jeudi 14 mai 2026

16 HORSEPOWER @ Sew, 13 mai 2026 - Morlaix

L’annonce, début janvier, de la reformation de 16 Horsepower fut l’une des bonnes nouvelles de ce début d’année. La seule même… Il ne restait plus qu’à guetter les dates de la tournée européenne et la surprise fut belle d’y voir figurer deux dates bretonnes, dont celle du Sew en sortie de résidence. Plus de vingt ans après la séparation du groupe, ce retour est vécu, à juste titre, comme un événement majeur pour tous les fans, et comme une occasion unique et inespérée pour les autres de voir enfin ce groupe culte sur scène. 16 Horsepower a marqué son époque avec un style unique et des concerts imprégnés de spiritualité. Des lives d’une grande intensité, incarnés par un incroyable David Eugene Edwards qui, à l’instar de Nick Cave, dégage un magnétisme naturel rare. Il n’y a qu’à revoir les vidéos de l’époque pour en mesurer l’ampleur. Bref, c’était immanquable !

À trois dans la voiture, nous traversons les monts d’Arrée, décor parfait pour la musique de 16 Horsepower, direction le Sew, qu’on aurait presque rebaptisé « Sioux » pour l’occasion. Mat conduit la diligence, j’en profite pour leur montrer "La Boutique", excellent disquaire installé à Plounéour-Ménez, le Bagdad Café de la région à mes yeux, tandis que Cyrille évoque, avec un mélange de frustration et de nostalgie, le festival Insolent de 2001 à Quimper, qui affichait le même soir Muse, Jon Spencer Blues Explosion et 16 Horsepower, finalement annulé au dernier moment. Vingt-cinq ans plus tard, on le sent encore abattu par cette absence, pas loin d’aller engueuler David Eugene Edwards si l’occasion se présente ce soir ! Nous arrivons au Sew et, dans la cour de l’ancienne manufacture, tout le monde semble se connaître ou retrouver de vieux amis. Certains ont vu le groupe aux Vieilles Charrues en juillet 2000 peut-être ? Le temps de boire une bière et nous avançons nous placer.


La salle est pleine à craquer et on ressent un mélange étrange d’excitation et d’appréhension. Heureux de voir un groupe que l’on croyait définitivement disparu, mais avec tout de même une pointe d’angoisse à l’idée d’être déçu. C’est le risque quand l’attente est trop grande. Comme annoncé par les organisateurs, à 20 h 30 pétantes, les lumières s’éteignent et 16 Horsepower entre en scène. Pascal Humbert à la basse, Jean-Yves Tola à la batterie, Chuck French à la guitare et David Eugene Edwards au chant, guitare slide, banjo-mandoline et concertina Chemnitzer. Comme à son habitude, ce dernier restera assis du début à la fin du concert, ne se levant que pour changer d’instrument.

Le set débute avec I Seen What I Saw, tiré du premier album Sackcloth ’n’ Ashes, dont neuf titres seront joués ce soir. Premier constat : la voix de DEE est toujours aussi incroyable et son jeu de guitare si particulier saisit immédiatement le public du Sew. Puis, Haw me procure les premiers frissons de la soirée.

Dead Run puis Brimstone Rock : c’est au tour de Low Estate, le deuxième album, d’être à l’honneur. DEE troque sa guitare Gretsch pour un banjo-mandoline et Pascal Humbert passe à la contrebasse avec archet sur Straw Foot. Le set monte encore en intensité avec le formidable Splinters, l’une de mes chansons préférées du groupe, tirée cette fois de Secret South, leur troisième album sorti il y a vingt-six ans et qui n’a pas pris une ride. Dans la foulée, DEE saisit son fameux concertina, devenu l’emblème du groupe, et le public, jusque-là respectueusement sage, manifeste un peu plus bruyamment son enthousiasme. American Wheeze vient irradier de toute sa tension la salle morlaisienne. Encore un grand moment.


Nouvelle salve issue de Sackcloth ’n’ Ashes avec Prison Shoe Romp, Heel On The Shovel et South Pennsylvania Waltz, à la fin de laquelle nous entendrons les premiers mots de DEE adressés au public : « Thank you! ». Peu loquace, c’est sûr, mais tellement habité par ses textes et son jeu que l’inverse semblerait anormal, voire relever de la posture. Tout le groupe paraît d’ailleurs extrêmement concentré et appliqué.

À mi-parcours, l’enchaînement Sac Of Religion, Strong Man et surtout Black Soul Choir est magnifique. En arrière-plan, les images et vidéos de bois mort, de déserts nuageux, de rapaces ou d’insectes complètent parfaitement le tableau noir et gothique de 16 Horsepower et finissent de plonger le Sew dans une atmosphère mystique et hypnotique. Le public, lui, est happé, écoute religieusement avant de laisser exploser sa joie après chaque morceau.

 

La fin du set approche mais la tension ne retombe pas une seule seconde : Black Bush, Phyllis Ruth puis Harm’s Way, que DEE semblait avoir oublié, ce qui aurait été bien dommage tant cette chanson est belle. Pascal Humbert vient ensuite poser des accords de basse puissants en introduction de Clogger, qui me ramène immédiatement au Noir Désir de Veuillez rendre l’âme. Enfin, c’est avec Poor Mouth que 16 Horsepower termine son set sous les ovations d’un public totalement rassuré et profondément secoué par la prestation. Le pouvoir du chaman David Eugene Edwards opère toujours !

Le rappel ne se fait pas attendre et 16 Horsepower revient jouer trois derniers morceaux pour notre plus grand plaisir. Maintenant qu’il est de retour, on ne veut déjà plus le lâcher ! Hutterite Mile, Blessed Persistence et bien entendu For Heaven’s Sake, sœur jumelle de Tostaky, viennent nous saisir une dernière fois.

Il fallait au moins ça pour me consoler de la disparition de Taylor Kirk, survenue le mois dernier. Le frontman de Timber Timbre avait en commun avec David Eugene Edwards ce dark folk habité et torturé. Une musique, un chant et des concerts qui vous transpercent, vous prennent aux tripes et vous hantent pour longtemps.

16 Horsepower, lui, est bel et bien vivant !

Jérôme

dimanche 10 mai 2026

JOE BEL + AN ABHAIN @ Le Novomax, 9 mai 2026 - Quimper

Il y avait de la chaleur au Novomax samedi soir. Celle, moite, d’un ciel orageux, mais surtout celle d’une salle comble pour la venue de Joe Bel, artiste talentueuse qui, sans faire trop de bruit ni de tapage, fait pourtant l’unanimité auprès de celles et ceux qui ont écouté ses albums ou l’ont déjà vue sur scène. Quimper ne fait pas exception. En ce week-end rallongé, pas forcément propice aux sorties culturelles, on ne peut que se réjouir de voir le public au rendez-vous. Quand on a la chance d’avoir une programmation de qualité, diversifiée et à des prix attractifs, il faut venir aux concerts ! Et toutes celles et ceux présents ce soir-là ne l’auront pas regretté un seul instant.

C’est An Abhain qui ouvrait la soirée. Arrivé juste après le début de son set, je me fraye difficilement un chemin vers le fond de la salle pour ne gêner personne. Le Novomax baigne alors dans un univers folk médiéval fantasy, porté par la voix cristalline de la chanteuse qui, telle une elfe ou une fée, charme le public avec ses arpèges et son chant délicat. J’y retrouve un peu de la poésie de Dick Annegarn et le ton des premiers albums d’Emilíana Torrini. Une entrée en matière tout en douceur, avec un style déjà bien affirmé, qui captive un auditoire resté suspendu à la poésie d’An Abhain du début à la fin.


C’est en traversant le public, guitare à la main, que Joe Bel rejoint la scène du Novomax. Ce qui frappe immédiatement, c’est cette voix sublime qui, posée sur des mélodies accrocheuses, irradie la salle de douceur et d’émotion. Très bien entourée, l’auteure-compositrice-interprète nous invite au voyage, nous confie ses tourments et partage avec sincérité des fragments de son histoire. Le public est totalement sous le charme, et il y a de quoi. Rappelant parfois Fredrika Stahl ou Feist, la folk soul de Joe Bel est assez irrésistible. On se laisse facilement emporter par la justesse de la prestation et chaque chanson est accueillie par des applaudissements chaleureux. Dans la salle, les sourires se multiplient. Sur scène, Joe Bel semble tout aussi heureuse, visiblement très touchée par l’accueil reçu ce soir.


Le set fait la part belle à Family Tree, le deuxième album de Joe Bel sorti en 2024. On y retrouve d’excellents titres comme The Secret, Talking ou encore Ropes. Mention spéciale à Your Own Hands, où Joe Bel évoque ses angoisses de mère, et au magnifique Morenika, chanté en Ladino, langue ancestrale Judéo-Espagnole dérivée du vieux Castillan, qui fait clairement frissonner toute la salle. Que cette chanson est belle !


Peu après, Nothing In The World et son tempo blues rock vient secouer à nouveau l’auditoire du Novomax, lui aussi irréprochable, enthousiaste du début à la fin. Après un rappel savouré une dernière fois par le public, Joe Bel et ses musiciens quittent la scène sous une ovation largement méritée. Dans le hall d’entrée, la file d’attente devant le merchandising s’allonge déjà. Réécouter Joe Bel sera une belle façon de prolonger encore un peu le plaisir procuré par cet excellent concert.

Jérôme

vendredi 1 mai 2026

Totorro + Chaton Laveur @ La Carène, 30 avril 2026 - Brest

Belle soirée de printemps à La Carène avec, 11 ans plus tard, le retour de Totorro dans la cité du Ponant, et en ouverture un Chaton Laveur tout droit venu de Liège. Le club est plein à craquer, presque trop petit pour ce groupe décidément à part, dont l’impact reste toujours aussi fort auprès d’un public qui, dès les dernières notes du concert, n’aspire qu’à les revoir au plus vite.

En voilà un drôle d’animal ! Chaton Laveur, c’est Julie à la basse, guitare, clavier et chant, et Pierre à la batterie, clavier et chant. Vous l’avez compris, ces deux-là sont plus proches de l’octopus que du duo classique. Musicalement, Chaton Laveur explore un univers entre l’expérimental de Broadcast, le post-rock hypnotique de Baston, les mélodies aériennes de La Battue ou encore les rythmiques obsédantes de Vox Low. Les chants sont partagés entre les deux membres, principalement en français, parfois en espagnol, et les projections en arrière-plan ajoutent une dimension loin d’être inutile à l’ambiance particulière installée sur scène.


Le duo joue ce soir l’avant-dernière date de la tournée qui suit la sortie de leur nouvel album Labyrinthe, largement mis à l’honneur, avec notamment un inédit répété seulement quelques heures plus tôt. Mention spéciale à La Source, que j’ai beaucoup aimé. Accueil chaleureux et prestation convaincante, qui confirme toute la qualité de la nouvelle scène rock belge. Chaton Laveur vient gentiment s’asseoir à la table de La Jungle, It It Anita ou Gros Cœur, pour ne citer qu’eux.

Après six ans de pause mis à profit pour explorer d'autres projets (La Battue, Do It Later…), Totorro est de retour avec Sofa So Good, excellent album qui s'inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs Come To Mexico et Home Alone. Autant dire que l'attente est grande et l'excitation est palpable. Lorsque le groupe entre en scène, la clameur qui s'élève est révélatrice et une question me vient aussitôt : pourquoi cette chanson en fond sonore - Comme un roc - de Nâdiya (dont j’avais oublié l’existence) ? Mystère…


Ce soir, le nouvel album Sofa So Good occupe logiquement la moitié de la set-list. Mention spéciale à Bernard Guez et Smile Paste, particulièrement réussis ! La complicité entre les quatre musiciens transpire sur scène et se propage naturellement au public, qui, comme moi, passe un vrai moment de plaisir. Je reste subjugué par la maîtrise du groupe, capable de jouer un math rock irrésistible sans jamais sacrifier la mélodie. Les ralentissements de tempo ne sont que des courses d’élan avant un déferlement de guitares porté par une rythmique qui emporte tout. On finit totalement retourné.

 

Le final est magnifique. Bertrand, à la batterie, prévient : il reste deux morceaux à jouer… mais ils sont bien ! Franchement, tout était parfait, mais il est vrai que Smile Paste et Tonton Alain Michel en conclusion, ça fonctionne carrément.

Vite, revoir Totorro !

Jérôme