Samedi soir à La Loco de Quimperlé, on a parlé de Chihuahua, de Patrice, de l'Isole, d'une tortue de mer, de force... il s’en est passé, des choses ! Ceux qui étaient là savent...et la salle était pleine à craquer — une habitude pour les concerts de Mademoiselle K, pourtant loin des codes de l’industrie musicale et du business qui l'entoure mais qui possède un public fidèle, présent depuis près de vingt ans, prêt à vibrer à chaque nouvelle tournée.
Après une première partie assurée par Eva Hélia (que j’ai malheureusement ratée, n’arrivant qu’à la fin de son set), le concert démarre avec trois titres en anglais, avant d’enchaîner avec l’excellent J'rêve d’un CRS, tout en muscle. Mademoiselle K alterne basse et guitare et partage avec humour sa journée à Quimperlé. Pas triste (le Patrice 😁)! Le public accueille chaleureusement les deux nouveaux titres joués ce soir : G Buggé et Amour Moitié. La setlist explore cinq de ses six albums studio, avec une nette préférence pour Hungry Dirty Baby, dont huit morceaux sont interprétés, dont les superbes R U Swimming ? et Someday, ma préférée.
Entourée de musiciens complices et impeccables, Mademoiselle K enchaîne les titres avec maîtrise. Au coeur du set, elle nous lit un poème de Cécile Coulon, Ma Force, un texte émouvant qui lui correspond parfaitement : courageuse, entière, solide et à fleur de peau. Alors que le concert touche à sa fin, et même si elle l'a suggéré sourire en coin, personne n’a douté qu’elle jouerait les incontournables Ça me vexe et Final, toujours aussi puissants. Pour conclure en beauté, Jalouse est offert en rappel, repris en chœur par le public.
Mademoiselle K signe un concert sincère et intense, faisant preuve, encore une fois, d'une qualité qui ne faiblit jamais et confirmant son lien unique avec ses fans.
La date était cochée depuis un bail sur mon agenda. Une fois la semaine de boulot bouclée, cap sur le Carnavalorock de Saint-Brieuc, avec deux groupes dans le viseur : Sprints, que je voulais absolument revoir après leur superbe passage au festival God Save The Kouign de Penmarc’h, et The Undertones, groupe culte que j’étais curieux et impatient de découvrir sur scène. Bref, j’étais au taquet !
Le Carnavalorock ne se résume évidemment pas à ces deux concerts. Ce vendredi, Poézie Zéro, Lofofora et Krav Boca complétaient la programmation, tandis que le samedi affiche Les Limiñanas, Les Hurlements de Léo, Didier Super, Drama King, Silmarils et Frustration. Une très belle programmation, cohérente et alléchante, fidèle à l’ADN punk rock du festival. Un tour de force à saluer, par les temps qui courent, monter un tel événement relève presque de la prouesse. Le contexte économique est ultra tendu pour les structures et associations culturelles. Le président du festival, Sam Burlot, rappelait d’ailleurs cette semaine à quel point l’avenir du Carnavalorock restait fragile, dépendant avant tout du soutien du public. Le meilleur moyen de le préserver ? Y aller, tout simplement. Les artistes, eux, ont aussi joué le jeu en proposant des cachets raisonnables. Une vraie bataille à mener sur tous les fronts.
Depuis son passage à Penmarc’h, Sprints a sorti un deuxième album, All That Is Over : un disque plus abouti et travaillé que le précédent, déjà excellent. Sur scène, Karla Chubb, véritable pièce maîtresse du groupe, irradie tout. Puissante, magnétique, elle éclipse presque totalement ses trois camarades. Pas intimidée pour un sou par un public un peu calme en début de set, il ne lui a fallu que quelques instants pour embraser la salle Robien, retournant le public aussi facilement qu'une vieille poche de caban. Circle pit, slam, pogo, chant dans la foule… Karla Chubb a donné de sa personne et le public a suivi dans une énergie contagieuse. Mention spéciale aux sublimes Something Is Gonna Happen, Heavy et Coming Alive. Excellente prestation.
Je vais être honnête : je connais The Undertones surtout pour leur tube Teenage Kicks, considéré par le grand John Peel comme le meilleur single de tous les temps. Et pour leur premier chanteur, Feargal Sharkey, au faciès de boxeur. Lui a quitté le navire depuis belle lurette, parti vers la variété, tandis que ses anciens compagnons sont restés droits dans leurs Doc’. Au début des années 2000, Paul McLoone a repris le micro, et c’est donc un groupe qui affiche près de cinquante ans de carrière au compteur qui s’est installé sur scène vers 22 heures.
Quelle énergie ! J’ai eu la banane du début à la fin. Jimmy Jimmy, Boys Will Be Boys, You’ve Got My Number, It’s Going To Happen, My Perfect Cousin, le fameux Teenage Kicks — tout s’enchaîne à un rythme effréné, à la manière des Pixies, presque sans temps mort. Michael Bradley, à la basse, se moque gentiment du nom du groupe Sprints, qu’il prononce à la française — petite pique amicale entre Nord-Irlandais de Derry et Irlandais de Dublin. À moins qu'il rigolait de l'accent français, ce qui n'est pas impossible. Le set, d’abord pop/rock, vire peu à peu au punk rock. Paul McLoone chante impeccablement et se démène sur scène à coup de pied levé et déhanché. Les frères O’Neill assurent à la guitare, jouent vite et sans forcer (en tout cas c'est l'impression qu'ils renvoient), et Billy Doherty martèle la batterie avec une précision redoutable. De véritables Ramones britanniques ! Le public est hyper réceptif, slame et pogote dans la bonne humeur jusqu’au final sur Get Over You. Les Undertones ont été épatants et quittent la scène sous une ovation méritée. Bravo !
C’était ma première fois au Carnavalorock, et j’y ai passé un excellent moment. L’occasion aussi de retrouver une belle bande de copains, dont Fabrice, membre du staff et responsable des Undertones pour leur venue (adorables de bout en bout, d’ailleurs). En vrais gentlemen, ils n’ont pas manqué de le remercier chaleureusement à la fin du set. Une belle preuve du professionnalisme et de gentillesse de ces “vieux” punk rockers, mais aussi de la qualité du festival, en termes d'accueil et d'attention apportée aux artistes. Longue vie au Carnavalorock !
Installé à San Pedro, en Californie, depuis 2015, David Ivar Herman Dune reste très attendu en France. Les dates de sa nouvelle tournée affichent déjà presque toutes complet — une reconnaissance amplement méritée pour cet artiste aux multiples talents, dont la simplicité, le style et les chansons touchent durablement un public fidèle. Dans un cabaret Vauban archicomplet, il faisait chaud, très chaud, pour le grand retour de Herman Dune dans la cité du Ponant, seize ans après son dernier passage. Malgré la température, le songwriter a gardé son bonnet tout au long du concert — « comme sur la pochette d’Odysseùs », son dernier album, a-t-il précisé. Tel un Ulysse revenant à Ithaque, Herman Dune avait des histoires à raconter, et nous étions tout ouïe.
Seul en scène, tout en sincérité
Non sans quelques péripéties pour se garer dans le quartier du Vauban en travaux, nous arrivons à la fin du set de Savanah, qui ouvrait la soirée. Le changement de plateau nous laisse tout juste le temps de nous faufiler dans la salle bondée, et le concert commence.
La tournée reprend le format intimiste de celle de 2022(où nous l'avions vu au Sew de Morlaix), seul en scène, quelques lumières chaudes pour l’ambiance, et toute la sincérité d’un artiste qui n’a besoin de rien d’autre. Odysseùs est joué presque dans son intégralité. Le violon, très présent sur l’album, est remplacé par l’harmonica, la guitare, le chant ou le sifflement. À l’instar de The Cassette Tapes ou The Portable Herman Dune, tout est livré dans une version brute, dépouillée, qui lui sied à merveille.
Entre confidences et émotions
Toujours aussi attachant, David Ivar se confie entre les morceaux : sa vie à San Pedro, ses trois chats noirs, son mariage récent, ses tourments, et ces grues portuaires brestoises qui lui rappellent celles de chez lui. Le public est conquis, répond par des applaudissements nourris et des bravos de plus en plus enthousiastes. Les frissons montent sur les magnifiques My Home Is Nowhere Without You, Head Against The Wall, Your Name/My Game, et bien sûr l’incontournable I Wish That I Could See You Soon, sans doute son titre le plus emblématique. Mention spéciale pour Holding A Monument, 369 The Sun Gon’ Shine et Into The Darkness Indeed, trois perles qui résument à elles seules la musique d’Herman Dune : une folk lumineuse, teintée de blues, oscillant entre mélancolie et espoir.
La Bretagne dans le cœur
La fin de set est splendide avec, Black Dog etNot On Top, offertes à la demande insistante d’un public visiblement heureux — et au très bon goût. Le rappel ne se fait pas attendre : deux derniers titres joués dans la pénombre viennent clore une setlist impeccable et une soirée parfaite en tous points.
La Bretagne aime Herman Dune, et Herman Dune le lui rend bien. Après Rennes, Nantes et Brest, le chanteur reprendra la route vers Lorient, puis Morlaix, avant de poursuivre sa tournée en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne, avant, à la fin du voyage, de retrouver sa Pénélope et ses compagnons à quatre pattes.