samedi 20 octobre 2018

LLOYD COLE @ Le Mac Orlan - 19 octobre 2018 - Brest

Lloyd Cole à Recouvrance. En tournée solo, célébrant la période 83-96, dans la mythique salle brestoise du Mac Orlan. Tous les ingrédients étaient réunis pour une belle séquence nostalgie, au son des sublimes mélodies que Lloyd Cole, avec ou sans ses Commotions, nous offrait à cette période. Le concert est complet, la scène est minimaliste : un micro, deux guitares folk, une bouteille d'eau et un chevalet pour y poser la set list. Lloyd Cole avouera un peu plus tard avec franchise : "Depuis que j'ai 50 ans, je suis bien incapable de lire une set list posée au sol !". Puis il ajoute malicieusement en scrutant d'un peu plus près le public devant lui  : "Vous n'avez pas l'air jeune non plus !".


Le set de la soirée est composé de deux partie de 50 à 60 minutes chacune, séparées par un entracte. Dès le début du concert avec Patience, Perfect Blue et Rattlesnakes, je mesure le privilège que j'ai d'assister à cette prestation tout en proximité. La voix de Lloyd Cole est intacte et l'interprétation acoustique de ses chansons, replace à sa juste valeur, ses qualités d'écriture et son sens de la mélodie. Dans la lignée d'un Morrissey ou d'un Paddy McAloon. 
Lors de cette première partie de set, je retiens plus particulièrement My BagPretty Gone se terminant sur Norwegian Wood des Beatles, le bel enchainement Butterfly avec la reprise de Leonard Cohen Famous Blue Raincoat, Downtown et le superbe Jennifer She Said.

 

Lloyd Cole, qui s'exprime parfois en français, n'est pas avare en bavardage avec son auditoire qu'il invite volontiers à chanter avec lui. Puis sourire en coin il ajoute : "And if you feel a little drummer tonight and want to clap your hands, please....don't ! It's nice but there is no drums on stage, and when the sound comes back to me it's always a little shit. So please, control yourself !".
Quant à l'image du chanteur bougon, peu souriant, chantant mâchoires serrées que beaucoup se font, Lloyd Cole s'en amuse : "I know i look angry...but i'm not ! It's just my face !"


Après l'entracte et toujours dans la même configuration intimiste, alternant le jeu sur ses deux guitares, Lloyd Cole poursuit sa rétrospective, avec entre autres : Are You Ready To Be Heartbroken?, No Blue Sky, 2 CV, Undressed, Mr. Malcontent, Hey Rusty, Perfect Skin et Lost Weekend. Rien que ça ! Pourtant lorsque l'anglais quitte la scène, le public ne semble pas vouloir le laisser filer comme ça. Il reste un titre à ajouter au festin, un titre pour que ce soit parfait. Et parfait ce sera.
Lloyd Cole revient puis, histoire de rappeler que l'humour British existe encore, entame les premiers accords de Boys Don't Cry des Cure avant bien sûr de nous jouer Forest Fire. Superbe chanson que tout le monde dans la salle reprend en chœur.


Cette fois c'est bien fini. Le public est debout pour ovationner comme il se doit l'artiste qui vient de jouer près de 30 chansons version "Naked", comme jouées après un repas entre amis, encore à table et avec un bon café. 
Dans la catégorie "concert précieux", il est bien difficile de faire mieux que ce que nous a proposé Lloyd Cole ce soir au Mac Orlan.

                                                                                                                                                Jérôme

vendredi 5 octobre 2018

SUEDE @ La Cigale - 3 octobre 2018 - Paris

Quelques jours seulement après la sortie de leur 8ème album intitulé The Blue Hour, Suede est déjà en tournée européenne avec pour seule escale française, le cadre intimiste de La Cigale à Paris. L'occasion était belle de vérifier, dans les meilleures conditions possibles, les très bonnes sensations perçues suite à l'écoute sur la platine de ce dernier opus. 



C'est GWENNO qui assurait la première partie. Après une timide entrée en matière, on se laisse facilement porté par l'ambiance aérienne et le chant celte de la galloise. Quelque part entre Enya et Florence Welsh (Florence & The Machine), on est loin, bien loin du doo-wop des Pipettes dont Gwenno faisait partie. 


Depuis leur re-formation en 2010 (suite à une pause de 6 ans), Brett Anderson et sa bande semblent débarrassés de toute pression. Les 3 albums qui ont suivi cette pause salvatrice sont plus matures, moins accessibles mais aussi plus ambitieux. Suede ne cherche plus à plaire au plus grand nombre mais juste à être raccord avec son temps et son karma. Cette attitude assumée leur a tout simplement permis de continuer sans tomber dans la médiocrité et la facilité. Les chansons ont gagné en profondeur, en noirceur aussi. Suede a pris du recul, faisant clairement passer l'œuvre avant le groupe, en témoignent les derniers clips produits tels des longs métrages, sans plus aucune présence physique des membres du groupe et mettant parfois en scène des personnages "perdus" dans une ambiance froide et inquiétante. Paradoxalement (et heureusement) ce concert sera tout sauf froid et inquiétant ! 


Pour aller au bout du concept, c'est derrière un voile que Suede débute le set sur As One. Pourquoi pas ? La chanson, qui ouvre également l'album The Blue Hour est une parfaite intro. Mais ce sont finalement 3 titres qui seront interprétés derrière cette "barrière". Plutôt que de créer une ambiance, ce voile, très dispensable, génère de la frustration, quand sur le dynamique morceau Wastelands, on ne fait qu'apercevoir la prestation. Bof.


Enfin le voile s'écarte et le show peut vraiment commencer. Dans la continuité de ce début de set post 2010, Outsiders et Cold Hands sont joués. Brett Anderson, fait le show, saute sur les retours, danse d'un bout à l'autre de la scène, se précipite au contact des fans des premiers rangs. Des fans "hardcore" très très tactiles qui n'hésitent pas à déboutonner la chemise de leur idole et le couvrir de caresses lorsque celui-ci leur implore au micro "Put Your Cold Hands On Me...". L'enchaînement est sans temps mort, The Drowners et So Young nous renvoient plus de 25 ans en arrière. Brett Anderson est intenable et déjà complètement trempé de sueur. Le contraste est saisissant entre le frontman de 51 ans, qui franchement donne tout, et le reste du groupe plutôt discret. Simon Gilbert est caché derrière sa batterie, Neil Codling est tellement inexpressif et nonchalant qu'il ferait passer Larry Mullen Jr, le batteur de U2, pour un gros bout-en-train. Seuls Matt Osman à la basse et Richard Oakes à la guitare (très amaigri) se risquent à quelques avancées au devant de la scène dès que leur chanteur la quitte pour prendre son bain de foule. Sitôt que celui revient, ils prennent 1 ou 2 mètres de recul, laissant toute la place à leur charismatique leader. Je crois surtout qu'ils ne veulent pas prendre le micro en pleine poire lorsque Brett Anderson le fait tournoyer au bout de son câble telle une fronde. En tout cas, musicalement, c'est parfait !


  

Petite accalmie avec deux nouveaux morceaux : le somptueux Tides suivi de RoadKill, un texte parlé par Brett Anderson seul sur scènePuis résonnent les premières notes d'un monument de la discographie du groupe : The Asphalt World. Peu jouée en tournée et reçue comme un cadeau ce soir, cette sombre ballade psyché de 9 minutes est l'un des grands morceaux de Dog Man Star, le second opus de Suede. Le public ne s'y trompe pas et ovationne le groupe après cette performance. Un vrai bonheur. Après cette superbe envolée, retour au speed avec, coup sur coup, Filmstar, Metal Mickey, Trash et Animal Nitrate. De quoi finir d'enflammer toute La Cigale. 


Le groupe quitte la scène laissant Brett Anderson seul à la guitare pour un titre en version acoustique. Il ajoute que chaque soir de la tournée il joue de cette façon un morceau différent, notamment pour les fans qui suivent le groupe sur plusieurs dates. Ce soir ce sera The Big Time. Il est à souligner que depuis le début de cette tournée, Suede a le bon goût de varier environ 1/4 de sa set-list. Petit détail qui est toujours très appréciable pour ceux qui font plusieurs dates. Après The Invisibles, le concert s'achève sur le très beau Flytipping, titre qui clôture également le dernier album du groupe.
En rappel Suede revient avec Beautiful Ones, lui aussi repris en cœur par un public totalement comblé devant un Brett Anderson incroyable de présence et bluffant d'énergie. 
Suede était bel et bien au rendez-vous. Brett Anderson était partout. Superbe prestation !



Toutes les photos du concert ICI

                                                                                                                                           Jérôme

mercredi 12 septembre 2018

U2 @ AccorHotels Arena - 8 septembre 2018 - Paris

22h45 à l'AccorHotels Arena, sur les notes de 13 (There Is A light), Bono ouvre le toit de la maquette représentant sa maison d'enfance. Il en sort une ampoule incandescente suspendue à un fil, qu'il balance au dessus de la foule. La lumière dans les yeux de Paul Hewson, jeune adolescent de Dublin qui rêve de Rock'n Roll. La lumière qui inonde le groupe depuis 40 ans. La lumière qui continue de guider U2 vers un prochain chapitre de son épopée. Puis Bono quitte la salle, traversant la foule, exactement au même endroit et de la même façon qu'il y a trois ans, lorsqu'il entrait en scène pour le début de l'iNNOCENCE + eXPERIENCE TOUR.
Le groupe boucle ainsi cet ambitieux concept de deux albums jumeaux et de deux tournées liées l'une à l'autre. Entre temps les Irlandais ont même réussi à glisser la tournée anniversaire de l'album culte The Joshua Tree. Au final c'est plus de 200 concerts sur quatre ans à travers le monde pour U2. Cette première date Parisienne (sur 4) était l'occasion de vérifier si ce rythme infernal ne commençait pas à peser sur ce groupe souvent exceptionnel en Live.


La scène est quasi identique à celle de 2015. Une scène principale reliée par une passerelle à une plateforme située à l'opposée de la salle. La passerelle est surmontée d'un gigantesque écran, qui sert aussi de scène lorsque le groupe se glisse à l'intérieur de celui-ci. C'est d'ailleurs à l'intérieur de cette cage/écran que le show débute avec The BlackOut, après une longue séquence vidéo, dénonçant la folie destructrice des Hommes et ponctuée par un Chaplin en dictateur hystérique. Les problèmes de voix de Bono, qui l'avaient obligé à interrompre et annuler le second show de Berlin il y a une semaine, semblent bel et bien oubliés. Le groupe poursuit avec Lights Of Home. Bono arpente la passerelle illuminée et inclinée. L'effet visuel est canon.



Pause dans le déploiement technologique et retour aux bases avec I Will Follow, premier hymne rassembleur du groupe figurant sur Boy, leur premier opus. Les riffs de The Edge font toujours autant d'effets sur ce titre. Enchaînement punchy avec Red Flag Day et Beautiful Day, devenue une incontournable de U2 en Live.


L'écran se rallume et laisse apparaître quelques vagues d'écume sur les notes de The Ocean, puis on replonge dans les souvenirs de nos paddys. Tout d'abord avec Iris, superbe chanson que Bono a écrite en hommage à sa mère, décédée lorsqu'il avait 14 ans, ensuite avec Cedarwood Road, sur laquelle le chanteur longe la rue de son enfance. The Edge est encore une fois génial sur ce morceau. La passerelle s'allume aux couleurs de l'Irlande pour le fameux Sunday Bloody Sunday, en version acoustique, puis cette première partie de show se termine en puissance avec Until The End Of The World.


Un intermède de quelques minutes se produit, cette fois sur Hold Me, Thrill Me, Kiss Me, Kill Me, tandis que les membres du groupes sont mis en scène dans un clip genre Comics. Le visuel est vraiment sympa et la résolution de l'écran est réellement bluffante.



Le groupe réapparaît sur la E-Stage de l'autre côté de la salle. L'enchaînement Elevation/Vertigo soulève le public déjà très chaud et une fois encore le visuel est très bon et très dynamique. La boule à facette surplombe la scène ; Bono est cette fois paré d'un chapeau haut de forme et semble prendre un malin plaisir à jouer un rôle d'amuseur burlesque. Il explique avec malice ses rêves d'adolescent voulant devenir une Rock Star. S'imaginant interpellé dans la rue par une vieille connaissance à qui il répondrait avec dédain.
- "Hey, I know who you are. You're Paul from the 10 of cedarwood road, you're not a Rock Star!"
- "What ? ...I don't know what you're talking about...Paul Is Dead ! I'm fucking Bono, and this is The Edge, this is Adam Clayton, this is Larry Mullen Jr and we are the best band on the north side of Dublin !" 
Lancement idéal pour Even Better Than The Real Thing !



Plus de 25 ans après le Zooropa Tour, Mr. Macphisto, le double diabolique de Bono, qui téléphonait aux dictateurs du monde en plein concert pour les féliciter, fait soudainement son retour. Par le biais d'un filtre photo, le visage du chanteur se transforme sur grand écran. Plus puissant, plus hideux, Macphisto rappelle à tous en guise d'avertissement : "This is when you think that i don't exist that i'm doing my best work..." . Puis The Edge fait déferler les riffs de Acrobat, pour l'un des meilleurs moments du concert. Superbe !


On ne va pas se mentir, après AcrobatYou're The Best Thing About Me en acoustique paraît bien fade. Summer Of Love en version minimaliste passe mieux. Sur l'écran, ce sont des images de migrants, fuyant leur pays dévasté par la guerre et risquant leur vie à traverser la Méditerranée sur des embarcations de fortune, qui accompagnent cette triste ballade. Adam et The Edge prennent place ensuite sur deux petites plateformes situées de chaque côté de la salle, permettant ainsi une proximité maximum avec le public. Le groupe est ainsi réparti aux quatre coins de l'espace pendant Pride (In The Name Of Love).


Et dans cette période d'incertitude sur la solidarité et l'unité entre les peuples, U2 brandit un énorme drapeau européen sur Get Out Of Your Own Way. Les plus célèbres notes de basses des années 80 résonnent ensuite sur New Year's Day et me replongent 35 ans en arrière. J'étais au collège et c'était le premier 45 tours de Rock que j'achetais. Je l'ai écouté des centaines de fois et je crois que je ne m'en lasserai jamais.


Le set s'achève sur City Of Blinding Lights : Ode à Paris, ville avec qui le groupe a toujours eu un rapport spécial. Que ce soit dans la joie et la fête ou dans la tristesse et le soutien comme il y a trois ans (le groupe était à Paris au moment des attentats du 13 novembre).
Le rappel sera doux : One puis Love Is Bigger Than Anything In Its Way, où le public ne s'arrête plus de chanter, même pendant le speech de Bono. Enfin 13 (There Is A Light), pour clôturer, après plus de deux heures, le premier show parisien. Un concert moins intense que lors des précédentes tournées mais le plaisir est toujours là.

Pas de Where The Streets Have No Name, pas de With Or Without You. On peut regretter (ou pas) le choix du groupe de ne jouer aucun titre de l'album The Joshua Tree, mais on peut le comprendre. De toute façon, U2 aime surprendre, quitte à déstabiliser voire frustrer une partie des fans. C'est aussi ça qui fait que cela fonctionne depuis si longtemps.




Toutes les photos ICI.