lundi 16 janvier 2023

MICHEL CLOUP @ Le Novomax, 15 janvier 2023 - Quimper

Grosse claque dimanche soir au Novomax avec le fascinant Michel Cloup venu présenter son dernier album Backflip Au-Dessus Du Chaos, accompagné sur scène par Julien Rufié à la batterie et Manon Labry à la guitare. L'ancien leader de Diabologum et fondateur de multiples autres projets a marqué les esprits à coups de guitares agressives, de textes qui font mouche et d'un phrasé lancinant et perturbant. Honnêtement cela fait un bien fou de retrouver un esprit vif, poétique, parfois amer et une telle qualité d'écriture et d'interprétation scénique. L'album est brillant, féroce, le concert le sera tout autant.


"Nous avons un invité spécial ce soir, Jean-Edouard va nous rejoindre sur scène. Jean-Edouard est un éminent sociologue qui va nous parler de la pénibilité du métier de carreleur". Tout est dit dans cette phrase d'introduction à La Classe Ouvrière S'est Enfuie. Un brin provocateur ou simplement réaliste, Michel Cloup frappe fort et juste. Idem sur En Attendant demain, Introspection ou encore Brûle Brûle Brûle comme un constat brutal et tragique sur notre société. Les courtes séquences vidéos répétées et projetées en fond de scène agrémentent parfaitement ce style frontal et captivant.

 

"On va faire une reprise des années 70, pas les mêmes que Clara Luciani, ce sera moins disco" annonce-t-il avant L'internationale 2022 revisitée version Rock. Le tempo ne ralentit pas, Dix Ans, Ma Vieille Cicatrice puis Mon Ambulance chantée à la vitesse d'un véhicule de secours à victimes. Lorsque le morceau s'arrête, Michel Cloup explique que s'il parle peu entre les chansons c'est justement pour compenser, faire une pause par rapport au flot continu de paroles qu'il récite dans ses chansons. Le final est superbe et d'une intensité folle, un Lâcher Prise qui s'étend sur plus de 15 minutes et qui clôture à merveille ce concert qui ne laissera aucun spectateur indemne.

 

Avant de débuter le concert, Michel Cloup avait tenu remercier le public : "Vous aviez une multitude de bonnes raisons pour rester à la maison, les gens qui viennent au concert un dimanche soir devraient recevoir une médaille".  Pas la peine, la récompense était bel et bien là. Merci !

Jérôme

dimanche 15 janvier 2023

The Red Goes Black + Dead Chic @ Le Novomax, 14 janvier 2023 - Quimper

Première soirée de l'année au Novomax. Au programme, les Red Goes Black et Dead Chic, deux formations ayant en commun un talent indéniable et un chanteur à la voix remarquable. Musicalement, si les deux groupes partagent une fibre commune, le style, lui, est totalement opposé. Pop/Soul Feelgood pour les uns et Blues/Rock Dark pour les autres. Une affiche alléchante, qui a rameuté un bon paquet de monde, malgré la flemme de janvier et le temps pourri puisque la salle est comble. 


Les Red Goes Black ont 10 ans et vont sortir un 3ème album dans quelques mois. De là à les considérer comme des vieux briscards de la scène Rock bretonne il n'y a qu'un pas, tant ces dernières années ont été fatales à plusieurs de leurs contemporains (Craftmen Club, Von Pariahs, Thomas Howard Memorial, pour ne citer qu'eux). Avec ce nouvel opus, le groupe de Douarnenez prend un virage Pop/Rock sans pour autant renier totalement les nuances Soul dont sont imprégnés les 2 premiers albums. Damien, Chatter, Pete, Tsunam et Thomas ne cachent pas leur plaisir de se retrouver sur scène pour jouer un set exclusivement constitué de nouveaux titres. On retiendra d'ailleurs l'introduction pleine d'humour de Damien sur le morceau Oh Carlos, dédié à un grand monsieur droit et intègre : le bien nommé Carlos Ghosn. Côté ballade, Raindrop Fall n'a rien a envier à Feral Roots des Rival Sons si l'on doit trouver une référence à laquelle se frotter. De Summer Night, Rebel In The Street et Land Of Fire aux refrains imparables à In The Chest, sorti sur les plateformes vendredi dernier et véritable single en puissance, le groupe s'ouvre clairement les portes d'un public plus large. Ce soir le Novomax était conquis. Les Red Goes Black ont fait preuve d'une maitrise et d'une solidité forte et ont parfaitement lancé leur année qui promet d'être chargée. Les voyants sont au vert.

 

 

Il ne manque rien à Dead Chic. Un charisme indéniable, un style racé, une ambiance chaude, moite, essentiellement due au chant intense et habité de Andy Balcon (Heymoonshaker) et au jeu de guitare baigné de réverbes de Damien Félix (Catfish, Bigger). Accompagnés sur scène de Mathis Ankegin aux claviers et de Rémi Ferbus à la batterie, le duo fondateur du projet Dead Chic, a envouté dès les premiers riffs et sans résistance le public du Novomax. Blues/Rock tendance Heavy, à la noirceur omniprésente, on retrouve ici l'ambiance inquiétante qui régnait sur les premiers album d'Anna Calvi ou de Timber Timbre mêlée à l'agressivité d'un Jim Jones & The Righteous Mind. You Got It, Man In The Mirror, Good God, Too Far Gone, retournent la salle à juste titre, d'autant que Andy Balcon est généreux dans l'effort et occupe l'espace tel un vrai félin. A côté de moi un groupe d'amis, subjugué par la découverte et la performance, lancera à plusieurs reprise au groupe "Faut venir à God Save The Kouign !". Il est vrai que Dead Chic collerait bien au festival bigouden (qui avait accueilli les Red Goes Black en 2022) qui fait la part belle au Rock et au Blues. Si cela venait à se faire, j'en connais qui seront ravis. Le set se termine sur Belly Of The Jungle, morceau ravageur avec une belle battle Voix/Clavier/Batterie qui m'a rappelé les Dead 60's ou encore Cannibale. Le groupe est ovationné, Andy Balcon, essoufflé et entouré de ses acolytes, remercie une dernière fois le public et salue la belle énergie ressentie dans la salle. Dead Chic frappe fort, impressionne et ne va sûrement pas en rester là. Vous êtes prévenus.





Jérôme

lundi 14 novembre 2022

Herman Dune + Quinquis @ Sew, 13 novembre 2022 - Morlaix

Le lieu tout d'abord : Le Sew, ancienne manufacture des tabacs qui regroupe aujourd'hui trois structures culturelles morlaisiennes. Un écrin superbe qui convient parfaitement à la tournée de Herman Dune qui l'aura amené à jouer dans des salles conventionnelles mais aussi des endroits atypiques tels que haras, base sous-marine, église et autres lieux insolites. 

L'artiste ensuite : David Ivar Herman Dune, désormais seul aux commandes du groupe qui porte son nom (crée avec son frère André Herman Dune aka Stanley Brinks) et qui compte une vingtaine d'albums au compteur en autant d'années d'activité. Cette tournée est un véritable évènement à plus d'un titre. Exilé aux Etats-Unis, Herman Dune se fait désormais rare en France (sa dernière tournée date d'il y a 10 ans) et chacun de ses concerts est précieux. Faut-il le rappeler, il est une référence du mouvement anti folk, multi instrumentiste, créateur de son propre Label (Santa Cruz Records), touche à tout et artiste complet dont le talent et l'inspiration semblent inépuisables. Autant de bonnes raisons qui rendent ce rendez-vous incontournable.

En ouverture de soirée Quinquis, le projet d'Emilie Tiersen accompagnée sur scène par le producteur anglais Gareth Jones, orfèvre de Some Great Reward, Black Celebration de Depeche Mode et de Turn On The Bright Lights d'Interpol pour ne citer qu'eux. Une invitation à la méditation, essentiellement en breton, où les histoires chantées sont soutenues par des voûtes électroniques travaillées avec une précision d'horloger. La génèse des textes est expliquée avec soin. On y parle de femmes, de volonté, de solidarité. L'auditoire est attentif, respectueux, comme pour mieux s'imprégner de cette ambiance assez mystérieuse et surprenante. L'identité est forte, teintée d'une spiritualité oscillant entre racines bretonnes et modernité. Après la cover Take My Breath Away, du groupe Berlin, le set s'achève sur Te, délicate déclaration d'amour d'une mère à son petit garçon. 

 

C'est sur une musique de western qu'entre en scène Herman Dune, décontracté, un verre de bière à la main pour la dernière date bretonne de sa tournée faite à l'image de son dernier album The Portable Herman Dune Vol.1 (3 volumes sont annoncés). Une tournée comme un véritable regard sur sa discographie, une rétrospective de titres dénudés, interprétés seul à la guitare sans artifices comme il aime le faire, que ce soit lors de concerts hebdomadaires sur les réseaux sociaux ou autour de chez lui à San Pedro, Californie. La salle est pleine et immédiatement enthousiaste. Les lumières chaudes des  lanternes disposées sur scènes ajoutent un effet "feu de camp" parfaitement raccord avec l' ambiance intimiste du concert. Les titres pleuvent, plus beaux les uns que les autres : Black Dog, Heart Broken & Free, My Home Is Nowhere Without You et son intro magnifique en solo flamenco, Good For No One, complainte éraillée et glaçante à vous mettre les poils et le fameux I Wish That I Could See You Soon que le public reprend en chœur. 

David Ivar profite des changements d'instruments (guitare, mandoline, harmonica) pour évoquer son amour pour la Bretagne qui l'a si bien accueilli au cours de ces dernières semaines. "Je me sens ici comme à Montréal où j'adore jouer..." Il évoque sa ballade sur le viaduc de Morlaix, ses confitures de pêches à San Pedro, Shane McGowan et la Guinness, la chanteuse canadienne Julie Doiron qu'il affectionne particulièrement : le public est totalement sous le charme, déterminé à profiter au maximum de tout ce que Herman Dune donnera ce soir. Not On Top puis Why Would That Hurt comme dernier bijou. Rappel exigé et obtenu ! Herman Dune nous offre The Anchor Song, sublime reprise de Björk que lui a inspiré sa ballade sur le port quelques instants plus tôt. Autre moment fort : Tell Me Something I Don't Know puis Holding A Monument, chanson issue de la B.O. du film Mariage à Mendoza composée par ses soins. 


Second départ et second rappel, on a bien compris que personne ne voulait le lâcher. Il le faudra bien pourtant. Après un dernier éclat sur I'd Rather Walk Than Run et You Stepped On Sticky Fingers, Herman Dune quitte la scène du Sew et nous laisse comblés, enchantés par tant d'authenticité et de poésie. Récemment, un ami me disait, en évoquant Radiohead, "Ce sont nos Pink Floyd à nous." C'est une belle formule que je reprends ici : Herman Dune est notre Dylan à nous. Pas moins à mes yeux.

Jérôme

Toutes les photos sont ICI