Non, nous n'étions pas tous au Pavillon devant Obispo vendredi soir ! Nous ne sommes pas tous encore perdus ! Un bon nombre d'irréductibles quimpérois occupait Le Novomax pour ce beau plateau aux sonorités orientales avec les locaux de Mansion's Cellar (Douarnenez) et le groupe Şatellites (Israël). De quoi finir en beauté ce joli mois de concerts aux styles très variés (Didier Wampas Psycho Attack !!!, Dominique A, Mathieu Boogaerts, Timber Timbre et Peter Hook & The Light).
Il parait déjà loin le concert de Mansion's Cellar au festival God Save The Kouign en 2023. Depuis, la troupe douarneniste a sorti son premier Ep Faces Sag Like Melted Wax et a été l'une des révélations des dernières Trans Musicales de Rennes en retournant Le Liberté et ses 3 000 personnes. Une performance qui ne surprend pas tant que ça tant Mansion's Cellar fait preuve d'énergie et de talent sur scène. Ce concert au Novomax n'a pas fait exception et la mayonnaise prend immédiatement. Il faut dire qu'une grosse délégation de fans chauds bouillants venus de Douarn' occupe les premiers rangs de la salle quimpéroise. Grosse ambiance donc et sur scène une prestation de haute volée. Saz, saxo, basse groovy, guitare 12 cordes et rythmique hypnotique un brin saccadée, on ne peut que se réjouir de voir un jeune groupe jouer une musique aussi atypique. Mansion's Cellar ne prend pas l'autoroute Rock Garage, mais plutôt les ribines du Psyché, du Surf et de l'Oriental. De Space Cookie, à How Many en passant par Working Man Saz ou encore World War Z, Mansion's Cellar passe en revue son Ep en se partageant le micro au fil des titres. Le groupe termine son set avec l'irrésistible Mid Mid, tout droit sorti de la cuisse de King Gizzard And The Lizard Wizard. Je confirme que, neuf mois après le filage de sortie de résidence au Run Ar Puns qui présageait déjà un bel avenir à Faces Sag Like Melted Wax, tous les feux sont au vert pour Mansion's Cellar !
Parfaitement chauffé par Mansion's Cellar, Le Novomax pousse un peu plus loin le curseur du groove oriental avec Şatellites. Pour être honnête, hormis quelques écoutes de leur dernier album Aylar, je ne connaissais pas beaucoup ce groupe avant ce soir. Cinq musiciens aguerris autour d'une chanteuse virevoltante, musicienne elle aussi, qui revisitent la musique traditionnelle turque à la mode Funk et Psyché. C'est de cela dont il s'agit avec Şatellites. Là aussi, le public est immédiatement pris par la musique entrainante du groupe et par l'envoutante Rotem Bahar qui rayonne sur scène comme personne et qui n'hésite pas à descendre danser parmi les spectateurs. Orientale mais pas que, la musique de Şatellites prend d'un coup des allures Blaxploitation sur Gizli Ajan où les percussions sont omniprésentes et parfaitement exécutées par Tal Eyal. L'auditoire danse, se prête au jeu en chantant sur Yar Oi, et ne quitte plus des yeux Rotem Bahar qui, avec sa flûte traversière, semble manipuler le public telle une charmeuse de serpent. À l'instar d'Altin Gün, Şatellites honore avec la manière le folk turque et oriental en y apportant une modernité bienvenue pour un rendu très convaincant. Excellent concert et très belle découverte pour ma part.
Jérôme
ps: un grand merci à Cyrille pour les photos de Mansion's Cellar.
À 69 ans Peter Hook, bassiste de Joy Division/New Order au jeu reconnaissable entre tous, trace son chemin avec sa propre formation, The Light, depuis presque 20 ans maintenant, régalant les fans du monde entier avec des concerts "marathon" digne du Boss. Le mancunien s'est lancé pour objectif de jouer la totalité de la discographie de ses deux groupes au fil des tournées et des années. Un vrai cadeau pour les fans de New Order mais aussi pour ceux de Joy Division car certaines chansons du groupe n'avaient jamais été jouées en live auparavant (Ian Curtis, chanteur iconique de Joy Division, s'étant donné la mort avant la sortie de Closer leur second album). Taulier du post-punk, pionnier du mouvement Madchester et de la vague Acid/House qui a déferlé sur l'Europe fin 80's, co-propriétaire d'un des night-club les plus importants de l'histoire de la musique (l'Haçienda), bagarres, drogues, faillite, procès, excès en tout genre...Peter Hook a eu une vie agitée mais est toujours là ! Il demeure aujourd'hui, à juste titre, une légende vivante et sans surprise, ce concert ainsi que tous ceux de sa tournée affichent complet.
Cette date brestoise est la dernière de la tournée Substance où Hooky reprend l'intégralité des deux albums/compilations de New Order et de Joy Division. Pas de première partie puisque le groupe joue près de 3 heures ! Le concert débute avec Crystal, Regret puis What Do You Want From Me ? titre du groupe Monaco que Peter Hook avait fondé fin 90 avec David Potts, le guitariste de The Light, sur scène aujourd'hui. Après cette intro changeante à chaque concert de la tournée, place à l'album Substance de New Order. Pendant 1h30, passage en revue des hits du groupe en commençant par Ceremony titre symbole par excellence puisqu'il demeure le dernier écrit par Joy Division et le premier sorti par New Order.
La première partie du set est très bonne avec les emblématiques Temptation, Everything's Gone Green, Confusion, The Perfect Kiss et bien entendu Blue Monday, peut-être le plus gros tube de New Order, que la foule accueille d'une belle clameur. Peter Hook, plié en deux sur sa basse qu'il balance au niveau de ses genoux, vient dès qu'il peut au plus près de la scène regarder son public droit dans les yeux avant de retourner au micro, bras levé et tournoyant. À sa droite, un autre bassiste, plus jeune, au même physique, s'active autant que son ainé : c'est Jack Bates le fils de Peter Hook qui l'accompagne depuis plus de 10 ans maintenant. Les chiens ne font pas des chats ! La seconde moitié du set est moins convaincante. Les chansons comme Sub-Culture, Shellshock, State Of The Nation et Bizarre Love Triangle sont vraiment ancrées période 80's et vieillissent un peu mal je trouve. L'ambiance redescend d'un cran même si True Faith, qui clôture cette première moitié de concert, trouve un bon accueil auprès du public. Le groupe fait ensuite une pause de quelques minutes avant de revenir en mode Joy Division. Peter Hook semble plus grave, dédie ce set à Ian Curtis et la soirée prend une allure plus solennelle. Le ton est beaucoup plus dur, la voix de Hooky est plus adaptée à ce registre, c'est un tout autre concert qui débute.
Aucune fausse note et aucun ennui dans cette seconde partie de concert. C'est brut, rock, sombre et on mesure à l'écoute de Warsaw, Digital, Leaders Of Men, Autosuggestion ou Disorder, toute l'influence que Joy Division a pu avoir sur les générations entières de groupes. De Killing Joke qui est arrivé dès 1980 jusqu'à Frustration aujourd'hui. Le public semble plus apprécier également et pogote au milieu de la salle. La dernière ligne droite du set est superbe : Transmission, She's Lost Control, Shadowplay, Incubation puis Dead Souls. Peter Hook explique avec émotion qu'elle était la chanson préférée de Ian Curtis et qu'il aimait danser dessus lors des concerts pendant la longue intro du morceau et ainsi voir la réaction du public interloqué de le voir exécuter sa fameuse "Epilepsy Dance". Cette séquence qu'évoque Peter Hook est l'une des scènes cultes du très bon film "Control" d'Anton Corbijn qui retrace la vie de Ian Curtis. Le concert touche à sa fin, le final est splendide avec les très attendus Atmosphere et Love Will Tear Us Apart, hymne intemporel repris par toute la salle. Quel plaisir ! Peter Hook, toujours aussi généreux et sincère avec son public, quitte la scène de La Carène le devoir accompli, non sans avoir jeté son tee-shirt dans la foule et embrassé son fils. Excellent concert !
C'est dans le cadre du festival Folk En Scènes que le VIP, salle de concert de Saint-Nazaire, a programmé la venue de Timber Timbre. Pour cette tournée, c'est un format duo qui est constitué avec l'élégante musicienne et choriste Marianna D'ama aux côtés de celui qui est Timber Timbre, le mystérieux Taylor Kirk, fondateur du groupe et seul aux commandes depuis plusieurs années. Le concert, qui affichait complet, se déroulait hors les murs, à Montoir-de-Bretagne dans la salle Bonne Fontaine.
C'est la cinquième fois que je vois Timber Timbre. La première fois c'était en 2011 à Caen dans le cadre des Nuits de L'alligator. La première partie était assurée par CW Stoneking, je découvrais alors ces deux artistes atypiques et la scène du Cargö : cela reste, encore aujourd'hui, l'un de mes meilleurs souvenirs de concerts. À l'époque, Taylor Kirk était baigné dans une lumière rouge constante, assis, guitare à la main tout en assurant la rythmique du pied sur une grosse caisse. Ce soir, j'ai l'impression de revivre ce concert à l'ambiance Lynchienne et à l'orchestration réduite. Ce format intensifie d'autant plus l'atmosphère sombre et inquiétante dégagée par les compositions de Taylor Kirk et par sa voix incroyable, qui n'est pas sans rappeler celle de Stuart Staples (Tindersticks) ou Leonard Cohen. Sans surprise, le dark crooner, se tient éloigné de l'avant scène et la lumière rouge intense et omniprésente, rend quasi impossible toute photo, pour moi en tout cas. L'année dernière, lorsque j'avais été voir Timber Timbre à Laval au 6par4, Taylor Kirk se tenait carrément derrière ses musiciens.
Avec 7 albums au compteur, Timber Timbre à de quoi faire, mais ce sont surtout Hot Dreams, Lovage (le dernier album en date) et le 3ème album éponyme, celui qui a fait connaitre la groupe, qui sont mis en avant ce soir. Les morceaux sont joués dans des versions dépouillées, tendues, ralenties, c'est d'une intensité et d'une noirceur magnifiques. Mieux vaut être préparé ceci dit, mais pour les amateurs du genre ce concert est une bénédiction. Mention spéciale aux superbes Lonesome Hunter, Holy Motors, Beat the Drum Slowly et Sugarland, que TT augmente ce soir de quelques mesures.
Beret de berger sur la tête, bouteille de vin à ses pieds, Taylor Kirk est d'humeur joviale et échange avec le public presque aussi étonné que moi de le voir autant détendu. Le concert se termine avec le superbe Run From Me, où Marianna D'ama couvre d'une complainte glaçante la voix grave et lugubre de Taylor Kirk qui prie son amour de le fuir. La salle ovationne l'artiste qui ne tarde pas à revenir sur scène pour un rappel somptueux. Le béret est jeté dans la foule, seul à la guitare et cette fois debout face au public, Taylor Kirk nous offre 3 derniers titres magnifiques, peut-être les plus beaux du set : I'm Coming To Paris To Kill You (que j'espérais entendre ce soir....bonheur et joie dans mon cœur), Demon Host, toujours aussi bouleversante et Troubles Comes Knocking, blues magistral qui vient clore une prestation qui le fut tout autant.