pas d’aurore boréale pour conclure cette édition, mais un ciel parfaitement dégagé. Une très belle façon de refermer ces quatre jours hors du temps.

Notre traditionnel Top 5

  1. Nick Cave & The Bad Seeds
  2. Sprints
  3. TVOD
  4. Feu! Chatterton
  5. Lindigo
Coup de Cœur pour Cap Kozmik

Jérôme & Lisa