Sortie d’hibernation et retour aux affaires, il était temps ! Le réveil est classieux puisque mon premier concert de l’année sera celui de Bertrand Belin, venu présenter sur scène son huitième album sobrement intitulé Watt. Album remarquable d’un artiste complet, tranquillement devenu majeur et incontournable sur la scène hexagonale. Le concert affiche sold out et c’est tout sauf une surprise.
Entouré de six musiciens irréprochables du début à la fin, vêtu d’un splendide costume violet, Bertrand Belin débute son set avec Pluie de data, issu de son dernier album. Ce soir, sur les 18 titres joués sur scène, 11 seront tirés de Watt. Les premiers frissons ne se font pas attendre devant les magnifiques Rembobine et L’amour ordinaire. Même lorsque le sens des textes demeure parfois énigmatique, la poésie, elle, saute aux yeux. La scénographie est sobre : le groupe entoure Belin tandis qu’un grand écran incliné diffuse des ambiances lumineuses élégantes, sans jamais détourner l’attention de l’essentiel.
Forcément, des références viennent à l’esprit. On pense à Bashung, bien sûr, mais aussi à Gainsbourg ou Christophe par moments. Les influences sont là, assumées, digérées, mais le style reste unique et profondément personnel. Comme dans ce petit intermède où le Quiberonnais interpelle le public pour raconter une anecdote, une histoire de balade au bord de l’eau. « Ça se passe sur une plage du Morbihan, pour vous c’est un peu la Côte d’Azur là-bas non ? » Chambrage en règle en ce week-end de derby (Stade Brestois – FC Lorient), de bonne guerre… Le récit, drôle et poétique, embarque totalement la Carène. Lui, savoure malicieusement son effet.
Dans la salle, on sent un public conquis, majoritairement connaisseur. Beaucoup ont déjà croisé la route du dandy breton. Une amie avec qui j'ai discuté avant le début du concert, se souvenait l’avoir vu au Club — la petite salle de la Carène — ainsi qu’au Triskell de Pont-l’Abbé, à l’époque devant une vingtaine de spectateurs. Le chemin parcouru parle de lui-même. Le show reprend avec Seul, puis La nouvelle, aux accents très gainsbouriens, où le groupe se lance dans une échappée funky-jazz de toute beauté. On reste dans cette énergie avec le dansant Tambour, avant de ralentir et basculer vers le splendide Certains jours, mon coup de cœur de la soirée.
Le final du set est tout aussi marquant avec De corps et d’esprit, dont certaines sonorités ne sont pas sans rappeler Calling Elvis de Dire Straits. Guitares fines, atmosphère magnétique… Belin capte littéralement la salle. Et puisqu’on parle de magnétisme, difficile de ne pas penser à Nick Cave : sur La béatitude, il occupe l’espace d’une façon qui n’est pas sans rappeler l’icône australienne, autant dans la présence que dans l’atmosphère du morceau. Idem avec Sur mon 31, joué en début de set. C’est tout simplement beau !
Sortie de scène sous les ovations, puis rappel. S’enchaînent Watt, puis l’incontournable Oiseau, moment suspendu où Belin déploie lentement ses ailes en faisant participer un public immédiatement réceptif. Pour conclure ce premier retour, Sur le cul est livrée dans une version longue et hypnotique. Alors que l’on pensait l’histoire terminée, le groupe revient une dernière fois. Ultime offrande : Tel qu’en moi-même, interprétée comme une symphonie version crooner, intense et élégante. Une sortie tout en classe, à l’image de la soirée.
Jérôme





