samedi 3 novembre 2018

DOMINIQUE A @ L'Archipel 2 novembre 2018 Fouesnant

Dominique A débute, à L'Archipel de Fouesnant, sa seconde tournée de l'année. Deux tournées pour deux albums sortis en 2018. Le premier, "Toute Latitude" plutôt sombre et tortueux, faisait la part belle aux guitares et à une rythmique tendance Trip hop. Il y a 6 mois, à La Carène à Brest, lorsque nous l'avions vu, Dominique A était en "full band" pour exprimer, de la meilleure façon, l'ambiance de cet album. En toute logique, c'est en solo cette fois qu'il vient présenter "La Fragilité". Le versant lumineux et calme de son projet. 


Après une première partie assurée par Laetitia Velma, Dominique A entre en scène avec La Poésie. Sublime texte écrit en hommage à Leonard Cohen et dont les notes de guitare graves et appuyées ne sont pas sans rappeler celles de The Partisan.
La mise en scène est minimaliste pour mieux laisser la place aux textes : Une lumière simple, efficace, quelques paysages flous projetés sur écran (pendant deux ou trois titres seulement) et deux guitares (une sèche et une électrique).



Les échanges avec le public ne sont pas rares. Dominique A explique parfois quelle fut l'inspiration ou l'évident constat qui l'ont mené au texte (Dobranoc, Dans Le Grand Silence Des Campagnes). Il insiste sur l'accueil chaleureux reçu ici, à Fouesnant, par toute l'équipe de L'Archipel : "C'est la 4ème fois que je viens jouer ici. Belle salle, belle ville...vous êtes bien lotis" dit-il en souriant. Et lorsqu'un spectateur lui répond : "On a un bon Maire ! " La réponse fuse : "Vous êtes de la famille ?". 

Et puis, on ne va pas faire dans le suspens, le live du nantais est encore une fois magnifique. La surprise serait que ce ne soit pas le cas. On va pas réécrire comment, seul avec sa guitare, Dominique A maitrise, comme peu savent le faire, l'art de la poésie et de la mélodie (L'Océan, Par Les Lueurs, Immortels, La Splendeur, Eléor...). On ne va pas disserter sur la générosité de l'artiste qui donne le meilleur de lui-même pendant près de deux heures, offrant à son public sept titres en rappel (En Surface, Le Temps Qui Passe Sans Moi, Le Convoi, ...). Enfin, à quoi bon expliquer encore comment la chair de poule nous gagne sur les réarrangements de certains titres, sur les passages a capella, sur les vocalises que l'artiste déploie (Central Otago, Gisor, Tout Sera Comme Avant, Corps De Ferme A L'Abandon, La Fragilité...) ou sur l'envoûtant Le Courage Des Oiseaux qui clôture ce concert. C'est beau et puis c'est tout.

                                                                                                                                                              Jérôme


samedi 20 octobre 2018

LLOYD COLE @ Le Mac Orlan - 19 octobre 2018 - Brest

Lloyd Cole à Recouvrance. En tournée solo, célébrant la période 83-96, dans la mythique salle brestoise du Mac Orlan. Tous les ingrédients étaient réunis pour une belle séquence nostalgie, au son des sublimes mélodies que Lloyd Cole, avec ou sans ses Commotions, nous offrait à cette période. Le concert est complet, la scène est minimaliste : un micro, deux guitares folk, une bouteille d'eau et un chevalet pour y poser la set list. Lloyd Cole avouera un peu plus tard avec franchise : "Depuis que j'ai 50 ans, je suis bien incapable de lire une set list posée au sol !". Puis il ajoute malicieusement en scrutant d'un peu plus près le public devant lui  : "Vous n'avez pas l'air jeune non plus !".


Le set de la soirée est composé de deux partie de 50 à 60 minutes chacune, séparées par un entracte. Dès le début du concert avec Patience, Perfect Blue et Rattlesnakes, je mesure le privilège que j'ai d'assister à cette prestation tout en proximité. La voix de Lloyd Cole est intacte et l'interprétation acoustique de ses chansons, replace à sa juste valeur, ses qualités d'écriture et son sens de la mélodie. Dans la lignée d'un Morrissey ou d'un Paddy McAloon. 
Lors de cette première partie de set, je retiens plus particulièrement My BagPretty Gone se terminant sur Norwegian Wood des Beatles, le bel enchainement Butterfly avec la reprise de Leonard Cohen Famous Blue Raincoat, Downtown et le superbe Jennifer She Said.

 

Lloyd Cole, qui s'exprime parfois en français, n'est pas avare en bavardage avec son auditoire qu'il invite volontiers à chanter avec lui. Puis sourire en coin il ajoute : "And if you feel a little drummer tonight and want to clap your hands, please....don't ! It's nice but there is no drums on stage, and when the sound comes back to me it's always a little shit. So please, control yourself !".
Quant à l'image du chanteur bougon, peu souriant, chantant mâchoires serrées que beaucoup se font, Lloyd Cole s'en amuse : "I know i look angry...but i'm not ! It's just my face !"


Après l'entracte et toujours dans la même configuration intimiste, alternant le jeu sur ses deux guitares, Lloyd Cole poursuit sa rétrospective, avec entre autres : Are You Ready To Be Heartbroken?, No Blue Sky, 2 CV, Undressed, Mr. Malcontent, Hey Rusty, Perfect Skin et Lost Weekend. Rien que ça ! Pourtant lorsque l'anglais quitte la scène, le public ne semble pas vouloir le laisser filer comme ça. Il reste un titre à ajouter au festin, un titre pour que ce soit parfait. Et parfait ce sera.
Lloyd Cole revient puis, histoire de rappeler que l'humour British existe encore, entame les premiers accords de Boys Don't Cry des Cure avant bien sûr de nous jouer Forest Fire. Superbe chanson que tout le monde dans la salle reprend en chœur.


Cette fois c'est bien fini. Le public est debout pour ovationner comme il se doit l'artiste qui vient de jouer près de 30 chansons version "Naked", comme jouées après un repas entre amis, encore à table et avec un bon café. 
Dans la catégorie "concert précieux", il est bien difficile de faire mieux que ce que nous a proposé Lloyd Cole ce soir au Mac Orlan.

                                                                                                                                                Jérôme

vendredi 5 octobre 2018

SUEDE @ La Cigale - 3 octobre 2018 - Paris

Quelques jours seulement après la sortie de leur 8ème album intitulé The Blue Hour, Suede est déjà en tournée européenne avec pour seule escale française, le cadre intimiste de La Cigale à Paris. L'occasion était belle de vérifier, dans les meilleures conditions possibles, les très bonnes sensations perçues suite à l'écoute sur la platine de ce dernier opus. 



C'est GWENNO qui assurait la première partie. Après une timide entrée en matière, on se laisse facilement porté par l'ambiance aérienne et le chant celte de la galloise. Quelque part entre Enya et Florence Welsh (Florence & The Machine), on est loin, bien loin du doo-wop des Pipettes dont Gwenno faisait partie. 


Depuis leur re-formation en 2010 (suite à une pause de 6 ans), Brett Anderson et sa bande semblent débarrassés de toute pression. Les 3 albums qui ont suivi cette pause salvatrice sont plus matures, moins accessibles mais aussi plus ambitieux. Suede ne cherche plus à plaire au plus grand nombre mais juste à être raccord avec son temps et son karma. Cette attitude assumée leur a tout simplement permis de continuer sans tomber dans la médiocrité et la facilité. Les chansons ont gagné en profondeur, en noirceur aussi. Suede a pris du recul, faisant clairement passer l'œuvre avant le groupe, en témoignent les derniers clips produits tels des longs métrages, sans plus aucune présence physique des membres du groupe et mettant parfois en scène des personnages "perdus" dans une ambiance froide et inquiétante. Paradoxalement (et heureusement) ce concert sera tout sauf froid et inquiétant ! 


Pour aller au bout du concept, c'est derrière un voile que Suede débute le set sur As One. Pourquoi pas ? La chanson, qui ouvre également l'album The Blue Hour est une parfaite intro. Mais ce sont finalement 3 titres qui seront interprétés derrière cette "barrière". Plutôt que de créer une ambiance, ce voile, très dispensable, génère de la frustration, quand sur le dynamique morceau Wastelands, on ne fait qu'apercevoir la prestation. Bof.


Enfin le voile s'écarte et le show peut vraiment commencer. Dans la continuité de ce début de set post 2010, Outsiders et Cold Hands sont joués. Brett Anderson, fait le show, saute sur les retours, danse d'un bout à l'autre de la scène, se précipite au contact des fans des premiers rangs. Des fans "hardcore" très très tactiles qui n'hésitent pas à déboutonner la chemise de leur idole et le couvrir de caresses lorsque celui-ci leur implore au micro "Put Your Cold Hands On Me...". L'enchaînement est sans temps mort, The Drowners et So Young nous renvoient plus de 25 ans en arrière. Brett Anderson est intenable et déjà complètement trempé de sueur. Le contraste est saisissant entre le frontman de 51 ans, qui franchement donne tout, et le reste du groupe plutôt discret. Simon Gilbert est caché derrière sa batterie, Neil Codling est tellement inexpressif et nonchalant qu'il ferait passer Larry Mullen Jr, le batteur de U2, pour un gros bout-en-train. Seuls Matt Osman à la basse et Richard Oakes à la guitare (très amaigri) se risquent à quelques avancées au devant de la scène dès que leur chanteur la quitte pour prendre son bain de foule. Sitôt que celui revient, ils prennent 1 ou 2 mètres de recul, laissant toute la place à leur charismatique leader. Je crois surtout qu'ils ne veulent pas prendre le micro en pleine poire lorsque Brett Anderson le fait tournoyer au bout de son câble telle une fronde. En tout cas, musicalement, c'est parfait !


  

Petite accalmie avec deux nouveaux morceaux : le somptueux Tides suivi de RoadKill, un texte parlé par Brett Anderson seul sur scènePuis résonnent les premières notes d'un monument de la discographie du groupe : The Asphalt World. Peu jouée en tournée et reçue comme un cadeau ce soir, cette sombre ballade psyché de 9 minutes est l'un des grands morceaux de Dog Man Star, le second opus de Suede. Le public ne s'y trompe pas et ovationne le groupe après cette performance. Un vrai bonheur. Après cette superbe envolée, retour au speed avec, coup sur coup, Filmstar, Metal Mickey, Trash et Animal Nitrate. De quoi finir d'enflammer toute La Cigale. 


Le groupe quitte la scène laissant Brett Anderson seul à la guitare pour un titre en version acoustique. Il ajoute que chaque soir de la tournée il joue de cette façon un morceau différent, notamment pour les fans qui suivent le groupe sur plusieurs dates. Ce soir ce sera The Big Time. Il est à souligner que depuis le début de cette tournée, Suede a le bon goût de varier environ 1/4 de sa set-list. Petit détail qui est toujours très appréciable pour ceux qui font plusieurs dates. Après The Invisibles, le concert s'achève sur le très beau Flytipping, titre qui clôture également le dernier album du groupe.
En rappel Suede revient avec Beautiful Ones, lui aussi repris en cœur par un public totalement comblé devant un Brett Anderson incroyable de présence et bluffant d'énergie. 
Suede était bel et bien au rendez-vous. Brett Anderson était partout. Superbe prestation !



Toutes les photos du concert ICI

                                                                                                                                           Jérôme