dimanche 24 mars 2019

STUCK IN THE SOUND + YOU, VICIOUS ! @ Le Novomax, 23 mars 2019 Quimper

C'est le printemps et c'est le moment idéal pour poser sur la platine Billy Believe, le nouvel album de Stuck In The Sound. La pochette pourrait rappeler celle du 666.667 club de Noir Désir si elle n'était pas estampillée d'un visage de rocker façon manga mexicain (ça existe ça ?). La comparaison s'arrêtera là. Musicalement Billy Believe est un retour au Rock Indé pêchu, dans le pur style de Pursuit ou de Shoegazing Kids, deux albums emblématiques du groupe. Un style ou Stuck In The Sound excelle, en témoigne Alright, le single lancé en éclaireur en fin d'année dernière.
Mais Stuck In The Sound se vit surtout en Live, alors quand cette tournée toute fraîche passe par Le Novomax (2ème date), on n'hésite pas une seconde, on met sa capuche et on fonce. Visiblement, on n'est pas les seuls car ce soir c'est complet ! Let's go !


YOU, VICIOUS !  Expérience et maîtrise
C'est le nouveau projet musical de Max Balquier (chant, guitare, basse, synthés) et de Bren Costaire, deux musiciens rescapés de Frigo, excellent groupe rennais qui sévissait il y a une quinzaine d'années. Le premier morceau, Stranger Lady, débute sur une ambiance synthétique progressivement gagnée par une grosse rythmique puis par la guitare qui vient prendre sa place comme une évidence. Belle démonstration d'entrée de jeu.
Musicalement on retrouve chez YV la noirceur de groupes 80's tels que The Opposition, Killing Joke ou encore The Cure (période Pornography) mêlée à l'intensité de Mogwaï ou de Ghinzu. Mention spéciale à Trapped Mind et Puzzle In Me particulièrement prenants. Chaque titre joué est un festival batterie/guitare ; les sonorités électro ne sont jamais encombrantes et le rendu est résolument Rock. Excepté lorsque le groupe plonge délibérément dans la transe électro comme sur le puissant Dance With The Shaman qui clôture le set.
Un peu avant, les deux musiciens ont dédié Burn The House à toute l'équipe du Novomax et de Polarité[s] pour leur soutien inconditionnel depuis 20 ans : "Ça a commencé dans un petit local à Ergué Armel. On est tellement heureux de jouer aujourd'hui sur cette putain de scène devant un putain de public !". Tracer sa route sans oublier d'où on vient, c'est aussi ce qui fait la qualité d'un groupe.
Excellente prestation.

 


STUCK IN THE SOUND : Retour et cardio
Dix minutes avant l'entrée en scène, on pouvait déjà apercevoir le groupe en backstage s'échauffer (voix, bras, poignets) tel un sportif avant une compétition. Un signe de la performance à venir. Capuche à poste et guitares en main, le groupe débute le set avec Brother, titre phare de l'album Pursuit sorti en 2012. Rapidement la température de la salle monte d'un cran sous les riffs de Romain Della Valle et de Emmanuel Barichasse sur Ouais et Dies Irae. Tout le monde est déjà au taquet dès le troisième morceau, pas de préliminaires : avec Stuck In The Sound, c'est direct à l'essentiel. Avant de dégainer Bandruptcy, José Réis Fontao se lâche un peu : "On est trop content d'être de retour en France, on était en tournée US pendant dix jours, au pays des burgers... et des armes. On est revenus gros ! Vraiment quel pied d'être avec vous."


Le plaisir est partagé sans modération, les nouveaux titres s'enchaînent : Alright, Break Up, Serious, See You Again dans le pur style du groupe. Seul Vegan Porn Food semble initier une tentative plus "dark" dans les compos. Et franchement, ce titre est canon ! Globalement, la musique de Stuck In the Sound est bien plus proche des Wombats, de Fidlar ou de Sum 41 que de n'importe quel autre groupe en France. Preuve de leur singularité dans le paysage audio national. Le show bat son plein, Pop Pop Pop, Shoot Shoot enflamment le Novomax une bonne fois pour toute. José au chant est intenable et il faudra une panne de micro de François Ernie, le batteur, pour imposer au groupe une pause salvatrice de quelques minutes. José plaisante encore sur l'alternance effort/récupération : "Ça fait du bien, c'est bon pour le cardio ! Sinon, je propose de chanter en français entre chaque morceau au lieu de parler, ça vous branche ?". Après un vote à main levée dans la salle, le public préfèrera de stopper les tirades "à la Calogero" du chanteur amusé et soulagé aussi. Il enchaîne avec Tender, superbe ballade qui soulève encore une fois le public quimpérois.


 

Le set se termine sur Let's Go et après des salutations d'usage, le groupe reprend directement sa place pour enchaîner un rappel. Au chant, José est toujours aussi taquin : "On va vous jouer une chanson sur un animal, ça s'appelle Petit Chat. Moi, je suis allergique au chat... Je voulais l'appeler Petit Chien mais le groupe n'était pas d'accord". Ce nouveau morceau est tendu et neveux, un peu comme un chat au milieu d'une meute de chiens. L'ambiance ne retombera pas sur Toy Boy et It's Friday, le public est bouillant, tout le monde danse, certains slamment. Il reste à ovationner comme il se doit ce groupe qu'on est si heureux de retrouver sur scène. La set-list du soir (qui bénéficie désormais d'une discographie large) est imparable et le contrat est plus que rempli pour Stuck In The Sound. Les 5 zikos terminent trempés de sueur (pas d'inquiétude pour les kilos en trop, ils seront rapidement perdus) et peuvent entrevoir sereinement la suite de la tournée.


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samedi 23 février 2019

BRENDAN PERRY + SPS Project @ La Carène 22 février 2019, Brest

Bien évidement c'est complet. Un live de l'immense Brendan Perry, dans le cadre intimiste du Club de La Carène, est une opportunité à ne laisser filer sous aucun prétexte et le public présent ce soir l'a bien compris. Le Britannique, qui forme avec Lisa Gerrard le duo céleste de Dead Can Dance, habite désormais en Bretagne et on peut franchement se réjouir d'être dans son périmètre de vie et de travail. Les Bretons en profitent bien : Projet No Land avec Olivier Mellano et passage aux Vieilles Charrues l'année dernière, nouvelle tournée de Dead Can Dance qui débutera en mai avec seulement trois villes françaises (Paris, Nantes et Rennes) et ce soir en mode solo, en préambule d'un nouvel album qui sortira à l'automne. Largement de quoi faire une danse de la joie !


En ouverture de cette soirée, La Carène accueille SPS Project, l'aventure solo du pianiste virtuose Steven Prigent. Très concentré derrière ses claviers et ses machines, le Finistérien fait preuve d'une maîtrise impressionnante, alternant synthé, piano, boucles vocales, rythmiques et mixage. Une attitude de musicien/chef d'orchestre derrière ses instruments qui n'est pas sans rappeler celle de Darius Keeler, le leader du groupe britannique Archive dont SPS Project est très proche musicalement. Les morceaux instrumentaux sont ornementés de samples ou de paroles enregistrées. C'est le cas sur le premier titre MenezHome où résonnent les paroles de Severn Suzuki, prononcées lors de son discours, au sommet de la Terre en 1992. On pense à Yann Tiersen également sur l'intro piano de Tribute, superbe morceau qui décline tranquillement en rythmique TripHop obsédante. Totalement habité par sa musique, Steven Prigent semble y laisser beaucoup d'énergie et apparaît presqu'aussi essoufflé qu'un sportif après une compétition. Le dernier morceau joué s'intitule Ensemble. Bien vu ! Le bar est déserté, la salle est restée pleine du début jusqu'à la fin du set. Chapeau !

 

Brendan Perry prend place sur un siège au centre de la scène et scrute le public. Son regard perçant transperce littéralement l'assistance. Le charisme est tel que l'on se dit qu'il pourrait rester là assis pendant une heure et que l'on en sortirait chamboulé. Pour ce set assis donc, il est entouré de Astrid Williamson aux claviers et de Richard Yale à la basse et le premier morceau joué est Labour Of Love, de Dead Can Dance. La voix du maître est toujours aussi incroyable, d'une noirceur absolue et d'une puissance intacte. Rapidement le set va prendre une tournure plutôt inattendue avec tout d'abord une série de quatre reprises de Tim Buckley puis une autre de standards brésiliens dont le fameux Berimbau que Claude Nougaro avait formidablement adapté en Bidonville.


Être là où on ne l'attend pas, c'est un peu ce que propose Brendan Perry avec cette plage folk et bossa. Un peu déstabilisant j'imagine pour le fan hardcore des incantations gothiques de Dead Can Dance, qui se retrouverait ce soir à deux doigts de remuer des hanches la main sur le ventre, mais franchement pas désagréable du tout. Seul bémol, que l'on perçoit très vite : la rythmique très superficielle émanant du synthé de Astrid Williamson. Loin, très loin de l'orfèvrerie proposée par SPS Project quelques minutes avant. C'est bien dommage car quitte à faire dans le concert intimiste, autant se débarrasser des ces effets superflus, à défaut d'avoir sur scène un vrai percussionniste qui aurait tant valorisé cette musique. Pour le reste c'est un régal. Chase The Blues, The Carnival Is Over, et Song To The Siren interprétées sans artifices sont des purs moments de bonheur.


  

Les deux nouvelles chansons, annoncées en Français, Killing The Dream et The Rising Tide, sont excellentes, si l'on se détache de cette orchestration assez pénible. Avant l'ultime morceau de la soirée, la boite à rythme redémarre soudainement. Brendan Perry s'en amuse et s'exclame en haussant les épaules "ah ! drum box " C'est peu de le dire ! Quoiqu'il en soit, on gardera de ce concert les moments forts et la fin de set en fait partie. Severance, interprété dans un silence religieux, puis Don't Fade Away, où la voix de Brendan Perry passe magistralement de la sombre complainte à la vibrante prière. Superbe final sous les ovations et les mercis.

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dimanche 10 février 2019

CONCRETE KNIVES @ Le Cargö 8 février 2019 Caen

La salle est dans la pénombre, l'écran en fond de scène s'allume et diffuse une rétrospective du groupe en tournée. Visages souriants, ambiance de fête, les loges, les rencontres et les concerts un peu partout en Europe. C'est sur ce condensé, retraçant une décennie de vie musicale, que Concrete Knives investit la scène du Cargö pour son dernier concert. La salle est pleine, le public caennais voulant célébrer comme il se doit le baroud d'honneur de ce groupe qu'il a tant aimé.

L'histoire est belle : des Trans Musicales à La Route Du Rock, de Taratata à Beauregard, de ce premier album Be Your Own King, signé chez le prestigieux Label anglais Bella Union (Beach House, Fleet Foxes, Midlake...), jusqu'au second opus, Our Hearts, six ans plus tard. Les Concrete Knives, aujourd'hui partagés entre différents projets personnels, sentent que l'aventure touche à sa fin et décident d'arrêter pour ne pas subir. Préférant préserver cette expérience inoubliable de toute amertume.


 

Une dernière fois donc, les CCKS vont jouer leur musique si atypique dans le paysage musical français. Et en cette soirée de Victoires de la Musique, c'est rien de le dire...Un doux mélange d'IndieRock, situé entre B-52'S et Arcade Fire, qui nous avait séduit immédiatement. Alors on profite ! The Lights, Wallpaper, Africanize, Gold Digger et bien sûr Greyhound Racing et Brand New Start, véritables hymnes du groupe. Pour l'occasion, une section cuivre vient s'ajouter à une orchestration déjà imposante sur Bring The Fire. Morgane au chant descend à plusieurs reprises dans le crash barrières, au plus près de son public, de ses amis, de sa famille. La joie est partagée.



 

Le set file à toute allure : SometimesOn The Pavement, deux bijoux du dernier album, puis arrivent Tightrope et les puissants Wild Gun Man et Bornholmer. On sent le moment du dernier morceau arriver. L'émotion gagne le groupe et certains sont émus aux larmes. Difficile de ne pas avoir un pincement au cœur sur ce titre Blessed avec ses paroles de circonstance.

I've got a broken heart
Can't get another one
I've got a broken heart
Can't get another one
Everything has gone
Everything has gone



Et puisqu'il n'était pas question de se quitter sur un souvenir tristos, les Concrete Knives vont revenir pour un ultime rappel. Rejoints sur scène par Martin, bassiste du groupe à ses débuts, ce sera pour faire la fête une dernière fois. Happy Mondays, Roller Boogie et Greyhound Racing au milieu du public, dans la fosse. Avant de remonter sur scène, Morgane embrasse tendrement une petite fille assise sur les épaules de son père, on imagine aussi que c'est une bonne raison pour arrêter.
Une page de la scène musicale caennaise se tourne sur ces dernières notes. On surveillera avec attention Elecampane, Faroe et Samba De La Muerte, les projets annexes des CCKS qui continuent dans la musique et on souhaite un bon vent aux autres. 
Morgane, Nicolas, Adrien, Corentin, Guillaume, Augustin et Martin : MERCI.

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