L’association La Bergerie Rock a eu la très bonne idée de programmer au Bag Noz de Saint-Thonan l’extraterrestre Gyasi, album du mois l’année dernière chez Rock & Folk pour son brillant LP Here Comes The Good Part, et lead guitar sur le dernier album d’Alice Cooper… Rien que ça ! Restait à savoir si Gyasi Heus, de son vrai nom, allait nous la jouer full band glam à la Bolan/Bowie ou en mode intimiste, guitare blues, puisque son nouvel album, sorti il y a quelques jours, est une véritable ode à Robert Johnson, le guitariste maudit du Mississippi. La réponse est juste en dessous !
C’est le groupe Chevrotine qui ouvre la soirée au Bag Noz. Une formation brestoise au style glam rock et à l’esthétique assez particulière, un brin foutraque, à vrai dire. Jouant à domicile, Chevrotine met toute son énergie pour chauffer comme il se doit le Bag Noz. De bons titres comme Jukebox Lady ou Motor Holy Baby, une reprise sympa de Crimson and Clover version Joan Jett, un final en explosion de paillettes qui a son petit effet… mais qui me laisse malheureusement un peu de côté. À peaufiner à mon sens.
Place à Gyasi, prononcé « Jah-see », qui apparaît sur scène magnifiquement habillé et maquillé. Plus glam que drag, un Ziggy plus vrai que nature ! Le set démarre pied au plancher avec Cheap High, sur lequel Jonny Martini à la batterie donne d’entrée de jeu un tempo très rapide. À la guitare, Leilani Kilgore enchaîne, dès ce premier titre, riffs et solos à la pelle. Elle est aussi énergique que Cole Bearden est calme et placide à la basse, au beau milieu de cette tornade glam rock. Gyasi, lui, perché sur ses bottes à plateforme, occupe magistralement l’espace et fixe le public droit dans les yeux, comme pour nous prévenir que ça va secouer. Et ça va secouer !
Après Mind Explorer et le très “Black Keysien” Tongue Tied, le groupe enchaîne avec She Says et Teacher, avant de jouer une nouvelle chanson, You Got The Look, qui n’est pas sans me rappeler Black Math des White Stripes. Du tout bon ! Il fait désormais très chaud au Bag Noz, vient Fast Love, où Gyasi et Leilani Kilgore nous offrent une nouvelle démonstration de guitare, à coups de jeux derrière la tête et de solos avec les dents. Impressionnant ! Tout en reprenant son souffle, Gyasi explique tout le plaisir qu’il a à revenir dans le Nord-Ouest de la France. Il faut dire que la Bretagne l'a déjà vu passer il y a trois ans, à La Nef des Fous de Binic, puis plus récemment à l’Ubu de Rennes. À chaque fois, un passage très remarqué et salué par la presse comme par le public.
Après Baby Blue, Lightning et Kiss Kiss, le prodige androgyne s’offre une ballade ténébreuse sur 23, en déambulant sur le comptoir du bar. La fin du set fait la part belle à Bowie avec Snake City, qu’on pourrait confondre avec The Jean Genie. Et puisqu’on ne pourra pas éviter les comparaisons, le dernier titre, All Messed Up, joué en partie dans le public, est habilement transformé en I'm Waiting for the Man du Velvet Underground. De nombreuses références pleinement assumées, un artiste charismatique, doté d’un jeu vraiment remarquable, c'est ainsi que l'on pourrait définir le phénomène Gyasi qui retourne le Bag Noz aussi facilement que Morgane retourne les crêpes dans son food truck Mo, Fée des crêpes posté devant la salle de Saint-Thonan.
Le rappel est réclamé et le groupe revient pour jouer un petit air très country avant de finir en apothéose sur Bang Bang, où Gyasi termine son solo porté par la foule. Même si je m’y attendais un peu, c’est une grosse prestation de Gyasi à laquelle j’ai assisté au Bag Noz ce soir. Et ce n’est pas souvent que je me retrouve autant secoué un dimanche soir. Wouahou !















