mardi 9 juillet 2019

Festival Beauregard #11

Comme chaque année, nous nous retrouvons en Normandie pour le festival Beauregard qui se déroule à Hérouville-Saint-Clair près de Caen. C'est la 11ème édition et cette année la prairie qui accueille près de 30 000 festivaliers par jour s'est agrandie, histoire de libérer un peu plus d'espace et de rendre les mouvements de festivaliers plus fluides entre chaque scène. La grande roue, installée pour les 10 ans du festival, est de retour coté château cette fois. Le rendu est splendide. La programmation quant à elle, est plus ouverte cette année et a de quoi intéresser un public plus large que seuls les amoureux du Pop/Rock anglo-saxon. Beauregard se porte bien, le public a répondu présent à l'affiche proposée et à la météo parfaite puisque pour la deuxième année consécutive le festival normand dépasse les 100 000 spectateurs (108 000 pour être précis). Retours sur ces 4 jours.


JOUR 1: John Bulter Trio au dessus du lot.

C'est MNNQNS (prononcer mannequins), composé de quatre musiciens rouennais qui se charge d'ouvrir cette 11ème édition. Le groupe est franchement bon et convainc sans problème les premiers festivaliers réunis devant la scène John avec une Brit/Pop acérée, quelque part entre The Fall et The Wombats. Les riffs appuyés du guitariste viennent à bout de deux cordes et, alors que le groupe allait entamer leur dernier titre, il est stoppé par la régie pour raison de timing. Nous laissant comme une envie de les revoir dès que possible pour finir ce qu'on avait commencé.


C'est le moment de faire un tour pour découvrir les animations de cette année. Le thème de Beauregard mêlant l'esthétisme et le burlesque est désormais posé de manière durable et l'on peut profiter à tout moment de plusieurs happening sur le site.

 
 

Nous jalousons une petite fille qui porte un casque anti-bruit devant Therapie Taxi #idéedegénie et un peu plus tard pour Angèle, nous écoutons des milliers de spectateurs qui reprennent en chœur les paroles de la chanteuse belge devenue superstar en quelques mois. C'est du Bruel à la grande époque (ah ah ah), c'est mimi tout plein et ça nous laisse perplexe, on ne va pas le cacher. Devant tant d'engouement, on va faire un tour de grande roue.

 
 

C'est John Butler Trio qui va nous apporter ce que l'on attendait. Un concert teinté de bonne humeur, de simplicité et de partage. Déjà venu ici il y a cinq ans, le groupe australien confirme sa très bonne réputation scénique. Trois titres du dernier album, mêlés aux excellents Zebra, Better Than That et bien entendu Ocean et ses 10 minutes de folie sur 11 cordes dont on ne se lasse pas (John Butler n'utilise pas de double corde sur le G 😉).

 

Le show attendu de Limp Bizkit sur la grande scène Beauregard est vite retombé après une entrée sur scène puissante. C'était bizarre, voire génant. La tenue de Fred Durst, un peu trop déguisé en Beastie Boys, la rangée de jeunes filles (groupies ?) visibles en backstage, les tentatives du groupe pour faire décoller le set sans jamais y arriver (sample de Seven Nation Army, reprise de Smells Like Teen Spirit, jusqu'à entonner La Marseillaise). Wes Borland à la guitare, en cuissardes et grimé en Zombie/CowBoy semble au moins afficher clairement la couleur.

 

Troisième venue à Beauregard pour Gossip. Beth Ditto et sa bande étaient la tête d'affiche de la première édition et avaient fait un carton à l'époque. Le second passage en 2012 s'était avéré décevant alors autant dire qu'on ne savait pas trop à quoi s'attendre. Voix toujours aussi puissante, visiblement en forme, Beth Ditto n'a pourtant pas donné le meilleur d'elle même. Bavarde, et plutôt relax, la diva américaine s'amuse de sa perruque et des textes qu'elle oublie jusqu'à shunter une chanson prévue. Néanmoins, on ne boudera pas notre plaisir de réentendre sur scène Love Long Distance, Standing In The Way Of Control, Careless Whisper ou Heavy Cross. Un retour sur scène globalement moyen.


 

Cette soirée se termine avec Fat Boy Slim. Bien loin de la Pop des Housemartins avec qui il a débuté il y a 35 ans, Norman Cook envoie du lourd à grands coups de samples et de mix puissants. Tout y passe : Queen, House Of Pain, Daft Punk, Ramones et Rolling Stones sur The Rockafeller Skank. C'est passé tout seul !

 


JOUR 2 : Sous le charme de Balthazar.

Et ça démarre fort avec We Hate You Please Die, jeune groupe rouennais (y'a du talent à Rouen !), vainqueur du tremplin John's Session organisé chaque année pour promouvoir la scène locale. On a beaucoup aimé ce groupe pour l'attitude et la musique (Garage Rock à la Thee Oh Sees). Raphaël au chant n'hésite pas à venir slammer et pogoter dans la foule, quitte à se faire bien "promener". Le groupe se qualifie de ni joyeux, ni triste, simplement des gamins énervés. On l'a constaté sur Rita Baston, Structure, Figure It Out, ou encore sur la chanson éponyme qui clôture le set dans un final en furie. Gros coup de cœur.


Autre coup de cœur, celui de Paul Langeois, le co-directeur du festival qui tenait à avoir cette année Fantastic Negrito. Peu connu en France, le chanteur américain va être un des moments forts du festival. Un style qu'on peut qualifier de Groovy Gospel, un look mi punk mi funk, Fantastic Negrito va totalement captiver son auditoire, occupant l'avancée de la scène en permanence, parlant tel un prêcheur. On retrouve chez lui du James Brown, du Robert Johnson, du Prince. Mention spéciale à Hump Thru The Winter, The Duffer et In The Pines (chanson traditionnelle américaine reprise par Nirvana sous le titre Where Did You Sleep Last Night?). Très belle découverte.


 

Nous étions bien curieux de découvrir Tamino sur scène mais malgré l'élégance du chanteur et sa très belle voix, l'émotion n'est pas venue.

 

Profitant d'un peu d'avance sur l'horaire, nous nous plaçons idéalement pour suivre Balthazar. Les Belges sont des habitués du festival puisque si l'on compte Warhaus (groupe de Marteen Devoldere) et J. Bernardt (projet solo de Jinte Deprez), c'est la quatrième fois en onze édition que le festival accueille le groupe ou ses ramifications. Mais quand on aime, on ne compte pas. Derrière une nonchalance de façade, Balthazar fait preuve d'une maîtrise impressionnante. L'alternance entre les deux chanteurs guitaristes est très bénéfique au rythme du set et musicalement, c'est vraiment impeccable, en témoignent les excellents Changes, Never Gonna Let You Down Again et Fever.


 

Notre pause restauration aura eu raison de Talisco (venu au dernier moment remplacer Snow Patrol). Nous restons devant le château, où on commence à être très très nombreux pour Bernard Lavilliers. Il est bien difficile de croire que ce monsieur a 72 ans ! Entouré par d'excellents musiciens, Bernard Lavilliers va en une heure, donner un bel aperçu de ses 50 ans de carrière. De Stand The Ghetto à Traffic, de Idées Noires à La Salsa. Sans oublier les dernières chansons, comme Bon Pour La Casse ou Croisière Méditerranée, dénonçant l'injustice ou la cruauté du monde actuel comme peu d'autres ont su le faire. Et puis Lavilliers, seul à la guitare, devant 30 000 personnes qui chantent avec lui On The Road Again...C'était beau tout simplement.

 

Le Suprême NTM qui fait sa tournée d'adieu est la sensation de la soirée. Nous ne ferons pas offense aux adeptes et aux fans, nous ne sommes pas assez connaisseurs du groupe pour juger. Nous restons donc à distance, assez indifférents à tout ça malgré la grosse machine déployée et l'énergie des deux compères sur scène.
Nous terminons cette journée avec The Blaze, groupe que nous avions vu l'année dernière aux Vieilles Charrues et que nous retrouvons à un horaire qui met bien plus en valeur le visuel. Le concept de la boîte/écran fait un carton et se marie très bien au lounge des deux musiciens. Ce sera suffisant pour aujourd'hui, nous laissons les festivaliers avec Etienne De Crécy qui présente son nouveau live (dont nous aurons de très bons échos le lendemain). 

 

JOUR 3 : Tabassés par Idles

Nous arrivons trop tard pour entendre les jeunes pousses de Beach Youth, nous passons direct à la transition du jour : Clara Luciani/Idles ! C'est un peu comme enchaîner monte escalier et saut à l'élastique. Gros ennui d'un côté, heureusement vite oublié avec les anglais déchaînés de Idles. On le sentait venir mais pas à ce point là ! Joe Talbot au chant, est impressionnant de nervosité, tournant en rond, se frappant le visage avec le poing, quand les autres zicos n'attendent que 30 secondes pour sauter dans la foule. Lee Kiernan allant même jusqu'à confier sa guitare à un fan dans la foule pour mieux pogoter dans la poussière. Entre les circles pit, Joe Talbot prend le temps de passer quelques messages car derrière la violence musicale le discours est clair et leur titre Danny Nedelko en est le meilleur exemple : Antifascisme, immigration, féminisme, défenseurs LGBT. Après entre autres Mother, Love Song (avec snipet de Nothing Compares 2U et A Place Where We Belong ), Samaritans et un final enragé avec Rottweiler, on fini complètement sur les rotules. Mais quel pied !

 

 

 

Il nous faudra plusieurs minutes pour nous en remettre, de quoi zapper Flavien Berger. Nous décidons de rester pour Columbine...On l'a fait et jusqu'au bout ! Voilà voilà... 😄
Roméo Elvis fera les frais de notre repas quotidien et des échanges toujours intéressants et très plaisants avec les amis rencontrés sur place (spéciale dédicace à Laurent et Erwin). 

 

Arrive ensuite l'heure de Ben Harper & The Innocent Criminals. La crainte d'un concert statique s'est confirmée sans attendre et malgré les très bons titres Whipping Boy, Burn One down, Diamonds On The Inside, le set est resté assez hermétique et la mayonnaise n'a pas vraiment pris. 
Idem pour Mac DeMarco qui en passant à 22h35 n'a pas bénéficié d'un horaire très adapté à sa cool attitude. Un passage en après-midi aurait été préférable. Nous avons néanmoins apprécié le voir déambuler en short/casquette et tenter sans succès de gonfler une poupée de martien (?). 

 

 

Pour continuer dans le grand écart de style, place à The Hives ! Le groupe suédois avait retourné la scène Beauregard il y a 6 ans et le public normand aura droit à la même punition ce soir. Pelle Almqvist est toujours aussi bavard ("mes amis normandiens !") et prend le temps de se recoiffer entre chaque titre. Le show n'a quasiment pas changé depuis 2013 (entrée en scène imparable avec C'mon), seuls 3 nouveaux titres ont fait leur apparition dans la set list dont I'm Alive qui est vraiment canon. The Hives prouve encore ce soir qu'il reste l'un des meilleurs groupes de scène. 

 

 

Mogwai était (comme nous) de la première édition de Beauregard ! C'est le souvenir d'un déluge de décibels qui nous arrivait en pleine figure qui remonte à la surface lorsque nous arrivons devant le génial Stuart Braithwaite et son groupe. Là encore, c'est une belle claque. Ambiance enfumée sur scène, light show à la hauteur et une musique qui a le don de transporter et de prendre les tripes avec des montées en puissances de dingues. Un vrai feu d'artifice encore une fois !

 

JOUR 4 : Rendez Vous avec Tears For Fears

Dernière journée qui commence pour nous avec Rendez Vous. Groupe de post-punk parisiens qui réveille brutalement tous les fatigués de Beauregard. Entrée en scène sur une intro criée, tel un hymne ou un aka et puissance à tous les étages. La basse est omniprésente et peut rappeler les Stranglers par moment. Aucun temps mort dans ce set envoyé comme un boulet de canon jusqu'au morceau final qui s'étend sur plus de 10 minutes de furie. Je ne saigne pas du nez là ...?

 

Autre coup de cœur des organisateurs, Bror Gunnar Jansson prend place en plein soleil devant une foule curieuse. Look de rocker 50's, le Suédois alterne blues ombrageux et rythmes jazz/rock. Un talent indéniable à revoir dans des conditions plus intimes pour apprécier pleinement.

 

Nous avions vu Jeanne Added il y a 3 ans ici même. A l'époque bien qu'ayant fait un concert tout à fait correct, nous n'avions pas été spécialement "portés" par sa prestation. Il se passera exactement le même phénomène aujourd'hui. Malgré de bons titres comme Radiate, Mutate ou A War Is Coming et toute l'énergie sur scène de la chanteuse. Désolé.

 

PLK, le sandwich était bon mais la musique de fond franchement dégueu. Et cette manie de faire résonner une corne de brume à la fin de chaque morceau me donne envie de baisser le son de son ampli à grands coups de batte de baseball. Dur !

Cat Power nous a calmé, charmé, ensorcelé. Quand Jeanne Added nous laisse de marbre pendant une heure, Chan Marshall nous attrape dès le premier couplet de He Turns Down. Quelle présence et quelle voix. Into My Arms, Horizon, Robbin Hood, Me Voy, Wanderer, pour ne citer que ceux-là agissent comme des charmes sur nous. Nous quittons avec regret la belle américaine, un peu chamboulés, pour nous placer au cœur de la foule qui s'accumule devant l'autre scène.

 

Tears For Fears est de retour ! Pour ne rien vous cacher, bien que fan des deux premiers albums du groupe, nous étions inquiets. Allions-nous assister un un concert de has been, de vieux beaux ? Il n'en n'a rien été. Alors bien sûr le duo a pris de l'âge, la voix de Curt Smith est moins forte (mais celle de Roland Orzabal...wouahou !) et les motivations de ce retour sont certainement discutable certes !  Mais malgré tout ça, Tears For Fears a fait forte impression. La set list comprend tous les tubes du groupe (manque Woman In Chains et Advice For The Young At Heart) auxquels s'ajoute Creep de Radiohead, superbement repris. Roland Orzabal s'exprime en très bon français et ira même jusqu'à descendre dans le crash au contact des fans. Très bonne prestation de Tears For Fears qui chasse au loin les doutes émis avant le concert.

 

 

Le festival s'achève pour nous sur la très bonne prestation d'Interpol. Là encore, nous avions un souvenir plutôt moyen de leur passage à La Route Du Rock il y a deux ans. Cette fois le groupe emmené par Paul Banks nous a conquis du début à la fin. On retient The Heinrich Maneuver, Evil, un superbe enchaînement Rest My Chemistry, The Rover, Slow Hands et un final tout aussi impeccable avec Roland. Le sentiment de satisfaction qui plane sur la foule est visiblement partagé par le groupe puisque Paul Banks, pourtant imperturbable, se met à esquisser des sourires et remercie chaleureusement le public. Classe !

 

Et voilà, ainsi se termine cette 11ème édition de Beauregard qui aura eu son lot de très bons concerts comme à chaque fois. Cependant, on note cette année une présence plus prononcée d'artistes rap, jeune public et bankables. Une tendance qui se généralise dans plusieurs festivals et qui offre une certaine garantie d'affluence. 
Comme chaque année nous avons été très bien reçus. La bonne humeur de l'ensemble des bénévoles présents sur ces 4 jours, associée au confort remarquable offert par le site et à la qualité globale de la programmation font du festival Beauregard un rendez-vous devenu incontournable.
A l'année prochaine !

Top 5 Milouze En Live :

1 - Idles
2 - Tears For Fears
3 - The Hives
4 - Balthazar
5 - John Butler Trio

Méchants coups de cœur : Cat Power, Fantastic Negrito, Rendez Vous, We Hate You Please Die, Mogwai, Interpol.

Toutes les photos ICI



samedi 18 mai 2019

THE SLOW SLIDERS + VAUDOU GAME @ La Carène, 17 mai 2019 Brest

Nous n'avions malheureusement pas toute la soirée devant nous mais nous n'avons pas pu résister à l'appel du pied que nous faisait La Carène avec cette belle affiche des Nuits Zébrées de Radio Nova. C'était aussi l'occasion de revoir The Slow Sliders (déjà chroniqués ICI et puis ) et de découvrir Vaudou Game, deux des quatre groupes qui composaient l'édition brestoise.


On avait déjà affiché, aux détours des concerts de Lesneu et de Slow Sliders notre coup de cœur pour Victor Gobbé et ses camarades, alors on ne va pas vous refaire une chronique qui pourrait ressembler en tout point aux précédentes. Juste dire qu'on a senti le groupe très appliqué, qu'on a beaucoup aimé cette version de Pady, moins criée, que les accords de guitares plus appuyés et plus tendus sur Impalos et Pégase apportent un caractère nouveau et bienvenu à ces deux excellents titres. Pour finir, nous restons toujours autant scotchés par I'm Dead Anyway. Cette chanson qui nous remue les tripes à chaque fois. Bravo les gars, avec celle-là vous tenez votre Where Did You Sleep Last Night, votre Troy, votre Jolene.



Changement de décor avec le set de Vaudou Game. Emmené par le charismatique Peter Solo, le groupe, qui puise ses racines au Togo, joue une musique qui penche plus du côté de James Brown que de Keziah Jones. De l'Afro Funk qui ne tarde pas à faire son effet dans le public. Les premiers rangs dansent sans retenue et la contagion se fait. Rapidement, c'est toute la Carène qui bouge et se tortille au rythme des percussions et des sonorités africaines qu'envoient les six musiciens sur Anniversaire, La Vie C'est Bon ou encore Tata Fatiguée, titre phare du dernier album Otodi. 



On a aimé la musique mais aussi les paroles de Peter Solo, pour qui le Vaudou est tout sauf la représentation souvent négative que les gens s'en font. Il n'est pas un rituel satanique ou une poupée transpercée d'aiguilles. Non. Il se définit plutôt dans le respect envers les animaux, l'osmose avec la nature et le rapport spirituel avec la Terre. Une communion plus qu'une emprise. Voici finalement une parfaite définition de la soirée que nous laissons se poursuivre avec Sofiane Saidi & Mazalda puis avec l'artiste sud-africaine Dope Saint Jude.

Toutes les photos ICI.

samedi 11 mai 2019

CHRISTOPHE @ Théâtre de Cornouaille - 10 mai 2019 Quimper

Magnifique concert de Christophe vendredi dernier au Théâtre de Cornouaille, trois ans après une tournée magistrale où l'artiste, très bien entouré sur scène, présentait dans son intégralité son dernier album Les Vestiges Du Chaos (chronique du concert brestois ici). C'est cette fois en mode solo que le beau bizarre parcourt les plus belles salles du pays, offrant encore une fois un précieux moment de partage. La scène est divisée en plusieurs périodes instrumentales, pour autant de chapitres proposés ce soir (piano, synthés, guitares, théâtre et jeu surprise). Malgré la taille imposante de la salle, nous nous sommes complètement projetés dans cette ambiance feutrée, avec la sensation folle d'être les privilégiés d'une session intimiste avec Christophe, oubliant même par moment les 700 autres convives.

                                                                                                                                              Crédit photo © Site officiel Christophe

C'est au piano que Christophe débute le concert avec Les Marionnettes, Comme Un Interdit, Succès Fou et La Dolce Vita. A quelques jours de la sortie du premier volet de son album de duos, il énumère les collaborations et les rencontres faites à cette occasion. Sur ce projet où se croisent naturellement ancienne et nouvelle génération d'artistes (Son Lux, Sébastien Tellier, Camille, Eddy Mitchell, Etienne Daho, Juliette Armanet, Nusky, ...), Christophe s'arrête plus particulièrement sur Arno : «Une rencontre incroyable, un type formidable mais... pas facile à gérer, voyez-vous.».
Changement d'ambiance, c'est le moment de se glisser au milieu des synthés pour parcourir Les Vestiges Du Chaos, somptueux album sorti en 2015. De Océan D'amour à Tangerine (en duo virtuel avec Alan Vega), en passant par Dangereuse et Stella Botox. Quatre titres symbolisant parfaitement le talent immense de Christophe, alternant ambiance électro irrésistible et mélodie au texte déchirant. 

On quitte les synthés pour le tabouret de bar. «T'as pas un p'tit remontant ?». Glisse le chanteur à son roadie qui vient lui apporter sa guitare. Ce dernier s'exécute illico et lui ramène un verre aux teintes ambrées. «C'est du Jack, j'aime bien, ça me réchauffe la voix...». Il enchaîne avec Petite Fille Du Soleil et Señorita, jouée dans une version elvissienne ce soir. Après ce "moment guitare", Christophe s'installe à un bureau pour une "phase théâtre" qu'il aurait aimé baptiser Arty Show confie-t-il ironiquement... C'est un dialogue, une confession autobiographique, ou plutôt audiobiographique comme il le souligne. Un échange drôle et inattendu pendant lequel il évoque ses souvenirs d'enfance avec ses grands-parents, les Bevilacqua de Milan, sa suspension de permis de conduire et son amitié avec Lucky Blondo. Il évoque sa façon de travailler, de vivre mais surtout sa passion pour le moment présent et sa curiosité pour les lendemains, tout en assumant la totalité de son passé artistique. Une vrai modernité qui enchante encore aujourd'hui et qui le rend si fascinant.

Après cette heureuse parenthèse, le concert reprend côté piano. «Dans ma veste de soie rose...», Christophe, quasi à capella, dans un silence de cathédrale interprète Les Paradis Perdus pour un des moments les plus beaux de la soirée qu'il poursuit avec DroneLes Mots Bleus et Mal Comme. Bien sûr l'incontournable Aline est jouée. Chantée peut être plus par le public que par son auteur. Les quimpérois la chantent avec plaisir, sans lassitude, comme un enfant chanterait sa comptine préférée, tout naturellement.

                                                                                                                                                                                                     Crédit photo Christophe ©  sadaka edmondsipa

La dernière partie du concert est un cadeau offert au public. Christophe se propose de jouer et de chanter les chansons à la volée, selon les désirs du public (Springsteen sort de ce corps!). Les demandes ne se font pas attendre : J'l'ai Pas Touchée, Minuit Boulevard, Le Dernier Des Bevilacqua, Parle Lui De Moi, et Daisy sont interprétées "naked", débarrassées de tout ornement, juste piano/voix pour un moment parfait encore une fois. Entre chaque chanson, Christophe fait un peu le pitre, se déplaçant sur sa "chaise audio", équipée de roulettes et de micros, du piano jusqu'au devant de la scène pour mieux parler avec son auditoire. «C'est un prototype qui demande à être amélioré mais c'est pas mal quand même...Il manque des rétros c'est vrai !»

Les deux heures trente de concert se terminent avec Le Petit Gars puis sur les puissantes notes électroniques de Comm' Si La Terre Penchait. Le public est debout et ovationne longuement cet artiste inclassable qui s'efface de la scène simplement. 

                                                                                                                                                   Jérôme