jeudi 15 juillet 2021

Requin Chagrin + Feu ! Chatterton @ Vieilles Charrues 2021

En arrivant sur le parking du festival, je reconnais la personne qui m'aide à trouver un emplacement pour me garer (on croise toujours quelqu'un que l'on connait aux Vieilles Charrues, ce n'est pas une légende !). Nous discutons un peu :
-Tu es toujours bénévoles ? 
-Tu sais, bénévole un jour, bénévole toujours.
-Comment se sont passés les autres soirées ? Tu as pu voir des concerts ?
-Hier Gaël Faye a été incroyable, je ne m'y attendais pas, c'était vraiment super. Il y a des gens qui râlent par rapport à cette formule mais au moins il y a quelque chose. Les artistes sont tellement heureux de retrouver la scène et un public, franchement ça fait du bien.

Il a raison. Je traverse la plaine déserte de Kerampuilh pour me diriger vers les entrées du festival reconfiguré, j'aperçois le site, les bannières, les barnums, la scène. Tous ces repères, ces habitudes ces émotions perdues depuis 2 ans me reviennent d'un coup. Le site est bien entendu plus petit mais très bien agencé. Le public est peut-être un peu plus calme, plus âgé aussi. La zone de concert forme comme une petite arène avec les gradins qui font face à la scène. Une configuration agréable et confortable pour accueillir 5 000 personnes maximum. On est loin du festival habituel et ses 280 000 festivaliers sur 4 jours. Sans aller plus loin dans le débat, le constat est clair : ça fait un bien fou !


REQUIN CHAGRIN
Avec un thème "20 000 lieux sous les mers" le groupe de Marion Brunetto est bien à sa place. Celle-ci  ne cache pas sa joie d'être sur la scène des Vieilles Charrues d'ailleurs : « C'est un vrai rêve de jouer ici, nous sommes très heureux d'être avec vous, enfin ! On va vous jouer plein de nouvelles chansons » (Requin Chagrin a sorti son 3ème album Bye Bye Baby il y a quelques mois seulement, la majeure partie des titres joués seront issus de ce nouvel opus). Dès les premières minutes du set, on est pris par l'univers spécial dégagé par Requin Chagrin. Une Dream/Pop délicate où le synthé se mêle à la guitare tendance Surf, parfois Shoegaze. La voix particulière de Marion Brunetto vient poser une touche de mélancolie à cette ambiance finalement plus aérienne que sous marine, le résultat est très élégant. 

 

Le public, un peu timide au début s'est vite rapproché de la scène et fait les chœurs sur l'excellent Bye Bye Baby. Parmi la douzaine de titres joués, mention spéciale aux très beaux Volage, Mauvais Présage ainsi qu'à Adélaïde, la chanson qui a mit le groupe en lumière il y a 6 ans. Ebloui par le soleil situé pile en face de la scène, pour parfaire le tableau de ce 14 juillet musical, Requin Chagrin termine son set  avec Sémaphore, Perséides et Le Chagrin, sur lequel Marion Brunetto échange sa place avec Axel Le Rey à la batterie. Le timing est serré et malgré les appels du public à jouer encore, Requin Chagrin quitte la scène après une prestation très réussie.

 

 

FEU ! CHATTERTON
Comme Requin Chagrin, Feu ! Chatterton a sorti son 3ème album intitulé Palais D'Argile, cette année. Un album sublime et unanimement salué, dont les compositions évoquent sans détours les dérives de la société actuelle. Les textes sont toujours empreints d'une poésie raffinée et moderne et la musique prend, quelques virages électro surprenants parfaitement maitrisés. Le groupe entre en scène sous les ovations du public, impatient de découvrir en live les nouvelles chansons. Arthur Teboul, au chant, est comme à son habitude très bien habillé. Le costume qu'il revêt est retiré au bout d'une chanson, l'ambiance est déjà chaude et va l'être encore plus après Ecran Total qui fait déjà danser toute la foule.



Il est temps d'embarquer sur le Côte Concorde, premier succès de Feu ! Chatterton qui reste toujours aussi poignant et intense. Encore une fois Arthur, visiblement très ému, évoque le plaisir à retrouver le live et le public et clame sa gratitude aux organisateurs du festival pour avoir rendu cela possible malgré les nombreuses contraintes. Le concert est parfaitement lancé, A L'aube, Cantique, La Mort Dans La Pinède, la set-list est impeccable. Sébastien, Clément (guitares et claviers) et Antoine (basse) dynamisent la scène sur le tempo assuré par Raphaël à la batterie. 

La grosse claque arrive avec Libre : complainte post-apocalyptique de Rock Progressif de plus de 10 minutes se terminant dans un déluge de guitares. Feu ! Chatterton explore ici de nouveaux horizons musicaux dans lesquels on plongerait bien un peu plus longuement tant le potentiel est vaste. Superbe ! La chanson suivante : Monde Nouveau, est spécialement dédicacée à Jérôme Tréhorel, le directeur Général du festival que l'on aperçoit, tout sourire sur les écrans géants. Arthur est maintenant dans la foule qui reprend le refrain à l'unisson. Quelle ambiance ! Pas le temps de souffler, c'est l'heure de La Malinche. Le titre s'étoffe d'un final électro puissant, Arthur lui, est porté par le public et change malicieusement les paroles de sa chanson qui se termine désormais par : « Et je reste à Carhaix...oh oui ! ». Enorme succès et rappel exigé, ce sera Sari D'Orcino, magnifique ballade issue du second album du groupe (L'Oiseleur), qui clôture de belle manière un des grands moments du festival à n'en pas douter.

 

Merci aux bénévoles pour leur disponibilité et leur gentillesse.
Merci aux techniciens et aux divers intervenants pour avoir rendu l'évènement possible
Merci à Requin Chagrin et à Feu ! Chatterton le partage et pour la joie
Merci aux Vieilles Charrues pour cette parenthèse festive et musicale inespérée.

Le festival continue jusqu'au dimanche 18 juillet 😉.

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                                                                                                                                               Jérôme



dimanche 13 juin 2021

VICTOR SOLF @ La Carène, 12 juin 2021 - Brest

Heu-reux !

Heureux de revenir à La Carène. Heureux d'assister à nouveau à un concert (233 jours depuis la dernière chronique). Heureux de revoir cet artiste talentueux qui m'avait laissé une superbe impression lors de son passage au festival Beauregard en 2017 avec HER, son précédent groupe. Oui, heureux que ce soit Victor Solf qui, après de longs mois bien pénibles, incarne cette douce sensation d'un nouveau départ. Après ses débuts avec The Popopopops il y a presque 15 ans, puis le beau chapitre Her clôturé en 2019, c'est désormais sous son propre nom qu'il poursuit sa route. Il était à Brest samedi soir pour son 1er concert de l'année.

La Carène s'est adaptée et la fosse est transformée en gradins avec une jauge limitée à 65% de sa capacité. Mais le public est bien là, masqué puisqu'il le faut, impatient, bouillonnant depuis l'ouverture des portes. Victor Solf entre en scène entouré de 4 musiciens et vêtu d'une tenue blanche customisée de dessins et d'écritures. Cette même tenue, comme un uniforme, qu'il porte dans ses clips et sur la pochette de son 1er album solo, Still. There's Hope, conçu en pleine pandémie et sorti il y a 2 mois. 

Le set débute avec Traffic Lights, superbe ballade qui dévoile d'emblée l'aisance vocale du chanteur. Victor Solf affiche un sourire quasi permanent qui ne fait planer aucun doute sur le soulagement et le plaisir qu'il ressent à se retrouver enfin face au public. Cette belle intro laisse place au funky How Did We ? qui n'est pas sans rappeler le style du groupe anglais Jungle. Victor ne tient pas en place. Il  tourbillonne et se tortille sur scène dès le micro posé. Il est bien difficile, il faut l'avouer, de ne pas pouvoir danser aussi dans le public. Ce sera la seule et unique frustration du concert. Même chose sur I Don't Fit, excellent titre qui ouvre l'album et qui est joué dans une version un peu plus longue ce soir.


 

Mention spéciale à Fight For Love, Drop The Ego et Utopia qui mêlent parfaitement Soul et Electro. Un style exigeant vocalement, et où la qualité de la mélodie se confronte à une rythmique dansante. Style que Victor Solf maîtrise parfaitement. Le public est aux anges, Victor aussi, au point d'en perdre un peu ses mots : « Je voulais vous dire tout un tas de choses, j'avais préparé toute une liste mais voilà...c'est tellement bon de vous revoir, quel plaisir, vraiment ! ». Un bonheur non dissimulé, partagé à 100%, et un beau cadeau pour Mathieu Gramoli à la batterie qui se voit chanter son anniversaire par toute la salle.



La première chanson du rappel est un titre de Her : Blossom Roses. Victor est seul au piano, chante quasi a capella dans le silence respectueux du public totalement sous le charme. Magnifique. Le groupe revient pour un final qu'on voudrait repousser le plus tard possible. Le touchant Comet, écrit pour son fils de 2 ans, puis Hero titre issu de son EP Aftermath. Cette dernière chanson est jouée spécialement pour une famille, présente ce soir, ayant perdu un proche, emporté par la maladie. Un bel hommage et un soutien pour se reconstruire malgré tout. Un geste qui a du sens quand on connaît le parcours de Victor Solf. Le public se lève et ovationne comme il se doit cet artiste talentueux et attachant. Lui, restera longuement après le show, pour échanger et se prêter au jeu des dédicaces avec les fans restés en nombre. On gardera de beaux souvenirs de cette belle soirée. Des sourires, de la danse, une superbe ambiance et un concert impeccable qui tombe à point nommé. 


 

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Jérôme

samedi 24 octobre 2020

BROR GUNNAR JANSSON + ROTOROBOTS @ La Carène, 23 octobre 2020 - Brest

Les deux artistes, invités ce soir à distribuer un peu de baume au cœur au public réparti dans le hall de La Carène, sont Rotor Jambreks et Bror Gunnar Jansson. Deux "one man band", désormais à la tête d'une poignée de robots musiciens pour l'un et d'un ténébreux trio Blues pour l'autre. En raison des exigences sanitaires, la Carène s'est muée en cabaret et le concert se déroule dans le grand hall de la salle brestoise. Cette configuration, déjà testée à de nombreuses reprises, est un très bon compromis, tant le son et la visibilité sont excellents. Si l'ambiance est moins brûlante, et puisqu'il faut bien faire avec, ce mode concert intimiste a le gros avantage d'offrir aux spectateurs attablés devant la scène, un live d'une proximité rare et dans des conditions finalement très confortables. Alors pas d'excuses, on continue d'aller aux concerts!

Il a beau être entouré de robots musiciens, c'est plutôt un voyage dans le passé que nous propose Rotor Jambreks, avec sa nouvelle création : Rotorobots. Plus Retrogaming que I.A. Plus Planète Interdite que Blade Runner. Les musiciens robots sont en charge d'une partie de la section rythmique ainsi que d'une guitare supplémentaire. Le reste, (guitare, chant, grosse caisse et caisse claire) est joué par "L'humain", comme l'annoncent les machines en début de set. Plus qu'un concert, un concept!



Quelques nouveaux morceaux, bien ancrés Rock 90's, sont présentés ce soir, dont un somptueux Fire With Fire qui fleure bon le Soundgarden de Chris Cornell. Entre chaque titre joué, les robots interviennent maladroitement et amusent le public, comme lorsque la voix "GPS" remercie chaleureusement le public de - nom de la ville - ou lorsqu'elle est incapable de lire correctement When This Is Through, le prochain titre à jouer (comme quand mon GPS essaie de prononcer Penmarc'h ou Le Faou). Le set s'accélère un peu plus sur la fin avec notamment Boiling Point, Cut Loose et Under The Carpet. Riffs Blues/Rock, mélodies Pop, rythmiques Swing, Rotor Jambreks sait tout faire et le prouve encore une fois ce soir. On se quitte après les remerciements de rigueur : « Thank You - nom de la ville -». Épatant.



J'avais en tête le magistral concert de Bror Gunnar Jansson aux Vieilles Charrues en 2019. Ce jour-là, j'avais pris une belle claque, et sans sommation. En configuration 360° et ras-du-sol, le suédois avait littéralement retourné le chapiteau Gwernig, laissant à toutes celles et ceux qui étaient présents, le sentiment d'avoir assisté à l'un des grands moments de l'édition. Je retrouve chez lui quelque chose que j'aime beaucoup : l'authenticité de CW. Stoneking et la noirceur de Timber Timbre. Il me tardait de le revoir. L'entrée en scène est précédée d'une bande son très lugubre (morceau de piano dont j'ignore l'auteur). Un fond sonore de circonstance quand on connait les textes macabres que chante Bror Gunnar Jansson. Il chante les meurtres sordides, les féminicides, les crimes atroces. Sa musique prend sa source essentiellement dans le blues. Le blues poisseux, le blues aux mains sales. La musique parfaite pour la lecture du Dalhia Noir ou d'American Psycho. Le groupe s'installe et débute avec Body In A Bag. Le ton est donné.



Premier gros frisson sur God Have Mercy, superbe prière hurlée, qui fait planer d'un coup le fantôme de Robert Johnson au dessus de nos têtes. Le rythme s'accélère sur There's A Killer On The Loose, où Bror Gunnar Jansson pose ses premiers solos pendant que Stefan Bellnäs (basse) et Emanuel Svensson (batterie) maintiennent un tempo très tendu. Nul besoin d'inventer des histoires à faire peur, la réalité est suffisamment terrifiante. C'est ce que raconte Machine ou comment, en 2017, Peter Madsen a assassiné la journaliste Kim Wall venue faire un reportage à bord de son sous-marin. Dans Breathe, son dernier titre sorti cet été, Bror Gunnar Jansson évoque les derniers instant de Georges Floyd, victime des violences de la police américaine. Mention spéciale au superbe Det Stora Oväsendet (le grand tumulte en Suédois), morceau  instrumental de plus de 10 minutes, où 9 notes résonnent en répétition, tel un carillon funèbre. 

 

Plus le concert avance et plus les musiciens semblent se détendre et se faire plaisir. Prolongeant les morceaux jusqu'à virer en grosse impro psyché. C'est le cas sur Stalker, ou les 3 musiciens sont tellement "pris" dans leur jeu, qu'ils en oublieraient presque leur auditoire. Le groupe remarque le regard déconcerté de quelques spectateurs et annonce d'un air amusé : « Oh! We are sorry for that. We'll never do it again! ». Dans la foulée, sur le furieux Stay Out All Night Long, Bror Gunnar Jansson enchaîne les solos de guitare à faire pâlir Jack White. On est loin de la légère retenue du début de concert, le public est comblé et demande un rappel. Vœu exaucé avec en final l'irrésistible The Bear Snake. Bror Gunnar Jansson confirme tout le bien que l'on pense de lui. Il a musclé sa musique et son jeu de scène et ça lui va très bien. Il semble évident que nous n'en sommes qu'au début de l'histoire et que ce garçon va rayonner de plus en plus fort. Et pour répondre à  Bror Gunnar Jansson qui demandait, en fin de concert, si nous avions appris des mots en suédois : Tak Så Mycket.


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                                                                                                                                                                   Jérôme