samedi 31 octobre 2026

Les Femmes s'en mêlent - Pi Ja Ma + Ellie James @ La Carène, 29 octobre 2026 - Brest

Deuxième étape bretonne pour Les Femmes s’en mêlent, cette fois à La Carène de Brest, avec Pi Ja Ma et Ellie James. L’occasion pour nous de retrouver la talentueuse Ellie James, après ses projets avec Mermonte et La Battue, et de découvrir Pi Ja Ma, alias Pauline de Tarragon, artiste aux multiples talents qui construit petit à petit un univers bien à elle, qu'elle partage avec générosité et bonne humeur. Deux ambassadrices de la pop indé made in France, deux visions différentes sans être opposées, qui se rejoignent sur le terrain de la sensibilité et de la créativité.

Ellie James est seule en scène, entourée de broderies, au milieu desquelles elle confectionne boucles vocales et mélodies aériennes. Elle débute son set avec La tête en bas, la première chanson de son dernier Ep du même nom. Toujours souriante, Ellie James est sur scène la douceur incarnée. Cela ne l’empêche pas d’aborder sans détour des sujets graves, comme celui des amours toxiques dans Les Fins heureuses, un titre qui s’inscrit dans la lignée de 1/100, l’une de ses plus belles chansons qui abordait le sujet terrible des féminicides. Ses compositions gardent pourtant comme fil conducteur l'espoir, et la lumière qui s’en dégage nous plonge dans un état de sérénité apaisante.

Musicalement, on reste forcément très proche de La Battue. On pense aussi à Flavien Berger ou à Klô Pelgag pour l’écriture. Ellie James habille avec justesse ses textes de nappes de synthé et de quelques solos de guitare dont elle est très fière d'ailleurs. Mention spéciale aux superbes Quoi qu’il advienne et La Valse des saisons, particulièrement réussis.

Entre les morceaux, Ellie James prend le temps d’expliquer leur genèse. Elle nous parle de son label, de ses broderies, du mouvement lycéen qu’elle soutient totalement, de Pépé son cocker, de livres… Bref, elle partage son univers et tisse un lien précieux avec son public. Le concert s’achève sur une construction vocale qui se laisse progressivement emporter dans un tourbillon électro. Une belle manière de laisser entrevoir tout le potentiel de cette artiste talentueuse et attachante. Celles et ceux qui, comme moi, savaient où ils mettaient les pieds en sont forcément ressortis comblés.

Le concert de Pi Ja Ma n'a pas manqué de vie, c’est le moins que l’on puisse dire ! Au-delà de la pop piquante et rafraîchissante que Pauline de Tarragon et ses trois musiciennes nous ont proposée ce soir, l’humour et l’aisance dont l’artiste a fait preuve lors des petits pépins qui ont jalonné la seconde moitié du set ont mis tout le monde à l’aise et rendu les échanges avec le public très spontanés. Tout le monde a pris ces incidents avec le sourire. Ce sont des choses qui arrivent, et la sincérité du moment était belle à voir. Mais il faut surtout retenir de ce concert le talent indéniable de Pi Ja Ma, qui manie habilement compositions intimistes et humour décalé. Un style qui lui ressemble parfaitement, jusque dans sa tenue de scène, elle aussi originale. Une artiste charismatique, aux facettes multiples.


Au fil du concert, qui fait la part belle à Magnetofille, son dernier album, Pi Ja Ma pose un regard très lucide sur le monde qui l’entoure comme sur elle-même. On pense à Voyou ou à ce que Philippe Katerine a pu produire sur son album Le Film. Elle nous aura fait sourire avec des titres comme Chiale ou Hyperactive girl, mais aussi frissonner sur Le temps ou J'ai oublié. Quant à la reprise de Wuthering heights, en hommage à Kate Bush, présentée comme une ancienne gloire brestoise de la chanson reconvertie en crêpière, la performance est splendide. La voix est magnifique. On ne peut que s’incliner devant cette prestation et même y voir quelques similitudes entre les capacités vocales de Pauline et celles de la légende anglaise. Après, les excellents Le Bus et L'annonce, le concert s’achève avec le très beau Carnet secret dans une ambiance qui aura été excellente du début à la fin… On a le public qu’on mérite, c’est aussi simple que cela. 

Jérôme

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