jeudi 12 juillet 2018

BEAUREGARD #10

Retour sur la 10ème édition du festival Normand qui pour l'occasion avait mis les petits plats dans les grands. Au menu une programmation digne des plus grands festival de France (Depeche Mode, Jack White, Julien Clerc, Macklemore...) mais aussi une grande roue et une surprise pyrotechnique qui s'ajoutaient aux happenings habituels. Comme une belle bougie d'anniversaire pour célébrer comme il se doit tout le travail accompli par les organisateurs et les bénévoles du festival.
La fête a rassemblé 108 000 personnes, dans une ambiance sublimée, par le beau parcours des bleus en coupe du monde de foot (les clins d'œil furent nombreux) et un soleil radieux pendant les 4 jours de festivités. Les conditions étaient idéales.
Passage en revue des principaux concerts du festival.


JOUR 1:

J. BERNARDT : Un an après avoir programmé Maarten Devoldere, avec Warhaus c'est au tour de Jinte Deprez, autre pilier du groupe Belge Balthazar, de venir en terres normandes. Se décrivant lui même comme un crooner-prêcheur, Deprez parvient sans difficulté à nous imprégner de son tempo lent mais néanmoins dansant et de sa voix captivante, à mi-chemin entre Breton et Chet Faker.

[Le clin d'œil CDM2018] : Pendant son set, comprenant que la France venait de se qualifier pour les 1/2 finales, Jinte Deprez glisse humblement "Vous savez, on va rejoindre la France en demi-finale. Mais rassurez-vous nous n'avons pas l'intention d'être champions du monde". Le Belge est prudent !









L.A. SALAMI : Annoncé comme le nouveau Dylan, sûrement à cause de ses textes engagés et du combo guitare/harmonica, Lookman Adekunle Salami manque encore un peu de prestance sur scène. Et si on apprécie les titres tels que Generation L. ou encore It Is What It Is, le set donne l'impression de monter tout doucement en intensité sans jamais décoller finalement. Gros potentiel néanmoins. 

 

HOLLYSIZ :  C'est la première sensation du jour et je dois bien l'avouer, ce fût pour ma part une surprise. Si rien est vraiment nouveau dans la musique de HollySiz alias Cécile Cassel (Fille de JP et sœur de V), sa prestation live est vraiment énergisante. Non seulement c'est très dansant (Fox, Rather Than talking) mais sa spontanéité et son interaction font mouche. Fresh !

[Le clin d'œil CDM2018] : "J'aperçois des drapeaux français ! Allez les Bleus !"






CHARLOTTE GAINSBOURG : Entre ces deux "filles de" la transition est terrible. Si HollySiz a enchanté tout le public, Charlotte Gainsbourg va faire tout l'inverse. Son dernier album Rest est une réussite mais reste néanmoins un album de deuil. Le résultat sur scène est triste et sans rythme. Voix presque inaudible quand elle n'est pas couverte par la musique, Charlotte Gainsbourg se livre à sa façon et on s'ennuie ferme. Et ce ne sont pas les reprises bancales de Charlotte Forever ou de Lemon Incest qui changeront la donne.


ORELSAN : Véritable prophète en son pays, Orelsan à Beauregard c'est comme Matmatah aux Vieilles Charrues. On se retrouve très en retrait tant la foule Caennaise est dense devant son prodige qui se présente avec le maillot de foot du Stade Malherbe de Caen sur les épaules. Les tubes fusent San, Basique, La pluie, Le Chant Des Sirènes, La Fête Est Finie...la communion est parfaite entre le rappeur et son public (de tous âges). Grosse ambiance et grosse chaleur.


MGMT : Toujours surprenant, le duo de Brooklyn calme un peu tout le monde en ouvrant son set avec Congratulations. Le set est bien mené et la set list est franchement bonne. My Little Dark Age, Electric Feel, Time To Pretend, on ne boude pas notre plaisir même si  l'ensemble reste très statique. Bonne prestation sans être inoubliable.


JACK WHITE : Assez rare en France, le festival Beauregard a frappé un grand coup en accrochant Jack White à sa programmation. Le guitariste entre en scène sur un titre des Monks I Hate You, avant d'enchaîner sur Over And Over And Over. La grande scène Beauregard baigne dans une lumière bleue : code couleur de sa période post White Stripes. Fidèle à sa réputation, Jack White enchaîne les titres comme un bourrin, solos saccadés et phrasé rapide, ça défile sans temps mort. Tout d'abord Lazaretto et l'excellent Corporation, avant de s'attarder sur les plus beaux morceaux des White Stripes : Dead Leaves And The Dirty Ground, Hotel Yorba, le formidable Black Math, où j'avoue avoir pris un pied monstre. Grand moment encore avec I Cut Like A Buffalo. Jack White est déjà trempé de sueur et continue à martyriser ses guitares faisant sortir des sons tels des cris aigus. Continuant de piocher dans les morceaux emblématiques de ses différents projets musicaux, après les Dead Weather, c'est au tour des Raconteurs et du Steady As She Goes de faire bondir la foule. La dernière salve sera essentiellement rouge et blanche: We're Going To Be Friend, le furieux Fell In Love With A Girl, My Doorbell, Icky Thump et l'incontournable Seven Nation Army. Somptueux mélange entre les époques, set list parfaite et prestation à la hauteur de l'attente. Superbe.

[Le clin d'œil CDM2018] : "Po Polop Popopo Po"




 

JOUR 2

THE BAKED BEANS : Jeune groupe de Rouen vainqueur du tremplin John's Session (devant 3 groupes de Caen) ouvrant l'accès à l'une des deux scènes du festival, The Baked Beans s'inscrit tout droit dans la lignée de The Oh Sees ou encore des Dogs, leurs illustres ainés Rouennais. Un Rock Garage tendance Psychobilly sans chichi (pléonasme) qui nous a beaucoup plu. A suivre !


DÄTCHA MANDALA : Second groupe de la journée et second groupe avec un chanteur/bassiste. Les Bordelais de Dätcha Mandala ont remplacé les américains de X Ambassadors (annulation de la tournée européenne pour se consacrer à leur nouvel album). Bien leur en a pris, le rock à la Led Zep joué par ce trio vieux de 13 ans est hyper bon et sans aucun doute bien au dessus de la soupe FM proposée initialement. Avec cette belle prestation, on comprend un peu mieux pourquoi Jean-Louis Aubert, tombé sous le charme du groupe, tenait absolument à les avoir en première partie pour ouvrir le concert des Insus au Stade De France l'été dernier. Rien que ça !


NOTHING BUT THIEVES : Groupe Anglais (ayant ouvert plusieurs fois pour Muse) avec deux albums au compteur, Nothing But Thieves entre en scène sans vraiment susciter l'excitation. Conor Mason au chant est habillé comme ma vieille tante Jacqueline. Et si il chante aussi bien ...on est mal ! Heureusement pour nous, sa voix est vraiment incroyable. Pour preuve, une superbe version de Immigrant Song de Led Zep magistralement interprétée. Pas à la portée de tous. Le show monte en puissance doucement et on sent bien que la mayonnaise prend. Mention spéciale à Sorry et à Amsterdam pour un final sous les ovations. 

[Le clin d'œil CDM2018] : Avant la fin du set, l'Angleterre se qualifie pour les 1/2 finales en battant la Suede 2-0. Avant leur dernier titre, Conor Mason glisse discrètement "Oh, and we won by the way !"

 

EDDY DE PRETTO : Nous choisissons judicieusement ce moment pour prendre de la hauteur. Vue magnifique sur la scène John (la deuxième scène) et écoute pépère du set de De Pretto qui me laisse totalement indifférent et je dois l'admettre en décalage avec toute la foule amassée devant lui. La vue, elle, était superbe !




JULIEN CLERC : OVNI dans cette programmation, le concert de Julien Clerc a été un des plus beau moment du festival. Un véritable Best Of de ses 50 ans de carrière, de Laissons Entrer Le Soleil à Ma Préférence, de Mélissa à Lili Voulait Aller Danser, de Utile à Femmes...Je Vous Aime. Un grand partage et une vrai osmose avec le public.


BLACK REBEL MOTORCYCLE CLUB : Retour au Rock, celui des vestes en cuir et des grosses cylindrées. Porté par le charismatique Robert Turner, le groupe de San Francisco vient défendre son très bon dernier album Wrong Creatures. Riffs Bluesy, voix ténébreuse et ambiance tendue, ça sent le chaud comme sous une carrosserie. Little Thing Gone Wild, Beat The Devil's Tattoo, Spread Your Love, comme autant de shots de whisky dans le carburateur. Une des prestations les plus honnête du weekend. Impeccable !

 

NEKFEU : Le sandwich savoyard était très bon.

    


SIMPLE MINDS : A l'heure ou U2 et Depeche Mode jouent encore dans des stades, Simple Minds se contente désormais de salle moyenne ou de seconde scène de festival. La faute à une inspiration en berne depuis longtemps et à un son peut être trop ancré dans les années 80. Ceci étant dit, il reste le plaisir d'entendre les grands tubes du groupe qui monopolisaient les ondes FM de notre jeunesse. Waterfront, Alive And Kicking ou Mandela Day. De la pure nostalgie. Charlie Burchill à la guitare fait preuve d'une belle maîtrise et Jim Kerr se démène, mais il faut bien avouer qu'il fait un peu "vieux-beau". Don't You (Forget About Me).


THE OFFSPRING : Toujours dans l'esprit "Back To The Future" enclenché avec les Simple Minds, on avance d'une décennie pour The Offspring. Foule compacte et grosse ambiance devant les Californiens qui vont empiler les tubes pendant plus d'une heure devant des fans souvent très jeunes. Americana ouvre le set et le gros bordel débute. Come Out And Play, Bad Habit, Pretty Fly (For A White Guy), The Kids Aren't Alright, on se surprend à connaître quasiment tous leurs titres (sur 18 chantés ce soir). On notera la reprise d'AC/DC, Whole Lotta Rosie. Le genre de chose qui passe toujours bien ! Après un dernier pogo géant sur Self Esteem, le groupe quitte la scène avec en bande sonore Always Look On The Bright Side Of Life des Monty Python. Et ça j'aime beaucoup !

 
CARPENTER BRUT : 3 zicos dans le noir (guitare, synthé, batterie) qui jouent à 100 à l'heure avec un gros light show et un écran géant. Ça démarre plutôt doucement et ça monte en puissance pour finir très fort sur Le Perv et Maniac. C'est très efficace et c'est quand même plus sympa qu'un DJ.


JOUR 3

MALO' : Beaucoup de monde déjà et toujours un soleil resplendissant pour ce troisième jour de festival. C'est le jeune Malo', franco/australien né à Caen qui ouvre les hostilités. Une pop bien orchestrée et des refrains accrocheurs pour une bonne entrée en matière.


INÜIT : Electro/pop énergique caractérise assez bien le style de Inüit. Ce sextuor Nantais surprend d'abord par sa belle orchestration agrémentée de cuivres. Ces amis d'enfance multi instrumentistes composent tous ensembles et semblent ne former qu'un. Leur nouvel album paraîtra en octobre.

 

PARQUET COURTS : Gros coup de cœur pour la prestation des Américains de Parquet Courts. Leur dernier album Wide Awake est un petit bijou de Rock Indé, et leur venue à Beauregard est l'une des belles prises de Paul Langeois le directeur/programmateur du festival. En plein cagnard au point de jouer sous une serviette, Andrew Savage et sa bande jouent une musique nerveuse, entre Ramones et Cake qui nous a totalement convaincu. Excellent !

[Le clin d'œil CDM2018] : Le joli maillot de l'équipe de France porté par Andrew savage.

 

OSCAR AND THE WOLF : Pas évident pour le groupe Belge, porté par le charismatique Max Colombie, d'imprégner la foule de son électro/pop langoureux en plein après midi. Set agréable néanmoins même si un peu trop linéaire sur la distance.

 

COMBO JUMELLES : THE BREEDERS  & IBEYI 
D'un côté Kim et Kelley Deal qui ont bien du mal à enchaîner les morceaux d'un concert très moyen (malgré Canonball et Gigantic) de l'autre des vocalises interminables des sœurs Diaz et une prestation qui ressemble plus à une animation de groupe. Gros flops du jour.

 

AT THE DRIVE IN : Après s'être transformé en Francofolies avec le concert de Julien Clerc hier, Beauregard prend des allures de Hellfest avec la venue de At The Drive In. Un set bien bourrin mené par une boule de nerfs, un diable de Tasmanie nommé Cedric Bixler-Zavala. Moitié James Brown, moitié Zack De La Rocha, le chanteur survolté ne tient pas en place, se jette au sol, balance son pied de micro ou le piétine. Côté musique, après les deux heures pénibles que l'on vient de se cogner, il fallait bien une bonne dose de Rock Hardcore. Le public était en manque, ça pogotte, les circle pit font voler la poussière et les tympans crient au secours. Très bon !

 

BIGFLO & OLI : Encore sonné, nous préférons rester au loin tant la foule se masse devant les jeunes Toulousains. On aperçoit une belle mise en scène et pas mal d'effets pour le show désormais bien abouti des deux frangins. Tel MC Solaar à son époque, BigFlo & Oli au risque de paraître "lisses", sont les rares "rappeurs" à réunir plusieurs générations comme on le voit ce soir.

SURPRISE : Les organisateurs venaient de l'annoncer : à 23h40 une surprise vous attend !
Comme on pouvait s'y attendre, un magnifique feu d'artifice explose au dessus de la scène Beauregard sur la musique de Gossip, première tête d'affiche du festival en 2009. Tout un symbole.


MACKLEMORE : Feu d'artifice terminé, l'évènement Macklemore peut commencer. Show impressionnant, grosse ambiance, Macklemore est aujourd'hui ce qu'était Black Eyed Peas il y a 10 ou 15 ans. Le concert prend parfois des allures de comédies musicales tant il est agrémenté de chorégraphies et personnages. Véritable "Feel Good Artist", le coup est parfait en festival. On a eu du "Fucking AMAZING", du "Best Public IN-THE-WORLD" (au début c'était in France et puis rapidement...) et du discours Anti-Trump. Le showman marque volontairement des pauses entre chaque phrases de son discours pour laisser le temps au public de réagir. Un vrai meeting auquel le public adhère les yeux fermés. Sont forts ces Américains ! 

[Le clin d'œil CDM2018] : Le maillot de l'équipe de France porté en fin de show par Macklemore (puis jeté à la foule...il n'en n'aura plus besoin : c'était la dernière date de la tournée Française). Et bien entendu le discours hurlé sous les vivas "I predict that France will be champion of the woooooorrrrrrrld". Vous avez dit démago ? Naannnn !

 

JOUR 4 : THE DAY AFTER

CONCRETE KNIVES : Un groupe qu'on adore et qui vient ouvrir ce dernier jour malgré le plâtre de Nicolas le guitariste/chanteur. Leur deuxième album Our Hearts est sorti en février, et c'est avec plaisir qu'on les retrouve sur scène. Parmi les 12 titres joués par CCKS, on retiendra plus particulièrement On The Pavement et Sometimes. Concrete Knives grandit et évolue, leur musique est plus aboutie. Nul doute que les différents projets des membres du groupe (Elecampane, Samba De La Muerte) nourrissent un peu plus encore la formation "mère" et ouvrent de nouvelles influences musicales. On s'en réjouit.



 

GIRLS IN HAWAII : Le groupe Belge se fait chambrer à peine arrivé sur scène par un "Allez les Bleus" chanté en cœur (en vue de la 1/2 finale à venir opposant la France à la Belgique). Ces derniers gardent le sourire et ont du répondant : "Ça va sous le soleil ? Vous n'avez pas l'habitude, c'est pourtant rare en Normandie, non ? ". Pour le reste ça passe tout seul, un style Indie/pop maîtrisé et délicat qui trouve facilement son public, malgré un écart certain entre leur musique et celle de Depeche Mode pour qui le groupe ouvre ce soir.

 

DEPECHE MODE : Qui l'aurait cru, Depeche Mode à Hérouville Saint Clair ! On mesure là toute la réussite des organisateurs du festival Normand. "On a notre Graal" annonçait un peu plus tôt Paul Langeois le directeur de Beauregard qui tente depuis plusieurs années de faire venir ce groupe. Alors lorsque Dave Gahan, Martin Gore et Andrew Fletcher entrent en scène à 21h30, il faut presque se pincer pour réaliser l'évènement. 
Le groupe commence par Going Backwards issu de Spirit, leur dernier album, puis enchaîne avec It's No Good. Dave Gahan est en pleine forme. Il se tortille et virevolte de part et d'autre de la scène. Les premiers morceaux ne sont pas les plus emblématiques mais tous issus d'albums différents (10 au total !). Le public semble subjugué et, peut être aussi fatigué par les 4 jours de festival, tarde un peu à se manifester comme il se doit. Somebody impeccablement chanté par Martin Gore fait toujours son petit effet, mais le déclic viendra avec Everything Counts qui fera enfin décoller l'ambiance un peu amorphe jusque là. La noirceur de Stripped précède le majestueux Personal Jesus, puis le meilleur morceau du set à mes yeux Never Let Me Down Again dans une version puissante et impeccablement jouée. Le rappel est superbe avec un enchaînement Walking In My Shoes, Enjoy The Silence et enfin I Just Can't Get Enough. Un grand concert à la hauteur des attentes et de l'évènement dont le seul point négatif sera de nous laisser frustrés par tant d'autres grands morceaux non joués en 1h30 de live.


Avec un total de 108 000 festivaliers, Beauregard peu fièrement regarder vers l'avenir après cette belle édition anniversaire. Tout s'est déroulé à merveille, aussi bien sur scène que derrière. Côté bénévoles et côté organisation. Aucune attente (ou si peu) aux entrées, aux navettes de retour, aux stands de rechargements Cahsless. Le festival a su apprendre de ses erreurs passées. C'est une belle preuve de maturité et d'intelligence. 

Pour finir, je citerai Depeche Mode forcément. Et la dernière chanson entendue sur le site en 2018 : I Just Can't Get Enough. 
Il reste maintenant à convaincre un certain Robert de venir faire un tour de grande roue à Hérouville Saint Clair. Allez : Let's Go To Bed.

Toutes les photos consultables ICI.

Top 10 Milouze En Live :

1 - DEPECHE MODE
2 - JACK WHITE
3 - JULIEN CLERC
4 - PARQUET COURTS
5 - AT THE DRIVE IN
6 - BLACK REBEL MOTORCYCLE CLUB
7 - CONCRETE KNIVES
8 - DÄTCHA MANDALA
9 - NOTHING BUT THIEVES
10 - THE BAKED BEANS

dimanche 27 mai 2018

DOMINIQUE A @ La Carène 26 mai 2018 Brest

Il est bien difficile de ne pas être captivé par Dominique A. Il n'y a qu'à écouter Le Convoi, sublime chanson qui clôture ces deux heures de concert pour en être convaincu. On en ressort comme déplacé, ailleurs. Avec le besoin de se poser un peu, le temps de sortir de la station A, de redescendre sur Terre. Se remettre d'un voyage ascensionnel qui nous dépose du plus angoissant (Pour La Peau, Corps De Ferme A L'Abandon) au plus beau (Le Reflet, Le Courage des Oiseaux, L'Océan).


Pour l'occasion, La Carène avait déroulé le tapis rouge. Apéro/expo autour de l'artiste Nantais : animations musicales assurées par le disquaire et label Brestois Badseeds et par la chorale Pop/Rock Les Karen Sheriff. L'occasion de découvrir sous un autre angle quelques titres emblématiques de Dominique A. Une belle initiative saluée plus tard par Dominique A sur scène.

C'est le groupe Tiny Feet (alias Emilie Quinquis), qui assure une première partie tout en délicatesse. La chanteuse Brestoise oscille subtilement entre spleen et évasion, entre cordes et électronique sans jamais brusquer les choses, sans briser l'harmonie créée. 


Toute Latitude, le dernier album de Dominique A, sorti en mars, est la première partie "électrique" d'un diptyque qui sera complété d'une seconde œuvre à l'ambiance plus intimiste. L'artiste est donc entouré de quatre musiciens pour proposer un set tout en puissance (deux batteries simultanées sur plusieurs morceaux) ainsi qu'une ré-orchestration audacieuse de chansons initialement plus épurées (Cap Farvel, Eléor, Au Revoir Mon Amour). Le tout baignant dans une ambiance Cold Wave assumée.


Devant la salle pleine Dominique A est très détendu, il scrute les réactions du public et intervient à la moindre occasion. Après l'ovation reçue pour L'Océan : "C'est sûr que ça marche moins bien à Nancy cette chanson ! " ou après la ferveur déclenchée par Rendez-Nous La Lumière : "Finalement vous êtes pas si chaud que ça à Brest, on pourrait se croire, je ne sais pas moi, à Alençon par exemple". Un spectateur répond du tac au tac "ou à Nantes". Et que dire de celui qui lui réclamait en criant Pour la Peau, chanson jouée au tout début du set..."Mais t'es arrivé à quelle heure toi ? A moins que ce ne soit un moment d'absence" répond-il tout sourire.

Entre ballet de changement de guitares et danse saccadée, Dominique A hypnotise son auditoire. Les titres du dernier opus se révèlent totalement sur scène, mention spéciale à Se Décentrer, Corps de Ferme A L'Abandon et surtout Le Reflet, titre d'une poésie magistrale et clôturant l'album. 


On retient également le puissant Exit. "Aussi bizarre que cela puisse paraître, cette chanson m'a été inspirée par la coupe du monde de Football 98" nous confie mister A. Puis Le Twenty-Two Bar aux guitares tendues, aux accords nerveux et au texte stressant, jusqu'à finir sur un dernier couplet relâché. Tout l'art de figer le moment et de retranscrire l'ambiance. 

Nous sommes déjà au deuxième rappel, il va bien falloir le laisser partir (27 titres joués ce soir). Le Convoi scelle en beauté ce premier chapitre. La suite en fin d'année pour la tournée solo.

                                                                                                                                                               Jérôme

vendredi 27 avril 2018

ARCADE FIRE @ Le Zénith 26 avril 2018 - Nantes

Hier soir, 8 000 personnes se retrouvaient à Nantes, dans un Zénith bouillant pour accueillir ARCADE FIRE pour la première de leur deux dates françaises. L'excellente réputation Live du groupe n'est plus à faire, alors même si leur dernier album "Everything Now" a quelque peu dérouté les fans de part sa base disco et quelques titres jugés moins ambitieux qu'à l'accoutumée, voir Arcade Fire sur scène c'est toujours un grand moment. On a vérifié et on vous dit tout maintenant !


La scène de cette tournée est un ring de boxe placé au milieu de la fosse et surmonté d'écrans géants sur ses quatre côtés. Le public peut ainsi profiter pleinement de toute la troupe, puisque non seulement une plateforme centrale tourne tranquillement pendant les chansons mais les musiciens, eux aussi, alternent les placements pour occuper, au fil du concert l'ensemble du ring. Notons que la première partie est assurée par Preservation Hall Jazz Band. Excellent Brass Band de La Nouvelle Orléans, oscillant entre jazz et fanfare. Ceux là reviendront, 2 heures plus tard, rejoindre sur scène Arcade Fire, pour l'incontournable Wake Up.
Mais revenons à ce début ce soirée. Le groupe canadien entre en scène traversant la foule comme un boxeur entouré de sa team et c'est le son de la cloche qui  marque le début du show avec Everything Now.



C'est ensuite au tour de Régine Chassagne de chanter son Haïti natal, invitant les esprits vaudou à hanter les nuits de Duvalier. Lorsque celle-ci saisi son accordéon peu après, on devine déjà que c'est pour No Cars Go, première grosse montée en température dans la salle. Le seul moment un peu faiblard à mon sens sera Electric Blue, car malgré une belle interprétation de Régine, ce son Electro/Pop très années 80 me gène un peu. Gros light show sur Here Comes The Night Time et belle rythmique sur Put Your Money On Me : ce titre aux influences Georgio Moroder fonctionne très bien en Live. Le groupe sollicite ensuite le public pour un éclairage au téléphone portable sur Sprawl I (Fatland). Le Zenith prend d'un coup des allures de constellation.



L'enchaînement qui suit est énorme : Rococo (superbe titre issu de l'album The Suburbs) puis le puissant Neighborhood #3 (Power Out), avec une orchestration impeccable : xylophone, violon, percussions, basse. On distingue clairement chaque musicien, le son est parfait ! Le morceau se termine sur une incursion du manifeste anti Trump I Give You Power et une montée cacophonique dans le style A Day In A life des Beatles qui enchaine directement avec Rebellion (Lies). De façon très théâtrale, Will Butler maltraite son tambour et vient affronter son complice guitariste Richard Reed Parry à la façon toréador vs taureau. Et pour clôturer en beauté cette première moitié de set sous le signe de Funeral (premier Lp d'Arcade Fire), c'est le somptueux Neighborhood #1 (Tunnels) qui est repris par la foule chauffée à blanc. Le public en gradin est (pour la plupart) debout depuis le début du concert et l'ambiance est franchement très bonne.



On a bien apprécié les versions alternatives de certaines chansons. The Suburbs jouée au piano puis Ready To Start en mode remix. C'est ensuite le moment de la veste miroir et de la boule à facettes sur Sprawl II (Mountains Beyond Mountains) et Reflektor. Le visage de David Bowie (qui reprend un couplet dans la version album) apparait sur les écrans tandis que Régine danse avec le public en plein cœur de la fosse, au son du saxophone qui transperce la fin du morceau. Puis c'est au tour de Win Butler de prendre son bain de foule sur Afterlife avant une fin de set entêtante sur Creature Confort



Vient le rappel en trois phases. Tout d'abord le superbe We Don't Deserve Love, une chanson du dernier Lp comme une complainte, dans le pur style de ce que produisait le groupe à ses débuts. Sur cette chanson c'est cuillères et bouteilles en guise de xylophone pour Régine Chassagne !
La reprise de Everything Now (Continued), version lente, qui sert aussi de prétexte pour faire revenir sur scène le Preservation Hall Jazz Band pour un final en apothéose sur Wake Up, joué ce soir à 16 musiciens et repris par les 8 000 spectateurs comme un hymne. Le groupe quitte la scène en jouant à travers la foule jusqu'à se diriger vers la porte de service, celle par laquelle ils sont arrivés il y a deux heures.  
C'est passé extrêmement vite et l'on reste époustouflé par tant de maîtrise. La démonstration de ce soir confirme ce que l'on sait déjà : Arcade Fire combat désormais chez les poids lourds et ne souffre pas de beaucoup de concurrence dans sa catégorie.

                                                                                                                                                              Jérôme