Comme chaque année, je commence ma saison des festivals avec le God Save The Kouign de Penmarc’h. C’est la 7e édition et la première à se dérouler sur trois journées complètes après le dimanche spécial Manu Chao testé l’an dernier. Une fois de plus, la programmation est épatante et se démarque de tous les autres festivals du territoire. La ligne directrice est claire comme de l’eau de roche : le rock dans toutes ses ramifications, du blues au punk, en passant par la soul, le garage ou le glam. Peu ou pas de tête d’affiche connue du grand public, et pourtant le festival est quasi complet. La qualité de la programmation, de l’organisation et de l’ambiance y est pour beaucoup. Le God Save The Kouign voit sa très bonne réputation porter ses fruits, et c’est amplement mérité. Pour ma part, j'y ai toujours passé d'excellents moments et j'avais hâte d'y retourner. Cerise sur le gâteau au beurre, après plusieurs jours instables et maussades côté météo, le soleil arrive et semble décidé à rayonner tout le week-end. God Save The Kouign 2026...c'est parti !
Vendredi : Jour 1
Ouverture des hostilités avec Broken Wall, qui s’ajoute à la liste des groupes douarnenistes venus jouer au GSTK. L’occasion de souligner au passage le travail remarquable de la MJC de Douarnenez, à la fois refuge et moteur de la scène rock locale. La jeune formation composée de Marceau, Lusian, Yann et Lola est déjà très à l’aise sur scène et délivre un rock garage teinté de psychédélisme qui lance parfaitement cette première journée.
Place ensuite à The Tibbs. Sept musiciens en costume, en mode orchestre doté d'une section cuivres impeccable et, au centre, la rayonnante Roxanne Hartog dont le ventre bien rond ne laisse aucun doute sur l’heureux événement qui se profile. De là à assister à une naissance en backstage du festival… on n’en est finalement pas si loin ! Côté musique, on s’est vraiment régalés de la northern soul des Néerlandais, visiblement ravis de l’accueil chaleureux que leur a réservé le public. Très belle découverte !
Francis Of Delirium avait immédiatement bipé sur mon radar à l’annonce de la programmation. Le groupe luxembourgeois est avant tout le projet de la talentueuse Jana Bahrich que l’on retrouve au chant et à la guitare. En format trio sur scène, Francis Of Delirium ne paie pas de mine au premier abord : pas de posture, pas de chichis. C’est surtout qu’il n’y en a aucunement besoin. Le talent transpire de partout chez cette jeune artiste. Les compositions issues de l’album The Lighthouse, sorti en mars dernier, trouvent une très belle résonance en live. J’y retrouve un son pop-rock 90's à la Sundays ou Cranberries, avec une touche du grunge de Dry, le premier album de PJ Harvey. Excellent concert et premier coup de cœur du week-end.
The Temperance Movement n’est pas sans rappeler The Heavy, autre groupe anglais passé par le GSTK il y a deux ans. À une nuance près : davantage de blues et un peu moins de soul dans le rock des Londoniens. Phil Campbell au chant est intenable et n’est pas sans rappeler un certain Mick Jagger dans l’attitude. Pas si étonnant quand on sait que le groupe a assuré à plusieurs reprises les premières parties des Rolling Stones. Grosse énergie, voix puissante et très beau retour du public, comme toujours ici.
L’un de mes problèmes au GSTK, c’est la difficulté à trouver des créneaux pour manger ou discuter avec les copains tant la programmation tient la marée du début à la fin. Je sacrifie le concert de Damn Truth afin de poser mes fesses et reprendre des forces autour d’un bon verre et d’une part de pizza. Car comme l’a très bien résumé mon ami Fabrice, présent lui aussi sur le site : c’est quand même le ventre qui tient le dos. Amen !
Je n’ai pas vraiment accroché au glam rock de The Darkness, pourtant tête d’affiche de la soirée. Il y avait pourtant de la curiosité au départ, mais elle s’est rapidement envolée. Ni le jeu de Rufus Tiger Taylor, fils de Roger Taylor (Queen), à la batterie, ni les efforts de Justin Hawkins au chant et à la guitare n’auront réussi à me convaincre. Le groupe cultive une posture très hard rock années 80 : jets de médiators à répétition, poirier sur scène, chorégraphies un peu bébêtes et interactions en français à coups de « je t’adooore » à n’en plus finir. C’est bien joué, mais je trouve l’ensemble un peu daté. Pas mon truc.
Retour à Londres avec le phénomène du moment : The Molotovs. La fratrie composée d’Issey et Mathew Cartlidge est en train de bousculer gentiment le rock anglais et de se frayer une place parmi les jeunes groupes incontournables du moment. Rien de révolutionnaire pourtant, car quiconque connaît un peu The Jam les verra immédiatement à travers eux. En attendant, c’est redoutablement efficace. Comme souvent avec les Anglais, les refrains accrochent instantanément, les riffs font mouche et l’énergie est communicative. On se délecte de Today’s Gonna Be Our Day, More More More et de leur excellente reprise de Bowie, Suffragette City. La frangine en fait des caisses, lui est plus sobre et appliqué. Ils sont jeunes, ils sont beaux… bref, ça le fait carrément.
On reste au Royaume-Uni avec Maruja, autre sensation annoncée du week-end, aussi puissante que clivante. Drapeau palestinien en façade, pas de guitare, saxophone en mode alarme permanente, free jazz, transes orientales et fusion aux accents hardcore : pour être clivant, c’était clivant. Le chanteur Harry Wilkinson arrive sur scène en marcel, les muscles bien en évidence, et se met à faire des pompes tandis que Joe Carroll joue les incantateurs au saxophone. C’est furieux, engagé, assez fascinant. On peut s’y perdre, et je m’y suis perdu pour être honnête. Dans mon petit groupe d’amis, une seule personne a totalement adhéré à la proposition Maruja et en est ressortie conquise. Je comprends malgré tout l’engouement autour du groupe. Maruja se présente en conquérant, prêt à déconstruire à peu près tous les courants musicaux et à symboliser, sans trembler, la musique de demain. Qui sait ?
Samedi : Jour 2
Balade en bord de mer, au port de Kérity, vin blanc, bulots, mayo… De quoi être d’attaque pour cette deuxième journée.
C’est Bâtarde qui est chargée d’ouvrir ce samedi. Un groupe hybride accompagné par le festival God Save The Kouign et le Novomax. Un partenariat entre la salle quimpéroise et le festival penmarc’hais qui offre un beau tremplin à cette formation composée d’une chanteuse hip-hop et de musiciens chevronnés issus notamment de Red Goes Black et Bobby & Sue. Le résultat est convaincant et le style oscille entre un slam jazzy façon Oxmo Puccino et un flow plus agressif qui rappelle parfois Keny Arkana en fin de concert. En milieu de set, Bâtarde surprend avec deux titres plutôt R'n'B latino qui m’ont moins convaincu. La prestation reste néanmoins prometteuse et la graine est semée.
Bywater Call est de retour à Penmarc’h ! Le groupe canadien était venu jouer sa soul sudiste à la salle Cap Caval il y a quelques mois et évolue donc ici en terrain connu. À l’instar de The Tibbs, programmés hier à peu près à la même heure, il y a du monde sur scène ! Au chant, Meghan Parnell mérite largement son statut de grande voix du blues et de la soul, tandis que les six musiciens qui l’accompagnent jouent avec une facilité déconcertante, chacun s’offrant son petit moment de gloire, pas toujours indispensable entre nous. Mention spéciale au snippet de Kashmir glissé dans Holler, un vrai régal.
Vu au Novomax il y a un an, je suis très heureux de retrouver les Nantais de Treaks ici au GSTK. Le trio emmené par la charismatique Clothilde (chant et guitare) est toujours aussi percutant. Très engagée dans ses textes comme dans ses interventions, Clothilde ne se cache pas et affronte le public droit dans les yeux avant de lui envoyer un riff ravageur suivi d’une vibration de basse à faire trembler le phare d’Eckmühl. J’ai beaucoup aimé la tension qui habite Blood Family ainsi que le final très costaud sur Obsession. Quant à Tiny Brain, la chanson sera dédicacée à Patrick Bruel… à défaut de pouvoir lui foutre un coup de pied entre les jambes. Excellent concert de Treaks.
Et puisqu’on parle de comportement, les organisateurs ont eu la bonne idée de placer des messages de prévention dans les toilettes des hommes, juste au-dessus des urinoirs. Très bien vu. C’était l’occasion parfaite d’aborder ces sujets avec son voisin d’un instant. Si beaucoup ont apprécié le fond comme la forme du message, j’ai été surpris de croiser quelqu’un que cela agaçait profondément et qui n’y voyait aucun intérêt. Comme quoi, faut pas se croire arrivé, il y a encore du boulot !
Je ne verrai pas Jayler, jeune formation britannique inspirée par Led Zeppelin et appelée en remplacement de Frank Turner après l’annulation de sa tournée. Je pars me restaurer et me préparer pour The Meffs que j’attends avec impatience.
J’ignore ce qui s’est passé pendant cette pause, mais le public était chaud bouillant à l’arrivée de The Meffs. À moins que ce ne soit à cause de Lily, la chanteuse-guitariste du groupe, qui nous a offert la meilleure entrée en scène du week-end.
« On vient du comté d’Essex, dans le sud de l’Angleterre. Quand on dit ça chez nous, le public nous hue. À l’étranger, quand on dit ça, le public nous hue aussi. Donc si vous pouvez commencer par nous huer, ce serait super, merci ! »
Annonce faite avec un grand sourire avant d’enclencher les hostilités sur Business. Et là, c’est une véritable tornade d’une heure qui s’abat sur Penmarc’h. Quelle furie ! Quelle énergie ! Pogos, bières qui volent, slam en fauteuil, wall of death et circle pit autour de Lily descendue jouer au milieu du public… tout ça à seulement deux musiciens sur scène. Engagement total, punk rock ravageur jusque dans leur excellente reprise de Breathe de The Prodigy : Lily et Lewis ont retourné le GSTK sans jamais cesser de sourire en contemplant les dégâts. Génial !
Pas évident d’enchaîner après ça. Pourtant, c’est le rôle des Subways, promus tête d’affiche de la journée. Après une entrée en scène sur Les Chariots de feu de Vangelis, le trio britannique emmené par Billy Lunn (guitare, chant) et Charlotte Cooper (basse) attaque sans détour avec Oh Yeah, tiré de leur premier album Young For Eternity. Joie communicative, énergie intacte et public une nouvelle fois au rendez-vous. Le rock garage des Subways fait mouche et je retrouve même quelques jeunes spectateurs repartis dans le pogo après s’être déjà bien esquintés sur celui des Meffs. Le groupe s’amuse, remercie sincèrement le public pour son accueil et livre une heure de concert sans fausse note avant de conclure avec Rock & Roll Queen sous les ovations.
J’ai davantage peiné à entrer dans l’univers de Storm Orchestra, que le public a pourtant semblé apprécier. La présence scénique est là, le style aussi, avec parfois des accents qui rappellent Royal Blood. Il m’a simplement manqué ce petit supplément d’âme ou d’originalité qui fait basculer un bon concert dans une autre dimension.
L’année dernière, en clôture de festival sous le chapiteau, la géniale Karla Chubb de Sprints arborait un joli t-shirt d’un autre groupe irlandais très prometteur : Chalk. Un an plus tard, les voilà à Penmarc’h, prêts à renverser eux aussi le GSTK. Ross Cullen arrive sur scène comme une balle, torse nu, et s’empare du micro pour hurler son chant puissant légèrement vocodé. Derrière lui, ses deux compères balancent des déferlantes électro-punk qui évoquent parfois Underworld. On se croirait dans Trainspotting. Avec Chalk, Sprints, Fontaines D.C. et Kneecap pour ne citer qu’eux, l’Irlande est bel et bien au premier rang des nations qui font bouger les lignes en ce moment. Rideau, dodo !
Dimanche : Jour 3
C'est la journée la plus chaude. Le soleil s'en donne à cœur joie et on ne va pas s'en plaindre. Et puis, on va avoir un peu de répit puisque le premier concert se déroule à l'ombre, sous le chapiteau.
Ce sont les Lowland Brothers qui ouvrent le bal. « On est très heureux d’être là. On adore la Bretagne, c’est presque aussi bien que le Nord ! » lance Nico Duportal (chant et guitare), un brin taquin. Tout droit venus de Dunkerque, les Lowland Brothers sont cinq talentueux musiciens qui jouent un blues teinté de soul, quelque part entre The Black Keys et Durand Jones & The Indications. C’est parfaitement joué et les compositions sonttrès bonnes. Le synthé et les percussions ajoutent une touche de funk qui vient nous chatouiller les guiboles en douceur, nous qui sommes tous un peu assommés par la chaleur et la fatigue aujourd’hui. C’est exactement ce qu’il nous fallait. Concert impeccable des Lowland Brothers.
Nous retrouvons ensuite avec plaisir Moundrag sur la scène extérieure. Ce n'est pas vraiment une première pour Camille et Colin Goellaën Duvivier, déjà venus au GSTK avec Komodrag & The Mounodor il y a trois ans. Depuis, le monstre est en sommeil tandis que Moundrag a repris du service et sorti un magnifique deuxième album, sobrement intitulé Deux. Plus que jamais, le talent et la complicité des deux frères transparaissent sur scène. On a le sentiment qu’un simple regard suffit à l’un ou l’autre pour se comprendre. Le jeu s’est enrichi et les nouvelles compositions prennent une belle ampleur en live. Mention spéciale à Morning Epitaph, Black Flames et Limbo, que j’ai trouvées particulièrement réussies. Encore un set remarquable du duo paimpolais que l’on pourra retrouver, entre autres, le 16 octobre prochain au Carnavalorock de Saint-Brieuc.
Comme Bywater Call, The Last Internationale était venu poser ses riffs à quelques centaines de mètres d’ici, à Cap Caval, il y a quelques mois. Le groupe new-yorkais composé d’Edgey Pires et Delila Paz, dont la réputation scénique n’est plus à faire, a conquis le public en moins de temps qu’il ne faut pour cuire un kouign. Dès le premier titre, Kick Out The Jams (MC5), le ton est donné. Edgey Pires, épaulé par une section rythmique très solide, balance des riffs redoutables tandis que Delila Paz, impressionnante de puissance et d’aisance, fait le show jusque dans la foule. On reste sur un rock assez classique dans sa forme, mais la prestation, elle, ne l’est pas du tout. Un groupe taillé pour la scène.
C’était un concert assez étrange, celui des Cardinals. C’était probablement la formation qui proposait les plus belles mélodies du week-end : Twist and Turn, Masquerade, I Like You... mais aussi celle qui paraissait la plus fermée. Une attitude certainement assumée, en accord avec le rock mélancolique du groupe originaire de Cork. Au chant, Euan Manning possède une très belle voix qui me rappelle celle d’Adam Duritz des Counting Crows. Autour de lui, son frère à l’accordéon, son cousin à la batterie et leurs amis à la basse et à la guitare restent tout aussi impassibles. Pourtant, ils nous offrent une très belle parenthèse que mes amis et moi avons beaucoup appréciée.
Un retour très attendu ensuite : celui de Triggerfinger, qui avait laissé le festival sans dessus dessous il y a déjà trois ans. Ruben Block, le charismatique guitariste à la mèche blanche, est toujours aussi efficace et Mario Goossens continue de m’impressionner par sa puissance et sa vitesse de jeu. Le voir lécher ses cymbales après Colossus m’a bien fait rire. Entre nouvelles compositions — un album est attendu à l’automne — et anciens morceaux, Triggerfinger vient une nouvelle fois rappeler que la Belgique reste une terre de rock de premier ordre. Triggerfinger = jamais déçu !
Tout s’enchaîne ensuite sans temps mort et c’est au tour de TVOD (Television Overdose) de nous tabasser avec son post-punk américain qui évoque parfois Parquet Courts. À six sur scène, les musiciens de Brooklyn ont été la sensation du week-end à mes yeux. Au chant, Denim Casimir a des allures de sale gosse à qui l’on pardonne tout, même de boire du rouge à la bouteille sur scène. Autour de lui, les autres membres du groupe affichent un enthousiasme contagieux et rafraîchissant. La section rythmique est portée par d’excellentes lignes de basse tandis que les deux guitares se complètent à merveille, imposant un tempo soutenu qui provoque un joyeux chaos dans le public. Denim Casimir finit lui-même par rejoindre le pogo qu’il semblait attendre depuis le début du concert. Grosse claque. Merci !
L’atterrissage a été un peu brutal ensuite et, malgré tout l’intérêt que je porte à White Lies, je suis resté relativement détaché du concert. On retrouve chez eux des influences allant d’Ultravox à Editors et leur rayonnement dépasse largement les frontières britanniques. La voix de Harry McVeigh est toujours aussi impressionnante et la new wave mélancolique de White Lies tient en haleine un public encore très nombreux sous le chapiteau jusqu’au final sur leur tube Bigger Than Us.
Beaucoup de festivaliers quittent alors le site, mais je reste encore un peu pour Fragile, dernier groupe de cette édition. Originaire d’Angers, le groupe délivre un punk hardcore particulièrement puissant tout en laissant apparaître de vraies mélodies sous la brutalité du son. La nuance est là. Le nom du groupe vient peut-être de là aussi. Fragile, je le suis également à ce stade du week-end. Je décide donc de rentrer à la base, laissant aux Angevins le soin de désosser ce qu’il reste du public. J’ai beaucoup aimé ce que j’ai vu d’eux et je me promets de les revoir au plus vite.
Je quitte une dernière fois le site sous le regard bienveillant de la guerrière gardienne du GSTK. Ce fut une édition incroyable, probablement la meilleure jusqu’à présent. Encore une fois, un immense coup de chapeau à Yohan et Bertrand pour nous proposer une programmation pareille. Mais essayez quand même de placer un groupe un peu moins incontournable pendant au moins une heure, qu’on ait le temps de manger, bon sang !
Un immense merci aux bénévoles, aux techniciens, aux membres de l’organisation et à toutes celles et ceux qui œuvrent avant, pendant et après le festival pour que tout se passe au mieux. Le public mérite lui aussi une mention particulière. Ouvert aux découvertes, accueillant, bienveillant, il contribue aussi à l’excellente ambiance du God Save The Kouign. Pour finir, puisque le festival est désormais sur trois journée, je me risque au rituel du top 5.
- TVOD
- THE MEFFS
- FRANCIS OF DELIRIUM
- THE MOLOTOVS
- LOWLAND BROTHERS









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