samedi 1 novembre 2025

Jay-Jay Johanson @ La Carène, 31 octobre 2025 - Brest

J'ai découvert Jay-Jay Johanson en 2002, avec l’album Antenna. Je revois encore cette pochette intrigante : le Suédois torse nu, maigre, coupe orange néo-punk – un brin dérangeant, forcément fascinant. Musicalement, c’était déjà un bijou d’électro et de trip-hop sophistiqué, porté par I Want Some Fun, morceau obsédant digne de I’m Deranged de Bowie.
Il m’aura fallu plus de vingt ans pour enfin le voir sur scène. Hier soir, à La Carène de Brest, l’attente a été récompensée au-delà de toutes espérances.

C'est Jung & I, le projet de Soaz Lescop, qui assurait la première partie. Une prestation tout en douceur, avec des synthés aériens, des boucles électroniques et une belle voix en écho. J'ai trouvé l'instant relaxant et apaisant. Je ne sais pas si c'était l'intention première, mais c'est vraiment l'effet que ça m'a fait : un très joli moment, tout simplement, et une mise en condition idéale pour le concert de Jay-Jay Johanson.

Dès l’ouverture avec le superbe Finally, posé sur la Symphonie n°3 de Brahms – celle que Gainsbourg avait utilisée pour Baby Alone in Babylone – le ton était donné : classe, émotion et perfection dans le chant. On sent le crooner suédois concentré, et il le restera jusqu'à la fin.
Vient ensuite So Tell the Girls That I Am Back in Town, extrait de son tout premier album Whiskey (1996), qui a ramené instantanément les fidèles à la source.

 

La set-list trouve d'ailleurs un bel équilibre entre anciens morceaux et titres récents, comme le superbe It’s Not Time Yet issu de Kings Cross (2019) ou encore Smoke, tiré de Backstage, son dernier album sorti en mai cette année. Tantôt crooner jazzy, tantôt virtuose du trip-hop feutré, accompagné de deux excellents musiciens, Jay-Jay Johanson nous transporte d'album en album avec une facilité et une maîtrise impressionnantes. Le public est attentif et respectueux, puis chaleureusement expressif dès les dernières notes des morceaux.
Le moment suspendu qui a parfaitement illustré cela : le sublime Whispering Words, chanté a cappella dans un silence total avant une vibrante ovation tellement méritée. Magnifique !

 

Le concert se poursuit, et la douceur continue avec How Long Do You Think We’re Gonna Last, une ballade splendide toute en retenue, puis Milan, Madrid, Chicago, Paris, où Jay-Jay Johanson me fait penser à Dominique A, à mon sens le seul artiste français capable de se mesurer à la délicatesse et à la beauté des compositions du Suédois. En fin de set, les savoureux Heard Somebody Whistle et Believe in Us viennent cueillir le public une dernière fois avant le rappel.


Retour sur scène et cadeau pour le public français, qui l'apprécie tant, avec L'Amour est Bien Plus Fort Que Nous, reprise plus que parfaite de cette très belle chanson de Francis Lai et Pierre Barouh. Quand on a du talent, on peut se frotter à tout. Le concert se clôt sur I’m Older Now, véritable symphonie finale et majestueuse. Jay-Jay Johanson se lâche, sourit et sautille comme un enfant à qui l'on offre un jouet. Alors que l'on pense le concert terminé, l'artiste s'offre un vrai bain de foule et de joie sur “My Way” version Sid Vicious diffusée en fond sonore. Un moment à la fois étonnant et mémorable, avant de tirer sa révérence.

Pas de I Want Some Fun ce soir ? Qu’importe ! Le concert était magnifique, vraiment.

Jérôme


dimanche 19 octobre 2025

Mademoiselle K @ La Loco, 18 octobre 2025 - Quimperlé

Samedi soir à La Loco de Quimperlé, on a parlé de Chihuahua, de Patrice, de l'Isole, d'une tortue de mer, de force... il s’en est passé, des choses ! Ceux qui étaient là savent...et la salle était pleine à craquer — une habitude pour les concerts de Mademoiselle K, pourtant loin des codes de l’industrie musicale et du business qui l'entoure mais qui possède un public fidèle, présent depuis près de vingt ans, prêt à vibrer à chaque nouvelle tournée.

Après une première partie assurée par Eva Hélia (que j’ai malheureusement ratée, n’arrivant qu’à la fin de son set), le concert démarre avec trois titres en anglais, avant d’enchaîner avec l’excellent J'rêve d’un CRS, tout en muscle. Mademoiselle K alterne basse et guitare et partage avec humour sa journée à Quimperlé. Pas triste (le Patrice 😁)! Le public accueille chaleureusement les deux nouveaux titres joués ce soir : G Buggé et Amour Moitié. La setlist explore cinq de ses six albums studio, avec une nette préférence pour Hungry Dirty Baby, dont huit morceaux sont interprétés, dont les superbes R U Swimming ? et Someday, ma préférée.



Entourée de musiciens complices et impeccables, Mademoiselle K enchaîne les titres avec maîtrise. Au coeur du set, elle nous lit un poème de Cécile Coulon, Ma Force, un texte émouvant qui lui correspond parfaitement : courageuse, entière, solide et à fleur de peau. Alors que le concert touche à sa fin, et même si elle l'a suggéré sourire en coin, personne n’a douté qu’elle jouerait les incontournables Ça me vexe et Final, toujours aussi puissants. Pour conclure en beauté, Jalouse est offert en rappel, repris en chœur par le public.


Mademoiselle K signe un concert sincère et intense, faisant preuve, encore une fois, d'une qualité qui ne faiblit jamais et confirmant son lien unique avec ses fans. 

Jérôme

samedi 18 octobre 2025

Sprints + The Undertones @ Carnavalorock 2025

La date était cochée depuis un bail sur mon agenda. Une fois la semaine de boulot bouclée, cap sur le Carnavalorock de Saint-Brieuc, avec deux groupes dans le viseur : Sprints, que je voulais absolument revoir après leur superbe passage au festival God Save The Kouign de Penmarc’h, et The Undertones, groupe culte que j’étais curieux et impatient de découvrir sur scène. Bref, j’étais au taquet !

Le Carnavalorock ne se résume évidemment pas à ces deux concerts. Ce vendredi, Poézie ZéroLofofora et Krav Boca complétaient la programmation, tandis que le samedi affiche Les LimiñanasLes Hurlements de LéoDidier SuperDrama KingSilmarils et Frustration. Une très belle programmation, cohérente et alléchante, fidèle à l’ADN punk rock du festival. Un tour de force à saluer, par les temps qui courent, monter un tel événement relève presque de la prouesse. Le contexte économique est ultra tendu pour les structures et associations culturelles. Le président du festival, Sam Burlot, rappelait d’ailleurs cette semaine à quel point l’avenir du Carnavalorock restait fragile, dépendant avant tout du soutien du public. Le meilleur moyen de le préserver ? Y aller, tout simplement. Les artistes, eux, ont aussi joué le jeu en proposant des cachets raisonnables. Une vraie bataille à mener sur tous les fronts.

Depuis son passage à Penmarc’h, Sprints a sorti un deuxième album, All That Is Over : un disque plus abouti et travaillé que le précédent, déjà excellent. Sur scène, Karla Chubb, véritable pièce maîtresse du groupe, irradie tout. Puissante, magnétique, elle éclipse presque totalement ses trois camarades. Pas intimidée pour un sou par un public un peu calme en début de set, il ne lui a fallu que quelques instants pour embraser la salle Robien, retournant le public aussi facilement qu'une vieille poche de caban. Circle pit, slam, pogo, chant dans la foule… Karla Chubb a donné de sa personne et le public a suivi dans une énergie contagieuse. Mention spéciale aux sublimes Something Is Gonna Happen, Heavy et Coming Alive. Excellente prestation.



  

Je vais être honnête : je connais The Undertones surtout pour leur tube Teenage Kicks, considéré par le grand John Peel comme le meilleur single de tous les temps. Et pour leur premier chanteur, Feargal Sharkey, au faciès de boxeur. Lui a quitté le navire depuis belle lurette, parti vers la variété, tandis que ses anciens compagnons sont restés droits dans leurs Doc’. Au début des années 2000, Paul McLoone a repris le micro, et c’est donc un groupe qui affiche près de cinquante ans de carrière au compteur qui s’est installé sur scène vers 22 heures.


Quelle énergie ! J’ai eu la banane du début à la fin. Jimmy Jimmy, Boys Will Be Boys, You’ve Got My Number, It’s Going To Happen, My Perfect Cousin, le fameux Teenage Kicks — tout s’enchaîne à un rythme effréné, à la manière des Pixies, presque sans temps mort. Michael Bradley, à la basse, se moque gentiment du nom du groupe Sprints, qu’il prononce à la française — petite pique amicale entre Nord-Irlandais de Derry et Irlandais de Dublin. À moins qu'il rigolait de l'accent français, ce qui n'est pas impossible. Le set, d’abord pop/rock, vire peu à peu au punk rock. Paul McLoone chante impeccablement et se démène sur scène à coup de pied levé et déhanché. Les frères O’Neill assurent à la guitare, jouent vite et sans forcer (en tout cas c'est l'impression qu'ils renvoient), et Billy Doherty martèle la batterie avec une précision redoutable. De véritables Ramones britanniques ! Le public est hyper réceptif, slame et pogote dans la bonne humeur jusqu’au final sur Get Over You. Les Undertones ont été épatants et quittent la scène sous une ovation méritée. Bravo !


C’était ma première fois au Carnavalorock, et j’y ai passé un excellent moment. L’occasion aussi de retrouver une belle bande de copains, dont Fabrice, membre du staff et responsable des Undertones pour leur venue (adorables de bout en bout, d’ailleurs). En vrais gentlemen, ils n’ont pas manqué de le remercier chaleureusement à la fin du set. Une belle preuve du professionnalisme et de gentillesse de ces “vieux” punk rockers, mais aussi de la qualité du festival, en termes d'accueil et d'attention apportée aux artistes. Longue vie au Carnavalorock ! 

Jérôme