dimanche 27 mai 2018

DOMINIQUE A @ La Carène 26 mai 2018 Brest

Il est bien difficile de ne pas être captivé par Dominique A. Il n'y a qu'à écouter Le Convoi, sublime chanson qui clôture ces deux heures de concert pour en être convaincu. On en ressort comme déplacé, ailleurs. Avec le besoin de se poser un peu, le temps de sortir de la station A, de redescendre sur Terre. Se remettre d'un voyage ascensionnel qui nous dépose du plus angoissant (Pour La Peau, Corps De Ferme A L'Abandon) au plus beau (Le Reflet, Le Courage des Oiseaux, L'Océan).


Pour l'occasion, La Carène avait déroulé le tapis rouge. Apéro/expo autour de l'artiste Nantais : animations musicales assurées par le disquaire et label Brestois Badseeds et par la chorale Pop/Rock Les Karen Sheriff. L'occasion de découvrir sous un autre angle quelques titres emblématiques de Dominique A. Une belle initiative saluée plus tard par Dominique A sur scène.

C'est le groupe Tiny Feet (alias Emilie Quinquis), qui assure une première partie tout en délicatesse. La chanteuse Brestoise oscille subtilement entre spleen et évasion, entre cordes et électronique sans jamais brusquer les choses, sans briser l'harmonie créée. 


Toute Latitude, le dernier album de Dominique A, sorti en mars, est la première partie "électrique" d'un diptyque qui sera complété d'une seconde œuvre à l'ambiance plus intimiste. L'artiste est donc entouré de quatre musiciens pour proposer un set tout en puissance (deux batteries simultanées sur plusieurs morceaux) ainsi qu'une ré-orchestration audacieuse de chansons initialement plus épurées (Cap Farvel, Eléor, Au Revoir Mon Amour). Le tout baignant dans une ambiance Cold Wave assumée.


Devant la salle pleine Dominique A est très détendu, il scrute les réactions du public et intervient à la moindre occasion. Après l'ovation reçue pour L'Océan : "C'est sûr que ça marche moins bien à Nancy cette chanson ! " ou après la ferveur déclenchée par Rendez-Nous La Lumière : "Finalement vous êtes pas si chaud que ça à Brest, on pourrait se croire, je ne sais pas moi, à Alençon par exemple". Un spectateur répond du tac au tac "ou à Nantes". Et que dire de celui qui lui réclamait en criant Pour la Peau, chanson jouée au tout début du set..."Mais t'es arrivé à quelle heure toi ? A moins que ce ne soit un moment d'absence" répond-il tout sourire.

Entre ballet de changement de guitares et danse saccadée, Dominique A hypnotise son auditoire. Les titres du dernier opus se révèlent totalement sur scène, mention spéciale à Se Décentrer, Corps de Ferme A L'Abandon et surtout Le Reflet, titre d'une poésie magistrale et clôturant l'album. 


On retient également le puissant Exit. "Aussi bizarre que cela puisse paraître, cette chanson m'a été inspirée par la coupe du monde de Football 98" nous confie mister A. Puis Le Twenty-Two Bar aux guitares tendues, aux accords nerveux et au texte stressant, jusqu'à finir sur un dernier couplet relâché. Tout l'art de figer le moment et de retranscrire l'ambiance. 

Nous sommes déjà au deuxième rappel, il va bien falloir le laisser partir (27 titres joués ce soir). Le Convoi scelle en beauté ce premier chapitre. La suite en fin d'année pour la tournée solo.

                                                                                                                                                               Jérôme

vendredi 27 avril 2018

ARCADE FIRE @ Le Zénith 26 avril 2018 - Nantes

Hier soir, 8 000 personnes se retrouvaient à Nantes, dans un Zénith bouillant pour accueillir ARCADE FIRE pour la première de leur deux dates françaises. L'excellente réputation Live du groupe n'est plus à faire, alors même si leur dernier album "Everything Now" a quelque peu dérouté les fans de part sa base disco et quelques titres jugés moins ambitieux qu'à l'accoutumée, voir Arcade Fire sur scène c'est toujours un grand moment. On a vérifié et on vous dit tout maintenant !


La scène de cette tournée est un ring de boxe placé au milieu de la fosse et surmonté d'écrans géants sur ses quatre côtés. Le public peut ainsi profiter pleinement de toute la troupe, puisque non seulement une plateforme centrale tourne tranquillement pendant les chansons mais les musiciens, eux aussi, alternent les placements pour occuper, au fil du concert l'ensemble du ring. Notons que la première partie est assurée par Preservation Hall Jazz Band. Excellent Brass Band de La Nouvelle Orléans, oscillant entre jazz et fanfare. Ceux là reviendront, 2 heures plus tard, rejoindre sur scène Arcade Fire, pour l'incontournable Wake Up.
Mais revenons à ce début ce soirée. Le groupe canadien entre en scène traversant la foule comme un boxeur entouré de sa team et c'est le son de la cloche qui  marque le début du show avec Everything Now.



C'est ensuite au tour de Régine Chassagne de chanter son Haïti natal, invitant les esprits vaudou à hanter les nuits de Duvalier. Lorsque celle-ci saisi son accordéon peu après, on devine déjà que c'est pour No Cars Go, première grosse montée en température dans la salle. Le seul moment un peu faiblard à mon sens sera Electric Blue, car malgré une belle interprétation de Régine, ce son Electro/Pop très années 80 me gène un peu. Gros light show sur Here Comes The Night Time et belle rythmique sur Put Your Money On Me : ce titre aux influences Georgio Moroder fonctionne très bien en Live. Le groupe sollicite ensuite le public pour un éclairage au téléphone portable sur Sprawl I (Fatland). Le Zenith prend d'un coup des allures de constellation.



L'enchaînement qui suit est énorme : Rococo (superbe titre issu de l'album The Suburbs) puis le puissant Neighborhood #3 (Power Out), avec une orchestration impeccable : xylophone, violon, percussions, basse. On distingue clairement chaque musicien, le son est parfait ! Le morceau se termine sur une incursion du manifeste anti Trump I Give You Power et une montée cacophonique dans le style A Day In A life des Beatles qui enchaine directement avec Rebellion (Lies). De façon très théâtrale, Will Butler maltraite son tambour et vient affronter son complice guitariste Richard Reed Parry à la façon toréador vs taureau. Et pour clôturer en beauté cette première moitié de set sous le signe de Funeral (premier Lp d'Arcade Fire), c'est le somptueux Neighborhood #1 (Tunnels) qui est repris par la foule chauffée à blanc. Le public en gradin est (pour la plupart) debout depuis le début du concert et l'ambiance est franchement très bonne.



On a bien apprécié les versions alternatives de certaines chansons. The Suburbs jouée au piano puis Ready To Start en mode remix. C'est ensuite le moment de la veste miroir et de la boule à facettes sur Sprawl II (Mountains Beyond Mountains) et Reflektor. Le visage de David Bowie (qui reprend un couplet dans la version album) apparait sur les écrans tandis que Régine danse avec le public en plein cœur de la fosse, au son du saxophone qui transperce la fin du morceau. Puis c'est au tour de Win Butler de prendre son bain de foule sur Afterlife avant une fin de set entêtante sur Creature Confort



Vient le rappel en trois phases. Tout d'abord le superbe We Don't Deserve Love, une chanson du dernier Lp comme une complainte, dans le pur style de ce que produisait le groupe à ses débuts. Sur cette chanson c'est cuillères et bouteilles en guise de xylophone pour Régine Chassagne !
La reprise de Everything Now (Continued), version lente, qui sert aussi de prétexte pour faire revenir sur scène le Preservation Hall Jazz Band pour un final en apothéose sur Wake Up, joué ce soir à 16 musiciens et repris par les 8 000 spectateurs comme un hymne. Le groupe quitte la scène en jouant à travers la foule jusqu'à se diriger vers la porte de service, celle par laquelle ils sont arrivés il y a deux heures.  
C'est passé extrêmement vite et l'on reste époustouflé par tant de maîtrise. La démonstration de ce soir confirme ce que l'on sait déjà : Arcade Fire combat désormais chez les poids lourds et ne souffre pas de beaucoup de concurrence dans sa catégorie.

                                                                                                                                                              Jérôme



dimanche 25 mars 2018

FRANZ FERDINAND @ Le Liberté 23 mars 2018 - Rennes

Le Liberté est quasi complet pour la venue de Franz Ferdinand. Un signe de plus prouvant le succès durable et mérité du groupe en France. Mine de rien ce n'était pas joué d'avance. Le départ il y a un an de Nick McCarthy, leur guitariste emblématique (préférant se consacrer à sa famille), faisait craindre le pire concernant le devenir du groupe. Dans la foulée, Alex Kapranos, Bob Hardy et Paul Thomson, annoncaient l'intégration de deux musiciens et la sortie d'un nouvel album. 
Always Ascending, le 5ème Lp de Franz Ferdinand parait en février 2018 et rassure tout le monde. L'album est excellent. Plus orienté Electro/Disco, reprenant les pistes explorées par le groupe sur Tonight, leur 3ème album sorti il y a presque dix ans déjà.


C'est Frànçois And The Atlas Mountains, un autre groupe du label Domino Record qui assure la première partie. On a bien aimé leur Indie Pop teintée de sonorités africaines, notamment le bel enchainement Talalbadro/Be Water, superbe ballade marocaine mêlée au refrain entêtant "Je suis de l'eau...". Derrière la régie Alex Kapranos reste de longues minutes à apprécier la prestation. Il leur rendra un bel hommage un peu plus tard sur scène.
 

Paradoxalement, s'ils sont plus nombreux sur scène, les Franz Ferdinand semblent désormais uniquement "portés" par leur charismatique chanteur. Cheveux peroxydés, silhouette longiligne, à mi chemin entre Bowie et Bolan, entre le Rock et le Glam, Alex Kapranos est toujours aussi captivant. Le set débute avec Always Ascending, chanson phare du dernier album (dont huit titres seront joués ce soir). Le public est pris d'emblée et, comme souvent, il y aura peu de temps morts. Le référentiel bondissant désigne un ballon dans l'Éducation Nationale, et dans le dico du Rock c'est la définition d'Alex Kapranos.



Les nouvelles chansons sont, comme souvent avec FF, taillées pour la scène. Mention spéciale aux excellents Lois Lane, Lazy Boy, Glimpse Of Love et Feel The Love Go où Alex Kapranos interpelle le public tel un prêcheur en transe : "Do you feel the love people of Rennes ? Do you really feel the love here ?" Profitant au passage pour présenter les membres du groupe et notamment les nouveaux venus : Julian Corrie aux Claviers et Dino Bardot à la guitare.


Les anciens titres sont également mis à l'honneur et si No You Girls et The Dark Of The Matinee sont joués sur un tempo un peu plus lent qu'auparavant, ce n'est pas le cas sur Michael, envoyé pied au plancher. Et que dire de Ulysses et de l'inévitable Take Me Out qu'on savoure toujours autant. Le public jubile et donne de la voix sans se faire prier. Ceux qui terminaient leur concert de Franz Ferdinand il y a quinze ans en sueur et sur les rotules sont désormais quadras. Ils tenteront bien de sauter autant que le grand blond infatigable sur scène mais c'est forcément moins évident. Le plaisir, lui, demeure intact.



J'aurais bien échangé un Stand On The Horizon avec un Evil Eye et ce sera mon seul bémol (exigeant en plus !). Je suis taquin car en plus le groupe fait l'effort de changer 4 ou 5 titres de sa set list d'une soirée à l'autre. Ce qui est loin d'être une généralité et qui est très appréciable pour ceux qui font plusieurs dates sur la tournée. Côté belle surprise, on soulignera l'ajout d'une 19ème chanson : L'emblématique Jacqueline, jouée pendant le rappel, sur la demande insistante de fans 😉.
Un grand moment.


Le concert se termine sur le furieux This Fire, Alex et sa bande faisant assoir tout le public du Liberté avant l'explosion finale. Il ne restait plus qu'à saluer ce groupe qui reste d'une efficacité imparable, malgré les changements, et qui ne déçoit jamais sur scène. 

                                                                                                                                       Jérôme

ps: Evil Eye, jouée le lendemain à Caen....Shiiiiiiiiitttttt !