mardi 11 juillet 2017

BEAUREGARD 2017

C'est déjà fini pour la 9ème édition du Festival Normand. Trois jours de très bons concerts, de gros cagnard et de fête. Une nouvelle fois Beauregard a su déployer tous les moyens pour faire de ce cru 2017 un pur moment de plaisir et de qualité avec son lot de gros concerts mais aussi de belles découvertes. Si le Festival possède toujours un cœur de programmation Pop/Rock Anglo Saxon, la volonté des organisateurs de poursuivre l'élargissement musical à tous les styles se confirme encore un peu plus cette année. Pour le meilleur (Tinariwen, Ibrahim Maalouf) et pour le pire parfois (Vald). Quoiqu'il en soit, on ne sort jamais déçu de ce festival qui voit chaque année organisateurs, techniciens et bénévoles se plier en quatre dans la bonne humeur pour faire du premier week-end de Juillet un rendez-vous définitivement incontournable.
Retour sur 3 jours de Live :


VENDREDI

Le temps d'arriver sur site, notre festival commencera par WARHAUS, projet solo de Maarten Devoldere, leader du groupe Balthazar. Voix grave, guitare tendue et style langoureux, la musique de Warhaus c'est du Cohen 2.0. En arrière-plan, aux chœurs, Sylvie Kreusch se déhanche sensuellement en peignoir tandis que Maarten Devoldere enchaîne loops de trompette et intro au mélodica avant de descendre chanter au cœur de la foule ravie. Très belle prestation et mention spéciale à la  version solo et acoustique de Memory et à l’envoûtant The Good Lie.


La suite avec HER. Le duo Rennais est aujourd'hui diminué puisque Simon Carpentier, souffrant, n'est pas présent sur la grande scène Beauregard. Qu'importe, Victor Solf au chant épaulé de son groupe relève le défi haut la main. L’électro Soul de Her est un vrai délice et le concert est impeccable. La voix de Victor est vraiment impressionnante comme sur la belle reprise de Sam Cooke : A Change Is Gonna Come. Le public en majeure partie très jeune accroche sans difficulté et fait écho au Dandy Chanteur sur leur tube Five Minutes. Impeccable.


A tort ou à raison (j'ai ma petite idée là-dessus), nous profitons du concert de BIOLAY pour parcourir le site et découvrir les nombreux stands présents. De la dégustation d’huîtres aux produits du terroir (fromages, biscuits, cidre), du bar à vin à la nourriture en tout genre, de la chambre noire (John's World) pour expériences sensorielles au John's Pub et ses nombreuses bières spéciales : de la Heineken 25cl à 3,20 € à la pinte de Mort Subite à 9 €...et là c'est vrai que ça pique un peu. La déco et les happenings eux sont toujours aussi cool.





Retour à la musique avec le set de METRONOMY, 5 ans après un passage très apprécié sur la plaine du château d'Hérouville-Saint-Clair. Le groupe Anglais est une fois de plus diablement efficace. Alternant les titres du dernier Lp Summer 08 et les incontournables tubes tels que The Look, The Bay, Everything Goes My Way, Love Letters ou encore I'm Aquarius. La fosse est devenue un dancefloor, c'est déjà un gros temps fort du week-end à n'en pas douter.

MIDNIGHT OIL est l'un des groupes les plus excitants du jour. Le combo Australien à la renommée internationale s'est récemment reformé et l'interrogation est grande quant à la prestation à venir, 15 ans après leur dernière tournée. Peu de personnes les ont vus et on reste finalement assez fixé sur ce que le groupe faisait il y a 30 ans. Si doutes il y avait, ils ont été vite balayés. Peter Garrett le géant leader n'a pas trop changé et sa voix est toujours aussi forte et captivante. Le set qui débute par le tube Blue Sky Mine est parfaitement équilibré. Musicalement, c'est vraiment top et lorsque les titres de Diesel And Dust commencent à résonner, on se rappelle à quel point cet album est grand. Warakurna, Dream World, The Dead Heart jusqu'au tant attendu Beds Are Burning. Peter Garrett au bord de la scène fixant le public et tel un chaman, agitant les bras comme des marteaux pour enfoncer dans les cranes les paroles plus que jamais d'actualité de cette chanson écologiste. Le meilleur concert de la journée tout simplement.



PLACEBO fait pâle figure après ce majestueux set de Midnight Oil. Brian Molko plus statique que jamais se contente d’enchaîner les titres les uns après les autres sans communiquer. Et malgré quelques bons passages (Too Many friends, The Bitter End, Special K), l'impression globale est franchement décevante. Même chose pour MØME, dont l'Electro mélodique nous laissera franchement indifférents. Nous partons, laissant le soin à BOYS NOIZE de clôturer un premier jour franchement bon.



SAMEDI

Il ne fallait pas arriver trop tard samedi à Beauregard, et pour au moins deux raisons. La première est que ce fût assez laborieux au niveau des entrées après 18h00. Les fouilles plus minutieuses, le flux important de festivaliers entrant au même moment et le nombre de files d'entrée assez faible ont généré une attente interminable pour pas mal de personnes et des critiques assez vives ont fleuri du côté des réseaux sociaux. Petit bémol donc pour une organisation jusqu'à maintenant irréprochable, il faut le dire aussi. Deuxième raison qui justifiait une présence à 17h00 devant la grande scène, c'est ce putain de bon groupe dans la pure tradition Garage Rock, les biens nommés YAK. Après une entrée en matière tout en puissance, ce quatuor Londonien posé là en plein soleil pendant 1 heure , a su partager la chaleur du moment à gros coup de basse et de riffs de guitare bien bourrin. En témoigne leur excellent Heavens Above qu'on croirait tout droit sorti d'un album des Stooges.


Pendant 1 heure j'essaie d'oublier ma peine d'avoir vu les malheureux GRANDADDY remplacés par VALD après le décès brutal de Kevin Garcia le bassiste du groupe. Dur.


Heureusement, les organisateurs l'ont bien compris 😉



C'est EDITORS qui œuvre maintenant sur la scène principale (un retour après une première venue  en 2010). Tom Smith fait le show, le début de set est costaud : Cold, The Racing Rats et Munich en premier enchaînement. Nous saluons rapidement Christian Mazzalai du groupe Phoenix en spectateur incognito non loin de nous. Pendant ce temps là Editors soulève un public nombreux et déjà très chaud. Y'a plus qu'à terminer un boulot très bien mené avec le splendide Papillon en final.






C'est l'heure du mur d'amplis Marshall dans ta face avec AIRBOURNE ! Les Australiens sont fidèles à eux mêmes. Pas de chichis, tout à fond. Difficile d'extraire un titre plus qu'un autre tant leur énergie est égale du début à la fin. Airbourne fait du Rock, Airbourne n'a rien inventé, on peut voir en ce groupe une multitude de référence à d'illustres modèles (un morceau comme Down On You, rappelle beaucoup Kicked In The Teeth d'ACDC). Airbourne fait du Rock, il le fait très très bien et c'est tout ce qu'on lui demande.




Place à la légende, au roi IGGY POP. Torse nu (depuis 50 ans), boitillant sévèrement mais en pleine forme, Iggy démarre en trombes avec un enchaînement de malade : I Wanna Be Your Dog, Gimme Danger, The Passenger et Lust For Life. Ouch ! En coulisse on aperçoit Phoenix et Yak pour observer l'Iguane à l’œuvre. Tu m'étonnes ! Tout y passe : bain de foule dans les premiers rangs devant des gamins effarés, posture de soumission, danse déchaînée et début de strip-tease (en même temps y'a pas grand chose à enlever). Et ça continue : Search And Destroy, T.V. Eye, No Fun, 6 titres des Stooges joués ce soir. Un gros show qui se termine sous les ovations avec Real Wild Child (Wild One) : Titre qui résume le personnage à lui tout seul.




Après cette déferlante, nous avons pris le temps de nous poser un peu, délaissant la scène où IBRAHIM MAALOUF jouait. Nous l'avions vu un peu plus tôt en conférence de presse. L'artiste exprimait sa joie d'être programmé dans des festivals comme un groupe parmi d'autres. "Nous avons réussi à faire tomber des murs, mais il est de ma responsabilité d'être à la hauteur de ces défis  (Festivals, Bercy)". Ibrahim Maalouf a tenu également à rappeler toute l'influence qu'a pu avoir sur lui la chanteuse Américano/Mexicaine Lhasa De Sela décédée en 2010.




Il est 23h30 passé et PHOENIX entre en scène avec Ti Amo, titre du dernier album sorti le mois dernier. La scénographie est très sympa avec une création lumière projetée au sol et reflétée par un mur de miroirs inclinés. Côté zik, ça se passe bien même si je trouve un peu long passé la première 1/2 heure. L'effet voix et le style musicale restent assez constants tout du long et peuvent lasser au bout d'un moment. Les tubes sont là : Lisztomania, Entertainment, 1901, J-Boy, le set se termine sur un slam géant de Thomas Mars qui finira flottant sur la foule sans micro.




Direction scène JOHN pour ECHO AND THE BUNNYMEN, le coup de cœur de Paul Langeois, directeur du Festival. "Un des groupes qui ont forgé mon éducation musicale" dit-il. Si Echo And The Bunnymen est moins connu que The Waterboys, Tears For Fears ou Simple Minds,  il aura été certainement plus influent et peut revendiquer une certaine paternité dans le style chez The La's, Oasis ou encore Miles Kane. Une New Wave  mélancolique avec quelques titres phares comme Lips Like Sugar, Seven Seas, Bring On The Dancing Horses et surtout The Killing Moon, tous joués ce soir. On regrettera le choix artistique du groupe de jouer sans écrans géants et sans frontlights, plongeant la scène dans une quasi obscurité et faisant fuir à coup sûr les curieux et indécis. Un concert plus pour les initiés donc.




DIMANCHE


On commence tôt (15h30) pour FAKE, un jeune groupe d'Indie/Rock originaire de Lisieux, vainqueur du tremplin AOC. Le style n'est pas sans rappeler Half Moon Run ou Archive. Un deuxième Ep et un clip sont dans les tuyaux, bref ces gars là tracent tranquillement mais sûrement leur sillon et leur prestation laisse entrevoir un bon potentiel. A suivre.



Attention, grosse claque ensuite. Le groupe FAI BABA (venu de Zurich) a été l'une des révélations du week-end à mes yeux. A l'entrée en scène lorsqu'on voit le claviériste en collant à écailles et le batteur en slip....on se dit que c'est une blague. Mais sous leurs airs un peu déjantés, Fai baba nous distille un Rock Blues de toute beauté. Quelque part entre Grant Lee Buffalo, Sparklehorse ou Chris Isaak. A revoir absolument.



En plein soleil, pour la fin d'après midi, le blues touareg de TINARIWEN est tombé à point nommé, laissant les festivaliers embarquer pour une heure dans les déserts africains.



A l'instar de Cypress Hill en 2015 ou de Jurassic 5 l'année dernière, c'est au tour de HOUSE OF PAIN de mettre le feu à Beauregard avec son Hip Hop Old School. Énorme ambiance de ce côté du site pendant qu'avait lieu la conférence bilan des organisateurs. Alors Jump Around ?




A entendre les notes de guitares qui résonnent scène BEAUREGARD on pourrait penser à Pink Floyd, c'est l'entrée en matière instrumentale magnifique de MICHAEL KIWANUKA. Immédiatement saisi, captivé par l'intensité du chant de l'artiste il est bien difficile de ne pas penser à Ben Harper ou Otis Redding notamment sur Black Men In A White World. Magnifique !


On zappera JAGWAR MA pour se restaurer au stand (il faut bien !). Les tourtes veggies avec frites de patates douces de My Pie étaient délicieuses.
Vient l'évènement du jour pour ma part, les Britanniques de FOALS attendus sur la grande scène. L'un des beaux coups de l'édition pour les programmateurs tant le groupe a pris de l'ampleur en quelques années. Emmené par le charismatique Yannis Philippakis, Foals est un peu en retrait en ce début de set. Mountain At My Gates, Snake Oil et My Number, la set list est bonne mais c'est très convenu pendant toute la première moitié, rien de folichon et puis enfin (et heureusement) le déclic se produit et le live décolle enfin sur A Knife In The Ocean pour ne plus redescendre. Inhaler, What Went Down puis Two Steps Twice, le final est énorme. Sauvé in extremis.


Les fans de THIEFAINE sont déjà en place pendant que Foals joue encore. Le concert aura une saveur spéciale car le chanteur poète est accompagné de l'Orchestre Régional de Normandie, soit une trentaine de musiciens classiques sur scène. Bien entouré (avec notamment son fils à la guitare) Thiéfaine fait la part belle à ses derniers albums avant de satisfaire son public qui attend les standards. Aligator 427, Je T'en Remet Au Vent, Lorelei Sebasto Cha, La Fille Du Coupeur De Joints. Collaboration réussie et appréciée. 

Place au final déjanté avec les Sud-Africains de DIE ANTWOORD. Musicalement j'ai beaucoup de mal mais il faut admettre que le show est superbe. Une structure à 3 niveaux, une énergie folle et un visuel détonnant pour une clôture de festival. 


Encore une très belle édition pour BEAUREGARD qui ne déçoit jamais décidément. 65 000 personnes sur 3 jours sont venus, c'est juste mais finalement correct dixit les organisateurs, le dimanche ayant attiré moins de monde (15 000). La météo magnifique aura été une alliée de poids pour convaincre les indécis de dernière minutes. Le regard est désormais tournée vers 2018 pour les 10 ans du festival. Le retour aux 4 jours est fortement envisagé et souhaité. Il faudra alors une tête d'affiche d'envergure pour fêter dignement ce bel anniversaire.

TOP 5 MILOUZE EN LIVE (très difficile cette année)
1 IGGY POP
2 FOALS
3 MIDNIGHT OIL
4 METRONOMY
5 MICHAEL KIWANUKA

et gros coups de coeur pour FAI BABA, YAK et WARHAUS

Toutes les photos ici et toutes les vidéos là 😀



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