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vendredi 5 décembre 2025

The Chameleons @ Cabaret Vauban, 4 décembre 2025 - Brest

Je ne vais pas vous raconter d’histoires : The Chameleons, dans les années 80, je suis complètement passé à côté. J'étais trop jeune peut-être… J’écoutais plutôt U2, Talk Talk, The Cure ou Depeche Mode.
Plus tard, quand j’ai fini par plonger dans le post-punk, j'allais plutôt vers Joy Division, Killing Joke ou The Opposition. Bref : The Chameleons n’étaient pas familiers à mes oreilles. Néanmoins, je savais que le groupe avait sorti des albums importants et lorsque la date du Vauban a été annoncée, j'ai eu la nette impression que ce serait une erreur de pas y être. Je me suis donc plongé plusieurs semaines dans la discographie du groupe (il n’est jamais trop tard pour écouter de la bonne musique !)... Il ne restait plus qu'à y aller.

Pas de première partie : le concert démarre à 20h45, malheur aux retardataires ! Le Vauban est archi-complet et l’enthousiasme est palpable. Ce soir, la moyenne d’âge frôle la soixantaine, il y a beaucoup de fans de la première heure. De la formation originelle des Chameleons, il reste ne reste que Mark Burgess — alias Vox — (chant et basse), et Reg Smithies (guitare). Le binôme historique est désormais entouré de Todd Demma (batterie), Danny Ashbury (claviers) et Stephen Rice (guitare). Le set s’ouvre avec Where Are You ?, titre issu de Arctic Moon, cinquième album studio du groupe — cinq albums en trente-cinq ans d’existence, entrecoupés de séparations et de reformations. Sur la pochette, on retrouve cet artwork immédiatement reconnaissable, mélange de psyché et de poésie, propre aux Chameleons. Un style graphique qui ressemble un peu à celui de Ange et qui me rappelle les couvertures des romans de Barjavel. Retour au concert, l’ambiance est excellente dès les premières secondes...comme souvent au Vauban. Guitare-basse en bandoulière, Vox en impose : visage sévère, voix impeccable, regard perçant. Je lui trouve justement un petit air de Jaz Coleman, le charismatique leader de Killing Joke.



Les anciens titres ne tardent pas et Perfume Garden, que Vox dédie à John Peel, me donne les premiers frissons. Les nouveaux morceaux tiennent carrément la route : Lady Strange, Feels Like the End of the World, Saviours Are A Dangerous Thing — dédicacée à Trump, Farage et Le Pen (“don’t believe them!”, lance Vox en introduction) — et surtout David Bowie Takes My Hand, magnifique ballade de près de dix minutes, avec ces accords de guitare douze cordes qui rappellent clairement l’intro de Space Oddity. Juste avant, Vox explique que cette chanson lui a “sûrement sauvé la vie”. On n’en saura pas plus. 

 

Autres grands moments du concert : les magnifiques Paradiso (sur laquelle on mesure toute l’influence des Chameleons sur des groupes comme Interpol, White Lies ou Editors), Swamp Thing et Soul Isolation, que Vox allonge de multiples incursions/snippets. Parmi celles que j’ai reconnues : The End des Doors, Eleanor Rigby des Beatles et There Is a Light That Never Goes Out des Smiths. Vox dégouline de sueur (il fait toujours chaud au Vauban!), il mime un tir de précision et murmure "Diamond Bullet Through The Head...", le public ne s'y trompe pas et acclame haut et fort ce passage très intense du show. Il s'est passé un truc comme on dit !



Le temps est passé vite, le groupe quitte la scène puis revient pour un rappel superbe qui retourne littéralement le Vauban : quatre titres issus de Script of the Bridge, l’album phare du groupe, encore aujourd’hui un album majeur du post-punk. Moi qui me suis éloigné du bord de scène, je constate que même tout au fond du Vauban, jusque dans les escaliers, les gens chantent et applaudissent sur Monkeyland et Second Skin. L’apothéose arrive avec Don’t Fall, hymne post-punk par excellence, qui n’a pas pris une ride en plus de quarante ans. Grosse ambiance. Excellent concert. 
J'étais passé à côté des Chameleons à l'époque, merci au Vauban pour cette belle session de rattrapage !

Jérôme



lundi 17 mars 2025

Mathieu Boogaerts @ Cabaret Vauban, 16 mars 2025 - Brest

Mathieu Boogaerts vient jouer au Vauban pour la quatrième fois, à l'occasion de la sortie de son neuvième album intitulé Grand Piano. Il semble aussi heureux que le public d'être là et déboule sur scène seul sans tambours ni trompettes cinq minutes avant l'heure annoncée. Il nous présente illico son "grand piano", alias son groupe de trois musiciens qui le rejoignent sur scène depuis le fond de la salle. La seule fois que j'ai vu Mathieu Boogaerts en concert, ici même, il y a 22 ans, il était seul sur scène et projetait sur un écran un groupe qui l'accompagnait. Je me rappelle aussi d'un faux rocher sur lequel il se posait avec sa guitare. Un très bon souvenir qui ne demandait qu'à être ravivé ce soir.

Vêtu de la même chemise jaune qu'il porte dans son dernier clip, Mathieu Boogaerts explique avoir écrit le nom des toutes les chansons qu'il va jouer ce soir sur des petits bouts de papier entassés dans sa poche. Hormis la première et la dernière, l'idée est donc d'en tirer au sort l'ordre au fur et à mesure de la soirée, rendant ce concert unique. Idée originale qui colle bien au personnage. Le concert débute tout en douceur avec Faut Pas Que J'oublie, magnifique chanson qui ouvre également l'album Grand Piano. Vient ensuite ce qui va être le rituel de la soirée : main au fond de la poche, lecture du petit papier (sans en souffler mot au public), annonce discrète au musiciens, indications d'éclairage et c'est parti ! Lumière rouge, fesses qui frétillent en rythme c'est Bas De Laine qui est le premier titre sorti de la poche, suivi de Bancal et du magnifique Avant Que Je M'ennuie.

 

Je suis vraiment admiratif des sons de Mathieu Boogaerts. Il est l'un des seuls, je trouve, à manier aussi bien la musicalité des syllabes et des mots, la phonétique dans les textes. Plus Jonasz que Nougaro, Plus Annegarn que Gainsbourg, Mathieu Boogaerts mêle admirablement poésie et rythmiques jazzy ou bossa comme sur Come To Me ou Vallée. La danse n'est jamais loin. Entre les chansons et le rituel du tirage au sort, l'artiste est bavard, pour le plus grand plaisir du public. On se régale de le savoir incapable de prononcer le mot insatisfaction ou de le voir déboutonner sa chemise au fil du concert, quitte à faire un peu kéké comme il le dit en souriant. Une cool attitude qui me rappelle Philippe Katerine, Vincent Delerm ou Mac DeMarco, et tout comme eux, Mathieu Boogaerts, sous son air timide et un brin maladroit, est un grand charmeur. Et comment ne pas succomber à Ma Jeunesse, Bien ou Vegas, Annie ou encore Une Bonne Nouvelle ? 

 

Malgré les interrogations de l'artiste à ce sujet à un moment, j'ai trouvé le son du Vauban vraiment excellent. L'auditoire, dans la poche depuis longtemps, se déhanche et chante en chœurs sur On Dirait Que Ça Pleut et pour ma part, je savoure Bel Et Bien Là, ma chanson préférée du répertoire de Mathieu Boogaerts, revisitée ce soir en version plus musclée, façon Sultans Of Swing, puisque comme il l'explique au public, il ne supporte plus la façon dont il chantait il y a trente ans sur son premier album  Super. Le hasard nous place les tubes en fin de set, Comment Tu T'appelles ?, Le Ciment et l'incontournable Ondulé. Mention spéciale aux musiciens qui accompagnent Mathieu Boogaerts sur scène : Jean Thévenin à la batterie, Vincent Mougel à la guitare et au clavier et Elise Blanchard à la basse, tous les trois impeccables et complétant parfaitement leur ainé. Le concert s'achève après deux rappels durant lesquels sont joués C'est Beau La Vie, Pourquoi Pas puis le bien nommé C'est Pas Drôle que Mathieu Boogaerts joue pour la deuxième fois seulement et dédie à l'horrible Trump qu'il souhaite voir mourir et à qui il envoie, avec l'aide du public, des salves de rires jaunes comme un sortilège maléfique que l'on espère le plus puissant possible. Excellent concert !



Toutes les photos sont ICI

Jérôme


vendredi 29 novembre 2024

ALAIN CHAMFORT @ Cabaret Vauban, 28 novembre 2024 - Brest

Pour reprendre, l'expression d'un ami qui a toujours le bon mot, Alain Chamfort est un peu le Bryan Ferry français. Un taulier de la variété dans ce qu'elle sait faire de mieux, un dandy délicat et discret, un anti Sardou/Hallyday. Son dernier album intitulé L'Impermanence, sorti en mars de cette année, est, de loin, celui que j'ai préféré parmi tout ce que j'ai écouté en 2024, catégorie chanson française. À l'instar de Christophe, qui, en 2016, à plus de 70 ans, avait sorti le sublime Les Vestiges Du Chaos, Alain Chamfort signe un retour magistral avec un album oscillant entre fragilité et modernité. Un album d'une grande élégance, qui  lui ressemble tout simplement. 

Dans un Cabaret Vauban complet et plein à craquer, je faisais clairement partie des plus jeunes du public. Pendant les 30 minutes qui ont précédées le début du concert, c'est le best of de Joe Dassin qui était diffusé dans la salle.  De quoi chauffer l'ambiance ? Carrément ! Toutes les personnes autour de moi reprenaient en cœur L'Équipe à Jojo ou Dans Les Yeux D'Émilie...un peu flippant d'ailleurs ! Les lumières s'éteignent, c'est parti ! Ce sont d'abord les quatre jeunes musiciens du groupe qui commencent et interprètent Baby Boum, avant qu'il arrive à son tour sur les notes de La Fièvre Dans Le Sang. Après cette entrée en matière plutôt directe, Alain Chamfort, indique avec humour avoir hésité entre stades ou petite salles pour cette nouvelle tournée. Il en a confié la direction musicale à Adrien Soleiman qui s'est donc chargé de piocher dans le répertoire du chanteur, entre anciennes et nouvelles compos pour façonner une set-list assez irréprochable je trouve. Dans ce début de show, les tubes sont présents avec Clara Veut La Lune et Bambou, pourtant, ce sont finalement les titres Amour Année Zéro, Contre L'Amour ou Notre Histoire qui ont ma préférence. Sur cette dernière chanson, Julia Jérosme (clavier et chant) apporte une très belle intensité sur le final.


Le décor de scène est sobre, un vase et des fleurs comme sur la pochette de L'Impermanence, son dernier album dont il joue ensuite 4 titres : L'Apocalypse Heureuse, Whisky Glace, l'irrésistible En Beauté et le fragile Par Inadvertance. Alain Chamfort, qui se charge essentiellement de composer les musiques de ses chansons, rend ensuite hommage à ses paroliers, Jacques Duvall et Pierre-Dominique Burgaud pour ne citer qu'eux. C'est le moment d'enchainer un Medley très années 80, même dans le son : Bébé Polaroïd/Bons Baisers D'Ici/Souris Puisque C'Est Grave. Le public est au taquet, et Alain Chamfort semble lui aussi passer un très bon moment. Tout en regardant sa troupe, il lâche comme un cri du cœur : "Je suis vraiment content d'être là...". Et puis, il est presque à domicile finalement, lui qui a des origines morbihannaises et dont le "vrai nom" est Alain Le Govic. 



C'est l'heure du slow ! Lumière chaude, back to 1986 pour un langoureux Traces De Toi. Le Vauban est sous le charme, la séduction opère depuis longtemps et l'osmose est parfaite. Avant de quitter la scène, Alain Chamfort, visiblement ému, tient à remercier son public fidèle, sans qui il n'aurait pu traverser les décennies et exercer ce métier encore aujourd'hui. Le dernier morceau est une magnifique reprise de Barry Manilow : Le Temps Qui Court. À côté de moi une dame demande à sa voisine : "C'est pas une chanson de Alliage au départ ?"...Misère ! Longuement ovationné, Alain Chamfort ne se fait pas attendre et revient une première fois, plongé dans une lumière rouge, pour interpréter Noctambule puis Géant que le public chante avec lui. J'ai, pour ma part préféré Paradis et le Gainsbourien Volatile, présent sur l'album Secrets Glacés paru en 1983. Ce rappel s'achève sur l'incontournable Manureva, qui, 45 ans après sa sortie, n'a pas pris une ride et se retrouve même boosté par une magnifique rythmique, assurée par Antoine Boistelle (batterie) et Jérôme Arrighi (basse et chant). 



Les notes hautes de Palais Royal n'ont pas effrayé le chanteur revenu une seconde fois à la demande du public. Les deux derniers titres, qui scelleront une fois pour toute le concert, sont issus du dernier album : Tout S'Arrange À La Fin, chanson très disco, dans le même esprit que Souris Puisque C'Est Grâve et que n'aurait pas renié Claude François, lui qui avait lancé la carrière d'Alain Chamfort il y a 50 ans. Puis, les musiciens quittent la scène, Alain Chamfort reste seul au piano pour interpréter La Grâce, peut-être sa plus belle chanson où il pose un regard tendre sur le passé et sur les émotions qu'il a pu transmettre autour de lui, au public et aux générations d'artistes dont il a été l'oncle magnifique. Un moment suspendu qui clos un superbe concert au cours duquel je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. C'est la première fois que je voyais Alain Chamfort sur scène, il a été comme je l'imaginais, impeccable, d'une humilité et d'une simplicité dont beaucoup devrait s'inspirer. La classe de bout en bout. 


Jérôme

lundi 18 novembre 2024

The Silencers @ Cabaret Vauban, 16 novembre 2024 - Brest

The Silencers au Vauban, c'était clairement inratable pour toutes celles et ceux qui, comme moi, étaient tombés raides dingues de A Letter From St Paul, A Blues For Buddha et Dance To The Holy Man (mon préféré), les 3 premiers albums du groupe. Que de souvenirs ! Aujourd'hui, l'adorable Jimme O'Neill, est le seul rescapé de la formation d'origine qu'il avait créée il y a 40 ans avec ses potes. Le groupe a vu passer un bon nombre de musiciens depuis. The Silencers est même devenu une affaire de famille puisque Aura et James O'Neill, les enfants de Jimme, ont intégré la formation il y a plusieurs années déjà. Après la mort de Cha Burns, (guitariste et compagnon de route de toujours de Jimme O'Neill) en 2007, The Silencers se sont fait plus discrets. L'album Come paru en 2004, restait leur dernier en date jusqu'à ce que paraisse, un peu à la surprise générale, le superbe Silent Highway il y a 1 an. Pendant tout ce temps, Jimme O'Neill n'était pas resté inactif, loin de là. Il n'a jamais quitté la scène, se produisant régulièrement avec son groupe, en solo ou avec d'autres projets musicaux tels que The Honkytonk Hicks ou The Celtic Social Club. Avec ce nouvel album des Silencers, l'inépuisable Jimme signe un magnifique retour aux sources et repart en tournée pour le plus grand bonheur des fans dont je fais partie.

C'était la course pour ne rien vous cacher ! La route, les travaux du tramway dans le quartier du Vauban, chercher une place de parking, retrouver les copains et casser la croûte... Je suis arrivé pile poil au début du concert. Bon, comme c'était complet, je me suis retrouvé tout au fond de la salle, près du bar. Pas la meilleure place pour bien voir le spectacle mais on peut dire que j'étais dans l'ambiance. Les solides et bruyants buveurs de bières qui m'entouraient ont transformé le cabaret Vauban en un vrai pub de Glasgow. Bruyants certes, mais fans ceci dit ! Ils reprenaient joyeusement en cœur la quasi totalité des chansons. En revanche il m'était impossible de bien entendre les échanges que Jimme O'Neill avait avec le public. Du coup, j'étais bien placé pour prendre moi aussi une bonne bière. On se console comme on peut !


Une set list best of qui débute en fanfare avec Painted Moon et son fameux solo d'harmonica suivi de I See Red et Answer Me, titre qui ouvre l'album A Blues For Buddha que j'ai tant écouté. Quel plaisir ! Arrive ensuite Hey Mr. Bank Manager, la plus Beatles des chansons des Silencers, comme un mélange des classiques Money et Mr. Postman. Ce soir, Jimme O'Neill est entouré de 3 musiciens dont Baptiste Brondy, batteur du groupe Delgrès, avec qui il a produit et arrangé Silent Highway. Ce dernier nous gratifiera d'un solo magnifique à la fin de I Want You un peu plus tard. Mais pour l'heure, c'est le nouvel album qui est mis à l'honneur avec 67 Overdrive, Western Swing, Whistleblower et Sunny Side. 


Ces nouveaux titres sont vraiment bons et s'intègrent parfaitement aux anciennes compos. Le temps défile, on entre dans la seconde moitié du concert dont je retiens bien sûr Scottish Rain, Number One Friend, I Want You et le formidable Bulletproff Heart, que Jimme O'Neill avait composé en 1980 avec son premier groupe Fingersprintz. C'est un autre tube imparable qui clôture le set : The Real McCoy, lui aussi repris en cœur par un public qui aura été très bon ce soir. 

 

Après une ovation méritée, Les Silencers reviendront pour un ultime tour de piste, en reprenant tout d'abord The Letter des Box Tops avant de finir une fois pour toute le show sur I Can Feel It dans un Vauban bouillonnant. Un superbe show, des retrouvailles dignement fêtées, une joie partagée, bref, un excellent concert ! Alors qu'il avait joué en showcase un peu plus tôt dans la journée (chez Dialogues Musiques) et après 2 heures de concert, Jimme O'Neill, toujours aussi humble, passera de longs moments avec le public, se rendant disponible pour les dédicaces, les selfies et les échanges passionnés. Vers 2 heures du matin, dans un cabaret Vauban passé en mode boîte de nuit, il était encore derrière une pinte de bière à discuter... Inépuisable !

Jérôme

vendredi 13 septembre 2024

PETER DOHERTY @ Cabaret Vauban, 12 septembre 2024 - Brest

J'ai toujours eu un faible pour Peter Doherty. Je lui reconnais du talent, du charisme et de la poésie. J'ai eu l'occasion de le voir 4 ou 5 fois déjà, avec The Libertines, Babyshambles ou en solo. Des prestations très inégales allant du très bon au mauvais selon la période. Mais même quand il était à côté de la plaque, je lui trouvais un côté attachant et authentique, c'est comme ça ! Peut-être parce physiquement il ressemblait un peu à mon frère il y a quelques années. Aujourd'hui, Peter Doherty semble apaisé, bien dans ses pompes, moins torturé. Sa venue à la mythique salle brestoise, annoncée mi-juillet, semblait presque trop belle pour être vraie et pourtant...en ce jeudi soir, dans un Cabaret Vauban plein à craquer, Peter Doherty est bel et bien là. Un vrai cadeau de rentrée.

La première partie est assurée par Liza Mauzole, une jeune artiste brestoise qui chante un folk, pas si doux que ça, oscillant entre Joni Mitchell et Dick Annegarn à qui, Vacille, Tangue, sa seule chanson en français m'a fait penser. Liza Mauzole nous raconte son histoire en toute simplicité et honnêteté, ses chansons sont convaincantes et ses mélodies accrocheuses : Super Hero et Single Song en sont de parfaits exemples. La jeune artiste, très honorée d'assurer la première partie d'une légende, comme elle le déclare avant son dernier titre, clôture sa très bonne prestation par un titre de circonstance : There She Goes des Babyshambles. 

Il fait au moins 30°C dans la salle et pourtant, Peter Doherty arrive avec un long manteau d'hiver et coiffé d'un chapeau qu'il ne quittera pas. Il est accompagné sur scène, par intermittence, par le guitariste Andrew Newlove, compagnon de route depuis plusieurs années, mais c'est essentiellement en mode solo que le concert va se dérouler. Pas de set list, Peter Doherty se laisse aller au gré de ses envies et inspirations. Il débute avec Empty Room (nouvelle chanson ?) puis enchaîne très vite avec des titres plus anciens, ceux des Libertines et des Babyshambles : The Ha Ha Wall, Can't Stand Me Know ou le sublime Beg, Steal Or Borrow. 

 

L'ambiance est excellente, intimiste au point de voir débouler sur scène les deux chiens de l'artiste qui vont et viennent et se prennent une bonne dose de caresses avec les spectateurs du premier rang. Peter Doherty est souriant, bavard et échange beaucoup avec le public :  «How it is to live in Brest ? Is it Nice ? This place is so beautiful, i can live here i guess...maybe one day !».

 

Le Brestois est taquin et l'Anglais espiègle. Depuis le public une voix s'élève : «Il parle bien Français l'Anglais !», sur scène du tac au tac, Peter Doherty l'œil malin et le sourire en coin répond quasiment sans accent : «En fait oui...». Un délicieux moment comme Le Vauban, avec son atmosphère si particulière, sait en offrir très souvent. Les échanges avec le public se multiplient, chacun demandant sa chanson favorite. Aussi lorsque Peter Doherty réclame une cigarette aux spectateurs, ce sera en échange de Salome, l'un des plus beaux titres de sa carrière. Il grimace mais s'exécute...en vain car malgré quelques tentatives il n'arrivera pas à retrouver les accords de la chanson. Sur le côté de la scène, une petite tête blonde dévore l'artiste des yeux et applaudit presque aussi fort que le public : c'est Billie-May, la fille de Peter Doherty, âgée de 15 mois seulement. Son père la regarde tendrement et lui chante en français Mon Petit Lapin A Bien Du Chagrin, à la fin de la chanson on entend un aboiement...on se croirait vraiment dans son salon ! Quel plaisir de le voir si heureux et souriant quand on connaît son parcours.

 

 

Le spectacle continu avec quelques incursion de guitare électrique et les moments forts se succèdent : For Lovers (que Peter dédie à un barman du Vauban qui lui avait demandé un peu plus tôt et qui bosse 1'étage au dessus pendant le show), Merry Old England, Fuck Forever et une poignée de nouvelles chansons que nous découvrons ce soir. Le public chante et en redemande sans cesse : Horrorshow, Boys In The Band, Night Of The Hunter, Time For Heroes... Au final, plus de la moitié des titres joués ce soir (25 en tout) sont issus du répertoire des Libertines. Peter Doherty régale sur l'irrésistible What Katie Did et son fameux "shoop, shoop, shoop de-lang-a-lang" puis termine ses deux heures de live avec Don't Look Back Into The Sun. Il quitte la scène du Vauban sous une ovation à la hauteur de l'excellent concert vécu ce soir. De l'interprétation à l'ambiance, c'était parfait en tout point. Merci frangin, je t'aime !

Jérôme

jeudi 9 décembre 2021

KLÔ PELGAG @ Cabaret Vauban, Brest 4 décembre 2021

Heureux·ses les brestois et les brestoises, la talentueuse Klô Pelgag passait par le Cabaret Vauban samedi soir pour y jouer son 3ème album : Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. Avec ce nouvel opus, d'une beauté et d'une sincérité fascinantes, l'artiste québécoise a raflé quasiment tous les trophées du gala de l'ADISQ (hautes récompenses québécoises de l'industrie du disque), égalant au passage un record détenu par Céline Dion. Rien que ça ! Pour ma part, j'ajoute à tout cela les chaudes recommandations d'une amie, installée à Montréal, qualifiant cette soirée comme immanquable. Bref... Je me suis précipité dans l'écrin brestois avec l'excitation des grands soirs.

On frissonne dès le début. Quelle entrée en matière ! Klô Pelgag, au piano et entourée de sa troupe de musiciens, fait montre de toute sa puissance vocale avec La Maison Jaune. Il est rare qu'un concert dégage autant d'intensité aussi vite. Le public est complètement happé par la chanteuse qui, à l'image de son dernier album, joue les montagnes russes en terme d'émotions. Joie et douleur explosent. Tantôt entrainante et malicieuse, tantôt bouleversante, à fleur de peau. Impossible de ne pas penser à l'immense Kate Bush à l'écoute de Für Elise ou Le Sexe Des Etoiles. La sorcière du son a son héritière avec Klô Pelgag, dont l'univers créatif complexe et exigeant fait rejaillir des œuvres profondes et totales.

 

Tout s'enchaîne très vite. Si l'on est secoué par les vibrations de Rock Progressif sur Mélamine ou Insomnie, on est ensuite submergé d'émotion lorsque Klô Pelgag interprète seule au piano J'aurai Les Cheveux Longs ou Soleil. Malgré la force et la gravité de certains textes, l'artiste se plait à dédramatiser tout cela très vite. Renversant sa chaise ou déplaçant les sacs du public pendant le show devant les regards amusés. Elle s'en étonne d'ailleurs : « Vous me laissez partir avec vos affaires sans rien dire, vous êtes d'une bienveillance étonnante ! ». Touchante et déconcertante dans ses échanges, Klô Pelgag nous parle de Carlos et du Big Bisous sans trop que l'on sache pourquoi, de la pandémie, avant de balancer, comme un cri du cœur : « Let's go ! La vie s'est fait pour vivre ! ». 

 

Après les superbes Samedi Soir À La Violence et Rémora, Klô Pelagg et ses musiciens quittent la scène pour y revenir quelques secondes plus tard pour un rappel qui sonne la fin du concert. Alors on profite une dernière fois de sa vitalité et de son talent avec Les Animaux et Les Ferrofluides-fleurs que le public entonne. Klô Pelgag balaie des yeux une dernière fois l'ensemble du public : « C'était le spectacle de Brest, belle vie à tous ! ». C'est fini. On ressort boosté, chamboulé par cette immersion, ce voyage dans le monde de Klô Pelgag, qui a écrit ce soir, une très belle page de la mythique salle brestoise.

 

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Jérôme

mercredi 5 décembre 2018

DARAN @ Cabaret Vauban 4 décembre 2018 Brest

Pour être honnête, on s'était un peu éloigné de Daran après Pêcheur De Pierres paru en 2003 déjà ! Lui n'a jamais arrêté. Composant pour de nombreux artistes de la chanson francophone et pour sa propre chapelle, jusqu'à ce 9ème album sorti en 2017 : Endorphine.
Cette tournée devait être celle d'un full band avec l'exécution intégrale des 9 titres de l'album suivie d'une sélection d'autres morceaux marquants de sa carrière. La suppression  d'une subvention par l'État, 15 jours avant le début de la tournée a changé la donne. Exit le groupe sur scène, Daran songe tout simplement à annuler toutes les représentations prévues : "Je me suis retrouvé en slip !" avant finalement de repenser les choses et proposer un concert acoustique en solo. Intéressant !  Une tournée chamboulée donc et qui passe par le Cabaret Vauban, salle mythique de Brest où il fait toujours bon passer un moment musical. C'était très tentant, on n' a pas résisté ! 


Nous arrivons dans la salle sur les dernières notes de Grand Palladium qui ouvrait la soirée. Après quelques minutes d'installation (un tabouret, une guitare, un micro), Daran prend place devant le public. Difficile de croire que celui là est dans sa soixantième année ! Rapidement, nous constatons sur Le Mouvement Des Marées, Gentil et Trous Noirs que la voix est restée intacte. 


Dans ce début de set,on sent que Daran est quelque peu intimidé devant un public très "brestois" (traduction : respectueux tout en étant grande gueule). "Je suis content d'avoir le trac !" annonce-t-il. Les échanges sont nombreux sans être gênants. Lorsqu'on lui demande avec insistance Phare Du Four, il rétorque avec le sourire : "Qu'on se mette d'accord tout de suite, c'est moi qui décide de la liste..." ; puis chante, dans la foulée, Le Hall De L'Hôtel, chanson écrite par Miossec. Juste après c'est le superbe Léger que Daran interprète dans un silence religieux. "Vous avez une grande qualité d'écoute, bravo ! C'est vrai, y'a rien de pire qu'un gueulard ou du bruit au bar sur ce genre de chanson, merci !"


Le lien avec le public est fait et cette très bonne ambiance va s'installer définitivement lorsque Daran s'improvise animateur de soirée en organisant un accompagnement vocal collégial sur Halima, seul titre de Endorphine joué ce soir. "J'aurais aimé en jouer plus mais c'est un album très électrique donc c'est la seule que j'ai pu garder pour ce format". On ne boudera pas notre plaisir pour autant. La seconde partie de set est un régal avec L'Exil, Dormir Dehors, Une Sorte D'Église et Olivia comme moments très forts. 

 

Le concert se termine sur Mort Ou Vif, sur lequel le public se plait à faire les chœurs "façon stade" puis avec l'une de ses plus belles chansons en guise de rappel : Pas Peur.
Daran quitte le Vauban faisant la promesse de revenir bientôt, avec tout le groupe cette fois. Oui, c'est vrai que nous avons hâte d'entendre Endorphine, sur scène et dans son ensemble, mais on doit aussi avouer ça nous allait très bien ce concert intimiste finalement !

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