samedi 13 avril 2019

FRUSTRATION + CANNIBALE @ La Carène - 12 avril 2019 Brest

La Carène aime Frustration et Frustration le lui rend bien. C'est la quatrième fois en dix ans que le groupe parisien vient chauffer ses Dr. Martens sur la scène de la salle brestoise. Chaque précédent passage s'était traduit par un concert mémorable dans une ambiance d'enfer. Et puisqu'en plus cette soirée "Label Born Bad" nous offrait en apéritif Cannibale, un des groupes les plus intéressants du moment, autant vous dire qu'on y allait les yeux fermés et plein d'enthousiasme. Allez, hop ! Direction Brest, juste en face du rond-point Sergent Pepper (véridique). 

CANNIBALE : Y'en a un peu plus, j'vous l'met quand même ?
C'est une histoire de musiciens, de vieux potes, de baroudeurs et de campagne normande. Non, je ne suis pas en train de vous faire le pitch de Mes Meilleurs Copains, mais plutôt de vous présenter l'excellent groupe qui ouvrait la soirée. Quelques mois après la sortie de leur deuxième album Not Easy To Cook, Cannibale peut se vanter d'être précédé d'une belle réputation. La qualité de leurs albums y est pour beaucoup, les prestations live font le reste. La recette n'est pas si simple. On retrouve dans la marmite de Cannibale, le côté psyché des Doors, l'Afro Beat de Fela Kuti, la diversité des Talking Heads, un côté un brin barré de Katerine et un soupçon de Specials : Not easy to cook ? Le résultat est plus que digeste, raffiné même ! Un style garage tropical qui enchante rapidement le public amassé devant la scène, et ce soir c'est complet au fait !


D'entrée, Frogs et Do Not Love Me Too Much sont un régal. Tout en décontraction sur scène, Nicolas Camus au chant n'hésite pas à s'improviser chef de chorale (sur Not Easy To Cook) ou à se lancer dans des chorégraphies...comment dire...très personnelles (sur Machine Gets Old). Une cool attitude communicative qui, mélangée à l'excellente prestation de l'ensemble du groupe donne un rendu irrésistible. Avant Let's Jump, une question est lancée au public : "Vous aimez bien le cheval ?". Histoire de lancer un morceau au rythme effréné. Le groupe fait à peine semblant de partir "On hésite, on en fait encore un ou deux, je ne sais pas, bon allez on y va !". De toute façon on n'y a pas cru. En guise de "rappel", tout d'abord le génial Not Mercy For Love et pour finir Pendejo que Nicolas Camus clame œil menaçant mais sourire aux lèvres. Dé-li-cieux !


 

FRUSTRATION : Les tauliers
On retrouve donc la même équipe qu'il y a deux ans, Fabrice Gilbert au chant, Fred Campo aux synthé, Nicolas Duteil à la guitare, Pat' Duc à la basse et Mark Adolf à la batterie. Dans le public, il y a ceux qui découvrent le groupe sur les conseils d'amis avisés, il y a ceux qui n'avaient pas pu venir la dernière fois et sans aucun doute, il y a aussi les fidèles du groupe. Ceux qui en veulent encore, des gens bien qui prendraient volontiers une autre mandale (et là j'ai une pensée pour mon frère qui, à 40 balais passés, n'a toujours pas vu Frustration sur scène...sans déconner !). Bref, nous on est là aussi et on prend une droite sans l'avoir vue venir avec As They Say et le terrible Dreams, Laws, Rights And Duties. C'est déjà bouillant et ça slame de partout (femmes, hommes, jeunes, vieux). Fabrice au chant est toujours aussi impressionnant, sans détours il annonce avant Uncivilized  : "Aucun problème à penser ce qui est juste, soutien total aux gilets jaunes en ce qui nous concerne". Est-ce le contexte actuel qui rend ce titre encore plus puissant ? Toujours est-il que ce sera un moment très fort du set.



Pat', à la basse, fait le show en jonglant avec une miche de pain arrivée sur scène on ne sait pas trop comment, puis enchaîne avec l'intro de Excess qu'il fait résonner jusqu'au pont de l'Iroise. Originaire de Telgruc sur mer, on le voit heureux d'être de retour au Pays. "On est chez les vrais Bretons ici" dit-il fièrement avant de se faire chambrer par Fabrice aussi sec. Pas le temps de souffler avec, dans la foulée, Angle Grinder, Minimal Wife et Assassination qui commence sous les coups de boutoirs de Mark Adolf et qui est repris en cœur par le public de La Carène en feu. Le groupe est lui aussi déchaîné, seul Fred Campo, comme à son habitude reste assez impassible au bordel ambiant, affichant une zénitude à toute épreuve. Un vrai bonze sur scène.

 


Il reste à achever ceux qui ne sont pas encore K.O. avec Too Many Questions et Mother Earth In Rags. Quatre morceaux seront joués en rappel, dont une superbe reprise des Visitors : Electric Heat et un nouveau titre qui laisse présager encore une fois le meilleur pour leur nouvel album qui sortira en octobre 2019. "Le prochain album sera beaucoup plus Pop" annonce ironiquement Fabrice après cette nouvelle déferlante de guitare punk. Après Blind, le groupe quitte la scène, laissant encore une fois La Carène totalement renversée. Une vieille habitude ici, qu'on subit  avec bonheur.

Toutes les photos ICI
                                                                                                                                                    Jérôme

PS : En backstage pendant tout le set, Julien Solé, le dessinateur n'a cessé de crayonner son carnet. Peut être un projet lié au Rock dans les tuyaux ? On l'espère !

dimanche 31 mars 2019

CHRISTIAN OLIVIER @ Le Tétris, 28 mars 2019 Le Havre

C'est quoi ce bordel Carpentier ? Qu'est-ce qui se passe au Havre ? Je ne comprend toujours pas comment les Havrais ont pu passer à côté de Christian Olivier de cette façon-là. Une soirée pourtant estampillée "Les Immanquables" dans l'agenda des spectacle du Tétris (très chouette endroit, au passage) à un tarif franchement sympa, mais surtout en présence d'un artiste majeur mêlant comme personne, poésie, graphisme et rock depuis plus de trente ans, que ce soit en solo ou avec Les Têtes Raides, La Coterie, Les Chats Pelés et d'autres nombreuses collaborations.
Bon, c'est comme ça... Les absents ont toujours tort. En tout cas, nous qui étions dans le secteur, nous n'avons pas laissé échapper la belle opportunité.


La première partie est assurée par Pablo Elcoq, artiste normand à la voix rauque qui revisite la célèbre "note bleue" à travers plusieurs reprises d'artistes tels que : Screamin Jay hawkins, Nina Simone, Rickee Lee Jones, Joe Cocker, Michael Jackson et même Tinariwen. Chaque morceau est précédé d'une petite préparation de boucles rythmiques, puis d'une courte explication sur son histoire et sa création. Détendu et appliqué, Pablo Elcoq nous a fait passer un bon moment avec un répertoire bien choisi.


Christian Olivier est accompagné de quatre musiciens et débute avec les titres de son dernier album After Avant sorti l'année dernière. C'est son deuxième ouvrage solo depuis la mise en veille des Têtes Raides en 2015. On y retrouve le même esprit et la même poésie dans les textes. L'orchestration elle, y est plus électrique et moins cuivrée. L'accordéon quant à lui est toujours à portée de main. 
Les préoccupations sociales actuelles sont exprimées sans détour dans les nouvelles compositions (Non, After Avant, Love, Micorazòn) et résonnent tout particulièrement à la lecture du texte de Kateb Yacine : La Gueule Du loup, d'octobre 1961, qui dénonce le massacre de dizaines d'Algériens par la police parisienne lors d'une manifestation pacifiste. Les chansons des Têtes Raides, jouées ce soir (Fulgurance, Civili, Fragile, La Tâche...), reflètent elles aussi une actualité souvent sombre.

 

L'ambiance est un peu bizarre car malgré le plaisir certain que prend le public ce soir, il a tout de même du mal à l'exprimer, sûrement freiné par la configuration intimiste de l'échange. Christian Olivier en a vu d'autres et s'en amuse : "Bon, comme c'est le feu ce soir....on va en faire une autre !"
Mention spéciale aux magnifiques : Je Crie, Le Bien Du Mal, Des Silences et à Les Sols, morceau instrumental composé pour le documentaire On a 20 ans pour changer le monde.
On s'inquiète un peu lorsque l'homme au chapeau nous annonce la lecture de Pouf Et Youpi, un livre pour enfant qui dissimule en fait entre ses pages le texte de Shoot, titre chanté en anglais dans le dernier opus. La blague est bonne. 

 

Le groupe a quitté la scène mais revient sans trop se faire prier : "On est obligé là, parce que ....Bon...Merci !". Deux reprises pour débuter ce rappel, Love Me Tender puis le génial Putain Putain de TC Matic. 
Enfin la lampe suspendue descend jusqu'au dessus de Christian Olivier qui a saisi son accordéon pour faire résonner les notes de Ginette. Chanson emblématique des Têtes Raides qui fêtent ses 30 ans déjà ! Comme le rituel l'exige, la vieille ampoule jaune est envoyée valser au dessus des têtes pour un moment toujours très émouvant. Le public est debout, c'est l'heure de L'Iditenté, autre titre imparable dans la très grande discographie du groupe. Il reste à se quitter, sur les paroles de Je Chante que Christian Olivier termine a capella. 
Excellent concert qui aurait mérité un public plus nombreux.



dimanche 24 mars 2019

STUCK IN THE SOUND + YOU, VICIOUS ! @ Le Novomax, 23 mars 2019 Quimper

C'est le printemps et c'est le moment idéal pour poser sur la platine Billy Believe, le nouvel album de Stuck In The Sound. La pochette pourrait rappeler celle du 666.667 club de Noir Désir si elle n'était pas estampillée d'un visage de rocker façon manga mexicain (ça existe ça ?). La comparaison s'arrêtera là. Musicalement Billy Believe est un retour au Rock Indé pêchu, dans le pur style de Pursuit ou de Shoegazing Kids, deux albums emblématiques du groupe. Un style ou Stuck In The Sound excelle, en témoigne Alright, le single lancé en éclaireur en fin d'année dernière.
Mais Stuck In The Sound se vit surtout en Live, alors quand cette tournée toute fraîche passe par Le Novomax (2ème date), on n'hésite pas une seconde, on met sa capuche et on fonce. Visiblement, on n'est pas les seuls car ce soir c'est complet ! Let's go !


YOU, VICIOUS !  Expérience et maîtrise
C'est le nouveau projet musical de Max Balquier (chant, guitare, basse, synthés) et de Bren Costaire, deux musiciens rescapés de Frigo, excellent groupe rennais qui sévissait il y a une quinzaine d'années. Le premier morceau, Stranger Lady, débute sur une ambiance synthétique progressivement gagnée par une grosse rythmique puis par la guitare qui vient prendre sa place comme une évidence. Belle démonstration d'entrée de jeu.
Musicalement on retrouve chez YV la noirceur de groupes 80's tels que The Opposition, Killing Joke ou encore The Cure (période Pornography) mêlée à l'intensité de Mogwaï ou de Ghinzu. Mention spéciale à Trapped Mind et Puzzle In Me particulièrement prenants. Chaque titre joué est un festival batterie/guitare ; les sonorités électro ne sont jamais encombrantes et le rendu est résolument Rock. Excepté lorsque le groupe plonge délibérément dans la transe électro comme sur le puissant Dance With The Shaman qui clôture le set.
Un peu avant, les deux musiciens ont dédié Burn The House à toute l'équipe du Novomax et de Polarité[s] pour leur soutien inconditionnel depuis 20 ans : "Ça a commencé dans un petit local à Ergué Armel. On est tellement heureux de jouer aujourd'hui sur cette putain de scène devant un putain de public !". Tracer sa route sans oublier d'où on vient, c'est aussi ce qui fait la qualité d'un groupe.
Excellente prestation.

 


STUCK IN THE SOUND : Retour et cardio
Dix minutes avant l'entrée en scène, on pouvait déjà apercevoir le groupe en backstage s'échauffer (voix, bras, poignets) tel un sportif avant une compétition. Un signe de la performance à venir. Capuche à poste et guitares en main, le groupe débute le set avec Brother, titre phare de l'album Pursuit sorti en 2012. Rapidement la température de la salle monte d'un cran sous les riffs de Romain Della Valle et de Emmanuel Barichasse sur Ouais et Dies Irae. Tout le monde est déjà au taquet dès le troisième morceau, pas de préliminaires : avec Stuck In The Sound, c'est direct à l'essentiel. Avant de dégainer Bandruptcy, José Réis Fontao se lâche un peu : "On est trop content d'être de retour en France, on était en tournée US pendant dix jours, au pays des burgers... et des armes. On est revenus gros ! Vraiment quel pied d'être avec vous."


Le plaisir est partagé sans modération, les nouveaux titres s'enchaînent : Alright, Break Up, Serious, See You Again dans le pur style du groupe. Seul Vegan Porn Food semble initier une tentative plus "dark" dans les compos. Et franchement, ce titre est canon ! Globalement, la musique de Stuck In the Sound est bien plus proche des Wombats, de Fidlar ou de Sum 41 que de n'importe quel autre groupe en France. Preuve de leur singularité dans le paysage audio national. Le show bat son plein, Pop Pop Pop, Shoot Shoot enflamment le Novomax une bonne fois pour toute. José au chant est intenable et il faudra une panne de micro de François Ernie, le batteur, pour imposer au groupe une pause salvatrice de quelques minutes. José plaisante encore sur l'alternance effort/récupération : "Ça fait du bien, c'est bon pour le cardio ! Sinon, je propose de chanter en français entre chaque morceau au lieu de parler, ça vous branche ?". Après un vote à main levée dans la salle, le public préfèrera de stopper les tirades "à la Calogero" du chanteur amusé et soulagé aussi. Il enchaîne avec Tender, superbe ballade qui soulève encore une fois le public quimpérois.


 

Le set se termine sur Let's Go et après des salutations d'usage, le groupe reprend directement sa place pour enchaîner un rappel. Au chant, José est toujours aussi taquin : "On va vous jouer une chanson sur un animal, ça s'appelle Petit Chat. Moi, je suis allergique au chat... Je voulais l'appeler Petit Chien mais le groupe n'était pas d'accord". Ce nouveau morceau est tendu et neveux, un peu comme un chat au milieu d'une meute de chiens. L'ambiance ne retombera pas sur Toy Boy et It's Friday, le public est bouillant, tout le monde danse, certains slamment. Il reste à ovationner comme il se doit ce groupe qu'on est si heureux de retrouver sur scène. La set-list du soir (qui bénéficie désormais d'une discographie large) est imparable et le contrat est plus que rempli pour Stuck In The Sound. Les 5 zikos terminent trempés de sueur (pas d'inquiétude pour les kilos en trop, ils seront rapidement perdus) et peuvent entrevoir sereinement la suite de la tournée.


Toutes les photos ICI

                                                                                                                                                   Jérôme