samedi 7 novembre 2026

Festival Les IndisciplinéES (Tramhaus + Lol Tolhurst + Eat-Girls) @ l'Hydrophone, 05 novembre 2026 - Lorient

La deuxième soirée du festival Les Indisciplinées de Lorient a tenu toutes ses promesses. Quelle affiche, mes amis ! eat-girls pour la belle découverte, Lol Tolhurst pour la légende et Tramhaus pour la relève. Une soirée parfaite en somme, de quoi fêter dignement les 20 ans de cet excellent festival. Le public ne s’y est pas trompé puisque c’était complet depuis un moment.

La soirée débute avec eat-girls, trio lyonnais programmé il y a un an aux Trans Musicales de Rennes (où le groupe était pour l’occasion à six sur scène) et qui a notamment réalisé une session live remarquée pour KEXP, la célèbre radio américaine. Sous une apparence trompeuse, calme et douce, qui pourrait laisser penser à un énième groupe de French pop, se cache en réalité une formation étonnante qui joue un post-punk minimal à tendance krautrock où chacun des trois membres prend le chant au fil du set. Amélie Guillon, aux synthés, prend grand soin d’installer des ambiances froides et hypnotiques, pour mieux les perturber avec des sons électroniques à la limite de l’industriel. Même approche pour Maxence Mesnier à la basse, qui opte pour un jeu lourd et déstabilisant, tandis qu’Elisa Flores, à la guitare, alterne entre notes aiguës distillées au compte-gouttes et grattage frénétique, comme sur l’excellent Para Los Pies Cansados. On sort clairement du cadre habituel. On pense à Neu! ou encore à Rats on Rafts dans ses retranchements les plus sombres.


Le set, composé, composé d’une dizaine de titres dont la plupart est à retrouver sur Area Silenzio leur premier Lp sorti en 2024. se termine avec trois nouveaux morceaux, annonciateurs d’un nouvel album à venir en mars prochain. Très bon concert d’eat-girls, qui confirme être l’un des groupes à suivre avec la plus grande attention.

Lol Tolhurst est l’un des trois membres fondateurs de The Cure, avec Michael Dempsey et Robert Smith… rien que ça ! De 1976 à 1989, il a participé à tous les albums majeurs du groupe, à la batterie d’abord, puis aux claviers. Écarté définitivement du groupe à la sortie de Disintegration, après des années de problèmes liés à l’alcool, il reste néanmoins, pour beaucoup l’un des musiciens emblématiques d’un groupe légendaire. Pour ce concert, il est accompagné de son fils Gray, à la guitare et au chant, et d’Oliver Cherer à la basse.

L’avantage de faire vieux quand on est jeune, c’est qu’on ne change pas trop au fil des années. Lol Tolhurst a toujours cette bouille à la Droopy qui le caractérise depuis longtemps, mais il a bonne mine. Lorsqu’il arrive sur scène et commence à frapper les fûts de sa batterie électronique sur The Holy Hour, on ne va pas se mentir, un petit frisson vient nous secouer la carcasse. Au chant, Gray ne cherche pas à imiter Robert Smith, et c’est tant mieux. Le jeune homme, caché derrière sa chevelure épaisse, ses lunettes qui le sont tout autant et sa moustache, fait le job mais ne capte pas la lumière. Je pense que ça lui va bien comme ça. C’est derrière que cela se passe. Lol Tolhurst se lève, joue au synthé les premières notes de A Forest et c’est tout l’Hydrophone qui prend une claque. Et que dire de ce rythme de batterie reconnaissable entre tous sur The Hanging Garden, joué quelques instants après !

Seventeen Seconds, Three Imaginary Boys, Faith et Pornography : c’est dans ces quatre albums mythiques que Lol Tolhurst va puiser pour composer la setlist du soir. Mention spéciale à A Strange Day, que Lol Tolhurst considère comme l’un de ses titres favoris, et à All Cats Are Grey, dédié à la grand-mère de Gray, et donc à la mère de Lol. On nage en pleine nostalgie lorsque les notes de Boys Don't Cry viennent envahir la salle, jusqu’à ce que 10:15 Saturday Night, puis M, joué en rappel, viennent clôturer un moment délicieux en tout point. À l’image de Peter Hook avec Joy Division et New Order, si Lol Tolhurst à lui seul n’est pas The Cure, qui de plus légitime que lui pour reprendre ces titres emblématiques qui ont bercé notre jeunesse ? C’était du pur plaisir, tout simplement. On le remercie grandement pour cela.

 

Quelle joie de revoir Tramhaus après leur belle performance au festival des Vieilles Charrues en 2023 et celle du Festival de la Mer un an plus tard, que nous avions chroniquées. Le quintette de Rotterdam vient tout juste de sortir Blister, son deuxième LP, avec lequel il prend un virage plus sombre et plus brutal. Bref, la couleur est annoncée. Comme l’a justement lancé quelqu’un dans le public juste avant l’entrée en scène du groupe : « Il va y avoir de la hanche de pétée ce soir… » D’ailleurs, ça commence très fort avec Plovdiv, titre violent qui ouvre l’album et donc le concert ce soir. Sur Lap Dog, deuxième morceau joué, on ressent nettement les influences Nirvana/Pixies, tandis qu’avec Rat Race, qui suit, on est dans du post-punk pur jus.

Au chant, Lukas Jansen est toujours aussi énergique. Il occupe la scène en alternant sauts et danses, jetant ses bras et ses jambes de façon assez désordonnée, comme s’il ne savait pas quoi faire de toute son envergure. Mon ami Laurent, qui a toujours le mot juste, évoquait un grand échalas. C’est exactement ça ! Après cette entrée en matière brutale, pas vraiment d’accalmie à l’horizon. On savoure la rythmique impeccable de Julia Vroegh à la basse et de Jim Luijten à la batterie. A Necessity en était un bel exemple. Make It Happen est ensuite joué pour la première fois depuis plusieurs mois, nous explique Lukas. Puis vient une belle série de morceaux de The First Exit, leur premier album, dont le savoureux Once Again, où Lukas nous offre son plus beau déhanché, et le ravageur Beech, qui déclenche un beau pogo dans le public.


Retour à Blister, dont dix morceaux seront joués ce soir : Solace, I Was Never Alone, mais surtout Overachiever, Big Believer, morceau pesant d’une beauté lugubre qui tranche avec ce que le groupe a l’habitude de proposer. Une nouvelle voie que Tramhaus explore sur ce dernier opus et qui lui va très bien, quitte à dérouter un peu sa fanbase. L’enchaînement final The Answer? et Beep Beep va finir d’achever muscles et tympans, avant que le public ne prenne une dernière fois part à la fête sur Minus Twenty. Tels des adorateurs devant leur gourou, les spectateurs lancent des « Aummm » en guise d’incantations, jusqu’à l’explosion finale ponctuée par les cris de Julia Vroegh.

La tornade s’est arrêtée là. Le dernier morceau, The Swarm, qui vient clôturer ce fabuleux concert, m’a finalement semblé superflu. Tramhaus avait déjà tout donné, et nous aussi !


 

Jérôme


samedi 31 octobre 2026

Les Femmes s'en mêlent - Pi Ja Ma + Ellie James @ La Carène, 29 octobre 2026 - Brest

Deuxième étape bretonne pour Les Femmes s’en mêlent, cette fois à La Carène de Brest, avec Pi Ja Ma et Ellie James. L’occasion pour nous de retrouver la talentueuse Ellie James, après ses projets avec Mermonte et La Battue, et de découvrir Pi Ja Ma, alias Pauline de Tarragon, artiste aux multiples talents qui construit petit à petit un univers bien à elle, qu'elle partage avec générosité et bonne humeur. Deux ambassadrices de la pop indé made in France, deux visions différentes sans être opposées, qui se rejoignent sur le terrain de la sensibilité et de la créativité.

Ellie James est seule en scène, entourée de broderies, au milieu desquelles elle confectionne boucles vocales et mélodies aériennes. Elle débute son set avec La tête en bas, la première chanson de son dernier Ep du même nom. Toujours souriante, Ellie James est sur scène la douceur incarnée. Cela ne l’empêche pas d’aborder sans détour des sujets graves, comme celui des amours toxiques dans Les Fins heureuses, un titre qui s’inscrit dans la lignée de 1/100, l’une de ses plus belles chansons qui abordait le sujet terrible des féminicides. Ses compositions gardent pourtant comme fil conducteur l'espoir, et la lumière qui s’en dégage nous plonge dans un état de sérénité apaisante.

Musicalement, on reste forcément très proche de La Battue. On pense aussi à Flavien Berger ou à Klô Pelgag pour l’écriture. Ellie James habille avec justesse ses textes de nappes de synthé et de quelques solos de guitare dont elle est très fière d'ailleurs. Mention spéciale aux superbes Quoi qu’il advienne et La Valse des saisons, particulièrement réussis.

Entre les morceaux, Ellie James prend le temps d’expliquer leur genèse. Elle nous parle de son label, de ses broderies, du mouvement lycéen qu’elle soutient totalement, de Pépé son cocker, de livres… Bref, elle partage son univers et tisse un lien précieux avec son public. Le concert s’achève sur une construction vocale qui se laisse progressivement emporter dans un tourbillon électro. Une belle manière de laisser entrevoir tout le potentiel de cette artiste talentueuse et attachante. Celles et ceux qui, comme moi, savaient où ils mettaient les pieds en sont forcément ressortis comblés.

Le concert de Pi Ja Ma n'a pas manqué de vie, c’est le moins que l’on puisse dire ! Au-delà de la pop piquante et rafraîchissante que Pauline de Tarragon et ses trois musiciennes nous ont proposée ce soir, l’humour et l’aisance dont l’artiste a fait preuve lors des petits pépins qui ont jalonné la seconde moitié du set ont mis tout le monde à l’aise et rendu les échanges avec le public très spontanés. Tout le monde a pris ces incidents avec le sourire. Ce sont des choses qui arrivent, et la sincérité du moment était belle à voir. Mais il faut surtout retenir de ce concert le talent indéniable de Pi Ja Ma, qui manie habilement compositions intimistes et humour décalé. Un style qui lui ressemble parfaitement, jusque dans sa tenue de scène, elle aussi originale. Une artiste charismatique, aux facettes multiples.


Au fil du concert, qui fait la part belle à Magnetofille, son dernier album, Pi Ja Ma pose un regard très lucide sur le monde qui l’entoure comme sur elle-même. On pense à Voyou ou à ce que Philippe Katerine a pu produire sur son album Le Film. Elle nous aura fait sourire avec des titres comme Chiale ou Hyperactive girl, mais aussi frissonner sur Le temps ou J'ai oublié. Quant à la reprise de Wuthering heights, en hommage à Kate Bush, présentée comme une ancienne gloire brestoise de la chanson reconvertie en crêpière, la performance est splendide. La voix est magnifique. On ne peut que s’incliner devant cette prestation et même y voir quelques similitudes entre les capacités vocales de Pauline et celles de la légende anglaise. Après, les excellents Le Bus et L'annonce, le concert s’achève avec le très beau Carnet secret dans une ambiance qui aura été excellente du début à la fin… On a le public qu’on mérite, c’est aussi simple que cela. 

Jérôme

samedi 24 octobre 2026

Les Femmes s'en mêlent - Requin Chagrin + Île de Garde @ l'Hydrophone, 23 octobre 2026 - Lorient

Direction l’Hydrophone pour le festival itinérant Les Femmes s’en mêlent, gage de qualité et de talents émergents depuis près de 30 ans. L’escale lorientaise était marquée d’une croix sur mon planning, avec au programme Île de Garde et Requin Chagrin. Deux groupes aux styles plutôt opposés (c’est aussi la démarche du festival) qui promettaient une soirée riche et intéressante, aussi bien pour les aficionados que pour les oreilles curieuses.

Est-ce le superbe collage représentant Catherine Ringer, aperçu en entrant à l’Hydrophone, qui m’est resté en tête au moment où Île de Garde a commencé son set ? Toujours est-il que j’ai retrouvé chez Klara Coudrais, qui mène le groupe, un peu de l’emblématique chanteuse des Rita Mitsouko. Dans sa façon d’occuper la scène et d’« affronter » le public, peut-être. Une assurance et un magnétisme indéniables qui impressionnent d’entrée de jeu. Pour compléter le trio, Morgane Poulain à la batterie et Cécile Aurégan aux synthés envoient un tempo tendu et des nappes électro/new wave qui accompagnent à merveille le spoken word de Klara.

Île de Garde représente et retranscrit parfaitement notre époque : ses malaises, ses inquiétudes, ses colères et sa volonté de résistance. Elles nous renvoient en pleine face les dérives de notre société et en dressent un constat froid, sans apitoiement, avec des titres comme Homicide Volontaire, The Ageless Woman ou Boy. L’émotion se fait palpable sur Ruines, superbe chanson en italien que Klara expliquera un peu plus tard avoir écrite au début du conflit en Ukraine. Elle profite de cet échange avec le public pour apporter son soutien total au mouvement social porté par les étudiants et évoquer sans détour la menace de l’extrême droite qui suinte de partout en France.

Le concert reprend de plus belle avec les excellents Birthday Girl et To The Death, deux titres puissants où Île de Garde bascule de la tension coldwave aux rythmes électro. Le tout reste porté par la performance hypnotique de Klara Coudrais, qui capte tous les regards jusqu’à la fin du set, salué par des applaudissements chaleureux et mérités. Avec un excellent premier EP fraîchement signé chez Born Bad Records, une présence scénique redoutable et des textes résolument engagés, l’aventure Île de Garde ne fait que commencer. Le groupe a tout pour devenir une référence incontournable de la scène actuelle, et il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas s’en rendre compte.

La seule fois où j’avais vu Requin Chagrin en concert avant ce soir, c’était il y a cinq ans, aux Vieilles Charrues, en pleine période Covid. Une configuration exceptionnelle, avec une programmation réduite sur quatre journées et une jauge limitée à 5 000 personnes sur une seule scène. Ce fut une bulle d’air au milieu d’une époque compliquée, qu’on préférerait oublier. Le concert de Requin Chagrin reste néanmoins un excellent souvenir. Cinq ans, c’est aussi l’écart entre Bye Bye Baby, le troisième album de Requin Chagrin, et Décollage, le quatrième, sorti en mars dernier. Comme à son habitude, Marion Brunetto, qui incarne à elle seule le projet Requin Chagrin, y joue tous les instruments. Mais ce soir, c’est en formation complète qu’elle se présente sur scène, accompagnée d’Axel Le Ray à la batterie, de Joseph Deschamps à la basse et de Gaël Etienne aux synthés.

Le set débute avec quatre titres issus du dernier album. Sur scène, la dream pop aérienne de Requin Chagrin prend une dimension plus indie rock. Marion s’en donne à cœur joie à la guitare et le public se laisse rapidement happer par ses mélodies accrocheuses. Mention spéciale à Parachute et For You, particulièrement réussis. Place ensuite à Adélaïde, premier titre composé par Marion et qui figurait sur son premier LP, sorti il y a dix ans. On y retrouve des sonorités qui rappellent indéniablement Indochine, groupe pour lequel Marion n’a jamais caché son admiration et dont Requin Chagrin a assuré plusieurs premières parties.

On poursuit la balade dans la discographie du groupe avec les très bons Soleil Blanc et Déjà Vu, puis Mauvais Présage, l’un des titres les plus connus de Requin Chagrin. Sur RC, le morceau suivant, je ne peux m’empêcher de poser mon regard sur l’ascenseur situé à droite de la scène, qui arbore un joli lettrage digital rouge : RC. Plutôt cocasse, pour le coup ! L’ambiance est excellente dans la salle et le public se met désormais à chanter avec Marion Brunetto sur Ciao Rubello. Le concert continue crescendo avec Volage, Ultra Fort, puis Sémaphore, attendu par une fanbase bien présente aux premiers rangs. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé BB, qui clôture le set : un vrai hit qui prend une belle envergure sur scène.

Le groupe quitte la scène quelques instants avant de revenir offrir un rappel au public lorientais. Marion est d’abord seule à la guitare pour Rose, interprétée dans une version intimiste, sans arrangements ni effets. Puis le groupe revient au complet pour donner à ce joli moment toute son ampleur. Le dernier titre sera Rêveries. Marion échange sa place avec Axel et s’installe derrière la batterie, où elle se défoule une dernière fois sans cacher son plaisir. Requin Chagrin quitte finalement la scène sous l’ovation du public. De quoi lui donner envie de revenir un peu plus souvent en Bretagne… On l’espère !


Jérôme

mardi 6 octobre 2026

Les Wampas @ 6PAR4, 3 octobre 2026 - Laval

Quelle joie (le Rock’n Roll) de retrouver Les Wampas, venus présenter sur la scène du 6PAR4 de Laval leur nouvel album studio : Où Va Nous ? Un album magnifique, très pêchu, qui prend directement une place dans le top 5 de la discographie du groupe, à mon sens. On y retrouve tout ce qui fait la réputation des Wampas : une grosse dose de punk/rock, mais aussi du psycho, de la chanson populaire et du slow qui tue. Ajoutez à cela les textes épatants de Didier Wampas, mi-punk rocker, mi-punk crooner, capable de nous trimballer de Forbach au Mont Ventoux et de nous chanter Pipi au lit ou Les Coronados. Les Wampas, c’est tout ça, et ce depuis plus de 40 ans et 15 albums studio. 


Le groupe est au grand complet (tout comme la salle) : Nico à la batterie, Effello et Tony aux guitares, Jean-Mi à la basse et, bien entendu, le roi Didier au chant. Arrivé une minute avant le début du concert, je n’ai pas pu voir Trotski Nautique, qui assurait la première partie ce soir. 
 Le set débute avec L’Aquarium Tactile et C’est Politique, une parfaite entrée en matière qui débouche sur un premier temps fort où Didier Wampas est porté assis sur une chaise par la foule, sur Les Bottes Rouges, chanson issue de l’album Simple et Tendre, sorti en 1993. C’est avec cet album que j’ai découvert les Wampas, tardivement finalement. Eux avaient déjà pas mal bourlingué, joué un peu partout et vécu un drame au sein du groupe. Cet album a été leur Back in Black, symbole d’un nouveau départ. 


Enchaînement parfait avec Punk Ouvrier, superbe chanson issue du répertoire solo de DW et qu’il a eu la bonne idée d’intégrer au dernier album. On accélère nettement avec J’ai les Nerfs et Punk en Hiver, le pogo est en route au-devant de la scène et la température monte d’un cran. Le concert est désormais bien lancé. Suivent Les Coronados, l’inévitable Manu Chao, mais surtout Rising et Ne Cherchez Pas Dans Les Guitares, que je trouve vraiment excellents. 


Quelques instants après, c’est le Tour de France à Laval avec Mont Ventoux et Rimini. Les maillots à pois sont brandis pour rendre hommage comme il se doit à Marco Pantani, que personne n’a mieux chanté que les Wampas. Cette chanson est toujours aussi belle. Didier, en fin connaisseur de la petite reine, interroge le public : « Et c’est qui le meilleur coureur de Mayenne ? » Mon voisin le sait et crie : Jacky Durand ! Ouf ! On ne rigole pas avec ça, faut-il le rappeler : Rimini, Baby Suce Ma Roue, Julian (Alaphilippe), J’ai avalé une mouche, Jalabert et maintenant Mont Ventoux… Le cyclisme, c’est sacré chez les Wampas ! 


Après un petit temps calme sur C’est Juste une Petite Voix, Effello tord sa guitare et balance l’intro de L’Éternel, que j’adore et qui me met toujours dans tous mes états. Enchaînement sans temps mort avec Yeah Yeah, où Didier, pour la seconde fois de la soirée, vient faire le tour du public du 6PAR4. C’est le moment où l’on fait gaffe au câble du micro ! Le set touche à sa fin. On fait monter une enfant sur scène pour le traditionnel questionnaire façon L’École des fans, afin de lancer Ce Soir C’est Noël. Pas toujours évident selon l’âge de l’enfant trouvé dans le public, mais franchement, c’est si drôle de voir DW en Jacques Martin poser tout un tas de questions pour arriver, tant bien que mal, à ce que la petite crie le mot « Noël », qui sera le top départ de la chanson. Ce sont ensuite les femmes qui sont invitées sur scène pour le savoureux Où sont les femmes ? / Petite Fille, qui clôture un concert ayant filé aussi vite que Romain Bardet dans la descente du col d’Allos. 


Le rappel est réclamé et c’est Didier qui revient seul, basse en bandoulière, chanter Où va nous ?, titre phare du dernier album. Un à un, ses camarades le rejoignent et le morceau se libère de cette intro tendue et explose littéralement. Magnifique et, pour moi, meilleur moment du show. Il faudra bien un  Oï  collectif, où toute la salle scande à pleins poumons « Didier Wampas est le roi ! », pour me sortir de cette claque reçue au rappel. L’ultime titre joué sera For The Rock, comme une évidence, comme un mantra qui va si bien aux Wampas. Le concert est fini, on est bien secoués. Nico, Effello et Jean-Mi auront la gentillesse de se rendre disponibles aux échanges et discussions près du bar, histoire de prolonger encore un peu le plaisir. Comme le disaient si bien les VRP : Vive les WAMPAS !



Jérôme




lundi 28 septembre 2026

GYASI @ Bag Noz, 27 septembre 2026 - Saint-Thonan

L’association La Bergerie Rock a eu la très bonne idée de programmer au Bag Noz de Saint-Thonan l’extraterrestre Gyasi, album du mois l’année dernière chez Rock & Folk pour son brillant LP Here Comes The Good Part, et lead guitar sur le dernier album d’Alice Cooper… Rien que ça ! Restait à savoir si Gyasi Heus, de son vrai nom, allait nous la jouer full band glam à la Bolan/Bowie ou en mode intimiste, guitare blues, puisque son nouvel album, sorti il y a quelques jours, est une véritable ode à Robert Johnson, le guitariste maudit du Mississippi. La réponse est juste en dessous !

C’est le groupe Chevrotine qui ouvre la soirée au Bag Noz. Une formation brestoise au style glam rock et à l’esthétique assez particulière, un brin foutraque, à vrai dire. Jouant à domicile, Chevrotine met toute son énergie pour chauffer comme il se doit le Bag Noz. De bons titres comme Jukebox Lady ou Motor Holy Baby, une reprise sympa de Crimson and Clover version Joan Jett, un final en explosion de paillettes qui a son petit effet… mais qui me laisse malheureusement un peu de côté. À peaufiner à mon sens.


Place à Gyasi, prononcé « Jah-see », qui apparaît sur scène magnifiquement habillé et maquillé. Plus glam que drag, un Ziggy plus vrai que nature ! Le set démarre pied au plancher avec Cheap High, sur lequel Jonny Martini à la batterie donne d’entrée de jeu un tempo très rapide. À la guitare, Leilani Kilgore enchaîne, dès ce premier titre, riffs et solos à la pelle. Elle est aussi énergique que Cole Bearden est calme et placide à la basse, au beau milieu de cette tornade glam rock. Gyasi, lui, perché sur ses bottes à plateforme, occupe magistralement l’espace et fixe le public droit dans les yeux, comme pour nous prévenir que ça va secouer. Et ça va secouer !

Après Mind Explorer et le très “Black Keysien” Tongue Tied, le groupe enchaîne avec She Says et Teacher, avant de jouer une nouvelle chanson, You Got The Look, qui n’est pas sans me rappeler Black Math des White Stripes. Du tout bon ! Il fait désormais très chaud au Bag Noz, vient Fast Love, où Gyasi et Leilani Kilgore nous offrent une nouvelle démonstration de guitare, à coups de jeux derrière la tête et de solos avec les dents. Impressionnant ! Tout en reprenant son souffle, Gyasi explique tout le plaisir qu’il a à revenir dans le Nord-Ouest de la France. Il faut dire que la Bretagne l'a déjà vu passer il y a trois ans, à La Nef des Fous de Binic, puis plus récemment à l’Ubu de Rennes. À chaque fois, un passage très remarqué et salué par la presse comme par le public.

Après Baby Blue, Lightning et Kiss Kiss, le prodige androgyne s’offre une ballade ténébreuse sur 23, en déambulant sur le comptoir du bar. La fin du set fait la part belle à Bowie avec Snake City, qu’on pourrait confondre avec The Jean Genie. Et puisqu’on ne pourra pas éviter les comparaisons, le dernier titre, All Messed Up, joué en partie dans le public, est habilement transformé en I'm Waiting for the Man du Velvet Underground. De nombreuses références pleinement assumées, un artiste charismatique, doté d’un jeu vraiment remarquable, c'est ainsi que l'on pourrait définir le phénomène Gyasi qui retourne le Bag Noz aussi facilement que Morgane retourne les crêpes dans son food truck Mo, Fée des crêpes posté devant la salle de Saint-Thonan.

Le rappel est réclamé et le groupe revient pour jouer un petit air très country avant de finir en apothéose sur Bang Bang, où Gyasi termine son solo porté par la foule. Même si je m’y attendais un peu, c’est une grosse prestation de Gyasi à laquelle j’ai assisté au Bag Noz ce soir. Et ce n’est pas souvent que je me retrouve autant secoué un dimanche soir. Wouahou !



Jérôme

dimanche 27 septembre 2026

Thomas Croisière (Feat. Frédéric Fromet) @ Salle Cap caval, 26 septembre 2026 - Penmarc'h

Excellente soirée à Cap Caval hier avec le nouveau spectacle de Thomas Croisière, La Comédie contre-attaque, précédé des chansons décapantes de Frédéric Fromet en première partie ! De quoi nous échauffer les zygomatiques en chansons et en blagues bien piquantes et terriblement actuelles.

Voyage en Comédie…la suite ! Avec La Comédie contre-attaque, Thomas Croisière vise juste encore une fois en décortiquant ces films qui nous font rire, nous rassemblent et s’inscrivent pour toujours dans nos mémoires. Le Corniaud, La Cité de la peur, Un éléphant ça trompe énormément, OSS 117, La Tour Montparnasse Infernale… On replonge avec un plaisir intact dans ces extraits inoubliables, ponctués d’anecdotes et de secrets de tournage que notre humoriste narre avec passion. Titres de films, dialogues, musiques, références et passages cultes, tout est passé en revue : de la scène très West Side Story des Gendarmes à New-York à la fabuleuse séquence du slow de La Boum, reconstituée sur scène avec l’aide de quelques personnes du public.

Cinéma et famille se mêlent aussi dans ce spectacle. Thomas Croisière évoque ses fils, Alfred et Gaston, avec la tendresse d’un père aimant mais chambreur (ils n’échapperont pas aux photos gros plan qui font bien marrer). Quand on a grandi à l’époque de Benny Hill et de La Soupe aux choux…ça laisse forcément des traces ! Sans trop en dévoiler, on oubliera pas non plus son TOC des Michel, sa chemise trop courte (celle de son fils !), son autodérision et sa savoureuse passe d’armes avec Yohan Madec, qui nous aura bien fait rire pendant plusieurs semaines ! En guise de cadeau final, Thomas Croisière et Frédéric Fromet, nous offrent un rappel sur mesure en adaptant la célèbre chanson d’un certain Michel S. en version Penmarc’h contre Connemara. Un régal !

Belle ovation du public et succès mérité. On s’est poilés du début à la fin et, comme Thomas l’a répété malicieusement durant le show, on a appris en s’amusant !

La Comédie contre-attaque : chaudement recommandée par Milouze En Live !

 

vendredi 11 septembre 2026

TVOD @ The Ocean Race, 10 septembre 2026 - Lorient

J’aime penser que le premier concert de la saison est un éclaireur. Celui qui ouvre le terrain et donnera le ton des semaines et des mois à venir. Alors quoi ? Je brûle mes tickets de prévente de l’année si le concert du soir est pourri, c’est ça ? Bullshit… Aucun risque cette année avec TVOD. Toute personne ayant déjà vu les Américains sur scène sait que la prestation sera excellente… et, par conséquent, ma saison aussi. CQFD.

C’est la troisième fois que j’ai la chance de les voir cet été, après leurs excellentes prestations aux festivals God Save The Kouign et Vieilles Charrues. Il n’aura manqué que Quiberon et Nantes pour faire le grand chelem des lives de TVOD dans l’Ouest. Ce soir, c’est à l’occasion de l’Ocean Race que TVOD vient jouer gratuitement et animer la soirée au bord des quais, pile en face de l’Hydrophone, la fameuse salle de concert lorientaise construite au cœur du blockhaus K2. Entouré de très bons amis, je me place aisément au plus près de la scène lorsque le concert débute.

Le public se montre un peu timide en début de set, mais le groupe de Brooklyn, Tyler Wright en tête, va rapidement prendre les choses en main. Uniform, Natalie Portman, Car Wreck, Super Spy, MUD, Rerun, pour ne citer que ceux-là… Le set est composé essentiellement de titres de Party Time, sorti en 2025, et de The Farm, qui sortira en octobre prochain. Rythmique irrésistible et guitares déchaînées, le groupe a la banane et toute cette énergie, cette bonne humeur, est communicative. Devant la scène, désormais, ça chante, ça danse, le public s’est bien rapproché et répond présent.


Tyler Wright, Jenna Mark, Michael Pahl, Denim Casimir, Serge Zbrizher et Mickaela Piccirillo ont des styles assez différents, mais sur scène l’entente est parfaite et le groupe affiche une vraie identité. Un punk/indé plutôt funky qui peut parfois faire penser à Parquet Courts, à Viagra Boys, voire aux Pixies . Tyler Wright harangue la foule, rageur, mange son micro, se tortille sur les amplis avant de se redresser et de remercier le public presque timidement. Fin du set : pas de rideau pour se cacher, les six musiciens restent quelques secondes au pied de la scène, le temps de savourer les applaudissements, avant d’y remonter pour jouer les deux derniers titres de la soirée, Party Time et Alien. Ovation méritée pour TVOD, dont plusieurs membres resteront disponibles longtemps pour discuter avec le public au merch.

Réjouissons-nous, Bretons, d’avoir eu autant de dates de Television Overdose cet été. Ce groupe mérite vraiment la plus grande attention et son futur album promet d’être une grosse claque. Il va nous faire un bien fou pour appréhender cette année placée sous le signe de Céline Dion et des campagnes électorales.

Vive TVOD ! Eteignez vos télés et allez au concert !

Jérôme

mardi 21 juillet 2026

VIEILLES CHARRUES 2026

L'édition Boréale des Vieilles Charrues n'est pas encore terminée que les quatre dirigeants du festival sont déjà tournés vers 2027. « C'est passé tellement vite ! On a l'impression d'avoir ouvert les portes il y a quelques heures seulement ! » Cette édition restera assurément l'une des plus marquantes en termes d'intensité, d'ouverture aux autres et de joie partagée. Une totale réussite qui réjouit Jean-Luc Martin, président du festival, déjà tourné vers les grands travaux qui débuteront sur le site dès septembre. Les deux co-programmateurs, Jean-Jacques Toux et Jeanne Rucet, évoquent quant à eux un véritable rouleau compresseur dont on ne ressort pas indemne, entre fatigue accumulée et montagnes d'émotions. Jérôme Tréhorel, à la fois soulagé et épuisé, parle d'une édition sans accroc ayant réuni 280 000 festivaliers sur quatre journées, toutes complètes.

Nous étions présents pour couvrir l'événement… on vous raconte.

Jeudi avec : Piche et Katy Perry

Cette première journée est un peu particulière. Si tout le site de Kerampuilh est ouvert, seuls sept artistes sont programmés aujourd'hui, répartis uniquement sur les deux grandes scènes qui se font face : Glenmor et Kerouac. La raison ? Katy Perry. À l'image du lundi spécial Red Hot Chili Peppers il y a trois ans, la star américaine suffit à elle seule à déplacer près de 70 000 festivaliers. Une journée exceptionnelle donc, avec une densité de public impressionnante.

C'est Piche qui est chargée d'ouvrir cette édition. Révélée dans Drag Race France, l'artiste se présente au public des Charrues comme un « travelo compulsif » et prévient d'emblée celles et ceux qui s'attendent à un spectacle de cabaret ou burlesque qu'ils risquent d'être déçus. Piche navigue entre musique urbaine et danse avec une façon de chanter qui rappelle parfois Stromae. La mise en scène est soignée, le spectacle énergique, porté par des chorégraphies efficaces. Une entrée en matière qui fait clairement mouche.


Je ne vais pas vous mentir, la suite de la programmation n'était pas franchement faite pour nous. L'occasion parfaite d'aller voir ce qui se passait ailleurs sur le site.

Le principal changement concerne l'esplanade du château, rebaptisée La Guinguette. Davantage de stands, une implantation plus cohérente et un véritable espace de détente et d'animations. Le stand des chefs y a désormais trouvé sa place, avec chaque jour une recette gastronomique différente. La grande roue bénéficie elle aussi d'une mise en valeur bienvenue, tandis qu'une piste de descente en luge est déjà prise d'assaut. Sous la tente centrale, les happenings s'enchaînent tout au long du week-end. Au moment de notre passage, c'est le Drag Show qui bat son plein : six drag queens proposent un spectacle mêlant danse, playback et humour décapant.


Un peu plus loin, près de l'entrée du site, on retrouve l'incontournable lettrage #CHARRUES, toujours aussi prisé pour les selfies, ainsi qu'un tout nouvel espace : le Boreal Sound System. Cette installation interactive permet au public de piloter son et lumière grâce à un joystick. Les algorithmes font le reste, générant une musique en perpétuelle évolution au rythme des actions collectives. Une expérience originale dont les festivaliers se sont rapidement emparés. C'est également ici que l'on retrouve les célèbres conteneurs décorés aux couleurs du thème boréal. Plus d'arche cette année (dommage), mais un espace entièrement dédié.

Toujours près de l'entrée, nous retrouvons l'indispensable stand Changeons Les Règles de Marguerite & Cie, qui distribue près de 8 000 protections périodiques gratuitement durant les quatre jours du festival, ainsi que les bénévoles de Raok – Komzit Brezhoneg, qui œuvrent à la promotion de la langue bretonne dans le Centre-Ouest Bretagne grâce à différentes animations et outils de médiation. Ici, à Carhaix, la langue bretonne fait partie du paysage. Dire que les Vieilles Charrues sont profondément attachées à la culture bretonne relève de l'évidence : elle est inscrite dans l'ADN même du festival.

 

Après ce tour d'horizon, il est temps de rejoindre l'événement du jour : Katy Perry.

Les Vieilles Charrues frappent une nouvelle fois un grand coup en programmant une mégastar internationale qui se produit finalement assez rarement en France. Le site est noir de monde et, lorsque l'Américaine entre en scène entourée de danseurs en panoplie bodybuildés, Kerampuilh bascule dans l'hystérie. Impossible de ne pas penser au show de Robbie Williams présenté ici même il y a trois ans. Des tubes à la pelle, une énorme production, une vraie proximité avec le public et cette dose d'autodérision qui rend finalement le spectacle beaucoup plus humain malgré son gigantisme.


Parmi les temps forts, on retiendra la superbe scénographie très 2001, l'Odyssée de l'espace sur Dark Horse, la proximité avec le public lors de Thinking Of You, interprétée en acoustique sur l'avancée de la scène, l'ambiance incroyable de Hot N Cold, ou encore Katy Perry installée dans une gigantesque bouteille roulant au-dessus du public sur I Kissed A Girl. Sans oublier une très belle version de Roar, débutée par un tendre échange avec un fan.


Le concert s'achève avec Firework, durant laquelle Katy Perry dirige un immense tube de crème ou de dentifrice pour asperger les premiers rangs d'un jet de mousse. Rammstein avait fait un peu la même chose ici il y a treize ans… à quelques détails près. 😄

Grosse prestation, spectaculaire de bout en bout, où l'on ne s'est pas ennuyé une seule seconde.


Vendredi avec : Luiza, Joy Crookes, Ne Rangez Pas Les Jardins, Cap Kozmik, Jean-Louis Aubert, Jehnny Beth et Nick Cave & The Bad Seeds

Le soleil est de retour en ce deuxième jour de festival lorsque Luiza prend place sur la scène Kerouac. Il est encore tôt (15 h 15), mais le public est déjà présent pour assister au set de la chanteuse franco-brésilienne. Sa pop chaloupée, relevée de cuivres et de dub, vient réveiller les Charrues et lancer cette journée dans une ambiance idéale. La joie et la bonne humeur irriguent tout le concert, qui prend une belle dimension lorsque Luiza invite toutes les femmes qui le souhaitent à monter sur scène pour danser avec elle. Très chouette.

Nous avions hâte de découvrir Joy Crookes, mais aussi Ne Rangez Pas Les Jardins, premier groupe du Label Charrues 2026 à se produire sur la scène Grall. Il a fallu se partager le créneau horaire pour que ce soit possible. Ce sont des choses qui arrivent, et on ne va certainement pas se plaindre d'avoir le choix.


Joy Crookes possède l'une des plus belles voix de la soul britannique actuelle et son dernier album, Juniper, est une vraie réussite. Vêtue d'un maillot floqué « Palestine », la chanteuse londonienne laisse apparaître un bandage au niveau de l'abdomen et semble un peu en retenue malgré la qualité indéniable de son groupe et de son chant. Au bout de trois morceaux, elle sort un papier de sa poche et lit quelques lignes au public :

« Hier, je me suis fait renverser par une voiture. J'ai été blessée... mais me voilà ! »

Cela explique sans doute beaucoup de choses. Très bon set malgré tout dont je retient entre autres Brave et Pass The Salt!

Il faut maintenant traverser le site pour rejoindre Ne Rangez Pas Les Jardins. Le groupe de Loc-Envel est le projet de Léa Digeois (chant, basse) et Louis Hamon (guitare), rejoints sur scène par Franck Richard, batteur bien connu des Charrues puisqu'il officie également chez Dewaere et SBRBS, deux précédents lauréats du Label Charrues.

Le chant est habité, nourri d'inquiétudes, et les textes sombres de Léa se marient parfaitement à la musique lente, tendue et finalement violente de Louis. On pense à Serge Teyssot-Gay, à 10 Petits Indiens, à Dominique A. Les projections vidéo en fond de scène renforcent encore cette atmosphère singulière. Ne Rangez Pas Les Jardins propose un univers très poétique, parfois exigeant, mais réussit haut la main son passage aux Charrues malgré un style qui pourra sembler clivant. Le talent est bien là, le territoire artistique est dessiné ; il ne reste plus qu'à confirmer dans la durée.

Direction ensuite le chapiteau Gwernig pour Cap Kozmik, formation hybride réunissant l'impressionnant Bagad Cap Caval au grand complet et le collectif centre-breton Modkozmik. Cinquante musiciennes et musiciens se partagent la scène. Inutile d'en rajouter sur la puissance de feu que dégage Cap Kozmik. En mêlant musique traditionnelle, cuivres, boucles électroniques et synthétiseurs, le collectif livre un résultat absolument magnifique. Très vite, tout Gwernig se met à danser : gavottes, an-dro… tout y passe. Néophytes et danseurs confirmés se retrouvent dans un même élan. Un superbe moment qui aurait peut-être mérité une scène plus grande, comme ce fut le cas pour Fleuves l'an dernier.



Nous filons ensuite vers Glenmor pour assister au concert de Jean-Louis Aubert, mais il est déjà très difficile de se rapprocher. Finalement assez loin de la scène, et ayant déjà vu cette tournée il y a un an à Beauregard, nous décidons, après une vingtaine de minutes, de rejoindre la scène Grall pour Jehnny Beth, que nous tenions absolument à voir malgré un planning particulièrement serré.

Punk rock explosif, esthétique à la fois sensuelle et nerveuse, zéro temps mort. En nuisette et talons aiguilles, Jehnny Beth descend dans le public dès le deuxième morceau, High Resolution Sadness, improvise une battle de pompes avec une festivalière et livre des reprises particulièrement réussies de Army Of Me de Björk et de In Heaven, de David Lynch, rendue célèbre par les Pixies. Si elle m'évoque parfois Siouxsie Sioux ou Patti Smith, Jehnny Beth possède avant tout une identité qui lui est propre à laquelle il est difficile de rester insensible.


Nous quittons pourtant le concert avant la fin afin de nous placer au plus près du Dieu Nick Cave, qui s'apprête à investir la scène Glenmor. Comme Bruce Springsteen et The Cure avant lui, Nick Cave va offrir aujourd'hui deux heures trente de concert aux Vieilles Charrues. Un cadeau inestimable pour celles et ceux qui savent ce que cela représente. Il est bien difficile de raconter ce qu'est un concert de Nick Cave & The Bad Seeds. Nous ne les avions vus qu'une seule fois auparavant, il y a treize ans, et ce concert nous avait déjà profondément marqués. Celui de ce soir sera encore meilleur.

Dès Get Ready For Love, puis surtout sur From Her To Eternity, l'Australien vient immédiatement au contact du public et se laisse porter à bout de bras au-dessus de la foule. Quel charisme. Quelle intensité. Croiser le regard de Nick Cave vous transperce et vous marque à jamais. Plusieurs milliers de personnes en auront fait l'expérience ce soir. À ses côtés, Warren Ellis est lui aussi impérial, alternant violon et guitare puis lançant son archet dans les airs à la fin des morceaux.

Le concert se fait ensuite plus contemplatif avec les magnifiques Wild God et O Children, reprises en chœur par tout Kerampuilh, avant qu'un Tupelo rageur ne vienne rappeler toute la puissance des Bad Seeds. Mais avec Nick Cave, les émotions ne se limitent jamais aux morceaux les plus nerveux. L'enchaînement Carnage, Joy, Rings Of Saturn et Henry Lee, interprété en duo avec la choriste Janet Ramus, bouleverse littéralement le public.


La dernière ligne droite est d'une intensité folle : The Mercy Seat et sa montée en tension irrésistible, une formidable version de Papa Won't Leave You, Henry, puis Red Right Hand, devenu un véritable tube grâce à Peaky Blinders et repris avec ferveur par tout le public.

Et ce n'est toujours pas terminé !

The Weeping Song, puis surtout un immense Jubilee Street, qui prend sur scène une dimension vertigineuse. Le groupe quitte la scène après Hollywood, avant de revenir pour une ultime offrande : City Of Refuge, Wide Lovely Eyes, que Nick Cave dédie à son épouse Susie Bick, puis Into My Arms, interprétée seul au piano. C'était beau à en pleurer.

Une prestation magistrale, un déferlement d'émotions, ce concert restera, sans aucun doute, dans l'histoire du festival.

Après cela, il nous est tout simplement impossible d'écouter quoi que ce soit d'autre.

Nous rentrons encore sonnés par cette magnifique journée, riche en concerts mais aussi en retrouvailles : Cécile, Erwan, Fabrice, David, Patrick, Stéphane et Cyrille, vous revoir et partager quelques instants avec vous aura été un grand plaisir comme toujours.

Et pour citer Pierre Mac Orlan :

« Quand on possède le goût des gens exceptionnels, on finit toujours par en rencontrer partout. »

Samedi avec : Olli & The London Radio pop Orchestra, Djazia Satour, No Pain No Pain, Galant Tu Perds Ton Temps et Sprints

C’est déjà le troisième jour de festival et le thermomètre continue de grimper. Des brumisateurs ont d’ailleurs été installés un peu partout sur le site et l’on peut compter sur quelques filous pour nous arroser à certains endroits, notamment près du stand Bretagne au Cœur. 😉

Notre samedi commence avec un blind test à la flûte animé par Maxime et Nalla à la Guinguette. Une grosse poilade et une bonne dose d’énergie pour bien débuter la journée ! Tout au long du festival, sur le site comme au camping, Maxime Musqua et Nalla.mp3 nous auront régalés avec leurs interventions, leurs rencontres et leurs pastilles vidéo, toujours drôles et bienveillantes.

Place ensuite à Olli & The London Radio Pop Orchestra, qui ouvre le bal sur Kerouac. Habitué des Vieilles Charrues, où il s’est déjà produit à plusieurs reprises, notamment avec The Bollywood Orchestra, Olivier Leroy revient cette année avec un projet plus intimiste intitulé Life On Rennes, présenté ici entouré du chœur de la Maîtrise de Bretagne. Une ouverture tout en douceur qui aura comblé les premiers festivaliers présents sur le site. Mention spéciale à la belle reprise des Smiths, There Is A Light That Never Goes Out, jouée en fin de set.

Dans le même temps, Djazia Satour berce le public de Gwernig avec son folk algérien, proposé aujourd’hui en formule duo acoustique avec Pierre-Luc Jamain au piano. Un moment suspendu, une musique et une voix qui font voyager, un style qui trouve toujours un bel écho aux Vieilles Charrues. La chanteuse le sait bien et tient d’ailleurs à remercier chaleureusement le public et le festival pour leur accueil. « Chanter en arabe, par les temps qui courent, c’est presque un acte politique », glisse-t-elle avec émotion.



Petit détour ensuite par le stand Bretagne au Cœur, partenaire du Label Charrues depuis plusieurs années et qui accueille les conférences de presse des artistes programmés sur la scène Grall. Aujourd’hui, c’est Ne Rangez Pas Les Jardins qui vient raconter son parcours et répondre aux questions du public et des journalistes.

L’occasion de rappeler l’importance du Label Charrues et de tout l’accompagnement proposé aux groupes lauréats : résidences, programmation, production, mise en réseau… Encore une fois, on peut saluer l’ouverture d’esprit de Jeanne Rucet et Jean-Jacques Toux, les deux co-programmateurs du festival et du Label Charrues, qui ont visé juste avec Ne Rangez Pas Les Jardins et No Pain No Pain, pourtant dans des univers musicaux loin des évidences.

L’enchaînement est parfait avec le concert de No Pain No Pain, second lauréat du Label Charrues 2026. Le duo formé par Baptiste Moalic (guitare) et Thomas Kerbrat (batterie) devient sur scène un trio grâce au renfort de Thomas Legros aux machines et aux synthétiseurs. Musicalement, c’est puissant : un rock progressif instrumental évoquant autant Slift qu’EZ3kiel, qui envoie des vibrations capables de faire trembler tout Carhaix. L’accueil du public est excellent et le groupe prend visiblement un énorme plaisir à jouer ici. Fort d’un premier album qui a déjà bien résonné dans le paysage rock, No Pain No Pain semble désormais avoir tous les voyants au vert.

L’heure est ensuite au kebab végé signé Thierry Marx, légèrement épicé et parfaitement accompagné d’une Coreff Ambrée. Seul petit bémol à ce plaisir gastronomique à 11 € : la portion est un peu juste pour mon appétit de festivalier. Mais c’était vraiment très bon ! (La photo n’est pas terrible, on ne voit quasiment que de la salade…je poste une autre trouvée sur le net)

 

Voilà ensuite un groupe taillé pour la scène Gwernig : la formation québécoise Galant, tu perds ton temps. Les six musiciens n’ont pas mis longtemps à conquérir le public avec leur musique étonnamment proche du répertoire traditionnel breton, leur humour et leurs histoires chantées a cappella aux quatre coins du monde depuis plus de vingt ans. Une maîtrise vocale impressionnante, des sourires permanents et une complicité évidente entre les membres du groupe : encore un superbe moment sous le chapiteau.

Et que dire de celles et ceux qui ont choisi de venir voir ou découvrir les Irlandais de Sprints sur la scène Grall ? Nous les avions déjà vus l’an dernier au God Save The Kouign de Penmarc’h puis au Carnavalorock de Saint-Brieuc. Il était hors de question de manquer leur passage aux Charrues. Emmené par la tornade rousse Karla Chubb, Sprints renverse littéralement le public en quelques minutes. Quel concert, quelle énergie ! Dans la fosse, c’est circle pit, pogo et wall of death dans une ambiance à la fois déchaînée et bienveillante, loin des pogos "cons" qu'on peut avoir sur d'autres scènes ou festivals.


Karla Chubb elle-même semble bluffée par l’accueil réservé au groupe et continue d’en parler sur ses réseaux sociaux plusieurs jours après le festival. Le feu ne retombera jamais : Descartes, Feast, Need, Something’s Gonna Happen, sans oublier la superbe reprise de Deceptacon de Le Tigre.

Et puis vient l’apothéose : après avoir confié sa guitare à un spectateur déguisé en licorne (vrai de vrai), Karla Chubb se jette dans la foule pour un immense slam avant de conclure un set tout simplement incroyable.


Dimanche avec : Miossec, Plouz & Foen, Conférence de clôture, Xavier Rudd, Feu! Chatterton, Vanessa Paradis, Lindigo, TVOD et Tomora

Voir Miossec aux Vieilles Charrues était sans aucun doute l’une des images marquantes de cette édition. Le Brestois revient de loin et ses problèmes de santé semblent désormais derrière lui. Lui-même, toujours aussi réservé, est visiblement ému et finit par avouer : « Trente ans après, ça fait tout drôle. Je ne pensais pas revenir un jour ici… » Nous, on se régale à le voir interpréter ses plus belles chansons, mais aussi celles de Simplifier, qu’il n’a finalement que très peu eu l’occasion de défendre sur scène, notamment Meilleur Jeune Espoir Masculin et Tout est bleu. Mention spéciale également à Je m’en vais et Désolé pour la poussière, magnifiques elles aussi. Le concert est simple, sincère, sans chichis, à l’image du Brestois. Timide mais aussi taquin, il conclut avant d'annoncer Brest, le dernier morceau : « On va vous jouer une chanson folklorique…»

C’est ensuite l’heure de Poulz & Foen sous le chapiteau. Le duo de rappeurs bretonnants, accompagné sur scène par la DJ Yurika, se forge une solide réputation et enchaîne les plus grands festivals de l’Ouest cet été. N’étant pas bretonnant, j’apprécie les quelques explications données entre les morceaux ainsi que le choix d’un chant sans Auto-Tune. Carhaix est une terre de bretonnants et Poulz & Foen évoluent ici en terrain conquis. Le public aura même droit à la venue surprise de Krismenn, rappeur et musicien breton considéré comme l’un des précurseurs du genre. Très chouette concert. À la Guinguette, juste avant, Jain était également venue créer la surprise en proposant un petit DJ set improvisé aux festivaliers. Sympa !


C’est ensuite l’heure de la conférence de presse finale des organisateurs. Les visages sont fatigués, mais heureux. Après quatre jours qui ont filé à toute vitesse, le bilan est plus que positif. L’édition s’est déroulée dans une excellente ambiance et sans incident majeur. Certains concerts resteront gravés dans les mémoires et une vraie satisfaction se dégage des propos des programmateurs. Jean-Luc Martin revient sur les importants investissements à venir : enfouissement des réseaux, nouveaux câblages, réaménagement des bureaux et des espaces de stockage. Toutes les demandes formulées ces dix dernières années ont été validées. Il semble loin le temps des tensions avec la commune, et c’est tant mieux pour tout le monde.

Jérôme Trehorel insiste une nouvelle fois sur les valeurs du festival. Les Vieilles Charrues restent une manifestation 100 % associative et sont sans doute le seul festival de cette ampleur à proposer un billet à un peu plus de 50 euros pour une quinzaine d’artistes par jour. Sans les partenaires, précise-t-il, il faudrait augmenter ce tarif d’environ 18 euros. L’objectif reste le même malgré les incertitudes du monde actuel : continuer à rendre la culture accessible au plus grand nombre. Une phrase revient chaque année comme un mantra : venir aux Vieilles Charrues est un acte militant.

Le rendez-vous est déjà fixé aux 15, 16, 17 et 18 juillet 2027 pour la 35e édition.

À noter qu’à l’issue de cette conférence, les journalistes présents ont posé aux côtés des organisateurs afin d’afficher leur soutien à Christophe Gleizes, journaliste sportif injustement emprisonné en Algérie depuis plus d’un an.

Nous connaissions finalement assez peu Xavier Rudd, malgré près de vingt-cinq ans de carrière. Seul sur la scène Kerouac, l’Australien est entouré d’une impressionnante collection d’instruments qu’il manipule avec une virtuosité remarquable : guitares, batterie, harmonicas, didgeridoo, boucles et bien d’autres encore. Ses textes parlent de spiritualité et de nature, tandis que son folk peut rappeler celui de John Butler, les solos de guitare en moins. Nous passons un excellent moment.

C’est ensuite le retour de Feu ! Chatterton, déjà venu trois fois à Carhaix. Cette fois, c’est sur la scène Glenmor que la talentueuse formation parisienne se produit. Concert chansigné en direct pour les personnes sourdes ou malentendantes. Pourtant habitués aux grandes scènes, Arthur Teboul et ses compagnons semblent un instant impressionnés par l’immensité de la foule. Très vite ils prennent possession de la scène, puis de son avancée, pour se rapprocher du public. J'aimais avare de bons mots, Arthur Teboul prévient le public après Côte Concorde, « Maintenant que nous avons fait naufrage ensemble, on se connait mieux non ?» Ce sera ensuite Allons Voir, Ce qu’on devient, Écran Total, mais surtout Mille Vagues et Libre, qui nous auront particulièrement marqués. Une nouvelle grande prestation qui s’achève sur La Malinche, remixée en Tri Martolod pour l’occasion : « Et je reste aux Charrues… » Oh oui !



Comme il y a deux semaines à Beauregard, le concert de Vanessa Paradis glisse un peu sur nous, comme la pluie sur un ciré. Un best of qui ravit les fans et les nostalgiques, mais qui nous laisse finalement peu d’émotions.

Nous quittons donc Vaness' pour rejoindre Lindigo sous le chapiteau. Le groupe réunionnais, emmené par l’impressionnant Olivier Araste, débute son concert au beau milieu du public avant de rejoindre la scène quelques minutes plus tard. On comprend très vite que l’on va passer un excellent moment. Percussions, danses, chœurs et chants entraînants : c’est simple, nous avons dansé pendant une heure sans nous arrêter. Quelle ambiance et quelle chaleur sous Gwernig ! Lindigo quittera d’ailleurs la scène comme il y est entré : au milieu du public pour un partage total. Super concert ! Heureux celles et ceux qui étaient là.



L’heure est venue de reprendre une overdose de télévision avec TVOD, que nous avions énormément apprécié un mois plus tôt au God Save The Kouign de Penmarc’h. En fond de scène, un écran répète inlassablement la même animation, comme un vieux fond d’écran d’ordinateur. Les New-Yorkais sont toujours aussi irrésistibles avec leur punk rock nerveux et funky, taillé pour retourner les foules. Je reste impressionné par la qualité de la section rythmique et par l’énergie déployée sur scène par Tyler Wright. J’aperçois même Miossec en backstage, lui aussi totalement captivé par le concert. Devant la scène, c’est un joyeux bordel : lunettes qui volent, verres de bière, slams et pogos à répétition. Un énorme kif qui laisse présager le meilleur pour le nouvel album annoncé à l’automne. TVOD, à consommer sans modération !




Nous restons ensuite quelques instants devant Tomora alias Tom Rowlands & AURORA afin de redescendre doucement de nos émotions. Le projet réunissant le membre des Chemical Brothers et la chanteuse norvégienne, que nous avions vu éclore ici même en 2015 alors qu’elle n’avait que dix-neuf ans, est intéressant, mais nous avons du mal à vraiment y entrer. Encore trop secoués par TVOD, sans doute. Un regard suffit pour nous comprendre et nous décidons d’en rester là après quatre journées intenses et franchement réussies.

Du soleil, des sourires, une ambiance exceptionnelle… et puis Nick Cave, bien sûr.

Un immense merci à toutes celles et ceux qui œuvrent jour et nuit, avant, pendant et après le festival, pour que tout se déroule aussi bien. Chapeau aux techniciens, aux bénévoles et à tous les bénévoles : vous êtes l’organe vital des Vieilles Charrues.

Pas d’aurore boréale pour conclure cette édition, mais un ciel parfaitement dégagé. Une très belle façon de refermer ces quatre jours hors du temps.

Notre traditionnel Top 5

  1. Nick Cave & The Bad Seeds
  2. Sprints
  3. TVOD
  4. Feu! Chatterton
  5. Lindigo
Coup de Cœur pour Cap Kozmik

Jérôme & Lisa