samedi 13 avril 2019

FRUSTRATION + CANNIBALE @ La Carène - 12 avril 2019 Brest

La Carène aime Frustration et Frustration le lui rend bien. C'est la quatrième fois en dix ans que le groupe parisien vient chauffer ses Dr. Martens sur la scène de la salle brestoise. Chaque précédent passage s'était traduit par un concert mémorable dans une ambiance d'enfer. Et puisqu'en plus cette soirée "Label Born Bad" nous offrait en apéritif Cannibale, un des groupes les plus intéressants du moment, autant vous dire qu'on y allait les yeux fermés et plein d'enthousiasme. Allez, hop ! Direction Brest, juste en face du rond-point Sergent Pepper (véridique). 

CANNIBALE : Y'en a un peu plus, j'vous l'met quand même ?
C'est une histoire de musiciens, de vieux potes, de baroudeurs et de campagne normande. Non, je ne suis pas en train de vous faire le pitch de Mes Meilleurs Copains, mais plutôt de vous présenter l'excellent groupe qui ouvrait la soirée. Quelques mois après la sortie de leur deuxième album Not Easy To Cook, Cannibale peut se vanter d'être précédé d'une belle réputation. La qualité de leurs albums y est pour beaucoup, les prestations live font le reste. La recette n'est pas si simple. On retrouve dans la marmite de Cannibale, le côté psyché des Doors, l'Afro Beat de Fela Kuti, la diversité des Talking Heads, un côté un brin barré de Katerine et un soupçon de Specials : Not easy to cook ? Le résultat est plus que digeste, raffiné même ! Un style garage tropical qui enchante rapidement le public amassé devant la scène, et ce soir c'est complet au fait !


D'entrée, Frogs et Do Not Love Me Too Much sont un régal. Tout en décontraction sur scène, Nicolas Camus au chant n'hésite pas à s'improviser chef de chorale (sur Not Easy To Cook) ou à se lancer dans des chorégraphies...comment dire...très personnelles (sur Machine Gets Old). Une cool attitude communicative qui, mélangée à l'excellente prestation de l'ensemble du groupe donne un rendu irrésistible. Avant Let's Jump, une question est lancée au public : "Vous aimez bien le cheval ?". Histoire de lancer un morceau au rythme effréné. Le groupe fait à peine semblant de partir "On hésite, on en fait encore un ou deux, je ne sais pas, bon allez on y va !". De toute façon on n'y a pas cru. En guise de "rappel", tout d'abord le génial Not Mercy For Love et pour finir Pendejo que Nicolas Camus clame œil menaçant mais sourire aux lèvres. Dé-li-cieux !


 

FRUSTRATION : Les tauliers
On retrouve donc la même équipe qu'il y a deux ans, Fabrice Gilbert au chant, Fred Campo aux synthé, Nicolas Duteil à la guitare, Pat' Duc à la basse et Mark Adolf à la batterie. Dans le public, il y a ceux qui découvrent le groupe sur les conseils d'amis avisés, il y a ceux qui n'avaient pas pu venir la dernière fois et sans aucun doute, il y a aussi les fidèles du groupe. Ceux qui en veulent encore, des gens bien qui prendraient volontiers une autre mandale (et là j'ai une pensée pour mon frère qui, à 40 balais passés, n'a toujours pas vu Frustration sur scène...sans déconner !). Bref, nous on est là aussi et on prend une droite sans l'avoir vue venir avec As They Say et le terrible Dreams, Laws, Rights And Duties. C'est déjà bouillant et ça slame de partout (femmes, hommes, jeunes, vieux). Fabrice au chant est toujours aussi impressionnant, sans détours il annonce avant Uncivilized  : "Aucun problème à penser ce qui est juste, soutien total aux gilets jaunes en ce qui nous concerne". Est-ce le contexte actuel qui rend ce titre encore plus puissant ? Toujours est-il que ce sera un moment très fort du set.



Pat', à la basse, fait le show en jonglant avec une miche de pain arrivée sur scène on ne sait pas trop comment, puis enchaîne avec l'intro de Excess qu'il fait résonner jusqu'au pont de l'Iroise. Originaire de Telgruc sur mer, on le voit heureux d'être de retour au Pays. "On est chez les vrais Bretons ici" dit-il fièrement avant de se faire chambrer par Fabrice aussi sec. Pas le temps de souffler avec, dans la foulée, Angle Grinder, Minimal Wife et Assassination qui commence sous les coups de boutoirs de Mark Adolf et qui est repris en cœur par le public de La Carène en feu. Le groupe est lui aussi déchaîné, seul Fred Campo, comme à son habitude reste assez impassible au bordel ambiant, affichant une zénitude à toute épreuve. Un vrai bonze sur scène.

 


Il reste à achever ceux qui ne sont pas encore K.O. avec Too Many Questions et Mother Earth In Rags. Quatre morceaux seront joués en rappel, dont une superbe reprise des Visitors : Electric Heat et un nouveau titre qui laisse présager encore une fois le meilleur pour leur nouvel album qui sortira en octobre 2019. "Le prochain album sera beaucoup plus Pop" annonce ironiquement Fabrice après cette nouvelle déferlante de guitare punk. Après Blind, le groupe quitte la scène, laissant encore une fois La Carène totalement renversée. Une vieille habitude ici, qu'on subit  avec bonheur.

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PS : En backstage pendant tout le set, Julien Solé, le dessinateur n'a cessé de crayonner son carnet. Peut être un projet lié au Rock dans les tuyaux ? On l'espère !

dimanche 31 mars 2019

CHRISTIAN OLIVIER @ Le Tétris, 28 mars 2019 Le Havre

C'est quoi ce bordel Carpentier ? Qu'est-ce qui se passe au Havre ? Je ne comprend toujours pas comment les Havrais ont pu passer à côté de Christian Olivier de cette façon-là. Une soirée pourtant estampillée "Les Immanquables" dans l'agenda des spectacle du Tétris (très chouette endroit, au passage) à un tarif franchement sympa, mais surtout en présence d'un artiste majeur mêlant comme personne, poésie, graphisme et rock depuis plus de trente ans, que ce soit en solo ou avec Les Têtes Raides, La Coterie, Les Chats Pelés et d'autres nombreuses collaborations.
Bon, c'est comme ça... Les absents ont toujours tort. En tout cas, nous qui étions dans le secteur, nous n'avons pas laissé échapper la belle opportunité.


La première partie est assurée par Pablo Elcoq, artiste normand à la voix rauque qui revisite la célèbre "note bleue" à travers plusieurs reprises d'artistes tels que : Screamin Jay hawkins, Nina Simone, Rickee Lee Jones, Joe Cocker, Michael Jackson et même Tinariwen. Chaque morceau est précédé d'une petite préparation de boucles rythmiques, puis d'une courte explication sur son histoire et sa création. Détendu et appliqué, Pablo Elcoq nous a fait passer un bon moment avec un répertoire bien choisi.


Christian Olivier est accompagné de quatre musiciens et débute avec les titres de son dernier album After Avant sorti l'année dernière. C'est son deuxième ouvrage solo depuis la mise en veille des Têtes Raides en 2015. On y retrouve le même esprit et la même poésie dans les textes. L'orchestration elle, y est plus électrique et moins cuivrée. L'accordéon quant à lui est toujours à portée de main. 
Les préoccupations sociales actuelles sont exprimées sans détour dans les nouvelles compositions (Non, After Avant, Love, Micorazòn) et résonnent tout particulièrement à la lecture du texte de Kateb Yacine : La Gueule Du loup, d'octobre 1961, qui dénonce le massacre de dizaines d'Algériens par la police parisienne lors d'une manifestation pacifiste. Les chansons des Têtes Raides, jouées ce soir (Fulgurance, Civili, Fragile, La Tâche...), reflètent elles aussi une actualité souvent sombre.

 

L'ambiance est un peu bizarre car malgré le plaisir certain que prend le public ce soir, il a tout de même du mal à l'exprimer, sûrement freiné par la configuration intimiste de l'échange. Christian Olivier en a vu d'autres et s'en amuse : "Bon, comme c'est le feu ce soir....on va en faire une autre !"
Mention spéciale aux magnifiques : Je Crie, Le Bien Du Mal, Des Silences et à Les Sols, morceau instrumental composé pour le documentaire On a 20 ans pour changer le monde.
On s'inquiète un peu lorsque l'homme au chapeau nous annonce la lecture de Pouf Et Youpi, un livre pour enfant qui dissimule en fait entre ses pages le texte de Shoot, titre chanté en anglais dans le dernier opus. La blague est bonne. 

 

Le groupe a quitté la scène mais revient sans trop se faire prier : "On est obligé là, parce que ....Bon...Merci !". Deux reprises pour débuter ce rappel, Love Me Tender puis le génial Putain Putain de TC Matic. 
Enfin la lampe suspendue descend jusqu'au dessus de Christian Olivier qui a saisi son accordéon pour faire résonner les notes de Ginette. Chanson emblématique des Têtes Raides qui fêtent ses 30 ans déjà ! Comme le rituel l'exige, la vieille ampoule jaune est envoyée valser au dessus des têtes pour un moment toujours très émouvant. Le public est debout, c'est l'heure de L'Iditenté, autre titre imparable dans la très grande discographie du groupe. Il reste à se quitter, sur les paroles de Je Chante que Christian Olivier termine a capella. 
Excellent concert qui aurait mérité un public plus nombreux.



dimanche 24 mars 2019

STUCK IN THE SOUND + YOU, VICIOUS ! @ Le Novomax, 23 mars 2019 Quimper

C'est le printemps et c'est le moment idéal pour poser sur la platine Billy Believe, le nouvel album de Stuck In The Sound. La pochette pourrait rappeler celle du 666.667 club de Noir Désir si elle n'était pas estampillée d'un visage de rocker façon manga mexicain (ça existe ça ?). La comparaison s'arrêtera là. Musicalement Billy Believe est un retour au Rock Indé pêchu, dans le pur style de Pursuit ou de Shoegazing Kids, deux albums emblématiques du groupe. Un style ou Stuck In The Sound excelle, en témoigne Alright, le single lancé en éclaireur en fin d'année dernière.
Mais Stuck In The Sound se vit surtout en Live, alors quand cette tournée toute fraîche passe par Le Novomax (2ème date), on n'hésite pas une seconde, on met sa capuche et on fonce. Visiblement, on n'est pas les seuls car ce soir c'est complet ! Let's go !


YOU, VICIOUS !  Expérience et maîtrise
C'est le nouveau projet musical de Max Balquier (chant, guitare, basse, synthés) et de Bren Costaire, deux musiciens rescapés de Frigo, excellent groupe rennais qui sévissait il y a une quinzaine d'années. Le premier morceau, Stranger Lady, débute sur une ambiance synthétique progressivement gagnée par une grosse rythmique puis par la guitare qui vient prendre sa place comme une évidence. Belle démonstration d'entrée de jeu.
Musicalement on retrouve chez YV la noirceur de groupes 80's tels que The Opposition, Killing Joke ou encore The Cure (période Pornography) mêlée à l'intensité de Mogwaï ou de Ghinzu. Mention spéciale à Trapped Mind et Puzzle In Me particulièrement prenants. Chaque titre joué est un festival batterie/guitare ; les sonorités électro ne sont jamais encombrantes et le rendu est résolument Rock. Excepté lorsque le groupe plonge délibérément dans la transe électro comme sur le puissant Dance With The Shaman qui clôture le set.
Un peu avant, les deux musiciens ont dédié Burn The House à toute l'équipe du Novomax et de Polarité[s] pour leur soutien inconditionnel depuis 20 ans : "Ça a commencé dans un petit local à Ergué Armel. On est tellement heureux de jouer aujourd'hui sur cette putain de scène devant un putain de public !". Tracer sa route sans oublier d'où on vient, c'est aussi ce qui fait la qualité d'un groupe.
Excellente prestation.

 


STUCK IN THE SOUND : Retour et cardio
Dix minutes avant l'entrée en scène, on pouvait déjà apercevoir le groupe en backstage s'échauffer (voix, bras, poignets) tel un sportif avant une compétition. Un signe de la performance à venir. Capuche à poste et guitares en main, le groupe débute le set avec Brother, titre phare de l'album Pursuit sorti en 2012. Rapidement la température de la salle monte d'un cran sous les riffs de Romain Della Valle et de Emmanuel Barichasse sur Ouais et Dies Irae. Tout le monde est déjà au taquet dès le troisième morceau, pas de préliminaires : avec Stuck In The Sound, c'est direct à l'essentiel. Avant de dégainer Bandruptcy, José Réis Fontao se lâche un peu : "On est trop content d'être de retour en France, on était en tournée US pendant dix jours, au pays des burgers... et des armes. On est revenus gros ! Vraiment quel pied d'être avec vous."


Le plaisir est partagé sans modération, les nouveaux titres s'enchaînent : Alright, Break Up, Serious, See You Again dans le pur style du groupe. Seul Vegan Porn Food semble initier une tentative plus "dark" dans les compos. Et franchement, ce titre est canon ! Globalement, la musique de Stuck In the Sound est bien plus proche des Wombats, de Fidlar ou de Sum 41 que de n'importe quel autre groupe en France. Preuve de leur singularité dans le paysage audio national. Le show bat son plein, Pop Pop Pop, Shoot Shoot enflamment le Novomax une bonne fois pour toute. José au chant est intenable et il faudra une panne de micro de François Ernie, le batteur, pour imposer au groupe une pause salvatrice de quelques minutes. José plaisante encore sur l'alternance effort/récupération : "Ça fait du bien, c'est bon pour le cardio ! Sinon, je propose de chanter en français entre chaque morceau au lieu de parler, ça vous branche ?". Après un vote à main levée dans la salle, le public préfèrera de stopper les tirades "à la Calogero" du chanteur amusé et soulagé aussi. Il enchaîne avec Tender, superbe ballade qui soulève encore une fois le public quimpérois.


 

Le set se termine sur Let's Go et après des salutations d'usage, le groupe reprend directement sa place pour enchaîner un rappel. Au chant, José est toujours aussi taquin : "On va vous jouer une chanson sur un animal, ça s'appelle Petit Chat. Moi, je suis allergique au chat... Je voulais l'appeler Petit Chien mais le groupe n'était pas d'accord". Ce nouveau morceau est tendu et neveux, un peu comme un chat au milieu d'une meute de chiens. L'ambiance ne retombera pas sur Toy Boy et It's Friday, le public est bouillant, tout le monde danse, certains slamment. Il reste à ovationner comme il se doit ce groupe qu'on est si heureux de retrouver sur scène. La set-list du soir (qui bénéficie désormais d'une discographie large) est imparable et le contrat est plus que rempli pour Stuck In The Sound. Les 5 zikos terminent trempés de sueur (pas d'inquiétude pour les kilos en trop, ils seront rapidement perdus) et peuvent entrevoir sereinement la suite de la tournée.


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samedi 23 février 2019

BRENDAN PERRY + SPS Project @ La Carène 22 février 2019, Brest

Bien évidement c'est complet. Un live de l'immense Brendan Perry, dans le cadre intimiste du Club de La Carène, est une opportunité à ne laisser filer sous aucun prétexte et le public présent ce soir l'a bien compris. Le Britannique, qui forme avec Lisa Gerrard le duo céleste de Dead Can Dance, habite désormais en Bretagne et on peut franchement se réjouir d'être dans son périmètre de vie et de travail. Les Bretons en profitent bien : Projet No Land avec Olivier Mellano et passage aux Vieilles Charrues l'année dernière, nouvelle tournée de Dead Can Dance qui débutera en mai avec seulement trois villes françaises (Paris, Nantes et Rennes) et ce soir en mode solo, en préambule d'un nouvel album qui sortira à l'automne. Largement de quoi faire une danse de la joie !


En ouverture de cette soirée, La Carène accueille SPS Project, l'aventure solo du pianiste virtuose Steven Prigent. Très concentré derrière ses claviers et ses machines, le Finistérien fait preuve d'une maîtrise impressionnante, alternant synthé, piano, boucles vocales, rythmiques et mixage. Une attitude de musicien/chef d'orchestre derrière ses instruments qui n'est pas sans rappeler celle de Darius Keeler, le leader du groupe britannique Archive dont SPS Project est très proche musicalement. Les morceaux instrumentaux sont ornementés de samples ou de paroles enregistrées. C'est le cas sur le premier titre MenezHome où résonnent les paroles de Severn Suzuki, prononcées lors de son discours, au sommet de la Terre en 1992. On pense à Yann Tiersen également sur l'intro piano de Tribute, superbe morceau qui décline tranquillement en rythmique TripHop obsédante. Totalement habité par sa musique, Steven Prigent semble y laisser beaucoup d'énergie et apparaît presqu'aussi essoufflé qu'un sportif après une compétition. Le dernier morceau joué s'intitule Ensemble. Bien vu ! Le bar est déserté, la salle est restée pleine du début jusqu'à la fin du set. Chapeau !

 

Brendan Perry prend place sur un siège au centre de la scène et scrute le public. Son regard perçant transperce littéralement l'assistance. Le charisme est tel que l'on se dit qu'il pourrait rester là assis pendant une heure et que l'on en sortirait chamboulé. Pour ce set assis donc, il est entouré de Astrid Williamson aux claviers et de Richard Yale à la basse et le premier morceau joué est Labour Of Love, de Dead Can Dance. La voix du maître est toujours aussi incroyable, d'une noirceur absolue et d'une puissance intacte. Rapidement le set va prendre une tournure plutôt inattendue avec tout d'abord une série de quatre reprises de Tim Buckley puis une autre de standards brésiliens dont le fameux Berimbau que Claude Nougaro avait formidablement adapté en Bidonville.


Être là où on ne l'attend pas, c'est un peu ce que propose Brendan Perry avec cette plage folk et bossa. Un peu déstabilisant j'imagine pour le fan hardcore des incantations gothiques de Dead Can Dance, qui se retrouverait ce soir à deux doigts de remuer des hanches la main sur le ventre, mais franchement pas désagréable du tout. Seul bémol, que l'on perçoit très vite : la rythmique très superficielle émanant du synthé de Astrid Williamson. Loin, très loin de l'orfèvrerie proposée par SPS Project quelques minutes avant. C'est bien dommage car quitte à faire dans le concert intimiste, autant se débarrasser des ces effets superflus, à défaut d'avoir sur scène un vrai percussionniste qui aurait tant valorisé cette musique. Pour le reste c'est un régal. Chase The Blues, The Carnival Is Over, et Song To The Siren interprétées sans artifices sont des purs moments de bonheur.


  

Les deux nouvelles chansons, annoncées en Français, Killing The Dream et The Rising Tide, sont excellentes, si l'on se détache de cette orchestration assez pénible. Avant l'ultime morceau de la soirée, la boite à rythme redémarre soudainement. Brendan Perry s'en amuse et s'exclame en haussant les épaules "ah ! drum box " C'est peu de le dire ! Quoiqu'il en soit, on gardera de ce concert les moments forts et la fin de set en fait partie. Severance, interprété dans un silence religieux, puis Don't Fade Away, où la voix de Brendan Perry passe magistralement de la sombre complainte à la vibrante prière. Superbe final sous les ovations et les mercis.

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dimanche 10 février 2019

CONCRETE KNIVES @ Le Cargö 8 février 2019 Caen

La salle est dans la pénombre, l'écran en fond de scène s'allume et diffuse une rétrospective du groupe en tournée. Visages souriants, ambiance de fête, les loges, les rencontres et les concerts un peu partout en Europe. C'est sur ce condensé, retraçant une décennie de vie musicale, que Concrete Knives investit la scène du Cargö pour son dernier concert. La salle est pleine, le public caennais voulant célébrer comme il se doit le baroud d'honneur de ce groupe qu'il a tant aimé.

L'histoire est belle : des Trans Musicales à La Route Du Rock, de Taratata à Beauregard, de ce premier album Be Your Own King, signé chez le prestigieux Label anglais Bella Union (Beach House, Fleet Foxes, Midlake...), jusqu'au second opus, Our Hearts, six ans plus tard. Les Concrete Knives, aujourd'hui partagés entre différents projets personnels, sentent que l'aventure touche à sa fin et décident d'arrêter pour ne pas subir. Préférant préserver cette expérience inoubliable de toute amertume.


 

Une dernière fois donc, les CCKS vont jouer leur musique si atypique dans le paysage musical français. Et en cette soirée de Victoires de la Musique, c'est rien de le dire...Un doux mélange d'IndieRock, situé entre B-52'S et Arcade Fire, qui nous avait séduit immédiatement. Alors on profite ! The Lights, Wallpaper, Africanize, Gold Digger et bien sûr Greyhound Racing et Brand New Start, véritables hymnes du groupe. Pour l'occasion, une section cuivre vient s'ajouter à une orchestration déjà imposante sur Bring The Fire. Morgane au chant descend à plusieurs reprises dans le crash barrières, au plus près de son public, de ses amis, de sa famille. La joie est partagée.



 

Le set file à toute allure : SometimesOn The Pavement, deux bijoux du dernier album, puis arrivent Tightrope et les puissants Wild Gun Man et Bornholmer. On sent le moment du dernier morceau arriver. L'émotion gagne le groupe et certains sont émus aux larmes. Difficile de ne pas avoir un pincement au cœur sur ce titre Blessed avec ses paroles de circonstance.

I've got a broken heart
Can't get another one
I've got a broken heart
Can't get another one
Everything has gone
Everything has gone



Et puisqu'il n'était pas question de se quitter sur un souvenir tristos, les Concrete Knives vont revenir pour un ultime rappel. Rejoints sur scène par Martin, bassiste du groupe à ses débuts, ce sera pour faire la fête une dernière fois. Happy Mondays, Roller Boogie et Greyhound Racing au milieu du public, dans la fosse. Avant de remonter sur scène, Morgane embrasse tendrement une petite fille assise sur les épaules de son père, on imagine aussi que c'est une bonne raison pour arrêter.
Une page de la scène musicale caennaise se tourne sur ces dernières notes. On surveillera avec attention Elecampane, Faroe et Samba De La Muerte, les projets annexes des CCKS qui continuent dans la musique et on souhaite un bon vent aux autres. 
Morgane, Nicolas, Adrien, Corentin, Guillaume, Augustin et Martin : MERCI.

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vendredi 8 février 2019

BEAUREGARD #11

On y est ! Comme chaque année à cette période, Le Big Band Café est en effervescence pour l'annonce officielle de la programmation du festival BEAUREGARD. Le festival normand entre dans une nouvelle ère et se projette vers une nouvelle décennie de réjouissances musicales axées Pop/Rock. Claire Lesaulnier et Paul Langeois, aux manettes du festival depuis sa création, se chargent de la présentation des nouveautés de cette 11ème édition avant de dévoiler les 38 artistes qui se produiront. 


C'est sous la forme du Ten Years Challenge que les images défilent. Les séquences sont  entrecoupées de teasers humoristiques qui sont devenus au fil du temps des incontournables du festival en terme de communication. Et il s'en est passé des choses en 10 ans ! Les couloirs d'entrées sont passés de 3 à 14 permettant une fluidité indispensable, les scènes ont doublé de taille, le site s'est agrandi, les offres camping se sont perfectionnées et une armée de bénévoles (près de 1000 aujourd'hui) se mobilisent chaque été pour que la fête soit belle et réussie. Le site quant à lui, déjà agrandi depuis 2011, va encore se développer. La prairie de la scène John (seconde scène du festival) bénéficiera désormais de la même surface que celle de la scène principale et sera orientée face à cette dernière. Cette nouvelle configuration devrait limiter les engorgements qui se produisaient à certains moments dans la zone intermédiaire. Un confort de plus pour les festivaliers puisque la surface du festival augmente mais pas la jauge, qui reste à 28 000 festivaliers/jour. A noter également que la billetterie propose désormais un festival "à la carte" offrant la possibilité aux festivaliers de choisir leur formule pass en combinant à leur guise les 4 journées.


La Programmation :


Pour ne rien vous cacher, notre fibre musicale a vibré à l'annonce de John Butler TrioLimp Bizkit, Fat Boy Slim, Balthazar, Bernard Lavilliers, Idles, Mac DeMarco, The Hives Mogwai et Cat Power. Nous salivons d'avance !

Il y a aussi les incontournables du moment : Clara Luciani, Angèle, Roméo Elvis, Lomepal, The Blaze, Columbine et Jeanne Added.

Les grosses machines : Etienne De Crécy, DisclosureSuprème NTM, Ben Harper & The Innocent Criminal, Snow Patrol, Interpol et Tears For Fears.

Et nous surveillerons de très près Fantastic Negrito, Tamino, Flavien Berger, Rendez-Vous et Bror Gunnar Jansson ainsi que les jeunes pousses issues des tremplins locaux : MNNQNS, We Hate You Please Die, Beach Youth et Embrasse-Moi.

Pour finir, les organisateurs nous précisent qu'un·e artiste encore en négociation sera prochainement dévoilé·e pour la soirée du jeudi.

Bref, un beau programme en perspective dans un cadre toujours aussi agréable. Rendez-vous les 4, 5, 6 et 7 juillet à Hérouville Saint-Clair près de Caen pour la 11ème du festival Beauregard.


dimanche 3 février 2019

LE PRINCE MIIAOU + IA @ Le Novomax, 2 février 2019 Quimper

"Victoire". C'est le titre du 5ème album du Prince Miiaou sorti il y a quelques mois seulement. Aux commandes du félin, nous retrouvons Maud-Elisa Mandeau, artiste conquérante, adepte du Do It Yourself et dotée d'une détermination sans faille. Ce nouvel album se démarque de la discographie plutôt IndieRock de l'artiste et prend un axe électro assumé qui pourrait être casse gueule pour plus d'un. Pas pour Le Prince Miiaou qui semble justement prendre un plaisir non dissimulé à s'aventurer vers de nouveaux sons. "Victoire" porte bien son nom, l'album est réussi et le charme est intact. Et pour ne rien vous cacher, nous avions hâte de le découvrir sur scène et sa programmation au Novomax nous a franchement réjouit.


C'est le groupe local IA qui assure la première partie. Trio "d'androïdes" tout droit sortis de Blade Runner ou de Orange Mécanique qui jouent un son très digital autour d'une très belle voix qui alterne entre douceur et menace, comme sur You Can Breathe ou Your Body Is Mine. Le visuel est également intéressant. La chanteuse au centre de la scène est entourée de ses deux robots/zombies telle Michonne dans The Walking Dead. Ces deux-là descendront dans le public pour une battle de danse techno/house. C'est déroutant, audacieux et très prometteur. IA, tout droit venu du futur et déterminé à faire danser les pauvres terriens du 21ème siècle que nous sommes.




Le Prince Miiaou prend place sur scène. Le groupe version 2019 se résume à un duo  Maud-Elisa Mandeau au chant, guitare et synthé et Norbert Labrousse à la rythmique et aux claviers. Son dernier passage à Quimper remonte à 2012 à l'occasion du festival Les Hivernautes. Le Prince Miiaou défendait alors son 3ème album Fill The Blank With Your Own Emptyness.
Au devant de la scène le public est composé de fans qui n'hésitent pas à s'exprimer d'entrée de jeu  "On va voir si ça bouge à Quimper !". Ce à quoi répond Le Prince Miiaou malicieusement "Je sens que tu vas bien m'aider toi...". Pour cette nouvelle tournée, Maud-Elisa a endossé une parure de combat (une tenue de BMX rouge dénichée aux puces) qui la fait ressembler à une héroïne de Manga. Choix qu'elle semble toutefois regretter un peu lorsqu'après quelques morceaux son armure se transforme en étuve. Dans la salle, c'est chaud aussi. Le public apprécie et ponctue chaque fin de morceau d'applaudissements et d'encouragements. Il faut dire que ça démarre fort avec Flip The Switch, le superbe Glasgow SmileClosure et Poisson.


 

S'agiter quand il le faut mais aussi écouter religieusement JFK, Suddenly et le magnifique No Compassion Available et sa montée en puissance angoissante. Le dernier album est joué en quasi totalité et le public aura  le droit à Steadfast pour la première fois en live. "C'est une chanson qui parle de lui" dit-elle en désignant son compagnon musicien. "C'est mon amoureux, mais bon, là on bosse !". Après l'entêtant Tied Up, le set s'achève en apothéose avec Victoire. Morceau inclassable de 10 minutes, mêlant complainte et rythmique électro. C'est nerveux et lumineux, comme un résumé parfait de l'album.



Après ce concert, une fois de plus captivant (c'était la troisième fois pour nous), nous vous conseillons chaudement de vous plonger sans retenue dans l'univers du Prince Miiaou.

                                                                                                                        Jérôme

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vendredi 25 janvier 2019

HALO MAUD + INÜIT @ La Carène, 24 janvier 2019 Brest

La Carène fait peau neuve. Nouvelle déco, nouvelle peinture, et nouveau matos aussi. La salle de concert brestoise est prête pour une nouvelle année de concerts et de rendez-vous culturels. La programmation du premier semestre est canon, avec notamment l'un des derniers concerts de HER, le festival Astropolis, l'immense Brendan Perry, Miossec, Frustration, Lucky Peterson, Clara Luciani et Bertrand Belin pour ne citer qu'eux. 
La première soirée musicale de 2019 est consacrée à Halo Maud et Inüit, deux artistes lauréats du FAIR, le premier dispositif de soutien au démarrage de carrière et de professionnalisation en musiques actuelles. Une affiche alléchante qui a su attirer du monde car Le Club de La Carène est bien rempli.


HALO MAUD
Après avoir collaboré avec Moodoïd, Melody's Echo Chamber et écrit des textes pour Christophe sur Les Vestiges Du Chaos, Maud Nadal (alias Halo Maud) semble désormais bien préparée à une échappée solo. Son premier album Je Suis Une Île sorti l'année dernière, signé chez le Label Heavenly Recordings (Baxter Dury, Temples...) est un petit bijou de Dream Pop qui n'est pas sans rappeler Blonde Redhead, Cocteau Twins ou encore Beach House. Les textes sont en Français pour la plupart et la chanteuse/guitariste est entourée de trois musiciens sur scène.


Si au premier abord, la musique nébuleuse et la voix claire de Halo Maud nous invitent à la rêverie et à l'échappatoire (Du Pouvoir/Power, Wherever, Suprise) c'est aussi pour mieux basculer sur une rythmique plus tribale et hyptnotisante (BatismDans La Nuit). C'est très captivant, très juste et surtout il y a une profondeur qui ne laisse pas indifférent. Mention spéciale au superbe Tu Sais Comme Je Suis et À La Fin, morceau qui semble être un doux mélange de The Sundays et de Radiohead. Halo Maud est plus que jamais une artiste à suivre, pour ce qu'elle exprime aujourd'hui et pour ce qu'elle laisse entrevoir de son spectre artistique.

 


 


INÜIT
Ce groupe de 6 potes venus de Nantes nous avait fait bonne impression lors des festivals d'été l'année dernière. Depuis ça va vite pour INÜIT qui a sorti son premier Lp intitulé Action. Un concentré d'Electro/Pop très punchy produit par Benjamin Lebeau (du groupe The Shoes) qui a rendu les critiques plus qu'enthousiastes. Sur la scène c'est ambiance base antarctique encombrée : paravents en alu, synthés et percussions électroniques en tout genre, batterie transparente et dress code (blanc) pour les musiciens. Coline, au chant est en bleu et se faufile entre tous les instruments et pupitres pour prendre sa place. Après Mess en guise d'intro c'est Tomboy et qui donne un ton tout de suite dansant à la soirée.  


Le groupe interpelle le public encore un peu timide "C'est notre premier concert de l'année donc lâchez-vous et dansez !". Inüit enchaîne avec Bones, excellent morceau où s'entremêlent parfaitement cuivres, synthés et percussions dans une transe taillée pour le dancefloor. Certains titres tels que  Body Lies ou Phases rappellent un peu The Dø. Le groupe fait ce qu'il faut pour faire bouger le public qui peine encore à répondre. Après Boy's Dead Anyway et We The People, Coline rejoint Simon à la batterie pour Polar Bear puis, invite tout le monde à chanter le fameux "A chi chi chi chi chi chi chi chi chi, hey" sur Dodo Mafutsi. La mayonnaise a pris doucement mais elle a pris. En grande partie grâce au groupe qui semble n'être jamais à cours de munitions et d'arguments pour convaincre son auditoire. La preuve, avec en rappel trois titres, dont une chouette reprise de Technotric : Pump Up The Jam
Coline sourit et demande "Bon maintenant qu'on est chaud on va continuer en boite non ?". Résumant en une phrase toute l'énergie qui caractérise le groupe. Le public se marre, le batteur fait non d'un signe de la main. On s'en contentera. Et pour un jeudi de janvier c'est déjà très bien !


 

                                                                                                                                                  Jérôme

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