samedi 18 mai 2019

THE SLOW SLIDERS + VAUDOU GAME @ La Carène, 17 mai 2019 Brest

Nous n'avions malheureusement pas toute la soirée devant nous mais nous n'avons pas pu résister à l'appel du pied que nous faisait La Carène avec cette belle affiche des Nuits Zébrées de Radio Nova. C'était aussi l'occasion de revoir The Slow Sliders (déjà chroniqués ICI et puis ) et de découvrir Vaudou Game, deux des quatre groupes qui composaient l'édition brestoise.


On avait déjà affiché, aux détours des concerts de Lesneu et de Slow Sliders notre coup de cœur pour Victor Gobbé et ses camarades, alors on ne va pas vous refaire une chronique qui pourrait ressembler en tout point aux précédentes. Juste dire qu'on a senti le groupe très appliqué, qu'on a beaucoup aimé cette version de Pady, moins criée, que les accords de guitares plus appuyés et plus tendus sur Impalos et Pégase apportent un caractère nouveau et bienvenu à ces deux excellents titres. Pour finir, nous restons toujours autant scotchés par I'm Dead Anyway. Cette chanson qui nous remue les tripes à chaque fois. Bravo les gars, avec celle-là vous tenez votre Where Did You Sleep Last Night, votre Troy, votre Jolene.



Changement de décor avec le set de Vaudou Game. Emmené par le charismatique Peter Solo, le groupe, qui puise ses racines au Togo, joue une musique qui penche plus du côté de James Brown que de Keziah Jones. De l'Afro Funk qui ne tarde pas à faire son effet dans le public. Les premiers rangs dansent sans retenue et la contagion se fait. Rapidement, c'est toute la Carène qui bouge et se tortille au rythme des percussions et des sonorités africaines qu'envoient les six musiciens sur Anniversaire, La Vie C'est Bon ou encore Tata Fatiguée, titre phare du dernier album Otodi. 



On a aimé la musique mais aussi les paroles de Peter Solo, pour qui le Vaudou est tout sauf la représentation souvent négative que les gens s'en font. Il n'est pas un rituel satanique ou une poupée transpercée d'aiguilles. Non. Il se définit plutôt dans le respect envers les animaux, l'osmose avec la nature et le rapport spirituel avec la Terre. Une communion plus qu'une emprise. Voici finalement une parfaite définition de la soirée que nous laissons se poursuivre avec Sofiane Saidi & Mazalda puis avec l'artiste sud-africaine Dope Saint Jude.

Toutes les photos ICI.

samedi 11 mai 2019

CHRISTOPHE @ Théâtre de Cornouaille - 10 mai 2019 Quimper

Magnifique concert de Christophe vendredi dernier au Théâtre de Cornouaille, trois ans après une tournée magistrale où l'artiste, très bien entouré sur scène, présentait dans son intégralité son dernier album Les Vestiges Du Chaos (chronique du concert brestois ici). C'est cette fois en mode solo que le beau bizarre parcourt les plus belles salles du pays, offrant encore une fois un précieux moment de partage. La scène est divisée en plusieurs périodes instrumentales, pour autant de chapitres proposés ce soir (piano, synthés, guitares, théâtre et jeu surprise). Malgré la taille imposante de la salle, nous nous sommes complètement projetés dans cette ambiance feutrée, avec la sensation folle d'être les privilégiés d'une session intimiste avec Christophe, oubliant même par moment les 700 autres convives.

                                                                                                                                              Crédit photo © Site officiel Christophe

C'est au piano que Christophe débute le concert avec Les Marionnettes, Comme Un Interdit, Succès Fou et La Dolce Vita. A quelques jours de la sortie du premier volet de son album de duos, il énumère les collaborations et les rencontres faites à cette occasion. Sur ce projet où se croisent naturellement ancienne et nouvelle génération d'artistes (Son Lux, Sébastien Tellier, Camille, Eddy Mitchell, Etienne Daho, Juliette Armanet, Nusky, ...), Christophe s'arrête plus particulièrement sur Arno : «Une rencontre incroyable, un type formidable mais... pas facile à gérer, voyez-vous.».
Changement d'ambiance, c'est le moment de se glisser au milieu des synthés pour parcourir Les Vestiges Du Chaos, somptueux album sorti en 2015. De Océan D'amour à Tangerine (en duo virtuel avec Alan Vega), en passant par Dangereuse et Stella Botox. Quatre titres symbolisant parfaitement le talent immense de Christophe, alternant ambiance électro irrésistible et mélodie au texte déchirant. 

On quitte les synthés pour le tabouret de bar. «T'as pas un p'tit remontant ?». Glisse le chanteur à son roadie qui vient lui apporter sa guitare. Ce dernier s'exécute illico et lui ramène un verre aux teintes ambrées. «C'est du Jack, j'aime bien, ça me réchauffe la voix...». Il enchaîne avec Petite Fille Du Soleil et Señorita, jouée dans une version elvissienne ce soir. Après ce "moment guitare", Christophe s'installe à un bureau pour une "phase théâtre" qu'il aurait aimé baptiser Arty Show confie-t-il ironiquement... C'est un dialogue, une confession autobiographique, ou plutôt audiobiographique comme il le souligne. Un échange drôle et inattendu pendant lequel il évoque ses souvenirs d'enfance avec ses grands-parents, les Bevilacqua de Milan, sa suspension de permis de conduire et son amitié avec Lucky Blondo. Il évoque sa façon de travailler, de vivre mais surtout sa passion pour le moment présent et sa curiosité pour les lendemains, tout en assumant la totalité de son passé artistique. Une vrai modernité qui enchante encore aujourd'hui et qui le rend si fascinant.

Après cette heureuse parenthèse, le concert reprend côté piano. «Dans ma veste de soie rose...», Christophe, quasi à capella, dans un silence de cathédrale interprète Les Paradis Perdus pour un des moments les plus beaux de la soirée qu'il poursuit avec DroneLes Mots Bleus et Mal Comme. Bien sûr l'incontournable Aline est jouée. Chantée peut être plus par le public que par son auteur. Les quimpérois la chantent avec plaisir, sans lassitude, comme un enfant chanterait sa comptine préférée, tout naturellement.

                                                                                                                                                                                                     Crédit photo Christophe ©  sadaka edmondsipa

La dernière partie du concert est un cadeau offert au public. Christophe se propose de jouer et de chanter les chansons à la volée, selon les désirs du public (Springsteen sort de ce corps!). Les demandes ne se font pas attendre : J'l'ai Pas Touchée, Minuit Boulevard, Le Dernier Des Bevilacqua, Parle Lui De Moi, et Daisy sont interprétées "naked", débarrassées de tout ornement, juste piano/voix pour un moment parfait encore une fois. Entre chaque chanson, Christophe fait un peu le pitre, se déplaçant sur sa "chaise audio", équipée de roulettes et de micros, du piano jusqu'au devant de la scène pour mieux parler avec son auditoire. «C'est un prototype qui demande à être amélioré mais c'est pas mal quand même...Il manque des rétros c'est vrai !»

Les deux heures trente de concert se terminent avec Le Petit Gars puis sur les puissantes notes électroniques de Comm' Si La Terre Penchait. Le public est debout et ovationne longuement cet artiste inclassable qui s'efface de la scène simplement. 

                                                                                                                                                   Jérôme

samedi 13 avril 2019

FRUSTRATION + CANNIBALE @ La Carène - 12 avril 2019 Brest

La Carène aime Frustration et Frustration le lui rend bien. C'est la quatrième fois en dix ans que le groupe parisien vient chauffer ses Dr. Martens sur la scène de la salle brestoise. Chaque précédent passage s'était traduit par un concert mémorable dans une ambiance d'enfer. Et puisqu'en plus cette soirée "Label Born Bad" nous offrait en apéritif Cannibale, un des groupes les plus intéressants du moment, autant vous dire qu'on y allait les yeux fermés et plein d'enthousiasme. Allez, hop ! Direction Brest, juste en face du rond-point Sergent Pepper (véridique). 

CANNIBALE : Y'en a un peu plus, j'vous l'met quand même ?
C'est une histoire de musiciens, de vieux potes, de baroudeurs et de campagne normande. Non, je ne suis pas en train de vous faire le pitch de Mes Meilleurs Copains, mais plutôt de vous présenter l'excellent groupe qui ouvrait la soirée. Quelques mois après la sortie de leur deuxième album Not Easy To Cook, Cannibale peut se vanter d'être précédé d'une belle réputation. La qualité de leurs albums y est pour beaucoup, les prestations live font le reste. La recette n'est pas si simple. On retrouve dans la marmite de Cannibale, le côté psyché des Doors, l'Afro Beat de Fela Kuti, la diversité des Talking Heads, un côté un brin barré de Katerine et un soupçon de Specials : Not easy to cook ? Le résultat est plus que digeste, raffiné même ! Un style garage tropical qui enchante rapidement le public amassé devant la scène, et ce soir c'est complet au fait !


D'entrée, Frogs et Do Not Love Me Too Much sont un régal. Tout en décontraction sur scène, Nicolas Camus au chant n'hésite pas à s'improviser chef de chorale (sur Not Easy To Cook) ou à se lancer dans des chorégraphies...comment dire...très personnelles (sur Machine Gets Old). Une cool attitude communicative qui, mélangée à l'excellente prestation de l'ensemble du groupe donne un rendu irrésistible. Avant Let's Jump, une question est lancée au public : "Vous aimez bien le cheval ?". Histoire de lancer un morceau au rythme effréné. Le groupe fait à peine semblant de partir "On hésite, on en fait encore un ou deux, je ne sais pas, bon allez on y va !". De toute façon on n'y a pas cru. En guise de "rappel", tout d'abord le génial Not Mercy For Love et pour finir Pendejo que Nicolas Camus clame œil menaçant mais sourire aux lèvres. Dé-li-cieux !


 

FRUSTRATION : Les tauliers
On retrouve donc la même équipe qu'il y a deux ans, Fabrice Gilbert au chant, Fred Campo aux synthé, Nicolas Duteil à la guitare, Pat' Duc à la basse et Mark Adolf à la batterie. Dans le public, il y a ceux qui découvrent le groupe sur les conseils d'amis avisés, il y a ceux qui n'avaient pas pu venir la dernière fois et sans aucun doute, il y a aussi les fidèles du groupe. Ceux qui en veulent encore, des gens bien qui prendraient volontiers une autre mandale (et là j'ai une pensée pour mon frère qui, à 40 balais passés, n'a toujours pas vu Frustration sur scène...sans déconner !). Bref, nous on est là aussi et on prend une droite sans l'avoir vue venir avec As They Say et le terrible Dreams, Laws, Rights And Duties. C'est déjà bouillant et ça slame de partout (femmes, hommes, jeunes, vieux). Fabrice au chant est toujours aussi impressionnant, sans détours il annonce avant Uncivilized  : "Aucun problème à penser ce qui est juste, soutien total aux gilets jaunes en ce qui nous concerne". Est-ce le contexte actuel qui rend ce titre encore plus puissant ? Toujours est-il que ce sera un moment très fort du set.



Pat', à la basse, fait le show en jonglant avec une miche de pain arrivée sur scène on ne sait pas trop comment, puis enchaîne avec l'intro de Excess qu'il fait résonner jusqu'au pont de l'Iroise. Originaire de Telgruc sur mer, on le voit heureux d'être de retour au Pays. "On est chez les vrais Bretons ici" dit-il fièrement avant de se faire chambrer par Fabrice aussi sec. Pas le temps de souffler avec, dans la foulée, Angle Grinder, Minimal Wife et Assassination qui commence sous les coups de boutoirs de Mark Adolf et qui est repris en cœur par le public de La Carène en feu. Le groupe est lui aussi déchaîné, seul Fred Campo, comme à son habitude reste assez impassible au bordel ambiant, affichant une zénitude à toute épreuve. Un vrai bonze sur scène.

 


Il reste à achever ceux qui ne sont pas encore K.O. avec Too Many Questions et Mother Earth In Rags. Quatre morceaux seront joués en rappel, dont une superbe reprise des Visitors : Electric Heat et un nouveau titre qui laisse présager encore une fois le meilleur pour leur nouvel album qui sortira en octobre 2019. "Le prochain album sera beaucoup plus Pop" annonce ironiquement Fabrice après cette nouvelle déferlante de guitare punk. Après Blind, le groupe quitte la scène, laissant encore une fois La Carène totalement renversée. Une vieille habitude ici, qu'on subit  avec bonheur.

Toutes les photos ICI
                                                                                                                                                    Jérôme

PS : En backstage pendant tout le set, Julien Solé, le dessinateur n'a cessé de crayonner son carnet. Peut être un projet lié au Rock dans les tuyaux ? On l'espère !